CHAPITRE V
LA PSYCHOTHÉRAPIE CONSIDÉRÉE COMME UN PROCESSUS

Si le chapitre précédent envisage le processus thérapeutique d’un point de vue presque exclusivement phénoménologique, savoir, en se situant à l’intérieur du cadre de référence du client, le présent chapitre s’efforce d’atteindre les significations observables par autrui, et donc se situe davantage dans un cadre de référence extérieure.

À la suite des observations contenues dans ce chapitre, une « Échelle du processus psychothérapeutique » a été élaborée. Celle-ci peut s’appliquer à des extraits d’interviews enregistrées. La méthode continue toujours à être révisée et perfectionnée. Même sous sa forme actuelle, elle offre, d’après la grande majorité des experts, une fidélité acceptable et donne des résultats significatifs. Des cas dont on sait par d’autres critères qu’ils ont été traités avec succès, présentent sur cette « Échelle du processus » un mouvement plus ample que les cas où la thérapeutique a moins bien réussi. De plus, à notre grande surprise, il s’est avéré que les « cas succès » commencent à un niveau plus élevé sur l’échelle que les « cas échecs ». Évidemment nous ne savons pas encore avec certitude quelle modalité d’aide la thérapie peut accorder à cette catégorie d’individus dont le comportement est caractéristique des stades 1 et 2 décrits ci-dessous. Ainsi les idées contenues dans ce chapitre, aussi incomplètes et mal formulées qu’elles m’aient paru à l’époque, n’en ouvrent pas moins de nouvelles perspectives de réflexion et de recherche.

L’ÉNIGME DU PROCESSUS THÉRAPEUTIQUE

Je voudrais vous emmener avec moi dans un voyage d’exploration. L’objet du voyage, le but de la recherche, est d’obtenir des renseignements sur le processus thérapeutique, c’est-à-dire le processus suivant lequel s’opère le changement de la personnalité. Je voudrais vous signaler que le but n’a pas encore été atteint et tout se passe comme si l’expédition ne s’était enfoncée que de quelques malheureux kilomètres à l’intérieur de la jungle. Mais peut-être si vous voulez bien m’accompagner, serez-vous tentés de découvrir de nouvelles voies d’accès qui nous permettraient d’avancer dans nos recherches.

Quant à moi, si je m’engage dans une telle recherche, c’est pour une raison bien simple. De même que maints psychologues se sont intéressés aux constantes de la personnalité – l’intelligence, le tempérament, la structure du moi dans leurs aspects permanents – je me suis pour ma part intéressé depuis longtemps aux constantes qui interviennent dans le changement de la personnalité. Est-ce que la personnalité et le comportement subissent vraiment des changements ? Quels sont les points communs entre ces modifications ? entre les conditions qui précèdent le changement ? Et par-dessus tout, par quel processus se produit ce changement ?

Jusqu’à une date récente, nous avons surtout essayé d’éclairer ce processus par l’étude des résultats. Nous possédons de nombreux faits, par exemple, concernant les modifications qui surviennent dans l’auto-perception et dans la perception d’autrui. Nous ne nous sommes pas contentés de mesurer ces changements en survolant le processus global mais nous l’avons fait à intervalles réguliers, au cours du traitement. Même cette dernière technique nous donne peu d’indications quant au processus lui-même. Des études portant sur des phases de traitement sont encore des mesures de résultats, et par conséquent donnent peu de renseignements sur la manière dont s’opère le changement.

En me penchant sur ce problème, je me suis rendu compte à quel point la recherche objective, en tous domaines, néglige l’étude du processus lui-même. Dans l’intention de nous fournir une représentation fidèle des interrelations qui existent à un moment donné, la recherche objective nous donne des phases figées du traitement. Mais notre compréhension d’un mouvement continu – qu’il s’agisse du processus de fermentation, de la circulation du sang ou de la fission atomique – est généralement obtenue par le moyen d’une hypothèse théorique, souvent accompagnée, là où la chose est possible, d’une observation clinique du processus. J’en suis ainsi venu à penser qu’il ne convient pas de nourrir un espoir excessif de voir les procédures de recherches éclairer directement la manière dont s’opère le changement de la personnalité. Peut-être seule la théorie est-elle à même de satisfaire à cette tâche.

Une méthode à rejeter

Quand je résolus, il y a de cela plus d’un an, de faire une nouvelle tentative pour comprendre la façon dont s’opèrent de tels changements, je commençai par examiner les différentes manières de décrire l’expérience thérapeutique en termes empruntés à quelque autre cadre de référence. J’étais très attiré par la théorie des communications avec ses signaux « d’entrée et de sortie », avec ses concepts de « feed-back » et ainsi de suite. On pouvait aussi décrire le processus thérapeutique en termes d’apprentissage, ou de théorie générale des systèmes. Passant en revue ces diverses orientations, j’acquis la conviction qu’il serait possible de transposer le processus psychothérapeutique dans n’importe lequel de ces cadres de référence conceptuelle. Il y aurait, je crois, quelque avantage à procéder ainsi, mais j’acquis la conviction que dans un terrain de recherche si nouveau, ce n’était pas là la tâche la plus urgente.

J’en vins à cette conclusion acquise déjà par d’autres avant moi : un nouveau terrain de recherches exige avant tout que l’on se plonge dans l’événement, que l’on s’approche des phénomènes avec le moins de préjugés possible, que l’on prenne, face à ces événements l’attitude observatrice et descriptive du naturaliste, utilisant ce genre d’hypothèses peu différenciées que semble exiger le matériel étudié.

Mode d’approche

Ainsi, depuis un an, j’ai utilisé la méthode dont beaucoup d’entre nous se servent pour tirer des hypothèses, méthode que les psychologues de notre pays se refusent si souvent à exposer ou à commenter. Je me suis servi de moi-même comme instrument.

En tant qu’instrument, je possède à la fois des qualités et des défauts. Pendant longtemps, j’ai pratiqué la psychothérapie en tant que thérapeute. J’en ai fait l’expérience de l’autre côté de la barrière en tant que client. J’ai réfléchi à la psychothérapie, j’ai fait des recherches dans ce domaine, je me suis familiarisé avec les travaux de mes confrères. Mais j’ai également acquis des préjugés, une vision personnelle de la psychothérapie, et j’ai tenté de mettre sur pied des idées théoriques sur la psychothérapie. Ces vues et ces théories auraient tendance à émousser ma réceptivité vis-à-vis des événements. M’était-il possible de jeter un regard neuf et naïf sur ces phénomènes ? Pouvais-je faire de mon expérience globale un instrument aussi efficace que possible ? Ou bien mes préventions n’allaient-elles pas m’empêcher de voir ce qui était effectivement en jeu ? Je ne pouvais que me jeter à l’eau et tenter l’expérience.

Au cours de ces dernières années, j’ai ainsi passé de nombreuses heures à écouter des enregistrements d’entretiens thérapeutiques d’une oreille aussi naïve que possible. Je me suis efforcé d’absorber toutes les indications que je pouvais saisir touchant le processus, et concernant les éléments significatifs du changement ; j’ai tenté ensuite d’extraire de mes réactions les idées les plus simples susceptibles de les décrire. Dans cette tâche, je me suis trouvé stimulé et aidé par les travaux de plusieurs de mes collègues. Je voudrais spécialement exprimer ma reconnaissance à Eugène Gendlin, William Kirtner, Fred Zimring, dont la capacité avérée d’ouvrir des voies nouvelles dans ce domaine me fut particulièrement utile et auxquels j’ai fait de larges emprunts.

L’étape suivante a consisté à formuler ces observations et ces abstractions élémentaires d’une manière telle qu’on puisse en tirer sur le champ des hypothèses vérifiables. C’est là le point atteint par mes recherches. Je n’ai pas à m’excuser de ne rapporter aucune des enquêtes qui correspondent à ces formulations. Dans la mesure où l’expérience passée peut servir de guide, je puis être assuré que les hypothèses que je vais présenter, si elles s’accordent d’une certaine manière avec l’expérience subjective d’autres praticiens, contribueront à stimuler la recherche sur une vaste échelle ; et, dans un proche avenir, il sera possible de déterminer clairement le dosage de vérité et d’erreurs contenues dans les propositions qui vont suivre.

Les difficultés et l’intérêt de la recherche

Il peut vous sembler étrange que je vous décrive si longuement le chemin que j’ai personnellement parcouru à la recherche de quelques formules simples et sans doute inadéquates. C’est que, j’en suis persuadé, les neuf dixièmes de toute recherche nous échappent entièrement et que l’étude de la fraction que nous pouvons en apercevoir nous conduit à de fausses conclusions. Exceptionnellement, un chercheur comme Mooney [6,7] décrira toute la méthode de recherche telle qu’elle existe chez l’individu. J’aimerais moi aussi révéler l’ensemble de la méthode suivie, telle qu’elle s’est peu à peu formée en moi, et non pas simplement son aspect impersonnel.

