Préface de la 12ᵉ édition

De nouveaux lecteurs continuent de découvrir cet ouvrage paru il y a plus d’un demi-siècle et traduit en français il y a vingt-huit ans. Si Counseling and Psychotherapy est indémodable, c’est peut-être parce que Rogers est un esprit libre, qu’il a su se tenir à l’écart des modes, que sa théorie s’enracine dans le concret de sa vaste expérience pratique. C’est peut-être aussi parce que c’est un bon livre qui tient ses promesses. Source du rogérisme et d’une partie importante de la psychothérapie moderne, il peut se lire comme un livre origine. Il est aussi un recueil précieux de cas et d’idées qui ont permis à quelques-uns d’assumer directement certaines de leurs difficultés propres.

C’est d’abord une confiance qui fonde la relation d’aide. Notre intimité est la source de nos élans les plus bienfaisants pour nous-mêmes. Nos meilleures forces sont en nous. L’intériorité est réhabilitée. Nos profondeurs sont thérapeutiques. À condition d’y avoir accès.

Mais ni le désir de l’aidé, ni la bonne volonté de l’aidant ne suffisent. L’aide effective suppose l’institution d’un organisme bicéphale unique : la relation d’aide. Elle consiste en une coopération ayant pour but ultime la prise progressive de son pouvoir sur lui-même par l’aidé. Ce livre la décrit en détails.

La méthode requiert du thérapeute qu’il contrôle bien des comportements irréfléchis en usage. Pas de conseil donc, ni de félicitation, ni de critique : aucun jugement. Les jugements tendent à ralentir la cure et sont parfois cause de son interruption. Le thérapeute écoute, comprend, reformule autant les sentiments que les idées. L’aidé est peu à peu conduit à cesser de s’apparaître de l’extérieur comme objet d’un certain spectacle où il était contraint mais commence à se vivre comme recueilli par un autre lui-même qui pourrait non seulement accepter ses pensées et ses sentiments mais les ressaisir dans une organisation unifiante. Une réaction de branchement sur soi est comme catalysée par l’aidant.

Un climat de confiance s’instaure peu à peu. La relation d’aide, déjà en elle-même thérapeutique, s’installe. L’aidé parle plus authentiquement de lui-même et corrélativement ose affronter ses vraies difficultés. Il arrivera que le constat de sa situation réelle le paralyse pour un temps. Il sera comme sidéré par sa réalité aperçue telle quelle pour la première fois. Il aura l’impression désespérante qu’il ne peut rien y changer. C’est pourtant ce choc qui amorce le changement : la perception qu’il avait de lui-même, de ses difficultés, de ses atouts, de sa situation, se modifie.

Inacceptation du thérapeute aura été le facteur déclenchant et le modèle d’autres acceptations. Elle aura permis l’ouverture qui a rendu possible la vision en soi-même et l’acceptation de soi-même. Loin, comme on le croit parfois, d’être soumission, l’acceptation conditionne, facilite et permet au contraire tous les changements. Inadaptation devient possible. Celle-ci n’est pas non plus refus de changer, obéissance. Elle est la mise en œuvre de sa liberté.

J.-P. Zigliara

avril 1999