3. Quand l’aide psychologique est-elle indiquée ?

Quel que soit le type ou le cadre de la consultation, c’est au cours du premier contact que l’aidant prend nombre de ses plus importantes décisions, dont peuvent dépendre son succès ou son échec éventuel à aider l’individu. Bien trop souvent ces décisions sont prises inconsciemment par l’aidant, ou sont fondées sur un « flair clinique » plutôt que sur tout autre facteur plus solide. Le but de ce chapitre est d’examiner les questions auxquelles l’aidant a à faire face au moment où le client arrive (décision sur l’opportunité de tel type d’approche thérapeutique, détermination des éléments de la situation qui constitue le centre de la thérapie) et de l’aider à formuler ses questions plus clairement, afin que l’approche du client et de ses difficultés se fasse en fonction de réalités observées plutôt que sur une base tâtonnante ou purement intuitive.

On s’est beaucoup penché sur l’énorme variété de problèmes, de symptômes et de causes dont le clinicien ou l’aidant trouve des exemples dans les individus qui viennent à lui. On s’est beaucoup trop peu intéressé à la variété des attitudes des individus envers l’aide, et à l’influence de ces attitudes sur la procédure thérapeutique. Voyons quelques-unes des attitudes du client à l’égard de l’aide.

Voici un jeune garçon amené à la clinique d’orientation pédagogique par un agent du tribunal. Il est hargneux et non coopératif. Il considère à l’évidence le psychologue comme un auxiliaire du tribunal, et repousse toute approche amicale. Par tous ses gestes et par le ton de sa voix, il fait clairement comprendre qu’il ne veut pas de l’aide qui lui est offerte et qu’il se trouve à la clinique contre son gré. La consultation est-elle possible dans un tel cas ? À l’autre extrême nous trouvons la jeune femme qui est venue au bureau du psychologue de l’université, en proie manifestement à une grande tension, assurée de trouver là une source d’aide et insistant pour parler immédiatement au psychologue. Son puissant désir d’aide est indubitable. On rencontre une attitude tout à fait différente chez l’enfant qui est amené à la clinique par sa mère. Il peut refuser la clinique parce qu’il refuse sa mère. Il peut être relativement neutre tout au long de la procédure. Il peut en être effrayé à cause de sa similitude avec le cabinet du médecin. Il est plutôt rare qu’un tel enfant recherche véritablement de l’aide pour lui-même. Il vient parce qu’un de ses parents le désire. Encore un autre exemple de séance clinique est celui de l’étudiant qui vient au bureau d’aide parce qu’il y est envoyé par son doyen, soit parce qu’il ne réussit pas à ses examens, soit pour tout autre problème universitaire. Cet étudiant peut avoir besoin d’assistance et peut en avoir une certaine conscience. Il est vraisemblable qu’il se soumettra passivement à l’aidant parce qu’il désire beaucoup être aidé, mais qu’il n’aura pas l’idée de prendre l’initiative du processus.

Voilà quelques nuances d’attitudes à l’égard de l’aide. Le psychologue peut être identifié avec tout ce contre quoi l’individu se bat ou peut être considéré comme la réponse à tous ses problèmes et la solution de toutes ses difficultés. L’individu peut désirer un traitement et trouver relativement facile de le rechercher, ou son attitude peut être assimilée à celle du client qui confessa plus tard comment, après avoir décidé de chercher de l’aide, il avait fait sans arrêt les cent pas devant la porte avant de rassembler son courage pour entrer. Quand nous prenons conscience que ces attitudes variées envers l’aide et envers la consultation peuvent être associées à tous les types de problèmes et à tous les types d’individus, nous commençons à voir la situation dans sa vraie complexité. L’individu aux conflits émotionnels profonds, le délinquant endurci, le petit garçon ou la petite fille qui tourmente ses parents, l’étudiant qui se demande s’il a choisi la bonne voie, le travailleur qui n’est pas heureux dans son travail…, tous sont des parties du tableau total que nous devons considérer. De la même manière nous devons reconnaître les différentes aptitudes et natures que les individus possèdent : le stable et l’instable, le débile, l’intelligent moyen et le supérieur. Ayant présent à l’esprit toutes ces très importantes variables et les situations individuelles uniques, défiant toute classification, dans lesquelles elles se produisent, on peut à bon droit se demander s’il est possible de découvrir des principes qui permettraient à l’aidant de prendre ses décisions initiales sur le cas, avec plus de clarté ?

Dans l’idéal, le psychologue préférerait mettre de côté toute décision relative à la méthode de traitement approprié jusqu’à ce qu’il soit parfaitement familiarisé avec le client et ses problèmes. En fait c’est impossible. Souvent le début d’une étude diagnostique d’un individu barre effectivement la route à une aide satisfaisante. Ce qui est nécessaire, c’est de penser soigneusement le traitement depuis le moment où le client arrive, ou même avant son arrivée si l’on dispose d’une information préalable sur lui sous la forme d’une histoire de cas ou d’un compte rendu scolaire. L’aidant doit sans cesse se poser certaines questions de base, dont les réponses détermineront si tel type de traitement est préférable à tel autre. Nous aborderons la discussion de quelques-unes de ces questions significatives, en considérant ce qu’impliquent pour le traitement les diverses réponses qui peuvent leur être données.

Des questions de base.

Le client est-il sous tension ?

Une des premières observations recommandées au clinicien est de voir dans quelle mesure le client est dans un état de stress ou de tension. La consultation ne peut apporter de l’aide que si la détresse psychologique a atteint un degré tel qu’elle est facteur de déséquilibre. Ces tensions peuvent être d’origine entièrement psychique, se développant à partir de conflits de désirs. Tel étudiant socialement inadapté désire être plus sociable et en même temps désire se protéger des risques d’humiliation et d’infériorité qu’il éprouve quand il s’aventure dans des activités sociales. Tel autre individu est déchiré entre d’une part de puissants désirs sexuels et, d’autre part, de puissants sentiments de culpabilité. Le plus souvent, ces tensions sont causées, au moins en partie, par les exigences de l’environnement entrant en conflit avec les besoins de l’individu. Le mariage, par exemple, exige soudainement de la personne jeune une maturité d’adaptation qui peut entrer en conflit avec ses propres besoins de dépendance, ou avec sa tendance à considérer la sexualité comme tabou, ou avec son besoin de domination et de supériorité. Les exigences de l’environnement, dans d’autres cas, peuvent être imposées par un groupe social. Le délinquant d’une bande de quartier peut n’avoir que peu ou pas de conflit interne par ses activités, mais la tension et le stress sont créés quand la communauté impose des normes qui entrent en conflit avec les siennes. L’insuffisance de son travail peut n’entraîner, chez l’étudiant, aucune lutte psychique, jusqu’à ce que l’université crée une tension psychologique par ses menaces de sanction. Depuis trop longtemps, surtout à cause de la tradition freudienne classique, nous considérons le conflit comme interne, intra-psychique, et nous ne reconnaissons pas que dans tout conflit existe une vaste composante culturelle, et que dans de nombreux cas, le conflit est créé par une nouvelle exigence culturelle, qui vient s’opposer aux besoins de l’individu.

On peut employer avec succès un traitement par l’environnement même en l’absence de tensions de ce genre. Un groupe de délinquants par exemple, à condition qu’on lui fournisse un « bon » leader et de meilleures possibilités de divertissement, peut être détourné peu à peu de ses activités délinquantes en faveur d’activités socialisées, sans que ce groupe ait jamais pris conscience intensive de la différence entre ses standards primitifs et ceux de la communauté. Il en va différemment dans l’aide psychologique et la psychothérapie, qui ne peuvent être indiquées et efficaces que lorsqu’il y a conflit soit de désirs, soit d’exigences sociales, conflit créant la tension et requérant d’une manière ou d’une autre une solution. Fondamentalement, ce qu’on peut dire de plus précis à propos de cette situation est que, avant que l’entretien d’aide puisse être efficace, les tensions créées par ces désirs et ces exigences conflictuels doivent être plus douloureuses pour l’individu que ne le sont la souffrance et la tension de recherche de solution du conflit.

Cette assertion exige d’être testée et doit être soumise à une investigation expérimentale. Un certain nombre d’expériences cliniques semblerait corroborer cela. Il a par exemple été intéressant d’étudier le processus de traitement dans les cas où l’individu est momentanément libéré de la situation conflictuelle : Anne est une jeune fille de 16 ans qui est devenue délinquante par suite de son intense besoin d’affection et d’acceptation sociale, ce besoin étant lui-même issu primitivement de son rejet par sa mère. Elle est placée dans une institution pour jeunes filles délinquantes, où un psychologue entreprend des entretiens thérapeutiques. Anne fait des progrès dans ces entretiens et pourtant elle n’arrive pas complètement à faire face à la réalité de son rejet par sa mère. Elle trouve des excuses au fait que sa mère n’écrit pas, qu’elle ne la visite pas. Elle se demande avec inquiétude si un accident n’est pas arrivé à sa mère, qui la maintienne éloignée, ou si sa mère n’est pas malade. « Si quelque chose arrivait à ma mère, je n’aurais plus personne. » Le psychologue répond : « Vous ne pensez pas que quelqu’un d’autre puisse se soucier de vous ? » Anne répliqua : « Eh ! bien, oui, mais les autres ne m’aiment pas comme ma mère. » Elle entretient cette vision d’une mère aimante et ne fait que partiellement face au fait qu’elle soit laissée à l’abandon et terriblement seule. Il semble plus que probable que si la thérapie avait été commencée quand elle vivait chez elle, le conflit de base aurait été envisagé plus profondément et complètement, et ceci parce que les comportements de la mère auraient continuellement recréé et renforcé l’impression de frustration affective.

