CHAPITRE IV
SUR CERTAINES DIRECTIONS DU PROCESSUS THÉRAPEUTIQUE

[Préface]

La seconde partie, qui décrit brièvement le processus de dévolution du client, est centrée cependant sur la relation qui rend possible cette évolution. Dans le présent chapitre, et dans le suivant, nous envisagerons beaucoup plus spécifiquement la nature de l’expérience de l’évolution telle que le client la ressent.

J’ai une certaine tendresse personnelle pour ce chapitre. Il a été écrit en 1951-52 à une époque où je faisais un réel effort pour arriver à ressentir, puis à exprimer, les phénomènes qui semblaient être au cœur de la thérapie. Mon livre, La thérapie centrée sur le client, venait d’être publié, mais j’étais déjà mécontent du chapitre sur le processus de la thérapie, qui avait été écrit, il est vrai, quelque deux ans auparavant. Je voulais trouver un moyen plus dynamique de communiquer ce qui arrive à la personne.

Je pris alors le cas d’une cliente dont la thérapie avait eu beaucoup d’importance pour moi, et que j’étudiais aussi sous l’angle de la recherche, et sur cette base, j’essayai d’exprimer les perceptions provisoires du processus thérapeutique telles qu’elles émergeaient en moi. Je me sentais plein de courage, et en même temps très peu sûr de moi, lorsque j’affirmais que dans une thérapie réussie, les clients semblent en arriver à éprouver une réelle affection pour eux-mêmes. Je me sentais encore moins sûr en proposant l’hypothèse que le fond de la nature humaine est essentiellement positif. Je ne pouvais prévoir alors que ces deux affirmations se verraient confirmées de plus en plus par mon expérience.

*

Le processus de la psychothérapie, tel que nous avons appris à le connaître grâce à l’orientation centrée sur le client, est une expérience unique et dynamique, différente suivant chaque individu, mais manifestant une légitimité et un ordre étonnants par leur généralité. Tout en étant de plus en plus impressionné par le caractère inévitable de bien des aspects du processus, je m’exaspérais de plus en plus devant le genre de questions qu’on pose si souvent à ce sujet : « Cela guérira-t-il une névrose obsessionnelle ? « Vous ne prétendez tout de même pas que cela effacera un état psychotique de base ? » « Est-ce qu’on peut s’en servir pour régler des problèmes conjugaux ? » « Peut-on l’appliquer aux bégayeurs ou aux homosexuels ? » « Est-ce que les guérisons sont permanentes ? » Ces questions, et d’autres du même genre sont tout aussi compréhensibles et raisonnables que celle de savoir si les rayons gamma peuvent guérir les engelures. Ce ne sont pas toutefois les questions à poser si on cherche à approfondir la nature ou l’extension de la psychothérapie. Je voudrais ici poser une question qui me semble beaucoup plus vitale sur ce processus passionnant et légitime que nous nommons thérapie, et tenter, au moins partiellement, d’y répondre.

Permettez-moi de présenter la question ainsi. Que ce soit grâce à la chance, à une compréhension pénétrante, à la connaissance scientifique, ou à la combinaison de tous ces éléments, nous avons appris à mettre en route un processus susceptible d’être décrit, et qui semble comporter une série de phases se succédant dans un certain ordre, plus ou moins identique d’un client à l’autre. Nous connaissons au moins quelques-unes des attitudes nécessaires pour amorcer un tel processus. Nous savons que si le thérapeute adopte intérieurement vis-à-vis de son client une attitude de profond respect, d’acceptation totale du client tel qu’il est, et de confiance dans les capacités potentielles du client à résoudre ses propres problèmes ; que si ces attitudes sont imprégnées de chaleur suffisante pour les transformer en une sympathie ou affection profonde pour la personne dans son essence ; que si un niveau de communication est atteint où le client puisse commencer à percevoir que le thérapeute comprend les sentiments qu’il éprouve et les accepte en profondeur, alors nous pouvons être certains que le processus est déjà en marche. A ce moment, au lieu de nous efforcer de faire servir ce procédé à nos objectifs personnels – si légitimes soient-ils – posons la seule question qui puisse réellement faire avancer la science. Demandons-nous : « Quelle est la nature de ce processus ? Quelles semblent être ses caractéristiques intrinsèques, quelle direction ou quelles directions adopte-t-il, et quels sont, s’il en existe, les points d’aboutissement de ces processus ? » Quand Benjamin Franklin observait Tetincclle qui jaillissait de la clé placée sur la corde de son cerf-volant, il ne se préoccupa pas, grâce à Dieu, de l’application immédiate et pratique de sa découverte. Il se mit au contraire à chercher quel processus de base rendait possible un tel phénomène. Je demande instamment qu’on fasse la même chose en ce qui concerne la thérapie, et qu’on essaie avec un esprit ouvert de décrire, d’étudier, et de comprendre le processus de base, plutôt que de le fausser pour l’adapter à nos besoins cliniques, ou à nos dogmes préconçus, ou aux éléments fournis par quelque autre science. Examinons-le patiemment pour ce qu’il est, en lui-même.

J’ai récemment tenté une description de la thérapie centrée sur le client [3]. Je ne recommencerai pas ici, sauf pour dire que les témoignages fournis par la pratique et par la recherche manifestent l’apparition de certaines constances dans le processus : accroissement des analyses pénétrantes, maturité accrue des comportements rapportés par le client, attitudes plus positives ; changements dans la perception et l’acceptation du moi ; changement d’orientation dans le lieu d’évaluation, passant de l’extérieur à l’intérieur du moi ; incorporation d’expériences précédemment refusées dans la structure du moi ; changements dans la relation thérapeutique ; et changements caractéristiques dans la structure de la personne, dans le comportement, et dans les réactions physiologiques.

Quelle que soit l’imperfection de certaines de ces descriptions, elles constituent un essai de compréhension du processus de la thérapie centrée sur le client tel qu’il est en lui-même, vu à travers l’expérience clinique, l’enregistrement électronique des entretiens, et les quelque quarante études qui ont été effectuées en ce domaine.

Mon but est ici d’aller plus loin, et de formuler certaines tendances de la thérapie sur lesquelles on a moins insisté. Je décrirai certaines des directions et certains des points d’aboutissement qui semblent inhérents au processus thérapeutique, et que nous n’avons commencé à distinguer clairement que depuis peu ; il y a là des éléments qui semblent très significatifs, mais sur lesquels n’existe encore aucun travail de recherche. Pour clarifier, je prendrai des exemples tirés d’entretiens enregistrés avec une seule cliente. Je limiterai également ma discussion au processus de la thérapie centrée sur le client, puisque j’en suis venu à admettre malgré moi la possibilité que le processus, les directions et les points d’aboutissement de la thérapie puissent différer selon les orientations thérapeutiques.

L’expérience immédiate du moi potentiel

Un des aspects du processus de la thérapie qui est évident dans tous les cas peut être appelé la conscience de l’expérience, ou même « l’expérience immédiate de l’expérience ». Je l’ai appelé ici l’expérience immédiate du moi, quoique ce terme ne soit pas non plus tout à fait exact. Dans la sécurité de la relation avec un thérapeute centré sur le client, dans l’absence de toute menace présente ou possible contre son moi, le client peut se permettre d’examiner différents aspects de son expérience exactement comme il les ressent, comme il les perçoit à travers son système sensoriel et viscéral, sans les déformer pour les adapter à la conception26 qu’il se fait de lui-même. Un grand nombre de ces éléments apparaissent en extrême contradiction avec cette idée de soi, et ne pourraient pas normalement être éprouvés avec toute leur force, mais au sein de cette relation rassurante, le client peut leur permettre de percer jusqu’à la conscience sans subir de déformation. Il lui arrive donc souvent de suivre ce schéma : « Je suis tel et tel, mais j’éprouve ce sentiment qui est sans aucun rapport avec ce que je suis » ; « J’aime mes parents mais j’éprouve parfois une surprenante amertume à leur égard » ; « En réalité je ne vaux rien, mais j’éprouve parfois le sentiment que je suis mieux que tout le monde ». Ainsi, au début, ce qui est exprimé est : « Je suis un moi qui diffère d’une part de mon expérience ». Plus tard ceci se transforme dans le schéma temporaire : Peut-être suis-je plusieurs moi très différents, ou peut-être mon moi contient-il plus de contradictions que je ne l’avais imaginé ». Plus tard encore, le schéma devient : « J’étais sûr que je ne pouvais pas être mon expérience – elle était trop contradictoire – mais maintenant je commence à croire que je puis être le tout de mon expérience ».

Peut-être pouvons-nous un peu faire comprendre cet aspect de la thérapie en utilisant des extraits tirés du cas de Mrs. Oak. Mrs. Oak était une femme mariée ayant largement dépassé la trentaine et qui, ayant des difficultés dans ses rapports avec son mari et sa famille, était venue se faire soigner. A la différence de beaucoup de clients, elle s’intéressait vivement et spontanément aux processus qu’elle sentait se dérouler en elle-même, et les entretiens enregistrés contiennent beaucoup d’éléments qui traduisent la manière dont elle se représentait à elle-même ce qui lui arrivait. Elle tendait ainsi à exprimer ce qui semble implicite, mais informulé chez beaucoup de clients. C’est la raison pour laquelle la plupart des citations contenues dans ce chapitre viendront de ce cas.

Au début de la cinquième séance, elle décrit sa prise de conscience de ce qu’elle éprouve.