Je souhaite ardemment vous faire participer aux joies et aux découragements que j’ai éprouvés dans mon effort pour comprendre le processus. J’aimerais vous narrer une découverte que j’ai faite récemment : la manière dont les sentiments « touchent » les clients – pour reprendre un de leurs termes favoris. Le client est en train de discourir sur un thème important quand soudain, il reçoit « l’impact d’un affect ». – Rien de nommé ou de classifié, mais l’expérience de quelque chose d’inconnu qu’il faudra explorer avec soin, avant même de pouvoir lui donner un nom. Comme dit un client « c’est un sentiment qui m’emporte avec lui et je ne sais même pas à quoi il se rattache ». La fréquence de ce phénomène m’a frappé.

Un autre sujet d’intérêt fut la variété des voies par lesquelles les clients prennent une conscience de plus en plus précise de leurs propres sentiments. Ces sentiments s’infiltrent et remontent comme des « bulles dans l’eau ».

Le client « plonge » dans ses émotions souvent avec précaution et avec crainte : « Je voudrais me plonger dans cette émotion. Vous voyez comme c’est difficile, n’est-ce pas ? »

Une autre observation prise sur le vif se rapporte à l’importance que le client attache à Vexactitude de la symbolisation. Il désire précisément le mot exact qui pour lui décrit l’impression qu’il a éprouvée. Il rejette toute approximation. Et ceci pour obtenir une meilleure communication à l’intérieur de lui-même. Car s’il ne s’agissait que de communiquer avec autrui, il aurait toujours plusieurs mots à sa disposition.

J’en vins aussi à attribuer de l’importance à ce que j’appellerai « les moments dynamiques ». C’est-à-dire les moments où il est visible qu’un changement est en train de s’opérer. J’essaierai plus tard de décrire ces moments avec leurs concomitants physiologiques les plus évidents.

Je voudrais aussi mentionner le profond sentiment de désespoir que j’ai parfois éprouvé, naïvement perdu dans l’incroyable complexité de la relation psychothérapeutique. Il n’est guère étonnant que nous préférions, en commençant le traitement, être munis de préjugés rigides. Nous sentons qu’il nous faut imposer un ordre à cette relation : nous n’osons guère espérer découvrir cet ordre en elle.

Voici quelques-unes des découvertes personnelles, des embarras, et des découragements que j’ai rencontrés dans l’étude de ce problème. C’est de là que sortent les idées plus théoriques que je voudrais maintenant présenter.

Une condition de base

Si nous devions étudier le mécanisme de la croissance des végétaux, nous tiendrions pour acquises, en bâtissant notre théorie, certaines conditions constantes de température, d’humidité et d’éclairage. De même en conceptualisant le processus de changement de la personnalité en psychothérapie, je supposerai un ensemble optimal de conditions constantes facilitant ce changement. J’ai récemment tenté de donner le détail de ces conditions [8]. Et en ce qui concerne notre propos actuel, je crois pouvoir résumer cette condition en peu de mots. Tout au long de la discussion qui va suivre, j’admettrai que le client s’éprouve lui-même comme étant pleinement accepté. J’entends par là que quels que soient ses sentiments – crainte, désespoir, insécurité, colère – quelle que soit la manière dont il envisage sa propre situation à ce moment, il perçoit qu’il est psychologiquement accepté, tel quel, par le psychothérapeute. Ceci implique donc une compréhension empathique et une acceptation inconditionnelle. Il convient également de souligner que c’est l’expérience qu’a le client de cette acceptation qui la rend optimale, et non seulement le fait de sa présence chez le thérapeute.

Dans tout ce que j’aurai à dire sur le processus de changement, je supposerai comme condition constante optimale et maximale, celle d’être accepté.

Le continuum

Pour essayer de saisir et de conceptualiser le processus de changement, j’ai commencé par chercher les éléments susceptibles de caractériser le changement lui-même. Je pensais au changement en tant que totalité et je recherchais ses qualités spécifiques. Ce qui m’est apparu graduellement, à mesure que j’affrontais la matière brute du changement, est un « continuum » différent de celui que j’avais perçu auparavant. Je commençai à comprendre que les individus n’évoluent pas à partir d’un point fixe et « homéostatique » vers un nouveau point fixe, bien que ce genre de processus soit possible. Au contraire le continuum le plus significatif se développe à partir d’un point fixe vers le changement, à partir d’une structure rigide vers une fluidité, à partir d’un état de stabilité vers un processus évolutif.

J’émis l’hypothèse provisoire que les qualités de l’expression du client pourraient à tout moment indiquer sa position dans ce continuum, le point où il en était arrivé dans le processus du changement.

J’ai pu établir graduellement le concept d’un processus, dans lequel j’ai distingué sept phases ; mais j’insiste sur le fait qu’il s’agit d’un continuum et que tous les points intermédiaires persistent, que l’on distingue trois ou cinquante phases.

J’ai remarqué que chez un client donné, pris comme un tout, les comportements qu’on rencontre généralement s’agglutinent autour d’une section relativement courte du continuum. En d’autres termes, il est invraisemblable que dans une sphère de son existence le client manifeste une fixité totale, et dans une autre sphère une mobilité absolue. Il tendrait, globalement, à se situer à telle ou telle étape du processus. Cependant le processus que je voudrais décrire s’applique sans doute plus exactement à certains domaines des intentions subjectives, et là je fais l’hypothèse que le client se trouve dans ce domaine à un stade bien défini et ne présente aucune caractéristique propre aux autres stades.

LES SEPT STADES DU PROCESSUS

Je vais essayer d’indiquer la manière dont je me représente les étapes successives du processus par lequel le sujet passe de la fixité à la fluidité, d’un point situé près du pôle statique du continuum à un point situé près de « son pôle en mouvement ». Si mon observation est correcte, il est possible que, en examinant et en échantillonnant les qualités de l’expérience et de l’expression chez un individu donné, dans un climat d’acceptation inconditionnelle, nous puissions déterminer le point où il se trouve dans ce continuum de changement de la personnalité.

Premier stade

La personne qui se trouve à ce stade de rigidité et de répugnance à toute élaboration de son expérience immédiate ne sera certainement pas volontaire pour entreprendre un traitement thérapeutique. Cependant, je puis, dans.une certaine mesure, illustrer les caractéristiques de ce stade.

Refus de communiquer personnellement. Communication uniquement sur des sujets extérieurs.

Exemple : « Eh bien, je vous dirai qu’il me paraît toujours un peu idiot de parler de soi-même sauf en cas d’extrême nécessité. »30

Les sentiments et les opinions personnels ne sont ni perçus ni reconnus comme tels.

Les schématisations personnelles (selon le terme employé par Kelly [3]) sont extrêmement rigides. Se trouver en relations intimes et personnelles avec quelqu’un est ressenti comme dangereux. À ce stade, aucun problème personnel n’est reconnu ni perçu.

Il n’y a aucun désir de changement.

Exemple : « J’ai l’impression que je me porte assez bien. »

Il y a beaucoup de blocages dans la communication interne.

Peut-être ces courtes phrases et ces exemples pourront-ils illustrer en partie la rigidité psychologique inhérente à ce pôle extrême du continuum. Le sujet reconnaît à peine ou pas du tout le flux et le reflux de sa vie affective. Les schèmes dont il se sert pour construire son expérience ont été influencés par son passé et ne sont pas affectés par les événements du présent.

Dans sa manière de vivre son expérience actuelle, il est (pour reprendre un terme de Gendlin et Zimring) « tributaire de schèmes ». En d’autres termes, il réagit à « la situation présente en l’assimilant à une expérience passée, puis en réagissant à ce passé lui-même, en le revivant » [2]. La différenciation des significations personnelles de l’expérience est sommaire ou globale, le vécu étant vu comme « en blanc et noir ». Le sujet ne se communique pas lui-même, et ne communique que des détails extérieurs. Il tend à se considérer comme dégagé de tout problème, ou bien les problèmes qu’il reconnaît sont perçus comme tout à fait extérieurs à sa personne. La communication interne entre le moi et l’expérience immédiate est sérieusement bloquée. L’individu à ce stade se laisse décrire en termes d’immobilité, de fixité, à l’opposé de toute fluidité, de tout changement.