Autre exemple qui soulève cette même question : il s’agit d’un garçon de quinze ans, d’intelligence supérieure, qui présente un désir compulsif de voler des sous-vêtements féminins, ce qui à plusieurs reprises l’a mis en conflit avec la loi. Un enseignant l’envoie au clinicien pour assistance. Le garçon est de toute évidence en proie à une grande tension mais son ambivalence à l’égard de l’aide psychologique est également évidente. Au cours d’une série d’entretiens, il exprime son authentique désir d’aide et, en même temps, dit ressentir l’impossibilité de parler franchement de ses sentiments dans quelque situation que ce soit. L’interprétation de cet échec thérapeutique par le clinicien est qu’il est plus pénible pour le garçon de reconnaître comme siennes toutes ses pulsions sexuelles, d’amener à la lumière ses attitudes profondément réprimées, que de vivre avec son problème et de courir le risque de situations embarrassantes et d’arrestations. Son désir d’être normal, de se libérer de son comportement angoissant, n’est pas assez fort pour contrebalancer la profonde et bouleversante souffrance de regarder en face ses impulsions « mauvaises ». On ne peut s’empêcher, dans un tel cas, de se demander quels pourraient bien être les éléments qui changeraient cet équilibre. Il semblerait vraisemblable qu’une véritable arrestation et la peur de l’emprisonnement lui rendraient si grande l’angoisse de vivre avec sa névrose qu’il deviendrait accessible à la psychothérapie. Des recherches plus approfondies sont à faire sur les problèmes de l’équilibre dans les conflits qui rendent la psychothérapie parfois possible et parfois impossible.

Je citerai ici un exemple tiré de l’un des cas enregistrés, dans lequel les problèmes sont moins dramatiques, mais où l’on peut voir assez clairement le changement d’équilibre.

Arthur est un étudiant de vingt ans. Il est dans sa troisième année d’université. Il est envoyé au psychologue à cause de ses difficultés à organiser efficacement un programme de travail ; nous avons déjà cité ce cas. Dans son premier entretien, Arthur fait clairement comprendre qu’il a un problème sérieux et non résolu, de choix professionnel, mais que ce dont il s’inquiète réellement, c’est de passer ses examens. Au cours de l’entretien, il résume ce qu’il attend des entretiens et dit : « Voilà mon but : décider de ce que je veux faire, d’accord, mais obtenir de meilleurs résultats… ça c’est une chose sûre. » Dans les second et troisième entretiens, il continue à centrer le dialogue sur le problème plus superficiel des résultats scolaires, et dans le quatrième entretien il dit franchement qu’il a peur du problème plus général du choix professionnel. Un extrait enregistré illustrera ce point. Arthur parle de l’importance des attitudes : si on pense qu’on va être recalé dans une matière, on commencera par ne pas aimer cette matière, et inversement. La conversation continue :

C. – Parfois vous ressentez cela à propos de vos cours, et parfois non.

S. – Ouais, c’est juste. Parfois on dirait que tout est contre vous. Et d’autres fois que tout vous pousse, mais j’aime toutes mes matières ce trimestre, et ça devrait jouer en ma faveur, en somme.

C. – Peut-être cela rend-il les choses plus faciles de différer les problèmes que vous rencontrerez à la fin du trimestre.

S. – Ouais. Je crois. (Pause et rire.) En fin de trimestre je vais avoir le problème de ce que je choisirai au prochain trimestre, et tout ça.

C. – Vous n’aimez pas penser à tout ça, pourtant, n’est-ce pas ?

S. – Ah ! non alors ! (Rires.) Je n’aime pas y penser avant d’y être. Oh, j’ai réfléchi, quand j’avais du temps libre ; j’essayais de voir ce que je choisirais au prochain trimestre et tout ça, mais oh, je ne sais pas, c’est une sorte de chose qu’on veut écarter.

C. – Vous voulez l’écarter si vous pouvez ?

S. – C’est ça.

C. – C’est une de ces choses que…

S. – L’on ne doit pas faire, je sais.

C. – Non ; eh bien, vous pensez que les gens vont désapprouver cela. C’est l’une des raisons pour lesquelles on se sent partagé quand on vient à un rendez-vous comme celui-ci, parce qu’ici il y a toujours un risque de se mettre à réfléchir à ces problèmes qu’on veut plutôt éviter.

S. – Eh bien, c’est possible, mais j’en doute.

C. – C’est beaucoup plus confortable de les éviter, n’est-ce pas ?

S. – Ouais, c’est ça. Mais les gens (pause)… On aurait intérêt à ne pas les éviter, c’est sûr.

C. – Mais il faut beaucoup de courage pour réellement y réfléchir. (Très longue pause.)

S. – À propos de la question d’étudier, pensez-vous… Ah, quelle est d’après vous la meilleure manière d’étudier quand on a un travail à mi-temps ? Est-ce que vous pensez qu’on doit faire un tableau de ce qu’on a déjà et travailler à ce tableau, ou bien aux parties qu’on ne connaît pas, ou… (il continue dans cette veine.)

Ceci n’est pas une situation exceptionnelle, mais ce qui est exceptionnel c’est que le client s’exprime aussi franchement sur son attitude. Il souffre à quelque degré de conflits impliqués par son choix professionnel. Il sait même qu’il y a des échéances qui rendront nécessaire une solution. Et cependant, tant que le conflit n’est pas aggravé par les pressions sociales, il ne peut l’aborder dans la situation d’aide. Quand le psychologue l’aide à reconnaître clairement qu’il fuit ce problème professionnel, il y a une longue pause, dans laquelle sans aucun doute il prend sa décision. Ce qu’est sa décision, il le fait très clairement comprendre par sa remarque suivante dans laquelle il change de sujet, évitant complètement toute question de profession future et, pendant le reste de l’entretien, il se centre sur les moyens détaillés pour obtenir de meilleures notes.

Plusieurs extraits d’un entretien ultérieur indiquent comment des pressions opèrent pour rouvrir la question et le rendre au moins partiellement accessible à l’aide psychologique sur son problème. Il ouvre l’entretien en parlant des bons résultats qu’il a obtenus à des examens oraux.

C. – Vous pensez que ça va très bien.

S. – M-hm. Et hier matin je suis passé et j’ai vu Miss G. dans le bureau du doyen… j’ai pris mon programme pour la prochaine option ; elle voulait que je prenne une autre option en Esthétique et elle pensait que la Sociologie serait bien pour moi ainsi que Critique littéraire. Je ne savais pas quoi choisir et je pensais que je repasserais pour le lui demander. Elle m’a dit que chaque fois que j’avais un doute je vienne la voir, alors… c’est ce qu’elle m’a conseillé.

Voilà qui est vraiment éloquent. Arthur a, semble-t-il, complètement esquivé son conflit. Il fait clairement comprendre qu’il fait ce qu’on lui dit, ne prenant lui-même aucune responsabilité de décision. Il fait aussi clairement comprendre que si l’actuel conseiller ne résout pas ses problèmes pour lui, il en trouvera d’autres qui le feront. Il continue par la description en détail des cours qu’il choisira, mentionnant qu’il se demande s’il prendra un cours de mathématiques.

S. – Je sais que ça m’aurait aidé en physique, mais comme j’ai pris les deux options de physique, et qu’elles sont terminées… alors je ne vois pas quel serait le bénéfice ?

C. – Vous consacrez ainsi vous-même beaucoup de réflexions à votre cours, de même que vous prenez conseil des autres, n’est-ce pas ?

S. – M-hm. Je ne sais pas, je vous l’ai dit, je pense que la semaine dernière, j’étais en plein brouillard sur ce que je pouvais prendre comme prochaines options, mais je pense que je prendrai Esthétique parce qu’elle a dit que mon travail s’était très amélioré, que j’aime ce travail, et que je pense qu’il vous enseigne les choses en détail, qu’il vous enseigne à vous exprimer, à faire usage de vos mains, et… je ne sais pas, je pense que ça m’aidera pas mal.

C. – Cela m’intéresse parce que maintenant vous dites que vous pensez que vous devriez prendre Esthétique, et cela veut dire quelque chose pour moi, alors que le fait que Mademoiselle G. ou quelqu’un d’autre pense que vous devriez prendre cette option… eh bien, c’est intéressant, certes, mais je pense que la vraie décision doit venir de vous.

S. – Sûr ! Je sais que je veux prendre cela parce que je… eh, j’aime cette matière et je me débrouille bien dans ce premier cours.

Ici le client exprime que dans une certaine faible mesure, il prend en main la responsabilité de son choix. Après une nouvelle discussion du pour et du contre sur les cours choisis, il raconte comment le conflit apparut de manière précise devant les exigences de la situation universitaire.

C. – Cela m’intéresse de voir que la semaine dernière vous pensiez que vous alliez laisser ces questions de côté aussi longtemps que vous le pourriez, mais que cette semaine vous…

S. – Oh, j’ai eu de l’inspiration cette semaine. (Rires.) J’ai vu des petits gars avec leurs fiches programmes et ils étaient en première année, je pense…

C. – Vous avez vu quoi ?

S. – J’ai vu des petits gars avec leurs fiches programmes…

C. – Oh, oui.

S. —… Et je crois qu’ils étaient en première année, et j’ai dit : « Hé !, jusqu’à quand peut-on retirer ces fiches programmes ? » Ils ont dit : « Oh, on doit les retirer avant mardi », alors j’ai pensé : « Eh bien, Arthur, il faut que tu travailles. » (Les deux rient.) Alors je suis passé et j’ai vu Mademoiselle G. tout de suite.