La cliente : Tout ça, c’est vague. Mais vous savez l’idée qui me vient tout le temps : c’est que tout ça c’est exactement comme si j’essayais de mettre ensemble les morceaux d’un puzzle. Pour l’instant, il me semble, je suis en train d’examiner des petits morceaux qui ne veulent vraiment pas dire grand-chose. Je les tiens simplement en main, je n’arrive même pas à voir le dessin. C’est ça l’idée qui me vient tout le temps. Et ça m’amuse parce que, en fait, je déteste les puzzles. Ça m’a toujours énervée. Mais c’est l’idée qui me vient. Je veux dire que je ramasse des petits morceaux de puzzle (ici elle joint le geste à la parole) qui n’ont absolument aucun sens, sauf de sentir que vous tenez dans la main des morceaux sans voir où il faut les mettre, mais rien qu’à les sentir comme ça, je me dis : ça va probablement aller quelque part.

Le thérapeute : Eh bien pour le moment, c’est ce qui se passe, vous sentez simplement la texture et la forme et la configuration des différentes pièces, avec une vague idée de derrière la tête, oui, ça se place probablement quelque part, mais la plus grande part de l’attention est concentrée sur : « Quelle sensation cela me donne-t-il ? Quelle est la texture de cet objet ? »

C : C’est ça, il y a quelque chose de physique. Un… un…

T : Vous ne pouvez pas le décrire sans vous servir de vos mains. Un sentiment de réalité, presque de sensualité…

C : C’est ça. Et en même temps, j’ai le sentiment d’être très objective, et cependant je n’ai jamais été aussi proche de moi-même.

T : Comme si vous étiez en dehors de vous-même et regardiez de l’extérieur, et en même temps étiez plus proche de vous-même comme cela…

C : H-hm… Oui… et pourtant pour la première fois depuis des mois, je ne pense pas à mes problèmes. Je ne suis pas vraiment en train d’essayer de les résoudre.

T : J’ai l’impression que vous n’êtes pas du tout là en train de chercher à résoudre vos problèmes. Ça n’est pas ça du tout.

C : Juste. Je suppose que ce que je veux dire, c’est que je ne suis pas en train d’essayer de faire le puzzle, comme quelque chose dont j’aurais vu l’image. Peut-être, peut-être que j’aime rester là à sentir simplement comment ça se passe. Ou en tout cas que je suis en train d’apprendre quelque chose.

T : En tout cas, il y a le sentiment que ce qui compte pour le moment c’est d’avoir cette sensation, non pas d’essayer de faire le puzzle. Ce qui compte c’est la satisfaction d’apprendre à connaître chaque morceau du puzzle. C’est…

C : C’est ça. C’est ça. Et cela devient cette espèce de sensualité, ce plaisir de toucher. C’est très intéressant. Pas tout à fait agréable, c’est vrai, mais…

T : Une expérience assez nouvelle.

C : Oui, tout à fait.

Cette citation montre très clairement comment les éléments arrivent à devenir conscients, sans que le client fasse un effort pour les admettre comme faisant partie de son moi ou pour les mettre en relation avec d’autres éléments de sa conscience. C’est, pour être aussi précis que possible, la prise de conscience d’un vaste champ d’expérience, sans souci pour l’instant de les relier au moi. Plus tard on pourra reconnaître que ce qui a été éprouvé pourrait devenir une part du moi. C’est pourquoi j’ai donné à ce paragraphe le titre de « Expérience immédiate du moi potentiel ».

Qu’il s’agisse là d’une forme d’expérience nouvelle et inhabituelle, la patiente le dit d’une manière confuse dans l’expression mais claire dans l’émotion au cours de la sixième séance.

C : Euh… je me suis mise à penser que pendant ces séances… euh… j’étais comme en train de chanter une chanson. Ça a l’air vague, je veux dire… euh… pas vraiment une chanson, une espèce de chanson sans musique. Peut-être une espèce de poème. Et ça, ça me plaît, je veux dire, ça a l’air de venir de moi sans rien de construit, de rien. Et en suivant ça, j’ai eu l’autre espèce de sentiment. Je me suis mise à me demander : est-ce que c’est cette forme-là que prennent les cas ? Peut-être que je suis seulement en train de verbaliser, et par moments de m’enivrer de mes propres paroles ? Et après ça… euh… est-ce que je suis en train de vous faire perdre votre temps ? Et puis, un doute, un doute. Et puis il m’est venu autre chose… euh… je ne sais pas d’où ça vient. Il n’y a pas de suite logique. L’idée qui m’a frappée, c’est : nous faisons des petits morceaux, nous ne sommes pas débordés, ou hésitants, ou soucieux, ou, très intéressés quand, quand les aveugles apprennent à lire avec les doigts, le Braille. Je ne sais pas, c’est peut-être quelque chose comme ça, c’est tout mélangé. C’est peut-être ce quelque chose qui me frappe maintenant.

T : Je vais voir si je peux essayer de suivre cette suite de sentiments. D’abord c’est comme si… et il me semble que vous éprouvez là un sentiment assez positif… comme si vous étiez en train de créer un poème, une chanson sans musique, mais quelque chose de très neuf, et en même temps vous vous sentez très sceptique. « Peut-être que ce ne sont que des mots, que je me laisse emporter par des mots que je dis, peut-être que c’est de la blague. » Et puis ensuite vous avez le sentiment d’être en train d’acquérir un nouveau type d’expérience, tout aussi nouveau que pour un aveugle, le fait d’apprendre à lire avec ses doigts.

C : H-hm… H-hm… Et quelquefois je me dis, eh bien, peut-être que nous pourrions parler de telle ou telle chose. Et puis quand j’arrive ici, ça ne veut plus rien dire, ça a l’air faux. Et il y a ce flot de paroles qui n’ont quand même pas l’air forcées, et puis de temps en temps, le doute arrive. On dirait, c’est comme si on faisait de la musique… C’est peut-être pour ça que je doute aujourd’hui, de… de tout ça, parce que c’est quelque chose qui n’est pas forcé. Et en fait il me semble que ce que je devrais faire, c’est, c’est mettre tout ça en ordre. Je devrais faire un effort et…

T : Vous vous posez profondément la question de savoir ce que vous faites avec un Moi qui… qui ne se donne pas de mal pour faire des choses, pour résoudre des problèmes ? (un silence).

C : Et pourtant le fait que je… que j’aime vraiment cette autre sorte de chose, ce… je ne sais pas… appelez ça un sentiment poignant, je veux dire… j’ai éprouvé des sentiments que je n’avais jamais éprouvés auparavant. Ça… j’aime ça. C’est peut-être comme ça qu’il faut faire. Aujourd’hui, je ne sais pas.

Et voilà le changement de perspective qui se produit presque invariablement dans une thérapie quelque peu profonde. On peut le représenter schématiquement comme ceci : « Je suis venu pour résoudre des problèmes, et je me mets simplement à faire l’expérience de moi-même. » Et, comme cela se passe pour la cliente que nous venons de citer, ce changement de perspective s’accompagne généralement de la formulation intellectuelle que c’est mal et de l’appréciation émotionnelle que « cela fait du bien ».

Nous pouvons donc conclure cette section en disant qu’une des directions fondamentales prises par le processus de la thérapie est l’expérience librement faite des réactions sensorielles et viscérales réelles de l’organisme sans trop d’effort pour mettre ces expériences en relation avec le Moi. Ceci s’accompagne généralement de la conviction que ces données n’appartiennent pas au Moi et ne peuvent pas y être intégrées. Le point final de ce processus est le moment où le client découvre qu’il peut être son expérience, avec toute la variété et la contradiction superficielle que celle-ci comporte ; qu’il peut se définir lui-même à partir de son expérience, au lieu d’essayer d’imposer à son expérience une définition de son Moi, en refusant de prendre conscience des éléments qui ne cadrent pas avec cette définition.

L’expérience complète d’une relation affective

Un des éléments de la thérapie dont nous avons pris conscience plus récemment est la mesure importante dans laquelle la thérapie est, pour le client, l’apprentissage d’une acceptation pleine et entière, libre et dépourvue de crainte, des sentiments positifs d’une autre personne. Ceci n’est pas un phénomène qui se produit clairement dans tous les cas. Il semble particulièrement avéré dans nos cas les plus longs, mais, même dans ceux-là, ne se produit pas uniformément. Cependant, c’est une expérience si profonde que nous avons été amenés à nous demander s’il ne s’agissait pas là d’une direction très importante dans le processus thérapeutique, survenant peut-être à un certain degré au-dessous du niveau de la verbalisation dans tous les cas réussis. Avant de discuter ce phénomène, donnons-lui quelque consistance en citant l’expérience de Mrs. Oak.

L’expérience l’a frappée soudainement, entre la vingt-neuvième et la trentième séance, et elle passe presque toute la séance suivante à la discuter. C’est ainsi qu’elle ouvre la trentième séance.

C : Eh bien, j’ai fait une découverte très remarquable, je sais que (elle rit) j’ai découvert que vous vous intéressez vraiment à la marche de cette affaire. (Tous les deux rient.) Ça m’a fait penser… c’est-à-dire… quelque chose comme « peut-être que je vais vous laisser entrer dans le jeu ». C’est… vous savez, dans un examen écrit, j’aurais très bien su répondre, je veux dire… mais tout d’un coup j’ai eu l’idée que… – cette affaire entre le conseiller et le client – ça vous intéresse vraiment. Ç’a été une révélation, une… non ce n’est pas ça… ce n’est pas le mot. Ç’a été une… eh bien le plus exact serait de dire une sorte de détente, une… pas une chute de tension, mais plutôt… (silence) une manière d’y voir clair sans tension, si ça a un sens. Je ne sais pas.