Deuxième stade

Quand, au cours du premier stade, l’individu a éprouvé qu’il était totalement accepté, il passe alors au second. Nous ne connaissons guère le mécanisme qui induit cette prise de conscience, mais il se trouve qu’on l’obtient par la thérapie de jeu ou de groupe. Dans ces circonstances le sujet bénéficie d’un climat permissif ou d’acceptation, sans être obligé à prendre aucune initiative personnelle, pendant un temps assez long pour se sentir accepté.

De toutes façons, quand il en arrive à ce point, on remarque que l’expression symbolique devient plus facile et plus fluide. Ce qui se manifeste comme suit :

L’expression concernant des personnes autres que lui-même devient moins superficielle.

Exemple : « Je soupçonne mon père d’avoir souvent éprouvé un sentiment d’insécurité dans ses relations d’affaires. »

Les problèmes sont perçus comme extérieurs à soi.

Exemple : « Je ressens souvent un manque d’organisation dans ma vie. »

Pas de sentiments de responsabilité personnelle à l’égard de ses problèmes.

Ceci est illustré par la citation précédente.

Les sentiments sont décrits comme des objets que l’on ne possède pas ou parfois comme appartenant au passé.

Exemple : Le thérapeute : « Vous désirez sans doute me dire ce qui vous amène… » La cliente : « Le symptôme était… c’était… simplement être profondément déprimée. » Voilà un excellent exemple de la manière dont les problèmes internes peuvent être perçus et communiqués comme s’ils étaient purement externes. Elle ne dit pas : « Je suis déprimée », ou même : « J’étais déprimée ». Elle traite son sentiment comme un objet éloigné, qu’elle ne possède pas, qui lui est entièrement extérieur.

Les sentiments peuvent être extériorisés, mais ne sont pas reconnus comme tels, ni revendiqués.

L’expérience immédiate est liée à une structure imposée par le passé.

Exemple : « Je suppose que la compensation que je recherche, c’est plutôt que de communiquer avec les gens ou d’avoir de bonnes relations avec eux, c’est… eh bien… comment dirais-je… j’essaie de rester sur un plan intellectuel avec eux. » Ici la cliente commence à reconnaître la manière dont son expérience présente est tributaire du passé. Ses paroles illustrent aussi combien elle tient éloignée d’elle sa propre expérience immédiate. C’est comme si elle tenait son expérience vécue à bout de bras.

Les schèmes personnels sont rigides, non reconnus en tant que tels, mais conçus comme des faits.

Exemple : « Je ne peux jamais faire quelque chose convenablement… jamais rien finir. »

L’expression des intentions et des sentiments personnels est globale et manque de nuances.

L’exemple précédent en fournit une bonne illustration : « Je ne peux jamais » est une affirmation brutale, comme l’est également l’emploi de « convenablement » en un sens aussi absolu.

Les contradictions peuvent s’exprimer, mais sont à peine reconnues comme telles.

Exemple : « Je veux apprendre…, mais je reste une heure sur la même page. »

Il me semble que nombre de clients qui viennent volontairement nous consulter sont à ce stade, mais, à quelques exceptions près, nous, praticiens, obtenons peu de résultats en travaillant avec eux. Telle semble être du moins la conclusion de Kirtner [4], conclusion acceptable encore que son cadre de référence conceptuelle soit quelque peu différent du nôtre. Nous n’en savons pas assez sur la manière dont une personne à ce stade en vient à se sentir « acceptée ».

Troisième stade

Si le dégel et le léger assouplissement de l’expression survenus au second stade ne sont pas bloqués – mais que le client se sente en fait accepté sans réserves tel qu’il est –, alors la détente et l’assouplissement de l’expression symbolique se poursuivent. Voici quelques-unes des propriétés qui semblent concourir à caractériser ce point du continuum.

Le discours ayant le « moi » pour objet devient plus facile.

Exemple : « Je fais de gros efforts pour être parfait avec elle – enthousiaste, amical, intelligent, beau parleur, parce que je veux qu’elle m’aime. »

Le client parle encore de ses expériences personnelles comme s’il s’agissait d’objets.

Exemple : « Et puis, encore faut-il savoir si vous vous sentez prêt au mariage et si votre profession est si importante qu’elle englobe toute votre personnalité ; cela limite tous les contacts que vous pouvez avoir. » Dans ce cas, le « moi » du client est un objet si lointain que cette réaction devrait plutôt être classée entre les stades deux et trois.

Le client parle également de son moi comme s’il était un objet seulement chez les autres qui lui en renverraient l’image.

Exemple : « Je me vois souriant doucement comme ma mère, ou parfois aussi bourru et aussi sûr de moi… comme mon père – je me glisse dans la personnalité de n’importe qui sauf dans la mienne. »

Le client parle beaucoup de sentiments et d’intentions personnels non actuels ou bien les décrit longuement.

D’habitude, bien sûr, ce sont des communications concernant des sentiments passés.

Exemple : « Il y avait tant de choses que je ne pouvais dire, tant de vilaines choses que je faisais. Je me sentais si lâche et si méprisable. »

Autre exemple : « Et le sentiment qui m’envahit alors, était exactement celui que j’ai éprouvé étant gosse. »

Il y a très peu d’acceptation des sentiments. Ceux-ci apparaissent, pour la plupart, comme quelque chose de honteux, de mauvais, d’anormal, toujours plus ou moins inacceptable. Des sentiments sont manifestés, et quelquefois alors reconnus comme tels. L’expérience vécue est décrite comme si elle appartenait au passé, ou bien comme si elle était étrangère au moi.

Tout ceci est illustré par les exemples précédents.

Les schèmes personnels sont rigides, mais il se peut qu’on les prenne pour ce qu’ils sont : des schèmes personnels et non des faits extérieurs.

Exemple : « Je me suis senti tellement coupable pendant ma jeunesse que je croyais toujours mériter d’être puni quoi qu’il arrive. Si j’estimais ne pas mériter de punition pour tel fait invoqué, je sentais que j’en méritais une pour tel autre. » Manifestement le client voit cela comme la manière dont son expérience s’est schématisée plutôt que comme un fait objectivement établi.

Autre exemple : « Chaque fois qu’il s’agit d’affection, pour moi cela représente une soumission. Et c’est ce que je déteste, mais on dirait que j’identifie les deux et que si quelqu’un me manifeste de l’affection, cela signifie que je dois accéder à toutes ses demandes. »

L’expression des sentiments et des opinions est un peu plus nuancée, moins globale que dans les stades précédents.

Exemple ; « Je l’ai déjà dit plusieurs fois, mais maintenant c’est vrai, je l’ai réellement ressenti. Est-il étonnant que je me sois senti si misérable dans ces conditions, étant donnés tous les sales tours qu’ils m’ont joués ? Et inversement je ne me suis pas bien conduit, je m’en rends bien compte. »

Les contradictions de l’expérience immédiate sont reconnues.

Le client explique que d’une part il s’attend à faire quelque chose de bien, mais que d’autre part, ça peut échouer complètement.

Les choix personnels sont souvent reconnus comme inefficaces.

Le client « choisit » de faire une chose mais découvre que sa conduite n’est pas dans la ligne de son choix.

A mon avis, il est évident qu’un grand nombre de ceux qui viennent chercher une aide psychologique en sont approximativement au point représenté par notre troisième stade. Ils peuvent y rester pendant longtemps, décrivant des sentiments qu’ils n’éprouvent pas actuellement et explorant leur moi comme un objet, avant d’être prêts à passer au stade suivant.

Quatrième stade

Une fois que le client se sent compris, accueilli, accepté comme il est, dans les différents aspects de son expérience au niveau de ce troisième stade, il se produit alors un relâchement progressif de ses schèmes, un débit plus libre de ses sentiments, ce qui indique que le sujet a repris sa progression dans le continuum. Essayons de saisir quelques aspects essentiels de ce relâchement qui caractérise la quatrième phase de ce processus.

Le client décrit des sentiments plus intenses dans la catégorie des affects « non actuellement présents ».

Exemple : « Eh bien ! – ç’a été un coup dur pour moi. »

Les sentiments sont toujours décrits comme des objets mais dans le présent.

Exemple : « Ça me décourage de me sentir dépendant. C’est un signe que je ne crois guère en moi-même. »

Parfois les sentiments sont exprimés comme s’ils existaient dans le présent, quelquefois aussi ils surgissent contre le vœu du client.

Un client qui venait de raconter un rêve dans lequel apparaissait un spectateur, dangereux parce qu’il observait ses « crimes », dit au thérapeute : « Bon, je n’ai pas confiance en vous. »

Une certaine tendance à éprouver des sentiments « hic et nunc » apparaît, mais assortie de méfiance et de peur devant cette possibilité.