Il continue à discuter plus en détail la question de savoir s’il a choisi les bons cours, montrant ainsi les deux aspects de son attitude ambivalente à l’égard de sa décision. L’entretien continue :

C. – Est-ce qu’il faut que j’en conclue que votre programme pour la prochaine option est maintenant établi ?

S. – M-hm. Ouais. Si j’ai de la chance, je vais chez moi, je travaille et je finis mon programme : comme ça j’aurai mon temps et mes classes, et tout ça, et alors je ne penserai plus à mon programme jusqu’à ce qu’il revienne (rire) à la prochaine option. Je serai en quelque sorte libéré…

C. – Vous n’aimez pas y penser même après l’avoir fini, hm ?

S. – C’est pas ça. Je vais seulement l’oublier et commencer à travailler à quelque chose d’autre. C’est une sorte de libération quand on a fait les choses. J’ai vu un tas de garçons assis par là. Ils avaient un livre, et ils avaient des crayons, et ils se grattaient la tête (rire) et ils écrivaient quelque chose et ils se grattaient… (rire)… Oh là là !

C. – Tout ce truc de décider quelle direction on va prendre, et ce qu’on va faire, et tout ça, c’est un travail plutôt dur, n’est-ce pas ?

S. – C’est ça. (Silence.) Je voudrais encore savoir bien nettement ce que je veux faire… Je veux dire, vers quelle profession aller !…

C. – Vous avez pas mal réfléchi à ça aussi, n’est-ce pas ?

S. – Oui, M-hm, mais je ne sais pas encore où aller.

C. – Voulez-vous me raconter un petit peu ce que vous avez pensé à propos de tout ça ?

S. – Oh, je ne sais pas… Mon oncle depuis le début dit que je devrais faire de la musique et son argument c’est que chaque fois qu’il me voit… Il me demande pourquoi je ne choisis pas la musique, et oh, ce que j’avais dans la tête au début c’était l’optométrie, et… Alors j’ai pensé à l’optométrie. Mais j’ai parlé avec plusieurs garçons qui prennent ostéopathie et ils disent que c’est formidable, alors… Alors en ce moment, les trois choses principales sont la musique, l’ostéopathie et l’optométrie. Je veux dire, c’est sur ces trois-là que je réfléchis…

À partir de ce moment-là, Arthur commença à explorer son problème professionnel et à y travailler d’une manière constructive. Après plusieurs autres entretiens, il parvint à un mode d’action satisfaisant, choisissant lui-même un premier but, mais établissant aussi ses plans avec certaines alternatives, au cas où il ne parviendrait pas à atteindre le premier objectif choisi.

Bien que ces extraits d’entretiens illustrent plusieurs principes de l’aide psychologique, le point important à observer ici est qu’une consultation efficace en ce qui concerne le choix professionnel n’est devenue possible que lorsque la pression des circonstances est devenue si forte que le malaise provoqué par la considération du problème fut plus que dépassé par le malaise provoqué par sa non-considération. Quoique Arthur ait au début fui le problème en plaçant la responsabilité presque entièrement sur les épaules de Mademoiselle G…, le conflit s’aggrava au point qu’il fut obligé de recourir à sa propre décision sur la question fondamentale du choix professionnel.

Ces exemples peuvent aider à concrétiser l’une des questions que l’aidant doit se poser depuis le tout-début de sa relation avec le client. L’individu est-il sous une tension et une pression psychologiques qui rendraient une solution à ses problèmes plus satisfaisante que son état actuel ? Ce malaise psychique est-il assez grand pour contrebalancer l’angoisse de mettre au grand jour ses attitudes intimes, ses sentiments réprimés, qui peuvent faire partie du problème ?

Le client est-il capable de faire face à ta situation ?

On oublie parfois que toute forme de psychothérapie dépend, en ce qui concerne ses résultats, de ce principe que si un individu est aidé dans sa réorientation, dans la réorganisation de ses attitudes, il peut affronter ses adaptations vitales plus normalement et avec moins d’efforts, et il peut trouver de solides satisfactions dans des conduites socialement approuvées. Il suffit d’un moment de réflexion pour s’apercevoir qu’il y a des individus si accablés par des circonstances malheureuses ou si affaiblis par des imperfections personnelles qu’aucune réorganisation d’attitudes ne les rendrait capables d’affronter la vie sur une base normale. Voici un enfant délinquant qui vit dans une zone dite « d’infestation » où les influences groupales encouragent les actes de délinquance, qui habite un foyer où il se sent rejeté en faveur d’un frère plus jeune, qui va à une école où l’on ne tient aucun compte de son retard mental, mais où on lui fait continuellement remarquer ses échecs. On ne peut vraisemblablement s’attendre dans un tel cas à un quelconque succès de l’aide psychologique ou de la psychothérapie. La puissance des facteurs destructifs est telle qu’une simple réorganisation des attitudes du garçon est insuffisante pour rendre possibles des satisfactions normales. Même dans le cas où il acquérerait un haut degré de conscience de sa situation, il y a peu d’éléments de sa vie sur lesquels il pourrait exercer son contrôle. C’est un cas pour lequel le traitement par l’environnement doit être l’approche première. La relation d’aide ne peut jouer qu’un rôle secondaire.

Considérons la situation d’une mère qui entrave l’épanouissement de sa fille par un excès de sollicitude anxieuse. Cette mère est profondément introvertie et névrosée. Elle a un certain nombre de difficultés physiques sérieuses qui en font une invalide et restreignent beaucoup ses activités. Elle a peu d’amis, et toute vie sociale réelle est hors de question à cause de la combinaison de ses handicaps physiques et psychiques. Elle tire peu de satisfaction de ses relations avec son mari, en partie à cause de sa mauvaise santé, en partie à cause d’incompatibilités plus profondes. Son centre d’intérêt est sa fille unique. Même une description aussi grossière que celle-ci montre à l’évidence que son attitude de sollicitude excessive à l’égard de sa fille est inévitable. Tout indique aussi qu’une psychothérapie, quelle que soit sa méthode, est condamnée d’avance à l’échec. Il n’est pas vraisemblable que cette mère puisse acquérir une véritable conscience du rôle qu’elle joue, mais même si elle en était capable, il est tout à fait certain qu’elle ne pourrait pas y réagir. Pour libérer sa fille, pour lui permettre de devenir indépendante, cette mère aurait à renoncer à son unique source de satisfaction authentique dans la vie. Elle serait incapable de le faire. La situation est trop lourdement chargée de facteurs contraires pour permettre une opération de prise de conscience et d’auto-compréhension.

Un échec éclairant en psychothérapie, et qui illustre ce point, est la psychanalyse expérimentale de onze criminels par Healy et Alexander en 1931-19325. Bien que ces délinquants – garçons à la fin de l’adolescence et jeunes adultes – aient été choisis pour l’analyse parce que le conflit psychique semblait jouer un rôle important dans leur comportement, les résultats pratiques des analyses ont été incontestablement décevants. Une très bonne prise de conscience fut obtenue par ces individus, les origines psychiques du crime furent éclairées, mais la délinquance n’en fut absolument pas arrêtée. Commentant plus tard cette expérience, Healy reconnut que, sans des conditions économiques et sociales meilleures, la prise de conscience par la psychanalyse, dans ces cas, est inefficace6. Dans l’état actuel de nos informations, il est évident que ces individus n’étaient pas des candidats acceptables pour un traitement utilisant la seule psychothérapie. Le poids des facteurs d’inadaptation était trop grand. Une instabilité profondément enracinée, l’intégration à des bandes de délinquants, le manque d’emploi, le manque d’aptitudes socialement reconnues, firent un total qui dans la plupart des cas a eu beaucoup plus de poids que la réorientation partielle réussie par l’individu.

En bref, dès ses premiers contacts avec le client, l’aidant-psychologue doit évaluer la force de l’individu ou son aptitude à agir dans le sens d’une transformation du cours de sa vie ; il doit aussi juger si la situation est transformable et à quel degré, si d’autres satisfactions et d’autres moyens de traiter la situation ne sont pas possibles.

Dans un précédent ouvrage, je faisais remarquer que les aptitudes et les acquis de base de l’individu pouvaient être estimés en évaluant avec soin certains facteurs facilitants et déterminants de l’adaptation7. Des éléments comme la stabilité constitutionnelle, le fonds héréditaire, l’équipement physique et mental de l’individu, entrent dans une telle évaluation. Le type d’expérience sociale aussi a un effet modelant, et les composantes affectives de la situation familiale sont spécialement importantes pour juger des atouts de base d’une personne jeune. Les facteurs économiques, culturels et éducationnels, qu’ils soient positifs ou négatifs, et qui font partie de l’expérience de cette personne, sont aussi d’un grand poids. Que l’aidant fasse, par une revue de ces facteurs déterminants, une évaluation soigneuse et objective des forces du client sur lesquelles il peut s’appuyer ; ou alors, lorsque la situation est si claire qu’une estimation subjective est suffisante, qu’il reconnaisse bien la signification de son appréciation. Si les disponibilités de l’individu sont trop maigres, l’aide comme voie majeure du traitement est vraisemblablement vaine.