T : On dirait que ça n’était pas tellement une nouvelle idée qu’une nouvelle expérience, que vous avez senti que je m’intéressais à la chose, et si j’ai bien compris la suite, que vous vouliez bien que je m’y intéresse.

C : Oui.

Cette acceptation du conseiller et de son intérêt chaleureux a été indubitablement un des traits les plus profonds de la thérapie dans ce cas particulier. Dans une séance qui suivit la conclusion de la thérapie, elle mentionne spontanément cette expérience comme la plus importante. Qu’est-ce que cela signifie ? Il ne s’agit certainement pas d’un phénomène de transfert et de contre-transfert. Des psychologues expérimentés qui ont subi une psychanalyse ont eu la possibilité d’observer le développement de la relation dans un autre cas que celui que je cite. Ils ont été les premiers à s’élever contre l’emploi des termes transfert et contre-transfert pour décrire ce phénomène. L’essentiel de leurs remarques est que ceci est mutuel et approprié, alors que le transfert ou le contre-transfert sont des phénomènes dont la caractéristique est de se produire uniquement dans un sens et d’être inappropriés aux réalités de la situation.

Cependant une des raisons pour laquelle ce phénomène se produit plus fréquemment dans notre expérience est que en tant que thérapeutes nous nous sommes moins méfiés de nos sentiments positifs (ou négatifs) à l’égard du client. Au cours de la thérapie, le sentiment d’acceptation et de respect du thérapeute à l’égard du client tend à se transformer en quelque chose comme de l’admiration, au fur et à mesure qu’il voit la lutte profonde et vaillante que mène la personne pour être elle-même. Il y a, je pense, dans le thérapeute, une profonde expérience de la communauté sous-jacente – faut-il dire de la fraternité ? – des hommes. En conséquence, il éprouve pour le client une réaction affective, chaude, et positive. Ceci pose un problème pour le client qui trouve souvent difficile, comme dans le cas que nous avons présenté, d’accepter le sentiment positif d’une autre personne. Mais une fois qu’il l’a accepté, la réaction inévitable de la part du client est de se détendre, de laisser la chaleur et l’affection d’autrui réduire la tension et la peur qu’il éprouve à regarder la réalité en face.

Mais nous allons trop vite. Examinons quelques-uns des autres aspects de cette expérience telle qu’elle a été vécue par la cliente. Dans les premières séances, elle a parlé du fait qu’elle n’aimait pas l’humanité, et que d’une manière vague et obstinée elle sentait qu’elle avait raison, même si les autres pensaient qu’elle avait tort. Elle reprend la question en discutant la manière dont cette expérience a clarifié son attitude envers les autres.

C : Ce que j’ai compris ensuite, et j’y ai pensé je ne sais combien de fois, c’est plus ou moins… et je ne sais pas bien pourquoi, la même sorte d’intérêt que j’éprouve quand je dis : « Je n’aime pas l’humanité. » Ce qui a toujours, je veux dire, j’en ai toujours été convaincue. Alors je veux dire, cela ne… je savais que c’était bien, quoi… Et je pense que je l’ai clarifié pour moi… ce que ça a à voir avec cette situation, je n’en sais rien. Mais j’ai découvert ceci, non, je n’aime pas l’humanité, mais ça me touche.

T : H-hm… oui je vois…

C : On exprimerait ça mieux en disant que tout ce qui se passe me touche très fort. Mais l’intérêt, le souci est un… prend la forme de… sa structure est d’essayer de comprendre et de ne pas vouloir se laisser avoir, ni contribuer aux choses que je sens être fausses, et… il me semble que dans… dans l’amour, il y a une espèce de facteur définitif. Si vous le faites, vous avez pour ainsi dire fait assez. C’est un…

T : C’est ça, pour ainsi dire…

C : Oui, il me semble que cette autre chose, cet intérêt, ce n’est pas le bon mot… je veux dire, il faudrait probablement autre chose pour décrire ce sentiment. Dire que c’est quelque chose d’impersonnel n’a aucun sens, parce que ce n’est pas impersonnel. Je veux dire que cela fait vraiment partie d’un ensemble. Mais c’est quelque chose qui en fait ne s’arrête pas. Il me semble qu’on pourrait avoir ce sentiment qu’on aime l’humanité, qu’on aime les gens, et en même temps contribuer aux facteurs qui rendent les gens névrosés, qui les rendent malades, tandis que ce que j’éprouve, c’est une résistance à ces facteurs.

T : Vous vous intéressez assez pour vouloir comprendre et pour vouloir éviter de contribuer de quelque manière que ce soit à augmenter les névroses ou les tendances à la névrose dans la vie humaine.

C : Oui, et c’est… (un silence)… oui c’est quelque chose de ce genre… eh bien il faut que je reparle de ce que j’éprouve à propos de cette autre chose. C’est… je ne suis pas vraiment appelée à donner de moi-même comme… voyons, comme aux enchères. Il n’y a rien de définitif… c’est quelque chose qui me troublait quelquefois quand j’étais forcée de me dire que je n’aime pas l’humanité et tout de même, je savais qu’il y avait quelque chose de positif. Que j’avais probablement raison. Et… je me goure peut-être complètement maintenant, mais il me semble que… que c’est lié d’une certaine manière avec le… ce sentiment que… que j’ai maintenant, que la valeur thérapeutique peut être permanente. Non, je ne peux pas faire le lien, je ne peux pas, mais je ne peux pas m’expliquer mieux, je veux dire ce que je comprends, ce qui sort de cette constatation que… oui… vous vous intéressez vraiment à une situation donnée. C’est aussi simple que ça. Et je ne m’en étais pas rendu compte avant. J’aurais pu fermer cette porte et m’en aller, et, en parlant de thérapie, dire, oui le conseiller doit éprouver tels ou tels sentiments, mais je n’en aurais pas eu l’expérience dynamique.

Dans cette partie de l’entretien, malgré la difficulté qu’elle éprouve à exprimer ses sentiments, il semble bien que ce qu’elle dit soit également caractéristique de l’attitude du thérapeute à l’égard du client. Son attitude, en mettant les choses au mieux, est dépourvue de cet aspect de quiproquo de la plupart des expériences que nous nommons amour. C’est tout simplement le sentiment qui porte un être humain vers un autre, sentiment qui me paraît encore plus fondamental que l’instinct sexuel ou le sentiment paternel ou maternel. C’est un intérêt pour autrui assez grand pour qu’on ne souhaite pas faire obstacle à son développement ou se servir de lui pour des fins égoïstes. Votre satisfaction vient du fait que vous l’avez libéré pour lui permettre de grandir à sa manière à lui.

Notre cliente explique ensuite le mal qu’elle a eu dans le passé à accepter l’aide ou les sentiments positifs d’autrui, et souligne que son attitude est en train de se transformer.

C : Je sens… qu’il faut plus ou moins faire ça tout seul, mais qu’en même temps on doit pouvoir y arriver avec d’autres gens. (Elle signale qu’il y a eu des circonstances « innombrables » où elle aurait pu accepter la sympathie et la gentillesse des autres.) Il me semble que j’avais vraiment peur que cela me détruise. (Elle se remet à parler de ses rapports avec son conseiller et de ses réactions devant ces rapports.) Bien sûr, j’ai dû me frayer le chemin toute seule. Presque jusqu’à… il m’a semblé… j’ai essayé parfois de le formuler… une espèce de… il y a eu des fois où je ne voulais même pas que vous le réexpliquiez, que vous le « reflétiez », parce que c’était à moi. Bien sûr, je peux dire que c’est une résistance. Mais ça, maintenant, je m’en fiche, je veux dire… il y a eu des moments où le sentiment le plus fort était… c’est à moi, c’est à moi. Il fallait que je me débrouille toute seule. Vous voyez ?

T : C’est une expérience extrêmement difficile à traduire avec précision, et pourtant il me semble qu’il y a une différence dans les rapports, que du sentiment « c’est à moi, il fallait que je le fasse », etc., vous en êtes venue à un sentiment un peu différent « je pourrais vous permettre de vous en occuper aussi ».

C : D’accord. C’est… eh bien… enfin… c’est ce qu’on pourrait appeler le second volume. Enfin… c’est… je suis toujours seule avec ça, mais je ne le suis pas, vous voyez, je suis…

T : H-hm… oui, cette espèce de paradoxe résume la situation, non ?

C : C’est ça.

T : Dans tout ça, il y a un sentiment, c’est toujours… chaque aspect de mon expérience est à moi et c’est inévitable et nécessaire. Et cependant, ce n’est pas tout. On peut quand même la partager, quelqu’un peut s’y intéresser, et cela, c’est nouveau.

C : Oui, c’est ça. Et c’est… c’est comme si c’était comme ça que les choses devaient être. C’est-à-dire… c’est comme ça que ça doit être. On a… on a le sentiment que « c’est bon ». Oui, ça exprime bien ce que je veux dire, ça le rend plus clair. J’ai le sentiment, à propos de… de cet intérêt que vous portez à la chose, que vous êtes là derrière, pas tout près, et moi je veux me frayer un chemin jusqu’à cette chose, c’est comme… comme de couper de hautes herbes, et je sais le faire, et vous aussi, c’est-à-dire, ça ne vous gêne pas d’être obligé de marcher dans les herbes, vous aussi. Je ne sais pas. Et ça ne veut rien dire. C’est-à-dire…

T : Sauf que vous sentez réellement que ce que vous éprouvez est juste, n’est-ce pas ?

C : Oui.

Ne se pourrait-il pas que ces extraits décrivent le cœur du processus de socialisation ? Découvrir qu’on n’est pas détruit parce qu’on accepte les sentiments positifs venant d’autrui, que cela ne vous fait pas nécessairement mal, qu’en réalité on « se sent bien », quand il y a quelqu’un qui partage vos efforts pour faire face à la vie, ceci est peut-être une des leçons les plus profondes qu’un individu puisse apprendre, avec ou sans thérapie.