Exemple : « Je me sens lié par quelque chose. Cela doit être moi ! Je ne vois pas d’autre raison à cela. Je ne peux le mettre sur le dos de personne. 11 y a ce nœud quelque part en moi… Ça me rend fou. J’ai envie de pleurer… de me sauver ! »

Il n’y a guère d’acceptation franche des sentiments, bien qu’une certaine acceptation apparaisse.

Les deux exemples précédents indiquent que le client présente un degré suffisant d’acceptation de son expérience pour affronter des sentiments qui lui font peur. Mais leur acceptation est peu consciente.

L’expérience immédiate est moins déterminée par la structure du passé et plus accessible, elle surgit parfois, mais avec un léger retard.

Ces deux exemples illustrent très bien cette manière moins rigide qu’a le sujet d’envisager son expérience vécue.

Un assouplissement apparaît dans la manière de construire cette expérience ; il y a quelques découvertes de schèmes personnels, lesquels sont nettement reconnus pour ce qu’ils sont. On entrevoit déjà un doute portant sur leur validité.

Exemple : « Ça m’amuse. Pourquoi ? Oh ! parce que c’est un peu stupide de ma part, je me sens un peu inquiet, embarrassé et un peu impuissant (sa voix s’adoucit et il paraît triste). L’ironie m’a servi de défense toute ma vie ; c’est un peu idiot quand on veut se voir objectivement. Un rideau qu’on tire… Je me sens un peu perdu maintenant. Où en étais-je ? Qu’est-ce que je disais ? J’ai perdu prise sur quelque chose qui m’avait servi à m’accrocher. »

Cet exemple illustre le choc et le bouleversement qui résultent de la mise en cause d’un schème de base ; dans ce cas l’utilisation de l’ironie comme moyen de défense.

Les sentiments, les schèmes, les intentions personnels se nuancent avec une certaine tendance à rechercher une symbolisation exacte.

Cette caractéristique est illustrée de façon adéquate dans chacun des exemples pris à ce stade.

Le client se rend compte des contradictions et des dissonances entre son expérience immédiate et son moi.

Exemple : « Je n’agis pas aussi bien que je le pourrais. Je pourrais vraiment faire mieux. Combien d’heures ai-je passé à rêvasser dans cette position, tandis que ma mère me disait : « Ne pars pas avant d’avoir fait quelque chose. » Faire quelque chose de productif ! La même scène se renouvelait souvent. »

Cela illustre à la fois l’intérêt que porte le client à ses propres contradictions et sa mise en question de la manière dont il a perçu son expérience immédiate.

Le sujet prend conscience de sa responsabilité concernant ses problèmes personnels mais avec quelque hésitation.

Bien qu’une relation étroite avec le thérapeute lui paraisse encore dangereuse, le client en prend le risque jusqu’à un certain degré d’affectivité.

Cela est illustré par plusieurs des exemples ci-dessus, en particulier lorsque le client disait : « Bon, je n’ai pas confiance en vous. » Il est hors de doute que cette étape et la suivante constituent l’essentiel de la psychothérapie telle que nous la connaissons. Ces conduites sont très fréquentes dans toute forme de thérapie.

Il serait bon de rappeler une fois de plus qu’une personne n’est jamais exclusivement à tel ou tel stade de ce processus. L’écoute des interviews et l’examen des compte rendus dactylographiés m’incitent à croire que les expressions d’un client, dans une interview donnée, peuvent comprendre des phrases et des comportements surtout caractéristiques du stade 3, avec des exemples fréquents de la rigidité caractéristique du stade 2 ou du plus grand dégel du stade 4. Il ne paraît toutefois pas vraisemblable que l’on trouve des exemples du stade 6 dans une telle interview.

Ce qui précède se réfère à la variabilité du stade général du processus atteint par le client. Si nous limitons notre recherche à une zone déterminée des opinions personnelles émises par le client, je ferais volontiers l’hypothèse d’une plus grande régularité : le stade 3 serait rarement trouvé avant le stade 2, le stade 4 suivrait rarement le stade 2 sans que le stade 3 ne s’interpose. C’est le genre d’hypothèse de départ qui peut naturellement être étudiée d’une manière expérimentale.

Cinquième stade

Puisque nous avançons dans le continuum, nous allons de nouveau situer un point, en l’appelant le stade 5. Si le client se sent accepté dans ses paroles, dans ses comportements et dans ses expériences au stade 4, cela favorise de nouveaux assouplissements, et survient une plus grande liberté. Ici, je crois que nous pouvons à nouveau délimiter en gros les caractéristiques de cette phase du processus31.

Les sentiments sont exprimés librement comme s’ils étaient éprouvés clans le présent.

Exemple : « Je m’attendais un peu à être rejeté, je m’y attends tout le temps… J’ai l’impression d’éprouver la même chose même dans mes rapports avec vous. C’est dur d’en parler parce que je veux vous donner la meilleure impression possible de moi-même. » Ici, les sentiments concernant le thérapeute et le client dans sa relation avec celui-ci, émotions souvent très difficiles à révéler, sont exprimés ouvertement.

Les sentiments sont sur le point d’être pleinement éprouvés. Ils commencent à remonter à la surface, en dépit de la peur et de la méfiance que le client éprouve à les vivre pleinement et dans l’immédiat.

Exemple : « C’est sorti tout seul et, vraiment, je ne comprends pas comment (long silence)… J’essaie de comprendre ce que c’est que cette peur. »

Autre exemple : Une cliente parle d’un événement extérieur, soudain elle a un regard angoissé, terrifié. Le thérapeute : « Quoi ? Qu’est-ce qui se passe maintenant ? » La cliente : « Je ne sais pas (elle pleure)… J’ai dû toucher à quelque chose dont je ne veux pas vous parler… » Ici, elle a pris conscience de ce sentiment presque en dépit d’elle-même.

Autre exemple : « Je me sens brusquement arrêtée maintenant. Pourquoi ce trou de mémoire ? J’ai l’impression de m’accrocher à quelque chose, mais j’en ai lâché d’autres, et quelque chose en moi s’inquiète : « A quoi va-t-il falloir encore renoncer ? »

Une tendance commence à se faire jour : les sentiments éprouvés se réfèrent à une expérience intime.

Les trois exemples cités plus haut illustrent ce propos. Dans chaque cas, le client sait qu’il a éprouvé quelque chose mais il se rend compte qu’il ne peut exprimer clairement son expérience. On voit cependant apparaître l’intuition naissante que l’objet de ces vagues connaissances réside en lui dans un événement auprès duquel il peut vérifier l’exactitude de ses symbolisations et de ses formulations cognitives. Cela ressort souvent d’expressions qui indiquent le caractère proche ou lointain de cet objet pour le client.

Exemple : « Je n’ai vraiment pas mis le doigt dessus, je ne fais que le décrire. »

Il y a une surprise et de la peur, rarement du plaisir, à l’apparition de sentiments qui jaillissent à la surface.

Exemple : Le client évoquant ses anciennes relations familiales : « Cela n’a plus aucune importance. Hmm ! (silence). C’était pourtant très important mais je ne sais vraiment pas pourquoi… Oui : C’est ça ! Je puis l’oublier maintenant… ça n’est pas tellement important. Brrr… quand je pense combien j’étais bêtement malheureux ! »

Autre exemple : Le client vient d’exprimer son désespoir : « Je suis encore stupéfait de la force de ce désespoir – ça me paraît être exactement ce que je ressens. »

De plus en plus le sujet revendique ses propres sentiments et désire les vivre, être son « vrai moi ».

Exemple : « La vérité c’est que je ne suis pas du tout un type doux et tolérant tel que j’essaie de me montrer. Il y a des choses qui m’irritent. Je me sens hargneux avec les gens et parfois j’ai envie d’être égoïste ; et je ne vois vraiment pas pourquoi je m’en cacherais. »

Ceci montre clairement le plus grand degré d’acceptation de tous les sentiments.

L’expérience immédiate s’assouplit, n’est plus distante, fréquemment elle ne surgit qu’avec un léger retard.

Il n’y a guère de délai entre l’événement organistique et son retentissement dans la conscience. C’est ce qu’un client nous décrit avec une admirable précision.