Ce point de vue est corroboré par une étude qui s’est faite sous ma direction8. En testant la précision des pronostics cliniques de 200 cas, on découvrit incidemment que la psychothérapie devait vraisemblablement s’adresser surtout aux enfants présentant un total élevé de facteurs déterminants, et que le traitement par l’environnement devait s’adresser à ceux qui présentaient un total faible de ces mêmes facteurs. On calcula la moyenne du total des facteurs déterminants pour tout le groupe des 200 cas. Ce chiffre est la moyenne des diverses évaluations des facteurs de base vus ci-dessus et appliqués à l’enfant. Il exprime, grossièrement, le total des facteurs présents en tant que déterminants de l’adaptation. Pour les 200 cas, ce chiffre était 1,88 sur une échelle en 7 points. Sur cette même échelle, 3,00 était considéré comme la moyenne de la population générale. Comparés avec le groupe total, les 29 enfants pour lesquels un traitement psychothérapique intensif était recommandé avaient une moyenne de facteurs de 2,17, tandis que la moyenne du groupe pour lequel la thérapeutique institutionnelle était recommandée fut de 1,64, et que les enfants pour lesquels on pensait que conviendrait mieux la mise en orphelinat avaient une moyenne de 1,62. Ces différences sont statistiquement significatives, la comparaison avec le premier groupe donnant des proportions critiques de 3,4 et 3,6 respectivement. Comme la répartition plus détaillée de chaque facteur peut être intéressante, elle est présentée dans le tableau 1.

Tableau 1 Répartition des facteurs déterminants dans les divers groupes en traitement

 

Plan de traitement

 

Traitement direct (N = 29)

Placement institutionnel (N = 51)

Placement

en

orphelinat (N = 70)

Facteurs héréditaires : considération des traits et prédisposition héréditaires, à la fois négatifs et positifs, présents dans l’ascendance. Degré de stabilité physique et émotionnelle de la famille, etc.

2,619

1,78

1,88

Facteurs physiques : considération des facteurs négatifs de santé : longue maladie, instabilités, désordres glandulaires, etc ; et facteurs positifs.

2,41

2,49

2,41

Facteurs mentaux : capacités et aptitudes générales et particulières.

2,90

1,47

1,96

Influence familiale : tonalité émotionnelle de l’expérience familiale, rejet, excès de sollicitude, frictions, etc., par rapport à sécurité et normalité.

1,52

1,49

0,95

Influences économiques et culturelles : degré de sécurité financière, occasions fournies par l’appartenance culturelle, influence du voisinage et de la communauté.

2,55

1,31

1,14

Facteur social : expériences sociales avec des personnes du même groupe d’âge et avec des adultes : degré d’intensité et degré de satisfaction retirés des contacts.

1,66

1,36

1,25

Facteur éducationnel : degré de saine stimulation éducationnelle et degré de cohérence des principes éducatifs du milieu.

2,31

2,00

1,87

Capacité de réflexion de soi : degré de compréhension de soi et de ses problèmes, d’aptitude à la responsabilité et à l’autocritique.

1,38

1,06

1,36

Répartition totale moyenne : équilibre général des forces constructives et destructives dans l’expérience de l’enfant.

2,17 or = 73

1,64

<r = 55

1,62 a = 64

On voit que le groupe sélectionné pour la psychothérapie est nettement supérieur aux deux autres groupes en moyens héréditaires et en capacité mentale. Ces enfants sont mieux situés du point de vue du statut socio-économique et de l’environnement. Ils ont eu des expériences légèrement plus favorables dans le milieu social et éducatif. On ne note aucune différence dans les disponibilités physiques des trois groupes. Le groupe sélectionné pour traitement psychothérapique provient d’un milieu familial plus favorable que le groupe en traitement par action sur le milieu. Il n’y a pas de différence frappante du point de vue de la capacité de conscience de soi, bien que, à ce point de vue, le groupe en traitement direct soit supérieur au groupe institutionnel.

Cette étude montre à l’évidence que dans l’actuelle pratique clinique, les individus pour lesquels une aide psychologique est recommandée tendent à se situer plus favorablement du point de vue des facteurs fondamentaux de l’adaptation, que ceux pour lesquels est prévu un traitement par l’environnement. On peut dire inversement qu’il est moins recommandé d’employer la psychothérapie dans les cas où les facteurs destructifs sont d’un grand poids.

Une telle constatation signifie la nécessité de se faire une idée sur la capacité du client à faire face à sa situation avant de le croire capable de recevoir de l’aide par les entretiens. L’importance de cette évaluation préalable est parfois oubliée du fait que de nombreux étudiants, ou de nombreux travailleurs, par exemple, ont effectivement, du fait de la nature même de leur situation, la possibilité de traiter efficacement leurs problèmes. Quelque facile que soit une décision de ce genre dans beaucoup de cas, nous devons avoir conscience que nous la prenons, pour que dans le cas d’individus hautement instables ou dans le cas de personnes complètement assiégées par des difficultés objectives, nous ne nous attendions pas à ce que la relation d’aide réalise l’impossible.

Le client peut-il recevoir l’aide ?

Une autre question fondamentale que le psychologue doit se poser très fréquemment peut se formuler ainsi : « L’individu veut-il de l’aide ? » C’est sans doute une simplification abusive. La relation d’aide a, c’est certain, toutes choses égales d’ailleurs, les plus grandes chances de succès quand le client veut de l’aide et reconnaît consciemment ce fait. Quand ce besoin d’aide est fort, le client est enclin à arriver très vite à ce qui est significatif, et si le psychologue est un auditeur vigilant qui peut se garder de bloquer le flot de l’expression, de rapides progrès peuvent être réalisés. Un exemple de ce fort désir d’assistance, consciemment ressenti par l’individu, peut rendre plus concret notre propos actuel :

Paul, étudiant à l’université, vient chez le psychologue sur rendez-vous et dit qu’il se sent désespéré. Il éprouve une grande tension, ne peut participer à la vie sociale, ses mains sont moites, etc. On lui donne un rendez-vous pour le lendemain et l’étudiant arrive pour son premier entretien, qui débute comme ceci (enregistrement) :

C. – Bon, eh bien, hier je vous ai renvoyé avant que nous ayons vraiment commencé à parler. C’est maintenant le moment d’avoir une grande conversation. Voulez-vous me dire ce que vous avez en tête ?

S. – Oui. Je vous ai dit que je ressens… euh… une tension excessive quand… euh… tout ce qui touche à ma personnalité, c’est-à-dire, chaque fois que je… euh… quand n’importe quoi est en jeu, même si c’est peu important, et ça… euh… va de plus en plus mal, et comme je vous l’ai dit, ça devient absolument insupportable, et il faut vraiment que je fasse quelque chose parce que c’est la grande dégringolade dans ma carrière universitaire. Je ne peux pas gaspiller l’argent de mon père.

C. – Vous sentez vraiment que ça interfère pas mal avec votre carrière universitaire ?

S. – Énormément, oh, énormément. J’… euh… j’échoue dans des matières où je n’échouerais pas, j’en suis sûr, si je ne ressentais pas ça, et je suis si découragé… j’ai complètement perdu le moral. (Silence.) Par exemple, je ne peux pas me lever, je vous l’ai dit, je ne pouvais pas me lever pour aller au tableau et expliquer des problèmes que je connais très bien, et quand on m’appelle, je suis si tendu que je ne peux pas penser clairement et… euh… elle semble hors de proportion… cette tension !

C. – De quelle façon ?

S. – J’ai dit que je ne pouvais même pas entrer dans un restaurant sans me sentir tendu, ce qui semble très bizarre, mais je…

euh… c’est pourtant le problème devant lequel je me trouve. (Silence.)

C. – Vous sentez que vous en êtes arrivé au point où il vous faut absolument faire quelque chose ?

S. – Oui, il le faut, absolument. Ça a commencé, je dirais… je peux me souvenir que j’avais 12 ans, la première fois quand on m’a demandé de lire une… une composition que j’avais faite. J’étais assez fier de ça, et quand j’ai été devant la classe, eh bien… euh… mes mains ont commencé à trembler comme tout et il a fallu que je m’asseye. J’étais extrêmement humilié, aussi.

C. – Vous vous sentiez très humilié.

S. – Très.

C. – De quelle façon ?

S. – Par le fait que je me sentais anormal, parce que tous les autres pouvaient le faire et que je ne le pouvais pas.

Indubitablement le meilleur début pour un entretien d’aide est lorsque, comme dans cet extrait, l’individu est sous tension, avide d’aide, et capable de parler de ses problèmes. Cependant, l’examen de cas variés de consultations faites dans des circonstances diverses témoigne d’une façon convaincante en faveur du fait que la psychothérapie peut être un succès dans de nombreux cas où il n’y a aucun désir conscient d’aide. Jim, le jeune garçon cité au chapitre 2, qui trouvait une telle libération à s’attaquer à l’effigie d’argile de son père et qui en vint par la suite à des expressions de sentiments plus positives, n’avait certainement aucun désir conscient d’assistance et probablement non plus aucune connaissance du fait de recevoir de l’aide. On peut mettre sa situation en parallèle avec celle de cette jeune fille de 18 ans, amenée à la clinique par sa mère qui voulait empêcher les projets de mariage de sa fille. Cette jeune fille n’avait aucune connaissance d’un besoin d’aide, et pourtant au fur et à mesure des entretiens, elle se montra capable de relations d’aide très constructives et en fin de compte décida en toute indépendance que son projet de mariage était davantage une intention hostile dirigée contre ses parents qu’un dessein d’association personnelle à vie. De la même manière, on peut citer des cas d’individus qui ont été amenés par contrainte à la situation d’aide psychologique par quelqu’un détenant l’autorité et qui, en dépit d’une résistance initiale à toute forme d’aide, finissent par accueillir l’assistance sous une forme qu’ils peuvent utiliser. Il nous paraît nécessaire d’analyser plus adéquatement les conditions qui font qu’une personne accepte l’aide psychologique offerte par les entretiens.