Mrs. Oak décrit certains aspects de la nouveauté, du niveau non verbal de cette expérience à la fin de la trentième séance.

C : Je fais l’expérience d’un nouveau genre, probablement la seule leçon qui vaille la peine d’être apprise, un… je sais que… j’ai souvent dit que ce que je sais ne m’aide pas ici. Je veux dire que les connaissances que j’ai acquises ne m’aident pas. Mais il me semble que l’apprentissage ici a été tellement dynamique, tellement une part de… de tout, c’est-à-dire de moi, que si je n’en tire que ça, c’est quelque chose qui… enfin je me demande si j’arriverai jamais à tirer une espèce de connaissance acquise de ce que j’ai appris ici.

T : Autrement dit, ce que vous avez appris ici a été d’un genre tout à fait différent et à un niveau beaucoup plus profond, très vital, très réel. Et très important pour vous, en lui-même et par lui-même, mais la question que vous posez est celle-ci : est-ce que j’aurai une image intellectuelle claire de ce qui s’est passé à ce niveau d’apprentissage plus profond ?

C : H-hm… quelque chose comme ça.

Ceux qui voudraient appliquer à la thérapie les prétendues lois de l’apprentissage, tirées de la mémorisation de syllabes sans aucun sens, feraient bien d’étudier soigneusement cet extrait. L’apprentissage tel qu’il se fait en thérapie est quelque chose de total, d’organique, fréquemment de non verbal, qui peut obéir ou non aux principes qui régissent l’apprentissage intellectuel de données sans importance et sans rapport avec le moi. Mais je fais une digression.

Concluons cette section en la reformulant dans ses éléments essentiels. Il semble possible qu’une des caractéristiques de la thérapie profonde ou valable soit que le client découvre qu’il n’est pas destructif d’admettre pleinement dans sa propre expérience les sentiments positifs qu’une autre personne, le thérapeute, éprouve à son égard. Peut-être une des raisons qui rendent cette expérience si difficile est qu’elle implique fondamentalement l’acceptation de cette idée : je suis digne qu’on m’aime. Nous étudierons ce point dans la section suivante. Pour l’instant, on peut relever dans la thérapie qu’elle est une libre et totale expérience d’une relation affective, expérience qui peut être exprimée en termes généraux comme suit : « Je peux permettre à quelqu’un d’éprouver de l’intérêt pour moi, et accepter intérieurement sans aucune réserve cet intérêt. Ceci me permet de reconnaître que moi aussi je m’intéresse, et que je m’intéresse profondément aux autres. »

L’affection à l’égard de soi-même

De nombreux écrits et travaux publiés au sujet de la thérapie centrée sur le client ont insisté sur l’acceptation de soi comme étant une des directions et un des résultats de la thérapie. Nous avons établi le fait que dans une psychothérapie réussie, les attitudes négatives à l’égard du moi diminuent et les attitudes positives augmentent. Nous avons mesuré l’accroissement progressif de l’acceptation de soi et avons étudié l’accroissement correspondant de l’acceptation d’autrui. Mais en examinant ces formules et en les comparant à nos cas plus récents, j’ai l’impression qu’elles ne sont pas tout à fait complètes. Le client non seulement s’accepte – formule qui donne l’impression d’une acceptation maussade et de mauvaise grâce de l’inévitable – mais il en vient véritablement à s’aimer. Ce n’est pas de la vantardise ou une manière de s’affirmer : c’est plutôt une satisfaction paisible qu’on éprouve à être soi-même.

Mrs. Oak illustre ce point assez joliment dans le trente-troisième entretien. Il est intéressant de noter que cet entretien succède à dix jours d’intervalle à celui où elle avait pu admettre en elle-même pour la première fois que le thérapeute s’intéressait vraiment à son cas. Quelles que soient nos hypothèses sur ce point, ce fragment traduit très bien la joie tranquille d’être soi-même, en même temps que l’attitude d’excuse que, dans notre civilisation, les gens sentent qu’il est nécessaire d’adopter vis-à-vis d’une telle expérience. Dans les dernières minutes de l’entretien, sachant qu’il ne lui reste presque plus de temps, elle dit :

C : Une chose qui m’ennuie, je vais aller vite parce que je peux toujours y revenir, c’est un sentiment que je n’arrive pas toujours à chasser. Le sentiment d’être tout à fait satisfaite de moi-même. Encore la technique Q27. Je suis sortie d’ici un jour, et impulsivement j’ai tiré ma première carte « j’ai une personnalité attirante », je l’ai regardée avec une certaine consternation mais je l’ai laissée là, c’est-à-dire, parce que je crois qu’honnêtement, c’était exactement ce que je pensais, enfin, ça m’a ennuyée, et maintenant je comprends ce que c’est. De temps à autre, une sorte de sentiment de satisfaction, rien de supérieur, mais juste… je ne sais pas, assez contente. C’était très net. Et ça m’a ennuyée. Et pourtant je me demande… je me rappelle rarement les choses que je dis ici, mais je me suis demandé ce qui faisait que j’étais convaincue, et je pensais en même temps à ce que je pense au sujet des gens qui ont du chagrin… je veux dire quand j’entends quelqu’un dire à un enfant « ne pleure pas », j’ai toujours pensé : ce n’est pas bien ; s’il a du chagrin, qu’on le laisse pleurer. Alors, ce sentiment de satisfaction que j’éprouve… j’en suis venue récemment à me dire… c’est… c’est presque la même chose. C’est… nous ne trouvons pas ça mal quand les enfants se sentent satisfaits d’eux-mêmes. C’est… enfin ce n’est pas de la vanité. C’est… c’est peut-être comme ça que les gens devraient être.

T : Vous avez eu tendance presque à vous en vouloir d’éprouver ce sentiment, et pourtant, en y pensant, vous en arrivez à voir les deux côtés de la chose : si un enfant a envie de pleurer, pourquoi ne pleurerait-il pas ? Et s’il a envie d’être content de soi, est-ce qu’il n’a pas parfaitement le droit d’être content de soi ? Et c’est en rapport avec ce que vous éprouvez, qui est à mon avis une appréciation de vous-même que vous éprouvez de temps en temps.

C : Oui, oui.

T : Je suis quelqu’un d’assez riche et intéressant.

C : Quelque chose comme ça. Et ensuite je me dis : « La société nous fait la vie dure, et nous avons perdu. » Et je reviens à mes idées à propos des enfants. Peut-être qu’ils sont plus riches que nous ne le sommes. Peut-être que nous… c’est quelque chose que nous avons perdu en grandissant.

T : Il se pourrait qu’ils aient une sagesse sur ce point que nous avons perdue…

C : C’est vrai. Maintenant c’est l’heure.

Elle arrive ici, comme tant d’autres clients, à la réalisation présentée comme une hypothèse, et en s’excusant un peu, qu’elle en est arrivée à s’aimer, à s’apprécier, et à être contente d’elle. On a l’impression d’un plaisir spontané, détendu, une « joie de vivre » primitive, quelque chose comme les gambades de l’agneau dans la prairie, ou les bonds gracieux du marsouin dans les vagues. Mrs. Oak a l’impression qu’il s’agit de quelque chose de naturel à l’organisme, au nouveau-né, quelque chose que nous avons perdu au cours d’un développement qui nous a faussés.

Ce cas a présenté auparavant un signe avant-coureur de ce sentiment, dans un incident qui rend peut-être plus clair sa nature fondamentale. Dans le neuvième entretien, Mrs. Oak révèle avec un certain embarras quelque chose qu’elle a toujours gardé pour elle. Qu’elle ait eu du mal à l’exprimer est rendu manifeste par le fait que l’aveu a été précédé d’une pause très longue, se prolongeant pendant plusieurs minutes. Puis, elle s’est mise à parler.

C : Vous savez, c’est complètement idiot, mais je n’ai jamais dit ça à personne (rire nerveux) et ça me fera probablement du bien. Pendant des années, peut-être depuis ma jeunesse, j’avais probablement dix-sept ans, j’ai eu ce que j’appelais « des éclairs de lucidité ». Je n’ai jamais dit ça à personne (nouveau rire embarrassé), et pourtant, dans ces moments-là, je me sens parfaitement normale. Et, très consciente d’être en vie. Et toujours avec un énorme souci, et une grande tristesse, de voir à quel point nous avons fait fausse route. C’est juste le sentiment de temps en temps de me sentir une personne tout à fait normale dans un monde terriblement chaotique.

T : Ç’a été très passager, et peu fréquent, mais il y a eu des moments où il vous semblait que votre moi total existait au sein d’un monde, un monde vraiment chaotique.

C : C’est ça. Et de savoir avec certitude à quel point nous avons fait fausse route, combien nous sommes loin d’être des personnes complètes et normales. Et bien entendu, on ne peut pas dire ces choses-là.

T : Vous aviez le sentiment que ç’aurait été dangereux de parler de la personne qui chante en vous28.

C : Où vit cette personne ?

T : C’est presque comme s’il n’y avait pas d’endroit où cette personne puisse exister.

C : Bien entendu, vous comprenez, cela me rend… attendez une minute… cela explique probablement pourquoi je m’occupe surtout de sentiments ici. C’est sans doute ça.

T : Parce que votre personne tout entière existe avec tous vos sentiments. Vous êtes plus consciente de vos sentiments, n’est-ce pas cela ?

C : C’est ça. Ce n’est pas… elle ne rejette pas les sentiments et… c’est ça.