Exemple : « J’éprouve encore quelques difficultés à essayer d’exprimer ce que signifient cette tristesse et ces crises de larmes. Je sais seulement que je me sens triste quand j’accède à un certain sentiment et, d’habitude, quand je pleure pour de bon, cela m’aide à franchir une barrière que j’ai élevée à la suite de certains événements. Je me sens blessé par quelque chose et alors automatiquement c’est comme si ce sentiment me cachait ce qui se passe, et j’ai l’impression de ne pouvoir entrer en contact avec quoi que ce soit, ni rien sentir… Et si je pouvais sentir ou me permettre d’accepter immédiatement que je suis blessé, je pourrais tout de suite me mettre à pleurer, mais je ne peux pas. »

Dans ce cas nous le voyons considérant son sentiment comme un critère interne vers lequel il se tourne pour voir plus clair. Au moment où il se sent prêt à pleurer, il se rend compte que cela représente le sentiment partiel et retardé d’avoir été blessé. Il reconnaît aussi que ses défenses sont telles qu’il ne peut pas, à ce stade, éprouver réellement l’événement traumatisant, au moment où il surgit.

Les modes selon lesquels l’expérience est construite sont très souples. Il y a beaucoup de découvertes originales de schèmes personnels en tant que schèmes, et un examen critique de ceux-ci.

Exemple : Un homme déclare : « Ce besoin de plaire – de devoir chercher à plaire, c’est vraiment le postulat de base de ma vie (il pleure doucement). Voyez-vous, c’est une sorte d’axiome indiscutable : il faut que je plaise. Je n’ai pas le choix. Je dois plaire. »

Il est convaincu que ce postulat a été un schème construit et il est clair qu’il lui apparaît de moins en moins valable.

Il y a une tendance forte et évidente à l’exactitude dans la différenciation des sentiments et des intentions.

Exemple : « … une tension qui croît en moi, une sorte de désespoir, d’insatisfaction et en fait je suis loin d’être comblé dans la vie actuellement… Je ne sais pas… : on pourrait dire que ce qui s’en rapproche le plus est le sentiment de désespoir. » Visiblement il s’efforce de saisir le terme exact qui pour lui symbolise son expérience.

De plus en plus, le sujet accepte de regarder en face ses propres contradictions et incohérences.

Exemple : « Consciemment je me sais quelqu’un de bien mais au fond de moi-même je n’y crois pas. Je suis un salaud, un bon à rien. Je ne me crois pas capable de faire quoi que ce soit. »

Le sujet accepte de plus en plus facilement sa propre responsabilité devant les problèmes qu’il doit affronter et se sent de plus en plus concerné par le comportement qu’il a eu. Le dialogue intérieur est de plus en plus libre, la communication interne est améliorée et le blocage réduit.

Parfois ces dialogues sont verbalisés.

Exemple : « Quelque chose en moi me dit : « à quoi dois-je encore renoncer ? Tu m’as déjà pris tant de choses » – c’est le moi qui parle au moi – le moi intérieur qui parle au moi qui mène le jeu. Voilà maintenant qu’il se plaint : « Tu es trop près maintenant ! va-t-en. »

Autre exemple : Fréquemment ces dialogues ont Heu sous la forme d’une écoute attentive de soi-même, à la faveur de laquelle les formulations cognitives sont vérifiées selon le critère de l’expérience immédiate. C’est ainsi qu’un client dit : « C’est curieux ! Je n’avais jamais vraiment envisagé la chose sous cet angle. J’essaie de voir clair. J’avais toujours l’impression que la tension était due à des causes plus extérieures : que ce n’était pas simplement quelque chose que j’utilisais de cette façon. Mais c’est vrai, c’est tout à fait vrai ! »

Je pense que les exemples de cette cinquième phase du processus éclaireront plusieurs points. En premier lieu, cette phase est à des milliers de lieues – psychologiquement parlant – du premier stade tel que nous l’avons décrit. Dans la personnalité du client, plusieurs aspects sont devenus mobiles, la rigidité de la première étape est dépassée. Il est beaucoup plus proche de son être organique, lequel sans cesse est en évolution : il est beaucoup plus porté par le courant de ses sentiments. Il construit son expérience immédiate de façon moins rigide et sans cesse il la confronte à un objet de référence et à des critères internes et externes. Ses expériences sont de plus en plus différenciées, de sorte que la communication interne, déjà en mouvement, peut être beaucoup plus précise.

Exemples de processus dans une zone donnée

Puisque j’ai eu tendance à parler du client comme un tout qui se trouverait à tel stade ou à tel autre, il me faut insister à nouveau, avant de passer à la description du stade suivant, sur le fait que dans des zones données des intentions personnelles, le processus peut tomber au-dessous du niveau général du client par suite d’expériences qui sont en désaccord profond avec le concept du moi. Je puis peut-être, en me référant à une zone donnée de la sphère affective d’une cliente, illustrer dans une certaine mesure la manière dont le processus en question fonctionne dans un fragment de l’expérience totale.

Dans un cas que rapporte minutieusement Shlien [5] la qualité de l’expression du moi dans les interviews est apparue approximativement aux points trois et quatre dans le continuum du processus.

Puis quand la cliente aborde les problèmes sexuels, le processus est entamé à un niveau plus bas dans le continuum. Au cours du sixième entretien, elle sent qu’il y a des choses impossibles à dire au psychiatre. Puis, « après un long silence, elle mentionne d’une façon presque inaudible, une démangeaison dans la zone du rectum à laquelle son médecin ne trouvait pas de cause ». Dans ce cas un problème apparaît comme complètement extérieur au moi, elle l’éprouve comme ayant une existence séparée d’elle-même. Cela pourrait caractériser le deuxième stade du processus tel que nous l’avons décrit.

Dans le dixième entretien, la démangeaison a atteint ses doigts. C’est alors qu’avec un grand embarras elle décrit des jeux de son enfance où elle se déshabillait et se livrait à d’autres activités sexuelles. Ici aussi l’aspect caractéristique est cette description d’activités étrangères au moi, les sentiments étant considérés comme des objets du passé. Néanmoins on se trouve ici à un point plus avancé du continuum. Elle conclut : « C’est tout simplement que j’ai une mauvaise nature, des sentiments bas. » Voilà un jugement sur le moi représentant un schème personnel, rigide et indifférencié. Tout cela est caractéristique du troisième stade de notre processus, comme l’est aussi la déclaration suivante qu’elle fait sur elle-même, et qui montre une plus grande différenciation dans les intentions personnelles. « Il me semble que mon être intime est hypersexué, mais que mon apparence extérieure n’est pas assez sexuée pour m’attirer la réponse que je désire… j’aimerais être la même en dedans et au dehors. » Cette dernière phrase se rattacherait au quatrième stade par sa passagère mise en question d’un schème personnel.

Au cours du douzième entretien, elle va plus loin dans cette mise en question, déclarant qu’elle n’était pas faite pour la promiscuité. Ceci a clairement l’aspect caractéristique du quatrième stade, récusant définitivement une manière profondément ancrée de construire l’expérience personnelle. Durant cet entretien elle acquiert le courage de dire à son thérapeute : « Vous êtes un homme, un bel homme et tout mon problème concerne des hommes comme vous. Ce serait plus facile si vous étiez plus âgé, plus facile mais à long terme ça n’arrangerait rien. » Elle est troublée et embarrassée d’avoir dit cela. « J’ai l’impression de m’être déshabillée devant vous. Je n’ai plus rien de caché pour vous. » Il s’agit là d’un sentiment spontané, exprimé non sans crainte mais réellement ressenti et non simplement décrit. Elle s’éprouve elle-même d’une façon moins impersonnelle, moins liée à ses schèmes. Tout cela surgit assez rapidement mais elle refuse encore de l’accepter. Qu’elle analyse plus finement ses intentions, cela ressort avec évidence de la phrase « plus facile mais à long terme ça n’arrangerait rien », qui est caractéristique du quatrième stade du processus.

Dans le quinzième entretien, elle décrit plusieurs de ses expériences et de ses émotions passées en rapport avec la sexualité, dans un style caractéristique à la fois du troisième et du quatrième stade tels que nous les avons décrits. A un certain moment elle dit : « Je désirais me faire mal, aussi ai-je commencé à fréquenter des hommes qui pourraient me blesser… avec leur pénis. J’en jouissais et j’avais mal, j’avais ainsi la satisfaction d’être punie de mon plaisir au même moment. » Dans ce cas la manière de construire son expérience est perçue comme telle et non comme un fait extérieur. La mise en question est également très évidente, quoique implicite. Elle se reconnaît avec une certaine inquiétude dans les éléments contradictoires de son plaisir vécu, tout en pensant qu’elle mérite d’être punie. Ces caractéristiques sont propres au quatrième stade ou même un peu au-delà.