En supposant que le client éprouve un conflit ou une tension, il semble qu’il y ait deux autres conditions à remplir pour qu’il puisse utiliser de manière constructive la relation d’aide. Tout d’abord, il faut une rencontre physique pour que l’entretien ait lieu. Une telle affirmation peut sembler superflue ; en fait, elle mérite quelque réflexion. Fréquemment, dans des situations où le client est amené à des entretiens d’aide par contrainte (pas par le conseiller, bien sûr), c’est le fait d’être dans la situation qui donne le départ au processus thérapeutique authentique. Ainsi, fréquemment, il est possible de faire bénéficier un enfant de l’aide psychologique dans une maison de détention ou dans une institution et de lui faire acquérir une bonne compréhension de soi et de son problème, alors que ce même individu eût été absolument inaccessible à l’aide s’il avait été libre de décider par lui-même de l’opportunité de ces entretiens. (La consultation dans ce type de situation soulève de nombreuses questions, qui seront discutées dans le prochain chapitre, comme celle des dangers de mélanger le rôle autoritaire avec celui de consultant.)

La présence physique à l’entretien n’est pas suffisante. Le client doit aussi être capable d’expliquer d’une manière ou de l’autre les désirs conflictuels qui ont créé son problème. Cette expression peut passer par la médiation des matériaux de jeu ou des symbolismes d’autres sortes, mais la psychothérapie est impuissante à traiter des sources de problèmes si elles ne sont pas d’une certaine manière amenées dans la relation thérapeutique. Que l’individu puisse exprimer ou non ses sentiments traduit aussi bien l’habileté du psychologue à créer une atmosphère thérapeutique que la nature du client, et l’on doit en tenir compte dans la décision concernant les possibilités de la relation d’aide avec un individu particulier.

Le premier entretien avec Sally, 12 ans, indiquera quelques-unes des difficultés et quelques-unes des possibilités qui existent quand un individu est amené à une situation d’aide par contrainte. La mère de Sally (que nous retrouverons au chapitre suivant) l’a amenée à la clinique parce qu’elle était faible en classe en dépit de son intelligence supérieure, et qu’en plus elle était une source constante de conflit à la maison, particulièrement avec sa sœur. Sally repoussait tout essai de ses parents ou d’autres personnes pour 1’ « atteindre » et se retirait dans son univers privé. Elle se refusait à venir à la clinique pour une consultation diagnostique et cette attitude sembla s’amplifier lorsque, plus tard, on prit des dispositions pour que toutes les deux, la mère et Sally, viennent pour des entretiens de traitement, la mère travaillant avec un clinicien, Sally avec un autre. Ce qui suit est le compte rendu de la première partie du premier entretien de traitement.

Quand on se fut assis, je dis : « C’était plutôt glissant, je suppose, pour venir ici aujourd’hui, ça doit être plutôt mauvais de rouler en voiture par ce temps ». Aucune réponse. « Vous vivez à B…, n’est-ce pas ? ». Grognements qui voulaient dire oui. Elle était assise sur la chaise, les jambes croisées, les lèvres assez fortement serrées, et elle me regardait la plupart du temps – n’évitant pas mon regard.

Après une brève pause, je dis : « Vous vous demandez sans doute pourquoi vous êtes ici et vous ne voulez probablement pas beaucoup y être. » Aucune réponse. Après cette première remarque, j’en fis encore quelques-unes sur le fait que je ne connaissais rien d’elle ou de sa famille, excepté que sa mère avait pensé qu’elle pouvait être aidée à être plus heureuse et à faire mieux des choses que réellement elle était capable de faire. Aucune réponse.

Je continuai : « On ne peut pas exactement expliquer pourquoi, mais il semble que ça aide les gens à redresser les choses et à se sentir mieux s’ils peuvent en parler avec quelqu’un. Maintenant, je ne peux pas ou je ne voudrais pas vous dire ce que vous devriez faire ou ce que vous devriez ressentir. » Sally marmonna : « Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

Je continuai : « Eh bien, naturellement, la plupart des gens qui viennent ici pour parler avec nous viennent de leur plein gré : quand ils sentent qu’ils veulent recevoir de l’aide à propos de choses qui les ennuient. Vous devez sans doute, vous, ressentir cela un peu différemment parce que c’est votre mère qui a cru bon de décider de vous faire venir. Mais il semble que vraiment parler avec quelqu’un aide une personne à mieux réfléchir et à se sentir mieux avec d’autres gens, et peut-être avec elle-même. On ne se sent pas toujours complètement à l’aise avec soi-même. Mon seul but est d’écouter tout ce que vous pouvez avoir à dire sur ce que vous éprouvez et ainsi peut-être vous aider à être plus heureuse en général. »

Le paragraphe précédent n’a pas été dit en un seul coup mais avec des pauses entre les phrases et avec un effort de ma part pour paraître aussi amical et aussi peu sévère que possible. Elle était assise, me regardant la plupart du temps, mâchonnant un cœur d’or qu’elle avait à une chaîne, ou tripotant ses cheveux.

Après une pause, je continuai : « Vous trouvez assez dur de parler à quelqu’un – de mettre dans des mots ce que vous ressentez. » Aucune réponse. Après une autre pause, je dis : « Maintenant je n’ai aucune idée de tout ça – vous, votre famille et tout. Voyons, avez-vous des sœurs ? »

Sally répondit à cette question et à d’autres questions précises par des phrases polies, contenant le minimum de renseignements. Après cette petite conversation, il y eut une autre pause. Le compte rendu continue :

Puis je dis : « Voudriez-vous parler de ce que vous ressentez à propos de n’importe quoi, à propos de vous-même, de votre famille, de l’école, ou de n’importe quoi ? » « Qu’est-ce que vous voulez dire ? » Je dis encore combien il semble effectivement que ça permette aux gens de se sentir mieux de parler à une personne qui ne leur dira pas quoi faire ni ce qu’ils devraient faire. Et j’ajoutai : « C’est en quelque sorte dur pour vous de voir comment ça aiderait. »

Sa réponse fut : « Peut-être que ça aiderait des gens, mais je ne pense pas… » (elle marmonne pour signifier que ça ne l’aiderait pas). « Vous pensez que ça pourrait aider des gens mais que ça ne semble pas vous être très utile. »

Aucune réponse.

Après une pause pendant laquelle nous étions tous les deux immobiles sur nos fauteuils (probablement 55 à 60 secondes), je dis : « Pour vous les filles, est-ce que d’une façon générale ça marche bien dans la famille ? Voyons, quels sont les noms de vos sœurs ? »

Il y eut alors une courte période de questions et de réponses. Sally nomma les membres de sa famille, faisant une phrase complète à propos de leurs querelles, sa première de l’entretien. Après une douzaine de questions, auxquelles elle répond surtout par monosyllabes, le silence tomba à nouveau. Retrouvons le compte rendu :

Après une assez longue pause, je dis encore : « Comme je l’ai déjà dit, il semble bien que ça aide parfois de parler des choses – mais aussi la plupart des gens viennent parce qu’ils le veulent bien. Les étudiants parfois viennent parce qu’ils sentent qu’ils ne font pas aussi bien en classe qu’ils le voudraient et veulent de l’aide. Mais vous, vous êtes venue uniquement parce que votre mère a voulu absolument que vous veniez et non pas parce que vous l’avez voulu. »

Aucune réponse d’aucune sorte.

Je continuai : « Si vous pouviez dire ce que vous éprouvez à être ici… ce que vous direz ne changera rien pour quiconque… vous pourriez dire tout ce que vous ressentez. Cela ne changera rien à ce que j’éprouve, car mon unique pensée est d’aider. » Pause brève. « De quelle façon pourriez-vous dire ce que vous éprouvez à être ici ? »

Sally répliqua : « Je ne voulais pas… Je préférais plutôt pas. » J’inclinai la tête en signe d’assentiment lorsqu’elle s’arrêta, et je dis que c’était tout à fait normal qu’elle éprouve cela… qu’il fallait s’y attendre… que ça n’était pas son idée de venir. Elle ajouta, sur un ton assez plaisant : « Je ne voulais pas vraiment, je ne voulais pas vraiment… mais je viens. » – « En même temps vous pensez que ce n’est pas vous qui avez choisi. » Aucune réponse.

Après une pause, je demandai : « Y a-t-il des choses auxquelles vous pensez souvent, des problèmes ou n’importe quoi… dont vous voudriez parler ? » – « Eh bien, la seule chose à laquelle je pense beaucoup, ce sont mes notes à l’école. »

J’acquiesçai de la tête et dis : « Ces choses-là vous tracassent en quelque sorte. » – « Oui, et je réfléchis à ce que ce serait d’être rétrogradée chez les plus petits. » « Vous pensez que ça ne serait pas très agréable. » (Silence.) Puis je dis, parce qu’il m’apparut que je n’étais pas tout à fait sûr d’avoir compris : « C’est déjà arrivé ou est-ce que cela pourrait arriver ? » « Oh, ça pourrait, mais je ne pense pas que ça arrivera. J’ai des C et des D et je pense que je passerai. C’est seulement avec les F que je me tracasse. Mais je ne pense pas que j’aurai ça. »

A partir de là, Sally devint graduellement plus libre, parla de ses notes en classe, de sa haine de l’école, de ses projets pour devenir une mère de famille. Cet extrait illustre admirablement le fait que même l’individu le plus fortement résistant, amené par contrainte à une situation où il se met en posture de lutte, peut graduellement devenir capable d’accepter de l’aide. Ce n’est probablement pas une coïncidence si le tournant de ce contact manipulé avec habileté se situe au moment où Sally est capable d’exprimer sa résistance à venir et s’aperçoit que ce sentiment est aussi accepté par le conseiller. À la suite de cela, son hostilité décroît et elle est davantage capable d’utiliser la situation. On doit dire que dans le second entretien elle montra à nouveau une résistance également grande et un refus de parler pendant presque toute l’heure, mais par la même méthode le psychologue travailla lentement à obtenir un type constructif de relation.