T : Cette personne entière que vous êtes vit les sentiments au lieu de les mettre de côté.

C : C’est ça (un silence). Je suppose que d’un point de vue pratique on pourrait dire que ce que je devrais faire, c’est essayer de résoudre des problèmes, des problèmes de tous les jours. Et pourtant, ce que j’essaie de faire, c’est de résoudre, de résoudre quelque chose d’autre qui est beaucoup, mais beaucoup plus important que les petits problèmes de tous les jours. Peut-être que ça, ça résume tout.

T : Je me demande si je déforme votre pensée en disant que d’un point de vue utilitaire vous devriez passer votre temps à penser à des problèmes précis. Mais vous vous demandez si vous n’êtes pas à la recherche de votre Moi total et si peut-être ce n’est pas plus important que de trouver une solution aux problèmes de tous les jours.

C : Je crois que c’est ça. Je crois que c’est ça. C’est probablement ce que je veux dire.

Si nous avons le droit de rapprocher ces deux expériences, et si nous avons raison de les considérer comme typiques, nous pouvons dire alors que, à la fois au cours de la thérapie et de brèves expériences durant sa vie, elle s’est vue elle-même, d’une façon saine et satisfaisante, comme une créature complète et fonctionnant bien ; et que cette expérience se produit quand elle ne rejette pas ses sentiments, mais les vit.

Voici, il me semble, une vérité importante, et souvent négligée, concernant le processus thérapeutique. Celui-ci permet à la personne de ressentir pleinement, et en toute conscience, toutes ses réactions au sujet de ses sentiments et de ses émotions.

Au fur et à mesure de ce processus, l’individu éprouve une affection positive pour lui-même, une appréciation sincère de lui-même en tant qu’unité de fonctionnement, ce qui représente les buts principaux de la thérapie.

La découverte que le centre de la personnalité est positif

Un des concepts les plus révolutionnaires qui soit sorti de notre expérience clinique est la reconnaissance accrue que le centre, la base la plus profonde de la nature humaine, les couches les plus intérieures de sa personnalité, le fond de sa nature « animale », que tout ceci est naturellement positif, est fondamentalement socialisé, dirigé vers l’avant, rationnel et réaliste.

Ce point de vue est si étranger à notre civilisation actuelle que je ne m’attends pas à ce qu’il soit accepté, et il est de fait si révolutionnaire dans ses implications qu’il ne devrait pas être accepté sans une enquête approfondie. Mais même s’il soutient l’épreuve, il sera difficile à admettre. La religion, en particulier la tradition chrétienne protestante, a imprégné notre civilisation du concept que l’homme est fondamentalement pécheur et que ce n’est que par une espèce de miracle que sa nature pécheresse peut être niée. En psychologie, Freud et ses successeurs ont démontré par des arguments convaincants que le « ça », la nature fondamentale et inconsciente de l’homme, est constitué premièrement par des instincts qui, s’il leur était permis de s’exprimer, aboutiraient à l’inceste, au meurtre et à d’autres crimes. Tout le problème de la thérapie tel qu’ils le voient est de maintenir ces forces sauvages sous contrôle d’une manière saine et constructive plutôt que par les méthodes coûteuses des névrosés. Mais le fait que l’homme est au fond irrationnel, asocial, destructeur des autres et de soi-même – cette idée est acceptée presque sans discussion. Sans doute on entend parfois des protestations. Maslow [1] défend vigoureusement la nature « animale » de l’homme, en faisant remarquer que les émotions antisociales – l’hostilité, la jalousie, etc. – sont le résultat d’une frustration d’instincts plus fondamentaux, d’amour, de sécurité et d’appartenance qui sont désirables en eux-mêmes. Montagu [2] soutient, lui aussi, la thèse que la coopération plutôt que la lutte est la loi fondamentale de la vie humaine. Mais on écoute peu ces voix solitaires.

Dans l’ensemble, le point de vue des professionnels, comme des non-professionnels, est que l’homme, tel qu’il est, dans sa nature fondamentale, doit être ou contrôlé ou dissimulé, ou les deux.

En revenant sur mes années d’expérience clinique et de recherche, il me semble que j’ai mis très longtemps à reconnaître la fausseté de ce concept populaire et professionnel. La raison, je crois, est qu’en thérapie on dévoile continuellement des sentiments hostiles et antisociaux, si bien qu’il est facile de supposer que ceux-ci indiquent la nature profonde et par conséquent la nature fondamentale de l’homme. C’est seulement peu à peu qu’il est devenu évident que ces sentiments sauvages et asociaux ne sont ni les plus profonds ni les plus forts, et que le noyau de la personnalité de l’homme est l’organisme lui-même, dont l’essence est de se conserver et d’avoir une vie sociale.

Pour donner un sens plus spécifique à cette discussion, revenons au cas de Mrs. Oak. Puisqu’il s’agit d’une question importante, je ferai de longues citations tirées des enregistrements, pour illustrer le genre d’expérience sur quoi j’ai fondé mes affirmations précédentes. Peut-être ces citations pourront-elles illustrer le dévoilement progressif des couches de la personnalité jusqu’aux éléments les plus profonds.

C’est dans le huitième entretien que Mrs. Oak soulève la première couche défensive et découvre en dessous une amertume et un désir de vengeance.

C : Vous savez que dans ce domaine de… de troubles sexuels, il me semble que je commence à découvrir que c’est vraiment mal, vraiment mal. Je m’aperçois que… que je suis amère, vraiment drôlement amère. Je… et je ne le rentre pas en moi-même, je pense que ce que j’éprouve probablement est un certain élément de… « d’avoir été roulée » (sa voix est très tendue et sa gorge contractée). Et j’ai très bien recouvert tout cela, jusqu’à ne pas m’en soucier consciemment. Mais je… je suis un peu sidérée de découvrir que, dans la pratique de… de comment dire ?… une espèce de sublimation, juste en dessous, tout cela c’est encore des mots… il y a une espèce de force passive qui est… qui est pass… très passive, mais en même temps, comment dire ?… meurtrière.

T : Il y a donc le sentiment « j’ai vraiment été roulée. J’ai refoulé et j’ai fait semblant de ne pas y attacher d’importance, mais en dessous, il y a une espèce d’amertume latente, mais très présente, qui est très, très forte ».

C : C’est très fort. Je… je… je le sais bien. C’est très puissant.

T : C’est presque une force dominatrice.

C : Dont je suis rarement consciente ; presque jamais… enfin, la manière dont je peux la décrire, c’est une espèce de chose meurtrière, mais sans violence… c’est plutôt comme un sentiment de vouloir rendre coup pour coup… bien entendu… je ne veux pas me venger, mais j’aimerais le faire. J’aimerais vraiment le faire.

Jusque-là l’explication usuelle semble s’appliquer parfaitement. Mrs. Oak a réussi à voir au-dessous de la surface socialement contrôlée de sa conduite, et elle trouve alors un sentiment meurtrier de haine et un désir de vengeance. Ce n’est que bien plus tard qu’elle ira plus loin dans l’exploration de ce sentiment particulier. Elle reprend le thème dans le trente-huitième entretien. Elle a eu beaucoup de mal à se mettre en route, se sent bloquée émotionnellement, et ne peut arriver à mettre le doigt sur le sentiment qui s’accumule en elle.

C : Il me semble que ce n’est pas de la culpabilité (un silence, elle pleure). Bien sûr, je veux dire, je ne peux pas encore le formuler. (Puis avec une bouffée émotionnelle) C’est simplement qu’on m’a fait terriblement mal.

T : H-hm oui. Ce n’est pas de la culpabilité, sauf dans le sens que vous avez d’une certaine façon reçu une profonde blessure.

C : {pleurant) C’est… vous savez… je m’en suis souvent rendu coupable moi-même, mais plus tard quand j’ai entendu des parents dire à leurs enfants « cesse de pleurer ! », j’ai eu un sentiment, et ça m’a fait mal, eh bien pourquoi est-ce qu’ils leur disent de cesser de pleurer ? Ils s’apitoient sur eux-mêmes, et qui a plus de raisons de s’apitoyer sur lui-même que l’enfant ? C’est comme si… je veux dire… je pensais qu’ils auraient dû le laisser pleurer. Et s’apitoyer sur lui eux aussi peut-être. D’une manière plutôt objective. Eh bien c’est… c’est quelque chose dans ce genre-là que j’ai éprouvé. Je veux dire, maintenant, juste maintenant. Et dans… dans…

T : Vous décrivez un peu mieux la saveur de ce sentiment : c’est presque comme si vous pleuriez vraiment sur vous-même.

C : C’est ça. Et aussi, vous voyez, il y a un conflit. Notre civilisation est telle que… je veux dire on ne doit pas se laisser aller à s’apitoyer sur soi. Mais ceci n’est pas… je veux dire… il me semble que cela n’a pas tout à fait ce sens-là. Peut-être que si.

T : Vous avez l’air de penser que la civilisation vous empêche d’éprouver de la pitié pour vous-même et cependant il vous semble que le sentiment que vous éprouvez n’est pas tout à fait celui que la civilisation interdit.

C : Et bien entendu j’en suis arrivée à… à voir et à sentir que tout ceci, vous voyez… j’ai refoulé mes sentiments (elle pleure). Mais je les ai refoulés avec tant d’amertume que j’ai dû ensuite dissimuler cette amertume (pleurant). C’est ça dont je veux me débarrasser ! Ça m’est presque égal si ça me fait mal.