Quelques instants plus tard, elle décrit les sentiments intenses de honte qu’elle a éprouvés dans le plaisir sexuel. Ses deux sœurs, « des filles propres et respectables » ne pouvaient pas atteindre l’orgasme, « ainsi j’étais de nouveau la mauvaise fille ». Jusque-là, ces mots illustrent le quatrième stade. Alors brusquement elle demande : « Au fond n’est-ce pas moi qui ai de la chance ? » Dans cette expression au présent d’un sentiment d’étonnement, dans ce jaillissement inattendu, dans l’expression immédiate de cet étonnement, dans la mise en question franche et précise de son schème personnel antérieur, on retrouve les marques du stade cinq que nous venons de décrire. Elle a fait de nombreux pas en avant dans ce processus, dans un climat d’acceptation ; on est désormais bien loin du stade deux.

J’espère avoir montré par cet exemple comment un individu,- pour une zone donnée de ses problèmes, en arrive peu à peu à se détendre et à se mettre en mouvement, entamant ce processus dans la mesure où il se sent « reçu », accepté tel qu’il est. Peut-être aussi cela illustrera-t-il, ce que je crois être le cas, que cette apparition d’une plus grande mobilité n’exige pas quelques minutes ou quelques heures, mais des semaines, des mois. C’est un processus au rythme irrégulier, quelquefois en recul, quelquefois statique lorsqu’il s’étale pour couvrir un espace plus grand, mais finissant toujours par reprendre son cours.

Le sixième stade

Si j’ai réussi à donner une idée de l’étendue et de la nature de cet assouplissement affectif accru, du vécu immédiat et des schèmes propres à chaque stade, nous sommes à même d’aborder le stade suivant, dont l’observation nous apprend qu’il est déterminant. Je vais essayer de communiquer ce que je perçois comme étant ses caractéristiques propres.

En supposant que le client continue d’être pleinement accepté dans la relation thérapeutique, le cinquième stade est souvent suivi d’une phase distincte et souvent dramatique. Elle se caractérise comme suit :

Un sentiment qui auparavant a été « bloqué », inhibé dans son évolution, est éprouvé maintenant immédiatement.

Un sentiment s’épanouit pleinement.

Un sentiment présent est directement ressenti dans toute sa spontanéité et sa richesse.

Ce caractère spontané et immédiat de l’expérience et le sentiment qu’elle contient sont acceptés, c’est devenu quelque chose de réel, et qui n’a plus à être refusé, craint ou combattu.

Toutes les propositions précédentes tendent à décrire les aspects changeants d’un phénomène clair et bien défini. Il faudrait se référer à des exemples enregistrés pour en rendre pleinement la qualité, mais je vais m’efforcer d’en donner une illustration sans le secours de l’enregistrement. Un assez long extrait tiré du quatre-vingtième entretien avec un jeune homme nous permettra peut-être de comprendre la façon dont un client parvient au sixième stade.

Exemple : « Il se pourrait même que j’éprouve un certain sentiment de tendresse envers moi-même. – Pourtant, comment pourrais-je être tendre, me préoccuper de moi-même, puisque je et moi ne font qu’un ? Cependant je sens cela si clairement… vous savez, c’est comme lorsqu’on prend soin d’un enfant… On veut lui donner ça et puis encore ça… Je peux encore le comprendre quand il s’agit de quelqu’un d’autre, jamais quand il s’agit de moi. Est-il possible que je veuille vraiment prendre soin de moi-même et que cela soit le principal but de ma vie ? Cela signifie que j’aborderais le monde entier comme si j’étais le gardien du bien le plus précieux et le plus convoité, que ce « Je » serait entre ce moi précieux dont je désirerais prendre soin, et le monde entier… C’est presque comme si je m’aimais moi-même. Vous savez… c’est étrange… mais c’est vrai. »

Le Thérapeute : Cela semble un concept bizarre et difficile à comprendre. Eh oui, il signifierait : « Je voudrais faire face au monde comme si une part essentielle de ma responsabilité prenait soin de ce précieux individu que je suis – que j’aime. »

Le Client : Dont je m’inquiète et dont je me sens si proche. Oh là là ! C’est encore une drôle d’histoire.

Le Thérapeute : Cela semble fantastique.

Le Client : Oui ! Ça va vraiment loin… Cette idée de m’aimer moi-même et de m’occuper de moi. (Ses yeux se mouillent.) C’est très bien – très bien. »

L’enregistrement aiderait à communiquer qu’il s’agit d’un sentiment qui n’a jamais surgi en lui, et qui est éprouvé dans toute sa spontanéité au moment même. C’est un sentiment qui évolue vers ses conséquences finales sans inhibition aucune. Il est éprouvé avec acceptation, sans aucune tentative pour l’écarter ou le refuser.

L’expérience est vécue, elle ne fait pas simplement l’objet d’un « sentiment »

Dans les mots qu’il emploie, le client peut donner l’impression qu’il éprouve un « sentiment », comme dans l’exemple précédent. Cependant l’enregistrement rend évident le caractère périphérique de ses paroles par rapport à l’expérience intime qui se poursuit en lui-même et dans laquelle il baigne. La meilleure traduction verbale en est cette exclamation : « Oh là là ! Voilà encore une drôle d’histoire. »

Le moi tend à disparaître en tant qu’objet.

Le moi, à ce moment, est ce sentiment. Il n’existe que dans l’instant, avec une faible conscience de soi, mais avec surtout une conscience réflexive, pour reprendre les termes de Sartre. Le moi est, subjectivement, dans le moment existentiel. Ce n’est pas quelque chose de perçu.

L’expérience immédiate, à ce stade, prend vraiment l’aspect caractéristique d’un processus.

Exemple : Un client, un homme qui approche de ce stade, dit qu’il a des craintes au sujet d’un grand nombre de ses pensées secrètes. Il poursuit : « Les pensées les plus proches de la surface sont des papillons. En dessous il y a un courant plus profond. Je m’en sens très éloigné. Ce courant profond ressemble à des bancs de poissons se déplaçant sous l’eau. Je vois ceux qui surgissent à la surface de l’eau – et moi je demeure assis tenant ma canne à pêche d’une main avec une épingle repliée au bout – essayant de trouver quelque chose de mieux que ce bout d’épingle tordu ou encore songeant à piquer la tête la première dans l’eau. C’est ce qui m’effraye. L’idée qui me vient à l’esprit est mon envie de me transformer en un de ces poissons. »

Le Thérapeute : « Vous voulez descendre sous l’eau et aussi vous laisser porter par le courant. »

Bien que le client n’ait pas encore pleinement l’expérience d’évoluer à l’intérieur d’un processus et par conséquent ne puisse servir d’illustration complète à ce sixième stade du continuum, il le prévoit si clairement que sa description représente le sens profond de ce stade.

Une autre caractéristique de ce stade est la détente physiologique qui l’accompagne.

Les yeux humides, les larmes, les soupirs, la relaxation musculaire sont des phénomènes fréquents. Il y a souvent d’autres symptômes physiologiques. Je ferais volontiers l’hypothèse que lorsque ces phénomènes se produisent, si nous avions les moyens de les examiner, nous découvririons une amélioration de la circulation et de la conductivité des influx nerveux. Un exemple du caractère « primitif » de certaines de ces sensations peut être tiré de l’extrait suivant.

Exemple : Le client, un jeune homme, a formulé le vœu de voir ses parents mourir ou disparaître. « C’est un peu comme si je voulais les voir disparaître, comme si je souhaitais qu’ils n’aient jamais existé… Et j’ai tellement honte parce que lorsqu’ils m’appellent, hop ! j’y vais. Leur présence est encore si forte. Je ne sais pas, il y a là quelque chose de viscéral. Je peux presque le sentir à l’intérieur de moi. » (Et il se met à gesticuler, se prenant le nombril comme s’il voulait se déchirer lui-même.)

Le Thérapeute : « Ils vous tiennent vraiment par le cordon ombilical. »

Le Client : « C’est drôle, cette sensation précise. C’est comme une sensation de brûlure plus ou moins, et quand ils me disent quelque chose qui me rend anxieux, je le sens juste ici (il montre l’endroit). Je n’y avais jamais pensé tout à fait comme ça. »

Le Thérapeute : « Tout se passe comme si chaque fois que vos relations avec eux sont troublées vous avez exactement l’impression d’une tension sur l’ombilic. »

Le Client : « Oui, c’est comme ça dans mes boyaux ici, c’est si dur à définir, la sensation que j’éprouve là. »

Dans ce cas, il est en train de vivre subjectivement son sentiment de dépendance vis-à-vis de ses parents. Cependant il serait très inexact de dire qu’il perçoit ce sentiment. Il vit dedans, il l’éprouve comme une tension sur son cordon ombilical.