Sally illustre le fait que, bien qu’un désir conscient d’aide soit précieux, il peut y avoir progrès dans la relation, même dans le cas d’une grande résistance à la situation d’aide, si le face à face a lieu et si le client peut trouver des façons d’exprimer les problèmes qui sont réellement les siens.

Avec l’adulte complètement indépendant, l’occasion d’entrevues ne semble pas pouvoir exister à moins d’un réel désir d’assistance. Deux études faites au Smith College School of Social Work confirment cela10. Une enquête dans deux cliniques de conseil pédagogique a montré que lorsque les parents amènent leurs enfants sous contrainte à la clinique, simplement parce que l’administration de l’école ou du tribunal le leur a conseillé, on peut s’attendre à peu de progrès du traitement. D’un autre côté, si le parent veut de l’aide pour son enfant, ou encore mieux, s’il veut un traitement pour son enfant et pour lui-même, on peut s’attendre à un succès du traitement. Il est possible d’évaluer ces attitudes parentales au cours du premier entretien.

Le client est-il indépendant du contrôle familial ?

Il y a encore une question que le conseiller doit considérer s’il projette de privilégier le travail thérapeutique, particulièrement chez l’enfant et chez l’adolescent : c’est la nature du lien affectif du client avec sa famille. Aussi longtemps que l’enfant dépend affectivement de ses parents, soumis au contrôle parental, et vivant dans sa famille, la relation d’aide avec l’enfant seul est très souvent un échec, et peut même accroître ses difficultés. Nous devons nous rappeler encore que l’une des hypothèses concernant les résultats de la consultation est que l’individu possède la capacité et la possibilité de prendre effectivement à son compte des actes concernant son existence, une fois qu’un certain degré de compréhension de sa situation est obtenu. Dans le cas d’un enfant, cette hypothèse est bien rarement justifiée. La psychothérapie efficace avec un jeune garçon ou une jeune fille implique habituellement le traitement simultané du parent le plus concerné, afin que le parent et l’enfant puissent opérer de concert les changements qui amélioreront l’adaptation. Sinon, la thérapie de l’enfant seul peut simplement réussir à le fixer dans une opposition fondamentale à ses parents et à aggraver son problème. Dans le traitement avec l’enfant seul, on court aussi le risque de rendre le parent jaloux et de le mettre en opposition quand il découvre que le thérapeute entretient avec le garçon ou avec la fille une relation étroite. Et ceci se produit même quand le parent désire intellectuellement que l’enfant ait une aide thérapeutique.

Le tableau est tout à fait différent quand l’individu dépendant se trouve hors de la sphère de la protection et du contrôle parentaux. Tout consultant connaît des étudiants qui sont aussi dépendants que l’enfant moyen de dix ans : individus qui n’ont jamais choisi leurs propres vêtements, qui n’ont jamais pris leurs propres décisions, qui n’ont jamais été responsables de leurs actions et qui comptent totalement sur leurs parents. Les étudiants, spatialement éloignés de la maison par leur travail à l’université11, sont incontestablement accessibles à l’aide psychologique. Le conflit entre leur désir de dépendance et l’exigence d’une vie indépendante que l’université leur offre, crée une tension qui doit être résolue.

Ainsi nous pouvons dire que pour que le processus de l’aide psychologique soit efficace avec un jeune, il est habituellement nécessaire que l’enfant ou l’adolescent soit émotionnellement ou spatialement libéré du contrôle familial. Les seules exceptions à cela sont les cas, plus rares qu’on ne le suppose, où le problème de l’enfant n’est en aucune façon lié aux relations parents-enfant. Ainsi nous pouvons donner à un enfant l’aide de la consultation ou des cours particuliers quand son problème est une incapacité à lire.

La même chose est peut-être vraie de l’adolescent qui fait un choix professionnel, mais là encore, à moins d’un degré important d’indépendance affective à l’égard de la famille, on peut s’attendre à ce que l’aide psychologique soit plutôt inefficace.

Le client a-t-il l’âge, l’intelligence et la stabilité suffisantes ?

Quoique notre information soit mince, il y a des raisons de supposer que la relation d’aide est une méthode plus appropriée et dont les chances de succès sont meilleures avec certains niveaux d’âge et d’intelligence qu’avec d’autres. Nous avons déjà montré clairement que dans l’actuelle sélection clinique des cas en vue d’un traitement par entretiens, il y a une tendance à sélectionner des personnes d’aptitudes intellectuelles essentiellement normales. Il est assez rare qu’un inadapté, dont le niveau intellectuel est situé à la limite ou au-dessous de la normalité, soit orienté vers le traitement psychothérapique.

Healy et Bronner, dans leur étude précédemment citée, donnent une indication plus remarquable encore, la plus valable à ce jour dans ce domaine. On se souvient que cette recherche traite des résultats de traitement de 400 cas sélectionnés pour une psychothérapie intensive. On y découvre une relation frappante entre l’intelligence et le résultat. Parmi les enfants au Q.I. allant de 70 à 79, 66 % présentèrent une évolution défavorable, avec problèmes non résolus ou s’aggravant ; parmi ceux qui avaient des Q.I. de 80 à 89, il y eut 23 % d’échecs ; parmi ceux qui avaient des Q.I. de 90 à 109, 21 % d’échecs et dans le groupe supérieur, au Q.I. au-dessus de 110, seulement 10 % présentèrent une évolution défavorable12. Les auteurs font remarquer, avec sagesse, que ces indications doivent être interprétées avec prudence, et que les résultats défavorables peuvent être dus à des circonstances concomitantes qui accompagnent si souvent une faible intelligence plutôt qu’à la faible intelligence elle-même. De toute façon, ces conclusions nous conduisent à examiner avec soin l’individu d’une intelligence faible avant de décider si l’entretien d’aide est la meilleure méthode de traitement.

L’âge est un facteur encore plus incertain. Il semble clair que l’individu trop âgé est moins apte à se réorienter lui-même, ou à réorganiser sa vie aussi efficacement qu’un individu plus jeune. L’âge chronologique est cependant une mesure pauvre de la plasticité d’une personne, et tout ce que peut-être on peut affirmer est qu’on doit examiner soigneusement cette question quand le client a dépassé 50 ans. La limite d’âge inférieure, également, est floue. La psychothérapie, sous la forme de la thérapie par le jeu, est certainement efficace avec des enfants de 4 ans ; la thérapie dans laquelle l’expression est entièrement verbale, ne serait pas à utiliser au-dessous de 10 ans. Entre 4 et 10 ou 12 ans, une certaine utilisation des techniques de jeu est presque certainement à conseiller, puisque la verbalisation des sentiments significatifs n’est pas facile pour un enfant de cet âge.

Un autre élément à prendre en considération, impliqué dans la précédente discussion, est la stabilité de l’individu. L’expérience clinique et une certaine somme d’évidences tirées de la recherche expérimentale indiquent toutes deux que l’individu très instable, particulièrement quand cette instabilité semble avoir un fondement organique ou héréditaire, représente un risque à ne pas prendre pour la psychothérapie, ni en fait pour toutes les méthodes de traitement de longue durée. Dans l’étude de Healy et Bronner qui vient d’être mentionnée, il y a des éléments qui portent sur ce point. Parmi les individus qui ont été diagnostiqués comme ayant certainement ou probablement une personnalité anormale (groupe qui inclut les « personnalités psychotiques », « les inférieurs constitutionnels » et les cas de détérioration cérébrale), 7 présentèrent par la suite une évolution favorable, 37 une évolution défavorable. Bien que ceci semble convaincant, la même étude montre à l’évidence combien ténue est la distinction. Parmi les 9 cas comportant des symptômes nettement psychotiques, ou quelques caractéristiques psychotiques, tous réagirent favorablement au traitement. Parmi les 17 classés nettement névrosés ou atypiques, 15 réagirent favorablement et 2 seulement évoluèrent défavorablement. Pour interpréter de façon satisfaisante ces résultats apparemment contradictoires, il faudra sans doute attendre d’autres recherches. Il se pourrait bien que l’instabilité organique soit plus importante dans le premier groupe que dans le second et le troisième, mais notre information est insuffisante pour élucider ce point.

Une preuve supplémentaire est à tirer d’une autre étude faite sous ma direction au Rochester Guidance Center, suite de l’étude des 200 cas précédemment mentionnée13. Dans une recherche entreprise pour déterminer le sens des différents types de symptômes et les différents syndromes, les problèmes infantiles ont été soigneusement classés. On découvrit que les cas d’ « hyperactivité » entraînaient avec eux la probabilité d’un échec du traitement. Pour les buts de l’étude, cette catégorie était définie comme suit : « l’hyperactivité (nervosité) inclut les types de comportement qui suggèrent une base physiologique, mais dont le diagnostic médical très précis a pu ou non être fait ». L’activité excessive et l’agitation, le maniérisme nerveux et les tics, le comportement capricieux et incontrôlé, étaient parmi les symptômes classés dans cette catégorie. Les enfants qui présentaient ce genre de difficultés devaient vraisemblablement, en particulier, présenter d’autres problèmes sérieux de comportement et d’attitudes. Ils réagissaient aussi moins bien au traitement, y compris à la psychothérapie. Il est assez intéressant de noter qu’après deux années de traitement, l’hyperactivité elle-même avait souvent disparu mais que presque deux tiers des enfants de ce groupe présentaient encore de sérieux problèmes. Bien que les catégories de cette étude ne soient en aucune façon superposables à celles de Healy et Bronner, les deux recherches semblent avoir en commun quelques facteurs parallèles intéressants qui suggèrent l’importance de l’instabilité, si l’on peut la définir d’une manière adéquate.