T : (doucement et avec une tendresse empathique à l’égard de sa cliente) Vous sentez qu’ici, à la base de votre expérience, il y a le sentiment que vous pleurez vraiment pour vous-même. Mais cela vous ne pouvez pas le montrer, vous ne devez pas le montrer, si bien que ç’a été masqué par une amertume que vous n’aimez pas, dont vous voudriez vous débarrasser. Vous sentez que vous préféreriez absorber la souffrance que de… que d’éprouver l’amertume (silence). Et ce que vous semblez dire très fortement c’est : j’ai mal et j’ai essayé de le refouler.

C : Cela je ne le savais pas.

T : H-hm… oui… c’est vraiment comme une nouvelle découverte.

C : (Parlant en même temps que lui.) Je ne l’ai jamais vraiment su. Mais c’est… vous savez… c’est presque physique. C’est, c’est comme si je regardais à l’intérieur de moi-même et que je voyais toutes sortes de… de terminaisons nerveuses et de morceaux écrasés (elle pleure).

T : Comme si certains des aspects les plus délicats de votre personne physique avaient été écrasés ou blessés.

C : Oui… et vous savez j’ai le sentiment que je suis malheureuse ! (silence).

T : Vous ne pouvez pas vous empêcher d’avoir beaucoup de peine pour cette personne qui est vous.

C : Je ne pense pas que j’ai du chagrin pour la personne tout entière. C’est un certain aspect de la chose.

T : Vous avez du chagrin de voir cette blessure.

C : C’est ça.

T : H-hm…

C : Et bien entendu, il y a aussi cette maudite amertume dont je veux me débarrasser. Elle… elle me cause des ennuis. C’est parce que c’est un drôle de truc. Ça me fait faire de drôles de choses. (Silence).

T : On dirait que cette amertume a quelque chose dont vous voudriez vous débarrasser parce qu’elle ne vous fait pas de bien.

C : (C pleure. Un long silence). Je ne sais pas. Il me semble que j’ai raison de penser : quel bien est-ce que ça pourrait me faire d’appeler cette chose culpabilité ? De pourchasser des choses qui feraient de moi un cas clinique intéressant, disons. Quel bien est-ce que ça me ferait ? Il me semble que… que la clé, la réalité est dans ce sentiment que j’éprouve.

T : Vous pourriez chercher une étiquette ou une autre et vous donner beaucoup de mal pour la trouver. Mais vous sentez que l’essentiel est le genre d’expérience que vous êtes en train de faire maintenant.

C : C’est ça. Je veux dire que… je ne sais pas ce qui va arriver à ce sentiment. Peut-être rien du tout. Je ne sais pas, mais il me semble que ce que je pourrais en comprendre fait partie de ce sentiment d’avoir été blessée… de… le nom qu’on lui donne n’a pas beaucoup d’importance (un silence). Mais je… on ne peut pas se promener avec une blessure tellement visible. Je veux dire qu’il me semble que la prochaine étape devrait être une espèce de guérison.

T : Il semble que vous ne pourriez pas vous montrer si une partie de vous-même est tellement meurtrie, alors vous vous demandez s’il ne faut pas d’abord guérir la blessure (un silence).

C : Et pourtant, vous savez c’est… c’est une drôle de chose (un silence). Ça a l’air d’une déclaration de complet désordre ou la vieille ritournelle suivant laquelle le névrosé ne veut pas renoncer à ses symptômes. Mais ce n’est pas vrai. Je veux dire ce n’est pas vrai dans le cas présent, mais c’est… j’espère seulement que ceci vous fera comprendre ce que je sens. Ça m’est égal d’avoir été blessée. Je veux dire… l’idée vient de me venir que ça ne me préoccupe pas terriblement. C’est… ce qui me préoccupe davantage… c’est le sentiment d’amertume qui est, je le sais, la cause de cette frustration, je veux dire… ça c’est plus important pour moi.

T : Est-ce que ce serait ceci : bien que vous n’aimiez pas la blessure, vous sentez que ça, vous pouvez l’accepter ? C’est supportable. Mais ce sont les choses qui ont masqué cette blessure, comme l’amertume, qu’à présent vous ne pouvez pas supporter.

C : Oui, c’est ça. C’est à peu près ça. C’est comme si, il me semble, comme si c’était… eh bien ! c’est quelque chose dont je peux m’arranger. Mais le sentiment de… enfin… je peux quand même encore profiter de la vie, vous voyez, mais cette autre chose… je veux dire cette frustration, eh bien ! elle ressort de tellement de façons différentes. Je commence à réaliser, vous voyez… je veux dire juste cette sorte, cette espèce de chose.

T : La blessure, vous pouvez l’accepter. Elle fait partie de la vie comme tant d’autres choses. Vous pouvez profiter d’un tas de choses. Mais, que toute votre vie soit imprégnée de frustration et d’amertume, ça vous n’en voulez pas, et maintenant vous vous en rendez mieux compte.

C : Oui, et il n’y a plus moyen de tourner autour du pot maintenant. Vous comprenez ? Je m’en rends beaucoup mieux compte (un silence). Je ne sais pas. Pour l’instant, je ne sais pas quelle sera la prochaine étape. Je ne sais vraiment pas (un silence). Heureusement, ceci est une sorte de développement, si bien que ça n’a pas une trop grande influence sur… je veux dire… enfin je fonctionne toujours, je peux encore profiter de la vie et…

T : Vous voulez que je me rende compte que pour des tas de choses vous continuez à vivre comme vous l’avez toujours fait.

C : C’est ça. (Un silence). Oh ! je crois qu’il est l’heure.

Dans ce long passage, nous voyons clairement que, sous l’amertume, la haine et le désir de se venger d’un monde qui l’a trompée, il y a un sentiment beaucoup moins anti-social, l’expérience profonde d’avoir été blessée. Et il est clair également qu’à ce niveau profond, elle n’a aucun désir de mettre en pratique ses désirs meurtriers. Elle les déteste et voudrait en être débarrassée.

L’extrait suivant est tiré du trente-quatrième entretien. Il est très incohérent, comme le sont souvent les verbalisations quand l’individu essaie d’exprimer quelque chose de profondément émotionnel. Elle s’efforce ici de descendre au plus profond d’elle-même. Elle affirme que ce sera difficile à exprimer.

C : Je ne sais pas si je vais pouvoir en parler ou pas. Je vais essayer. Quelque chose… je veux dire… c’est un sentiment que… c’est une sorte de besoin d’en sortir vraiment. Je sais que ça ne voudra rien dire. Peut-être que si j’arrive à le sortir et à en faire quelque chose, disons de plus objectif, ça me sera plus utile. Et je ne sais pas comment… il me semble que ce que je veux dire, c’est : je veux parler de mon moi. Et bien entendu, c’est ce que j’ai fait pendant toutes ces séances. Mais, non, ceci, c’est mon moi. Je me suis aperçue que je rejetais certaines affirmations parce qu’elles me paraissaient un peu… un peu trop idéalisées. Je me rappelle toujours disant : c’est plus égoïste que ça, plus égoïste que ça. Finalement, il me vient cette idée, eh bien ! quand je dis « égoïste », le mot a une connotation entièrement différente. Puis j’ai le sentiment… je n’en ai encore jamais parlé, de… d’égoïste, ce qui ne veut rien dire. Je vais continuer à en parler. Une sorte de pulsation. Une conscience tout le temps. C’est encore là. Et j’aimerais bien pouvoir m’en servir, pour descendre là-dedans. Vous voyez, c’est comme si… je ne sais pas… ah flûte ! j’ai acquis quelque chose, et j’ai une espèce de familiarité nouvelle avec cette structure. Comme si je la connaissais par cœur. C’est une prise de conscience. Un sentiment de… de ne pas être mis dedans, de ne pas se laisser faire, mais une Connaissance critique. Mais en un sens, parce que c’est caché, ça ne peut pas faire partie de la vie de tous les jours. Et d’autre part, par moments, j’ai un sentiment très désagréable, et à d’autres moments pas du tout. Pourquoi ? Je crois que je sais. Et ça… ça m’explique aussi des tas de choses. C’est quelque chose qui… qui est totalement dépourvu de haine. Et je veux vraiment dire totalement. Ce n’est pas de l’amour, mais c’est totalement dépourvu de haine. Mais c’est très intéressant, je pense que je suis le genre de personne qui… je veux dire, je me tourmente moi-même probablement ou je cherche à comprendre les choses jusqu’au fond, à voir l’ensemble. Je me suis dit, voyons, c’est un sentiment plutôt fort que tu éprouves. Ce n’est pas constant. Mais tu le sens quelquefois, tu te laisses le sentir, tu le sens toi-même. Vous savez, il y a des termes pour ce genre de chose en psycho-pathologie. Ça pourrait presque être le sentiment qu’on attribue aux choses dont on entend parler. Il y a des éléments… ce… cette pulsation, cette excitation, cette connaissance. Et j’ai dit… j’ai compris une chose, j’ai été très très brave… une sublimation de l’instinct sexuel. Et j’ai pensé : voilà, c’est ça. Et rien de plus. Et pendant un certain temps, j’ai été très contente de moi. C’était ça. Et puis j’ai dû admettre que non, ce n’était pas ça. Parce que ce quelque chose, je l’ai eu bien avant d’avoir été tellement frustrée sexuellement. Je veux dire, ce n’était pas… mais dans cela… j’ai commencé à voir, au cœur même de cette chose, il y a l’acceptation des relations sexuelles, la seule espèce que je crois possible. C’était dans cette chose. Je veux dire il n’y a pas eu de sublimation ou substitution de l’instinct sexuel. Non. Dans ce que je sais de cette chose, c’est une autre espèce de sentiment sexuel. Je veux dire, c’est dépouillé de tout ce qu’on associe avec la vie sexuelle, si vous voyez ce que je veux dire. Il n’y a pas de chasse, pas de poursuite, pas de bataille, pas… enfin pas de haine, comme il me semble qu’il s’en glisse d’habitude. Et cependant, ce sentiment a été un petit peu troublant.