À ce stade les communications internes sont libres et relativement peu bloquées.

Je pense que cela est parfaitement bien illustré par les exemples cités. En fait l’expression « communications internes » n’est plus tout à fait correcte. En effet, ainsi que le montre chacun de ces exemples, le moment crucial est un moment d’intégration au cours duquel la communication entre les différents « foyers » internes n’est plus nécessaire, parce qu’ils sont devenus un.

« La non-congruence » entre l’expérience du client et la conscience qu’il en prend est fortement éprouvée au moment même où elle disparaît et où s’établit la « congruence ».

Le schème correspondant disparaît à ce moment de l’expérience et le client se sent coupé de son cadre de référence habituel.

Ces deux caractéristiques deviendront sans doute plus claires à travers l’exemple suivant. Un jeune homme a éprouvé de la difficulté à préciser un certain sentiment inconscient : « C’est à peu près cela mon sentiment ; ma vie – telle que je la vivais, telle que je me la représentais, – dominée par la terreur de quelque chose. » Il raconte que ses activités professionnelles lui assurent une certaine sécurité : « Un petit monde où je serais en sécurité – voyez-vous. Et pour la même raison. (Silence) C’est comme si je le laissais s’infiltrer, mais je le rattachais aussi à vous et à mes relations avec vous, et ce que je ressens c’est la peur de le laisser s’échapper (le ton change comme s’il voulait exprimer plus précisément son sentiment par un jeu de rôle). Permettez-moi donc de le prendre. J’en ai vraiment besoin. Je vais être si seul et si effrayé sans lui. »

Le Thérapeute : « H-hm ! « laissez-moi m’y accrocher parce que j’aurais si peur autrement »… C’est une sorte de prière, n’est-ce pas ? »

Le Client : « J’en ai l’intuition – c’est cette sorte de prière de petit garçon. C’est le geste d’implorer. (Joignant ses mains comme pour prier.) » Le Thérapeute : « Vous joignez les mains comme pour une supplication. »

Le Client : « Oui c’est ça : « Vous ne voudriez pas faire ça pour moi ? » en somme. Oh ! C’est terrible ! Qui moi ? Implorer ?… C’est une émotion que je n’ai jamais ressentie. Quelque chose que je n’ai jamais été… (silence)… Je suis dans un tel état de confusion… D’abord c’est tellement extraordinaire de voir ces choses inconnues surgir de moi-même. Cela me stupéfie tellement à chaque fois, et il y a ce même sentiment d’épouvante devant tout ce qui se trouve en moi (il pleure)… Je ne me connais plus moi-même. Voici soudain quelque chose dont je ne me suis jamais rendu compte, dont je n’avais pas le moindre soupçon, c’était quelque chose que je voulais ou une manière d’être que je souhaitais. »

Nous assistons ici à une prise de conscience complète de son imploration et à une reconnaissance claire de la dissonance entre son expérience vécue et l’idée qu’il se faisait de lui-même. Cependant cette dissonance n’est éprouvée qu’au moment où elle va disparaître. Dorénavant il est une personne qui éprouve le sentiment d’implorer ainsi que beaucoup d’autres. Comme cette découverte fait disparaître les structures antérieures de sa personnalité, le sujet se sent détaché du monde où il avait vécu jusqu’alors. C’est une sensation merveilleuse et effrayante.

Le moment de la prise de conscience intégrale va devenir un cadre de référence clair et défini.

Les exemples donnés semblent indiquer que le client n’a pas une conscience bien claire de ce qui lui est arrivé dans ces moments. Cependant, ceci ne paraît pas trop important parce que cet événement constitue une entité, un cadre de référence auquel on peut sans cesse revenir si c’est nécessaire, pour l’explorer plus loin. Il n’est pas prouvé que l’imploration, le sentiment de « m’aimer moi-même » qui figurent dans ces exemples soient exactement tels que le client les décrit. Ils sont cependant de solides points de référence auxquels le client peut se reporter jusqu’à ce qu’il ait acquis une connaissance satisfaisante de leur nature véritable. Peut-être constituent-ils un événement physiologique bien défini, un substrat de la vie consciente auquel le client peut revenir en vue de nouvelles investigations. Gendlin a attiré mon attention sur cette fonction significative de l’expérience immédiate envisagée comme critère de référence. Il essaie de bâtir une extension de sa théorie psychologique sur cette base [1].

La différenciation de l’expérience affective est claire et fondamentale.

Comme chacun de ces moments est un critère, une entité spécifique, il ne peut être confondu avec rien d’autre. Le processus de différenciation claire s’appuie sur lui et s’y réfère.

À ce stade, il n’y a plus de « problèmes », extérieurs ou intérieurs. Le client vit subjectivement une phase de son problème. Ce n’est pas un objet.

Il me semble évident que dans tous ces exemples, il serait grossièrement inexact de dire que le client traite son problème comme un problème interne. Il nous faut chercher une façon d’indiquer qu’il a dépassé ce stade et, bien entendu, qu’il est très loin de percevoir encore son problème comme quelque chose d’extérieur. La meilleure formule semble être de dire qu’il ne perçoit ni ne traite son problème. Il vit simplement une part de celui-ci, en le connaissant et en l’acceptant.

Je me suis longuement attardé sur la définition du sixième point du continuum, parce que je l’estime particulièrement déterminant. J’ai observé que ces moments d’expérience immédiate complète et acceptée, sont en quelque sorte irréversibles. Pour reprendre le contenu de mes exemples, j’émets l’hypothèse qu’avec ces clients, chaque fois qu’une nouvelle expérience du même genre se produira, elle sera consciemment reconnue pour ce qu’elle est : une tendre sollicitude envers soi-même, un cordon ombilical qui le réduit à n’être qu’une partie de ses parents ou un petit garçon dépendant et suppliant, suivant le cas. Et on peut remarquer en passant, qu’une fois qu’une expérience est devenue pleinement consciente, et pleinement acceptée, on peut y faire face avec efficacité comme à toute autre situation réelle.

Septième stade

Dans les zones où le sixième stade a été atteint, il n’est plus tellement nécessaire que le client se sente pleinement accepté par le thérapeute : quoique cela soit encore très utile. Cependant, à cause de la tendance du sixième stade à l’irréversibilité, le client paraît souvent accéder au septième et dernier stade sans avoir tellement besoin de l’aide du thérapeute. Ce stade survient aussi bien à l’extérieur de la relation thérapeutique qu’à l’intérieur de celle-ci. Il est souvent raconté, plutôt qu’expérimenté au cours de la séance. Je vais décrire quelques-unes de ses caractéristiques comme il me semble les avoir observées.

De nouveaux sentiments sont éprouvés avec un caractère d’immédiateté et une richesse de détails à la fois dans la relation thérapeutique et en dehors d’elle. L’expérience immédiate de tels sentiments est utilisée comme un critère parfaitement clair.

Le client s’efforce tout à fait consciemment d’utiliser ces critères pour savoir d’une façon de plus en plus claire qui il est, ce qu’il désire et quelles sont ses attitudes. Cela est vrai même quand ces sentiments sont désagréables ou provoquent la crainte.

Le degré d’acceptation de soi, de ces sentiments changeants, croît de manière continue ; une confiance solide dans sa propre évolution se manifeste.

Cette confiance ne réside pas d’abord dans les processus conscients qui se poursuivent, mais plutôt dans la totalité du changement de la personnalité. Un client décrit l’aspect sous lequel l’expérience caractéristique du sixième stade lui apparaît, en utilisant des termes appartenant au septième stade.

« En thérapie, ici, ce qui compte, c’est de s’asseoir et de dire « voici ce qui m’embarrasse » et de « tourner autour » du problème pendant un moment jusqu’à ce que quelque chose émerge à la faveur d’un crescendo émotionnel, et l’affaire est réglée – on la voit sous un jour différent. Alors même, je ne peux pas dire au juste ce qui s’est passé. J’exposais quelque chose, je ne cessais de l’agiter et de le retourner : après, ça allait mieux. C’est un peu frustrant, parce que j’aimerais savoir exactement ce qui se passe… C’est une drôle de chose car je n’ai pas l’impression d’y avoir pris part. La seule part active que j’ai prise a consisté à être en alerte et à saisir au vol une pensée au moment où elle passait… Il y a une sorte d’impression : « Eh bien !… que vais-je en faire maintenant que j’ai bien vu ?… » On n’a aucune prise sur elle, on en parle et c’est fini. Et qu’apparemment il n’y a rien d’autre à faire. Pourtant ça me laisse assez insatisfait avec un sentiment de n’avoir rien fait. Cela s’est fait sans que je le sache et sans mon accord… Le hic c’est que je ne suis pas certain de la qualité du réajustement, n’étant pas parvenu a voir ou à vérifier l’événement en question… Tout ce que je peux faire est d’observer les faits. De constater que j’envisage les choses un peu différemment et suis moins anxieux, de beaucoup et nettement plus actif. Dans l’ensemble tout va mieux. Je suis très heureux de la façon dont les choses ont tourné. Mais j’ai l’impression d’être une sorte de spectateur. » Quelques instants plus tard continuant, mais plutôt à contrecœur, à accepter ce processus qui se poursuit en lui, il ajoute : « Il me semble que je travaille mieux lorsque, consciemment je n’ai affaire qu’à des faits et que je laisse l’analyse se faire toute seule sans lui prêter la moindre attention. »

L’expérience immédiate a presque complètement perdu ses aspects schématiques et abstraits et devient réellement l’expérience du processus lui-même ; c’est-à-dire que la situation est vécue et interprétée dans toute sa nouveauté, non en tant que passé.