Critères d’essai.

Après avoir discuté des éléments et des questions variées que le consultant doit examiner dans ses premiers rendez-vous avec le client, nous pouvons tenter de les définir et de les préciser davantage en les mettant sous la forme de critères. Dans les 3 sections qui suivent, nous avons voulu énoncer les critères qui permettent de savoir si l’aide psychologique directe ou la psychothérapie sont ou ne sont pas indiquées en tant que traitement privilégié dans des cas particuliers. Il faut insister sur le fait que ce sont des critères expérimentaux, et que l’une des raisons pour lesquelles ils sont énoncés d’une façon aussi déterminée que possible est d’encourager leur modification ou leur vérification par une approche expérimentale.

Conditions d’indication de l’aide psychologique ou de la psychothérapie.

A partir des éléments donnés dans les précédentes sections de ce chapitre, il semblerait que le traitement par entretiens d’aide psychologique, impliquant des visites régulières et prolongées, soit recommandé lorsque sont réunies toutes les conditions suivantes :

1. L’individu est en proie à une certaine tension, provoquée par des désirs personnels incompatibles ou par le conflit entre les exigences sociales ou de l’environnement, et les besoins de l’individu. La pression et la tension ainsi créées sont plus grandes que la tension suscitée par l’expression de ses sentiments sur son problème.

2. L’individu possède une certaine capacité de faire face à la vie. Il a une capacité et une stabilité suffisantes pour exercer un certain contrôle sur les éléments de sa situation vécue. Les conditions d’existence qu’il a à affronter ne sont pas objectivement néfastes et inchangeables au point qu’elles rendent impossible leur contrôle ou leur transformation.

3. L’individu a la possibilité matérielle d’exprimer ses tensions conflictuelles au cours d’entretiens fixés par le consultant.

4. Il est capable d’exprimer ses tensions et ses conflits soit verbalement, soit par d’autres moyens. Un désir conscient d’aide est utile, mais pas absolument nécessaire.

5. Il est relativement indépendant, soit affectivement, soit spatialement, d’un contrôle familial étroit.

6. Il est relativement exempt d’instabilité excessive, particulièrement de nature organique.

7. Il possède une intelligence suffisante pour affronter ses situations existentielles, et son niveau est compris entre « légèrement au-dessous de la normale » et « au-dessus »…

8. Il a un âge convenable : suffisamment âgé pour affronter la vie de façon assez indépendante, suffisamment jeune pour être capable d’une certaine plasticité adaptative. Du point de vue chronologique, on peut dire qu’en gros il a entre 10 et 60 ans.

Conditions d’indication de thérapie directe avec l’enfant et les parents.

Il est évident que les facteurs qui permettent à juste titre de commencer des entretiens thérapeutiques avec le parent et l’enfant séparément sont similaires mais non identiques à ceux qui permettent de recommander les entretiens thérapeutiques à un individu. Voici ces facteurs énoncés ici, et nous avons particulièrement souligné les points où les critères sont différents.

La thérapie directe avec le parent et l’enfant, par des consultants différents, semble recommandée quand toutes les conditions suivantes sont remplies :

1. Les problèmes de l’enfant sont dus, à un degré important, à la relation parents-enfant.

2. L’enfant n’est pas encore affectivement ou spatialement indépendant de sa famille.

3. Soit le parent, soit l’enfant (presque toujours le premier) ressent le besoin d’aide, créant ainsi l’occasion de traiter la situation.

4. Le parent est relativement « traitable », ce qui signifie que :

a) Il a des satisfactions, en dehors de la relation parent-enfant, soit dans ses relations sociales ou conjugales, soit dans des réalisations personnelles ;

b) Il est raisonnablement stable ;

c) Il possède une intelligence dont le niveau est compris entre légèrement au-dessous de la normale et au-dessus ;

d) Il est suffisamment jeune pour être capable d’une certaine plasticité d’adaptation.

5. L’enfant est relativement « traitable », ce qui signifie que :

a) Il est relativement exempt d’instabilité d’origine organique ;

b) Il a une intelligence dont le niveau est compris entre légèrement au-dessous de la normale et au-dessus ;

c) Il est suffisamment âgé pour exprimer ses attitudes à travers un matériel de jeu ou par d’autres moyens dans la situation thérapeutique. Ordinairement, cela signifie un âge chronologique de 4 ans au moins.

Conditions d’indication d’un traitement par l’environnement ou traitement indirect.

Il nous faut avoir clairement à l’esprit non seulement les conditions qui indiquent que le traitement par entretien d’aide est nettement préférable, mais aussi les facteurs qui sont en faveur d’un traitement indirect. Ce qui suit est un essai d’établissement de la liste de ces critères. À la différence des listes précédentes, la présence de n’importe laquelle de ces conditions est probablement suffisante pour justifier l’indication d’un traitement par l’environnement plutôt que tout autre type de psychothérapie.

1. Les facteurs qui composent la situation existentielle de l’individu sont si défavorables que même si ses attitudes et sa compréhension du problème étaient changées, il ne pourrait pas faire face à sa situation. Des épreuves destructives dans le groupe familial ou social, ou un environnement négatif, ajoutés à ses propres insuffisances du point de vue de la santé, des aptitudes et des moyens d’existence, rendent l’adaptation très improbable à moins que l’environnement ne soit changé.

2. L’individu est « inaccessible à l’entretien », en ce que malgré des occasions et des efforts raisonnables, il n’arrive pas à trouver les moyens par lesquels il pourrait exprimer ses sentiments et ses problèmes. (Un exemple serait l’individu très replié sur lui-même dans les débuts d’une psychose schizophrénique, et qui ne peut exprimer ses attitudes conflictuelles pourtant évidentes.)

3. Le traitement effectif par l’environnement est plus simple et plus efficace qu’une approche thérapeutique directe. Il est probable que cette condition ne prévaut que lorsque la situation créatrice de problèmes provient presque entièrement de l’environnement : une orientation scolaire inadéquate, un lieu de résidence défavorable, un chef irritable et incompétent, ou quelque autre facteur de l’environnement responsable du problème.

4. L’individu est trop jeune ou trop vieux, il a l’esprit trop engourdi, ou il est trop instable, pour une forme directe de thérapie (Voyez les précédentes sections pour des définitions plus exactes de ces conditions.)

Quelques commentaires sur ces critères résumés ne seraient pas hors de propos. Il est évident qu’on ne doit pas les appliquer aveuglément ou mécaniquement. Leur dessein est de servir de guide à une pensée intelligente et non pas de se substituer à cette pensée. Ils ne recouvrent pas toutes les situations qui se présentent. Par exemple, ils sont destinés à préciser quel doit être le souci primordial du consultant, mais ils n’essayent pas d’indiquer les aspects ultérieurs de son observation. Ainsi, la psychothérapie peut être indiquée, par décision seconde, alors que îa première approche des conditions du cas orientait vers une thérapie par l’environnement ; ou encore, on croit finalement sage de faire un traitement indirect alors qu’on a personnellement la plus grande confiance dans la psychothérapie. En bref, ces critères ne sont pas destinés à autre chose qu’à clarifier, et à amener plus nettement au centre de la réflexion les facteurs des décisions qui doivent être prises de toute façon.

On voit que d’après les critères donnés ci-dessus, certains individus sont caractérisés comme adaptables ou inadaptables à un traitement par entretiens thérapeutiques. Ainsi, les étudiants mal adaptés sont presque toujours de « bons » candidats pour l’aide psychologique parce que, dans la plupart des cas, ils sont capables de transformer certains aspects de leur existence, ils sont presque toujours d’un âge et d’une intelligence convenables, ils tendent à avoir au moins un minimum de stabilité et à être partiellement libérés du contrôle familial. Le plus souvent ces caractéristiques s’appliquent aussi aux individus qui sont mal adaptés à leur existence conjugale. D’un autre côté, le psychotique à la phase de début, lorsqu’il commence à perdre contact avec la réalité, est souvent incapable de profiter de l’aide psychologique, soit parce qu’il est si replié sur lui-même qu’il ne peut exprimer ses tensions et ses conflits, soit parce qu’il n’a plus de stabilité suffisante pour exercer un contrôle sur sa situation vécue. Les débiles sont aussi de « mauvais » candidats à l’entretien thérapeutique parce que, de toute évidence, ils n’entrent pas dans les critères ci-dessus. Pas plus que le type de traitement décrit ci-dessus ne convient à un individu bien adapté qui ne ressent aucune tension désagréable dans son adaptation à la vie. On néglige souvent ce dernier fait quand on instaure des programmes institutionnels d’aide psychologique en supposant que l’épreuve de la consultation est nécessaire à tout le monde. Au contraire, l’assistance psychologique est une méthode qui, dans son principe, apporte de l’aide à ceux qui souffrent de tensions et de désadaptations bien définies.

Ces commentaires sont destinés à rendre clair le fait que les individus diffèrent selon le degré auquel ils satisfont aux critères expérimentaux proposés. On admettra, cependant, qu’il y a toujours des exceptions aux lois générales, et qu’on doit examiner soigneusement chaque cas de désadaptation pour déterminer quel sera le traitement approprié.

Que devient l’histoire du cas ?