T : J’aimerais me rendre compte si je peux saisir un peu ce que ceci représente pour vous. C’est comme si vous aviez fait la connaissance de vous-même en profondeur, dans une expérience concrète, et en ce sens étiez devenue plus « égoiste, et la notion de la réalité… dans la découverte de ce qui est au cœur de vous-même, séparé de tous les autres aspects… vous réalisez, très profondément et avec émotion, quelque chose de saint, de vraiment très pur, voilà le mot que je voudrais employer. Et vous réalisez que vous pouvez essayer de le déprécier. Vous pouvez dire : c’est une sublimation, ou c’est une manifestation anormale, je suis piquée, etc. Mais au fond de vous-même, vous savez que ce n’est pas ça. Cette expérience contient des sentiments qui pourraient mener à une riche expression sexuelle, mais c’est plus vaste que cela, et plus profond. Et pourtant tout à fait capable d’inclure tout ce qui pourrait faire partie de la vie sexuelle.

C : C’est probablement quelque chose comme ça. C’est… une espèce de descente. On descend quand on pourrait croire qu’on devrait monter, mais non, j’en suis sûre, on descend.

T : C’est presque comme de descendre et de plonger en vous-même.

C : Oui. Et… je ne peux pas le laisser tomber. Je… on dirait, oui, c’est quelque chose de très important que j’avais à dire.

T : Je vais reprendre une de ces idées, pour voir si je comprends. Vous exprimez en quelque sorte l’idée que vous devez capturer quelque chose qui n’existe pas tout à fait. Mais ce que vous pensez, c’est que vous descendez pour capturer quelque chose qui est là plus profond.

C : Oui c’est-à-dire… j’ai l’habitude… et nous devrions regarder ça de plus près, de rejeter presque violemment tout ce qui est vertueux, l’idéal, etc. c’est comme si on me demandait de monter je ne sais où… je… je ne peux pas. C’est-à-dire… ça ne tient pas très fort si vous commencez à l’ébranler. Mais ceci, ce dont je parle, on a vraiment l’impression de descendre.

T : Il ne s’agit pas de monter vers un idéal fragile. Il s’agit de descendre dans quelque chose d’étonnamment solide et réel…

C : Oui.

T :… qui est plus surprenant que…

C : Oui je veux dire… quelque chose qu’on ne peut pas renverser. C’est… c’est ça que je pense après votre explication. Ça dure.

Tout ceci était présenté de manière très confuse, il vaut peut-être la peine d’en extraire les différents thèmes exprimés :

Je vais parler de moi-même en tant qu’« égo »-iste, mais en donnant au mot une connotation nouvelle.

J’ai acquis une familiarité avec ma propre structure, je me connais profondément.

En descendant en moi, je découvre quelque chose de très intéressant, un centre totalement dépourvu de haine.

Ceci ne peut faire partie de la vie de tous les jours, c’est même peut-être anormal.

J’ai d’abord pensé que c’était simplement une sublimation de l’instinct sexuel.

Mais non, c’est plus vaste, plus profond que l’instinct sexuel. On pourrait penser que c’est le genre de chose que l’on découvre en montant vers le fragile royaume des idéaux.

Mais en réalité, je l’ai découvert en descendant profondément en moi-même.

Cela semble être quelque chose d’essentiel, quelque chose qui dure.

Est-elle en train de décrire une expérience mystique ? On pourrait penser que le conseiller l’a cru, d’après la saveur de ses réponses. Pouvons-nous attacher de l’importance à ce genre d’expression à la Gertrude Stein ? L’auteur voudrait simplement faire remarquer que beaucoup de clients en sont arrivés à une conclusion du même ordre au sujet d’eux-mêmes, quoiqu’ils ne se soient pas toujours exprimés avec autant d’émotion. Même Mrs. Oak, dans l’entretien suivant, le trente-cinquième, donne une version plus claire et plus concise de ses sentiments, d’une manière plus réaliste. Elle explique aussi pourquoi ce fut une expérience difficile.

C : Je pense que je suis terriblement contente de m’être trouvée, ou menée jusqu’ici, ou d’avoir eu envie de parler de moi. C’est une chose très personnelle, très privée, on n’en parle pas, je peux maintenant comprendre pourquoi j’ai éprouvé, euh… une légère appréhension. C’est… c’est comme si je rejetais tout ce que représente la civilisation occidentale, vous voyez. Tout en me demandant si j’avais raison de le faire, si j’étais vraiment sur la bonne route, et cependant, en sentant que j’avais raison tout de même. C’était forcé qu’il y ait un conflit. Et puis ceci, et maintenant, voilà ce que j’éprouve. Il y a cette chose, que j’ai appelée une absence de haine, qui est très réelle. Ça se fait sentir dans ce que je fais, dans ce que je crois. Je pense que c’est bon. C’est comme si je me disais : vous avez essayé de me bourrer le crâne, depuis toujours, avec vos superstitions, vos tabous, vos doctrines mal comprises et vos lois et votre science, vos réfrigérateurs, vos bombes atomiques. Mais je ne marche pas ; vous voyez, je… vous n’avez pas réussi. Je ne me conforme pas, et c’est comme ça.

T : Vous sentez en ce moment que vous avez été très consciente des pressions exercées par la société, pas très consciente mais « il y en a eu tellement dans ma vie, et maintenant je descends plus profondément en moi-même pour savoir ce que je pense vraiment » et il semble qu’à présent vous êtes très loin de votre civilisation, et c’est un peu effrayant mais en même temps très agréable.

C : Oui, maintenant, je me sens bien, vraiment. Et il y a quelque chose d’autre, un sentiment qui commence à grandir, à être presque formé. Une sorte de conclusion : que je vais cesser de chercher à découvrir quelque chose de terriblement mauvais. Je ne sais pas pourquoi. Mais je veux dire, c’est ça. Je suis en train de me dire avec ce que je sais, ce que j’ai trouvé… je suis à peu près sûre que je me suis débarrassée de la peur, et je suis certaine que je n’ai pas peur d’avoir un choc… en fait j’en aurais été plutôt contente. Mais avec les endroits où j’ai été, ce que j’y ai appris, et il faut aussi tenir compte de ce que je ne sais pas, je… c’est là une découverte qui fera date dans ma vie. Et, disons, euh…, je ne peux pas le trouver. Vous voyez ? Et maintenant, sans aucune espèce d’excuse ou d’essai de dissimulation, je dis simplement que je ne trouve pas ce qui en ce moment paraît mauvais.

T : Est-ce que c’est ça ? En descendant de plus en plus profondément en vous-même et en pensant à ce que vous avez appris et découvert, la conviction devient de plus en plus forte, que, si loin que vous alliez, vous ne trouverez pas de choses mauvaises et terribles. Ce que vous trouvez est très différent.

C : Oui, c’est quelque chose comme ça.

Ici, tout en reconnaissant que ce qu’elle dit va à l’encontre de ce qu’enseigne la société dans laquelle elle a été élevée, elle se sent contrainte de dire que le fond d’elle-même n’est pas mauvais, ni terriblement fautif, mais positif. Sous la couche de comportement superficiel contrôlé, sous l’amertume, sous la blessure, il y a un moi qui est positif, et qui est sans haine. Telle est, je crois, la leçon que nos clients nous enseignent depuis longtemps, et que nous, nous avons mis longtemps à apprendre.

Si l’absence de haine semble un concept plutôt neutre, ou négatif, peut-être devons-nous laisser Mrs. Oak expliquer quel sens elle donne à cette expression. Dans le trente-neuvième entretien, quand elle sent que la fin de la thérapie est proche, elle revient à ce sujet.

C : Je me demande si je devrais clarifier… c’est clair pour moi, et c’est peut-être tout ce qui compte, mon sentiment très fort en ce qui concerne une attitude sans haine. Maintenant que nous l’avons placé sur un terrain rationnel, je sais, ça paraît négatif. Et cependant, dans ma pensée, pas vraiment ma pensée, mais mes sentiments et aussi dans ma pensée, c’est une chose beaucoup plus positive que cela, que l’amour, et cela me semble beaucoup plus facile à réaliser, beaucoup moins étouffant. Mais… je comprends que cela doit paraître un rejet total de beaucoup de choses, de beaucoup de croyances et c’est peut-être vrai. Je ne sais pas. Mais cela me semble plus positif.

T : Vous voyez que cela pourrait paraître plus négatif à quelqu’un d’autre, mais pour vous, cela ne paraît pas aussi contraignant, aussi possessif, il me semble, que l’amour. C’est comme si cela pouvait prendre des aspects plus variés, être plus utile, que…

C : Oui.

T :… n’importe lequel de ces termes plus étroits.

C : C’est ce que je crois. C’est plus facile. De toutes façons, c’est plus facile pour moi. Il me semble que c’est comme si on trouvait un endroit où on n’est pas forcé de récompenser et où on n’est pas forcé de punir. C’est… c’est très important. Cela donne une sorte de liberté…

T : H-hm… Quand on est libéré du besoin de récompenser ou de punir, il semble qu’il y a tellement plus de liberté pour tout le monde.

C : C’est ça (un silence). Je m’attends à avoir quelques dépressions en route.

T : Vous ne vous attendez pas à ce que ça aille tout seul.

C : Non.