Certains lecteurs trouveront bizarre que nous discutions des conditions variées qui influencent le choix du traitement et prescrivent le type de thérapie, sans une discussion de l’histoire complète du cas sur la base de laquelle (ils le supposent) les décisions ont été prises. L’omission a été délibérée, mais avant d’abandonner complètement le sujet, nous porterons notre attention sur cette question.

Certes, la place et l’importance à accorder à l’histoire du cas en psychologie clinique et dans le travail d’assistance sont reconnues depuis longtemps. Cependant, malgré la grande importance qu’on lui a naguère accordée, l’histoire du cas (l’histoire du sujet) a aujourd’hui un statut clinique moins clair. Examinons la question dans ses rapports avec la présente discussion.

L’histoire complète du cas, avec la richesse de son matériel concernant le développement de l’individu et de ses attitudes, avec le tableau détaillé et complet de son cadre social et des forces qui l’ont influencé, est d’une haute importance pour un diagnostic complet et satisfaisant. Ne nous y trompons pas. Pour une pleine compréhension des forces du Moi et des structures du vécu, l’histoire complète du cas est notre meilleure méthode d’approche.

Mais il est de fait que parfois la reconstruction d’une histoire suffisante du cas interfère nettement avec le processus de traitement. En conséquence, il arrive que nous soyons devant un choix désagréable : préférons-nous un tableau diagnostique complet et précis de l’individu, ou voulons-nous qu’il fasse des progrès dans la résolution de ses problèmes ? Voyons comment ce dilemme se produit.

Quand le psychologue prend l’attitude de quête d’informations, ce qui est nécessaire pour la constitution d’une bonne histoire du cas, le client ne peut s’empêcher d’éprouver que la responsabilité de la solution de ses problèmes est prise par le conseiller. Quand le psychologue dit en effet : « Je voudrais que vous me parliez de vos problèmes et de vous-même, de vos antécédents et de votre évolution, de votre éducation et de votre histoire médicale, de vos expériences familiales et de votre environnement social »,… il donne aussi à entendre nettement l’assurance supplémentaire : « Et alors je pourrai vous dire comment résoudre vos problèmes ». Si le traitement qui est indiqué est une thérapie par l’environnement, cette attitude réactionnelle de la part du client est sans inconvénient. Elle peut, en fait, le rendre plus apte à accepter les changements de l’environnement parce qu’ils ont été fondés sur une connaissance approfondie. Mais si le traitement est par entretiens d’aide ou par psychothérapie, cette attitude rend le traitement plus difficile. Le client a fourni, en réponse à un questionnaire plein de nuances, toutes les informations qu’il a pu donner. En retour, il s’attend à recevoir la solution de ses problèmes. Tout effort pour lui faire prendre la responsabilité de sa propre situation, pour essayer de trouver un type d’adaptation qui soit réaliste et remis en son pouvoir, sera nécessairement interprété comme un refus délibéré de la part du psychologue de lui donner les réponses. Il est plus simple pour l’aidant d’entreprendre un traitement qui construit l’indépendance du client et se meut dans la direction d’un développement de la maturité, s’il n’a jamais été impliqué dans une épreuve de reconstruction historique du cas.

C’est pour cette raison que les critères qui ont été donnés dans ce chapitre ont trait primordialement aux éléments qui peuvent être estimés sans le recours à une histoire élaborée du cas. Des estimations préliminaires, basées sur la première entrevue, peuvent être faites dans bien des circonstances à partir de tous les critères indiquant l’opportunité de l’entretien d’aide. Le degré de tension est presque toujours quelque chose qui peut être diagnostiqué par une observation serrée. Que la tension du client soit suffisante pour faire plus qu’équilibrer l’angoisse de parler de ses problèmes est une question plus subtile, et souvent on ne pourra complètement y répondre que lorsque la séance sera avancée. Que les conditions pour des séances de thérapie soient réalisables, que le client soit relativement indépendant de sa famille… ces questions sont habituellement claires après la première visite. De la même façon, les questions concernant l’âge, l’intelligence et la stabilité requises sont des questions auxquelles souvent une simple observation vigilante du psychologue peut répondre. La question de savoir si l’individu est suffisamment capable d’exprimer ses conflits peut ou non recevoir une réponse au départ et peut requérir de nombreux entretiens. Le critère qui a le plus de chances de causer des difficultés est la question de savoir si le client a la possibilité de contrôler ou de changer sa situation de vie. Dans de nombreux cas, la réponse peut être évidente. L’adulte moyen, l’étudiant typique du secondaire ou de l’université ont, dans la plupart des cas, quelques possibilités pour traiter effectivement leur situation d’adaptation vitale. Avec certains individus, cependant, foncièrement handicapés par leurs propres insuffisances ou par la nature destructrice de leur environnement, cette décision peut être très difficile. Dans ces cas, il est sage d’entreprendre une étude diagnostique minutieuse avant de prendre une décision sur la forme de traitement qui semblera la plus adaptée. Pour ces sujets en effet, le fait de commencer une psychothérapie sans une étude diagnostique ne peut que plonger le client plus profondément dans le désespoir à mesure que sa prise de conscience croissante lui rend plus manifestes ses propres manques. En conséquence, même si l’étude diagnostique risque d’interférer quelque peu avec le processus d’aide, elle est nettement recommandable ici.

Nous pouvons résumer ces commentaires en disant que dans de très nombreux cas le traitement par entretiens peut commencer immédiatement, dès la première séance, sans étude diagnostique, et que cette procédure est entièrement justifiée si le psychologue est vigilant et averti des aspects cruciaux des tableaux cliniques tels qu’ils se révèlent au cours du premier entretien. Dans d’autres cas, on peut conseiller une étude diagnostique exhaustive avant de choisir l’orientation la plus prometteuse du traitement. Dans tout ceci, il faut garder clairement à l’esprit que c’est le développement de la maturité du client qui est le plus important, et que les outils du travail clinique doivent être choisis en gardant présent à l’esprit ce but essentiel. Si le psychologue effectue une étude complète du cas, il faut que ce soit ainsi parce que c’est la manière la plus propre vraisemblablement à seconder le client dans son effort pour réaliser une adaptation normale. S’il s’abstient de faire une telle étude, ce doit être précisément pour la même raison, à savoir que dans ce cas il peut plus facilement favoriser la croissance du client en procédant immédiatement au traitement, et en évitant les implications malheureuses d’une étude historique complète du cas.

Tout ce dilemme doit être exprimé dans les termes les plus nets. En fait, la question n’est pas de savoir si le conseiller possédera des informations concernant son client ou restera ignorant. La question est de savoir s’il mettra la quête des informations au-dessus de toute autre considération. Au cours des entretiens d’aide psychologique, l’individu a beaucoup plus de chances de révéler les forces authentiquement dynamiques de son expérience, les formes cruciales de son comportement vital, que par une méthode plus formelle de recherche historique. De cette façon, le psychologue apprend graduellement les importantes séries d’événements motivants, même s’il y a de grands trous dans sa connaissance des événements superficiels et extérieurs de la vie du client.

Résumé.

Que le client vienne de son propre gré ou soit envoyé, le psychologue commence par prendre, à partir de sa première connaissance de l’individu, certaines décisions concernant la méthode de traitement la plus indiquée. Si nous analysons les éléments de cette décision avec soin, nous découvrons que nous pouvons construire des critères au moyen desquels ces choix peuvent être faits plus intelligemment. Souvent ces décisions peuvent être prises à partir d’évidences constatées durant la première visite du client, sans besoin d’un diagnostic complet, et sans reconstituer l’histoire complète du cas. Dans ce chapitre, nous avons discuté les critères qui désignent l’entretien thérapeutique comme la meilleure méthode, les critères qui font choisir une thérapie séparée avec le parent et l’enfant, et les conditions qui constituent des contre-indications de la thérapie directe et font ressortir que la sagesse est de mettre primordialement l’accent sur le traitement par l’environnement.


5 Alexander, Franz et Healy, William. Roots of crime. New York : Alfred A. Knopf, 1935, 305 p.

6 Healy, William. (« Psychoanalysis of Older Offenders »), American Journal of Orthopsychiatry, vol. 5 (January, 1935) : p. 27-28.

7 Rogers, Carl R. The Clinical Treatment of the Problem Child., chap. III, « The Component – Factor Method of Diagnosis ». Boston : Houghton Mifflin Company, 1939.

8 Bennett, C. C., and Rogers, C. R., « Predicting the Outcomes of Treatment », American Journal of Orthopsychiatry, vol. 11 (April, 1941), p. 210-221. Cet article donne les découvertes les plus importantes de l’étude, mais les laits qui sont présentés ici proviennent des matériaux non publiés de cette recherche.

9 Les répartitions sont en fonction d’une échelle en 7 points, allant de zéro à six, 3,0 représentant la moyenne hypothétique de la population générale.

10 Mills, Harriet J., « The Prognostic Value of the First Interview », Smith College Studies in Social Work, vol. 8, n. 1 (September, 1937), p. 1-33.

Ritterskamps, Louise, « The First Interview as a Guide to Treatment », Smith College Studies in Social Work, vol. 8. n. 1 (September, 1937), p. 34-84.

11 N.D.T. – Aux États-Unis, les étudiants d’université font souvent leurs études dans une autre ville que celle où ils vivent avec leurs parents. Elle en est souvent très éloignée.

12 Healy William, and Bronner, A. F., Treatment and what happened after ward, p. 34.

13 Bennett, C. C., and Rogers, C. R., « The Clinical Significance of Problem Syndromes », American Journal of Orthopsychiatry, vol. 11 (April, 1941), p. 222-229.