Cette section est l’histoire, très abrégée, de la découverte faite par une cliente que plus elle creusait en elle-même, moins elle avait à craindre ; qu’au heu de découvrir en elle-même quelque chose de terriblement mauvais, elle découvrait graduellement un centre de son moi qui ne voulait ni récompenser ni punir les autres, un moi sans haine, un moi profondément socialisé. Oserons-nous généraliser à partir de ce type d’expérience, et affirmer que si nous pénétrons jusqu’à notre nature organismique, nous découvrons que l’homme est un animal radicalement bon et social ? C’est ce que suggèrent nos expériences cliniques.

Être son organisme, son expérience

Le fil qui court à travers presque tout ce qui précède est que la psychothérapie (ou du moins la thérapie centrée sur le client) est un processus par lequel l’homme devient son organisme29 – sans déformation, sans illusion sur soi. Que signifie cela ?

Nous parlons ici de quelque chose qui se trouve au niveau expérimental, d’un phénomène qui n’est pas facile à exprimer, et qui, s’il est appréhendé seulement au niveau verbal, est déjà, par ce fait même, déformé. Peut-être en employant plusieurs formules descriptives, arriverons-nous à éveiller un écho, si faible soit-il, dans la pensée de nos lecteurs, et à les amener à se dire : « Ah ! maintenant je comprends un peu, par ma propre expérience, ce que vous voulez dire. »

La thérapie semble être un retour aux perceptions sensorielles de base et aux expériences viscérales. Avant la thérapie, l’individu peut se demander : « Que pensent les autres que je devrais faire dans cette situation ? », « Qu’est-ce que mes parents ou mon éducation demanderaient que je fasse ? », « Qu’est-ce qu’il faut faire, à mon avis ? ». Il agit ainsi continuellement d’après les formes qui seraient imposées à son comportement. Ceci ne veut pas dire qu’il agisse nécessairement en accord avec l’opinion d’autrui. Il peut en fait s’efforcer d’agir de manière à contredire ce qu’on attend de lui. Néanmoins il agit toujours en fonction de l’attente (même l’attente introjectée) d’autrui. Au cours de la thérapie, l’individu en vient : à se demander, à propos de régions toujours plus vastes de son expérience : « Qu’est-ce que, moi, j’éprouve ? », « Quel sens cela a-t-il pour moi ? », « Si je me conduis de telle façon, comment est-ce que je me représente symboliquement le sens que cet acte aura pour moi ? ». Il en vient à agir en fonction de ce qu’on pourrait appeler un réalisme – un réalisme équilibré entre les avantages et les inconvénients de tel ou tel acte.

Cela aidera peut-être ceux qui, comme moi, ont tendance à penser en termes concrets et en vue de l’aide clinique, de pouvoir se référer à des formulations schématiques des processus vécus par le client. Pour l’un cela peut se traduire par : « J’ai pensé que je ne devais éprouver que de l’amour et un ressentiment amer. Peut-être suis-je le genre de personne à éprouver librement à la fois de l’amour et du ressentiment ? » Pour un autre, la leçon pourra être : « J’ai pensé que j’étais seulement mauvais et sans valeur. Maintenant j’ai l’impression parfois d’avoir une valeur personnelle : à d’autres moments, de n’avoir pas beaucoup de valeur ou d’utilité. Peut-être suis-je quelqu’un qui a un sentiment de sa valeur qui varie ? » Pour un autre : « J’ai pensé que personne ne pouvait réellement m’aimer pour moi-même. Maintenant je sais ce que c’est que l’affection d’un autre pour moi. Peut-être suis-je une personne qui peut être aimée par les autres, qui est aimée par les autres ? » Pour un autre encore : « On m’a élevé à penser que je ne devais pas m’apprécier, mais je m’apprécie. Je peux pleurer sur moi-même, mais je peux éprouver du plaisir aussi. Peut-être suis-je une personnalité riche, qui peut à la fois éprouver du plaisir et de la peine ? » Ou pour prendre l’exemple de Mrs. Oak : « Je pensais que fondamentalement j’étais mauvaise, et que les éléments les plus profonds en moi étaient horribles. Je n’ai pas fait l’expérience de ces éléments mauvais, mais au contraire, ce que je ressens, c’est un désir positif de vivre et de laisser vivre. Peut-être puis-je être une personne fondamentalement positive ? »

Qu’est-ce qui rend possible tout ce qui suit la première phrase de ces formulations ? C’est l’accumulation des prises de conscience. Dans la thérapie, la personne ajoute à l’expérience ordinaire la conscience totale et non déformée de son expérience – de ses réactions sensorielles et viscérales. Elle cesse de déformer, ou du moins déforme moins la conscience qu’elle prend de ses expériences. Elle peut prendre conscience de ce qu’elle éprouve réellement, non pas simplement de ce qu’elle se permet d’éprouver après l’avoir fait passer par un filtre conceptuel. En ce sens, la personne devient pour la première fois le potentiel entier de l’organisme humain, avec l’élément enrichissant de la conscience librement ajouté à l’aspect de base des réactions sensorielles et viscérales. La personne en vient à être ce qu’elle est, comme le disent si fréquemment les clients au cours de la thérapie. Ce que ceci semble vouloir dire est que l’individu se met à être – dans sa conscience – ce qu’il est – dans son expérience. Il est, en d’autres termes, un organisme humain complet et en parfait état de marche.

Je devine déjà les réactions de certains de mes lecteurs. « Voulez-vous dire que le résultat de la thérapie est de faire de l’homme rien d’autre qu’un organisme humain, un animal humain ? Qui le contrôlera ? Qui le socialisera ? Va-t-il rejeter toute inhibition ? Avez-vous simplement délivré la bête, le ça, dans l’homme ? » La réponse la plus adéquate à toutes ces questions semble celle-ci : « Dans la thérapie, l’individu est vraiment devenu un organisme humain, avec toutes les richesses que cela comporte. Il est réellement capable de se contrôler lui-même et il est incorrigiblement social dans ses désirs. Il n’y a pas de bête dans l’homme. Il n’y a dans l’homme que l’homme, et c’est lui que nous avons délivré. »

Ainsi la découverte de base de la psychothérapie me semble, si nos observations ont une valeur quelconque, que nous n’avons pas à avoir peur d’être « seulement » homo sapiens. C’est la découverte que si nous pouvons ajouter à l’expérience viscérale et sensorielle qui caractérise le règne animal tout entier le don d’une prise de conscience libre et non déformée dont seul l’être humain semble complètement capable, nous avons alors un organisme, qui est aussi conscient des exigences de la civilisation qu’il l’est de ses besoins physiologiques de nourriture ou de satisfaction sexuelle – qui est tout aussi conscient de son besoin de relations d’amitié que de son désir d’agrandissement personnel – qui est tout aussi conscient de sa tendresse délicate et sensible pour les autres que de ses hostilités à l’égard d’autrui. Quand cette capacité unique de conscience que possède l’homme fonctionne ainsi librement et complètement, nous voyons que nous avons devant nous non pas un animal que nous devions craindre, non pas une bête que nous devions contrôler, mais un organisme capable d’atteindre, grâce aux remarquables capacités d’intégration de son système nerveux central, à un comportement équilibré, réaliste, valorisant pour lui-même et pour autrui, comportement qui est la résultante de tous ces éléments de conscience. En d’autres termes, quand l’homme est moins que totalement homme, quand il refuse de prendre conscience de divers aspects de son expérience, alors en effet nous n’avons que trop de raisons de le craindre et de craindre son comportement, comme le montre la situation internationale. Mais quand il est pleinement homme, quand il est son organisme total, quand la conscience de son expérience, cet attribut spécifiquement humain, fonctionne à plein, alors on peut lui faire confiance, alors son comportement est constructif. Il ne sera pas toujours conventionnel. Il sera individualisé. Mais il sera aussi socialisé.

Conclusion

J’ai exposé la section précédente avec toute la force dont je suis capable, parce qu’elle représente une conviction profonde née de nombreuses années d’expérience. Je suis très conscient, cependant, de la différence entre conviction et vérité. Je ne demande à personne d’être d’accord avec mon expérience, mais je demande seulement qu’on examine si les formulations données ici sont en accord avec l’expérience personnelle de chacun.

Je ne m’excuse pas non plus du caractère spéculatif de ce chapitre. Il y a un temps pour la spéculation, et un temps pour le filtrage de l’expérience. Il faut espérer que peu à peu certaines, et des spéculations et des opinions, et des suggestions cliniques contenues dans ce chapitre pourront être mises à l’épreuve définitive de l’expérience.

BIBLIOGRAPHIE

[1] Maslow, A. H. Our maligned animal nature. Jour, of Psychol., 1949, 28, 273-278.

[2] Montagu, A. On Being Human. New York, Henry Schuman, Inc., 1950.

[3] Rogers, C. R. Client-Centered Therapy. Boston, Houghton Mifflin Co., 1951, Chapter. IV, « The Process of Therapy ».


26 Sur le mot « conception » voir la note page 178 (N.D.T.).

27 Ce passage demande une explication. À propos d’une étude faite par un autre chercheur, on a demandé plusieurs fois à cette cliente au cours de la thérapie d’arranger un grand nombre de cartes, chacune contenant une phrase définissant le moi, de manière à donner un portrait de son propre moi. D’un côté, elle devait placer les cartes qui lui ressemblaient le plus, de l’autre, celles qui lui ressemblaient le moins. Ainsi, quand elle dit qu’elle place comme première carte « j’ai une personnalité attirante », cela signifie qu’elle considère cette affirmation comme la plus caractéristique d’elle-même.

28 Allusion à une affirmation de la cliente lors d’une séance précédente que, dans la thérapie, elle était en train de chanter une chanson.

29 Voir note p. 20 (N.D.T.).