L’exemple donné au stade six suggère les aspects caractéristiques que j’essaie de décrire. Un autre exemple pris dans une zone bien particulière est fourni par un client, au cours d’un entretien de rappel dans lequel il décrit les modalités différentes qui sont venues dominer son travail créatif. D’habitude, il essayait d’être ordonné : « Vous commencez par le commencement et vous progressez régulièrement jusqu’à la fin. » Maintenant il est conscient que le processus à l’intérieur de lui-même est différent. « Quand je travaille sur une idée, elle se développe tout entière, telle l’image latente qui apparaît au cours du développement d’un négatif dans la chambre noire. Cela ne commence pas d’un côté pour arriver à l’autre bout : cela s’étale sur toute la surface. Au début tout ce que vous observez c’est un vague contour et vous vous demandez ce qui va se produire ; puis graduellement quelque chose prend forme ça et là, et bientôt tout devient clair subitement. » Il est évident qu’il n’en est pas venu simplement à croire à l’existence d’un processus, mais qu’il l’éprouve tel qu’il est et non en termes de passé.

Le moi devient de plus en plus la conscience subjective et réfléchie de l’expérience immédiate. Le moi est moins fréquemment un objet perçu et beaucoup plus fréquemment quelque chose dont on suit l’évolution avec confiance.

On prendra un exemple dans le même entretien de rappel. Dans cet entretien, le client lorsqu’il relate son expérience depuis la cure redevient conscient de lui-même comme d’un objet, mais il est clair que ceci n’a pas été la caractéristique de son expérience quotidienne. Après avoir relaté de nombreux changements, il dit : « Je n’avais vraiment relié aucune de ces choses avec la thérapie jusqu’à ce soir… (Plaisantant) Flûte ! Quelque chose a dû sûrement se passer. Ma vie depuis ce temps-là a été différente. Mon rendement s’est accru. Ma confiance en moi-même aussi. Contrairement à ce que j’étais, je suis devenu audacieux en certaines circonstances, d’autre part, je suis beaucoup moins audacieux dans des situations où j’affichais une certaine arrogance auparavant. » Il est clair qu’il ne se rend compte qu’après coup de ce qu’a été son moi.

Les schèmes personnels sont refondus provisoirement, pour être éventuellement validés par une expérience en cours, mais même alors, ils sont soutenus de façon moins rigide.

Un client décrit la manière dont un schème s’est modifié entre les entretiens, vers la fin de la cure.

« Je ne sais pas ce qui a (changé), mais je me sens absolument différent en ce qui concerne mes souvenirs d’enfance, et une partie de mon hostilité à l’égard de mon père et de ma mère a disparu. J’ai substitué au ressentiment contre eux la constatation résignée des torts qu’ils ont eus envers moi. Mais surtout je lui ai substitué une sorte de joie intensive à l’idée que – maintenant que j’ai découvert ce qui n’allait pas – je puis moi-même changer quelque chose à cela en corrigeant leurs erreurs… » Dans ce cas, la manière dont il reconstruit son expérience vécue avec ses parents a été profondément transformée.

Je prendrai un autre exemple, chez un client qui a toujours cru qu’il devait plaire aux gens. « Je vois maintenant à quoi cela pouvait ressembler ; que ça n’a aucune importance si je ne vous plais pas. Que je vous plaise ou non n’a pas d’importance pour moi. Si je pouvais dire ça aux gens, vous savez !… Dire spontanément quelque chose… sans se soucier de savoir si ça plaira ou non. Mon Dieu ! dire pratiquement n’importe quoi. Mais c’est vrai, vous savez. » Et un peu plus tard il se demande avec incrédulité : « Vous voulez dire que si je pouvais être réellement ce que j’ai envie d’être, tout irait bien. » Il lutte pour restructurer quelques traits fondamentaux de son expérience vécue.

La communication interne est claireimpressions et symboles étant bien assortisavec des termes neufs pour des sentiments nouveaux. Le sujet fait l’expérience du choix effectif de nouvelles manières d’être.

Puisque tous les éléments de l’expérience vécue sont disponibles à la conscience, le choix devient réel et effectif. Voici le cas d’un client qui en est arrivé à cette prise de conscience. « J’essaie de maîtriser une manière de parler qui soit une façon d’échapper à ma terreur de prendre la parole. Penser à haute voix est peut-être une manière d’y parvenir. Mais mes pensées étaient si nombreuses que je ne le pouvais faire qu’un tout petit peu. Peut-être, je pourrais laisser mes paroles exprimer ma pensée réelle, au lieu de phrases toutes faites s’appliquant à chaque situation. » Il commence à sentir la possibilité d’un choix effectif.

Un autre client se met tout de suite à raconter une discussion qu’il a eue avec sa femme. « Je ne m’en voulais pas tellement. Je ne me haïssais pas tant que cela. Je me suis dit : « Je me conduis comme un enfant » et, en quelque sorte, c’est exactement ce que j’ai choisi de faire. »

Il n’est pas facile de trouver des exemples qui illustrent ce septième stade : bien peu de clients y parviennent complètement. Résumons brièvement les caractéristiques de ce pôle-limite du continuum.

Quand l’individu, au cours du processus évolutif atteint le septième stade, nous nous trouvons nous-mêmes impliqués dans une nouvelle dimension. Le client a maintenant intégré la notion de mouvement, de flux, de changement dans tous les aspects de sa vie psychologique et ceci devient sa caractéristique principale. Il vit à l’intérieur de ses sentiments, sciemment et avec une confiance et une acceptation complètes. Il aménage son expérience d’une façon continuellement changeante, et ses schèmes personnels se modifient sous l’effet des événements successifs de sa vie quotidienne. La nature de son expérience vécue est celle d’un processus, il ressent la nouveauté de chaque situation et l’interprète de façon nouvelle. Cette interprétation se faisant en termes du passé uniquement dans la mesure où le présent est identique au passé. Il vit une expérience qui a une saveur d’immédiateté ; tout en sachant par devers soi qu’il vit une expérience. Il apprécie l’exactitude atteinte dans la différenciation de ses sentiments et de ses opinions personnelles. La communication interne entre les différents aspects de lui-même est devenue libre et sans blocage. Il se communique lui-même librement dans ses relations avec les autres, et ces relations ne sont pas stéréotypées mais de personne à personne. Il a conscience de lui-même, mais ne se voit pas comme un objet. Il s’agit plutôt d’une conscience réfléchie, d’une vie subjective de sa personne en mouvement. Il se perçoit comme concerné par ses problèmes et responsable d’eux. Il éprouve vraiment cette responsabilité à l’égard de son existence dans tous ses aspects mouvants. Il vit pleinement sa vie personnelle comme un processus constamment changeant.

Quelques problèmes concernant ce continuum

Essayons d’anticiper certaines questions qui pourraient être soulevées à propos du processus que j’ai tenté de décrire.

Est-ce l’unique processus par lequel la personnalité se modifie, ou l’une seulement parmi plusieurs modalités de changement ? Je l’ignore. Peut-être y a-t-il plusieurs types d’évolution qui déterminent les changements dans la personnalité. Je voudrais simplement spécifier qu’il s’agit ici de ce processus qui apparaît lorsque l’individu se sent « accepté » sous tous ses aspects. Ceci est-il vrai de toutes les psychothérapies ? Ou bien ce processus survient-il seulement dans une certaine technique psychothérapeutique ? Nous ne pourrons répondre à cette question tant que nous ne disposerons pas de plus d’enregistrements d’entretiens poursuivis selon d’autres techniques psychothérapeutiques. Cependant, je hasarderai cette hypothèse que peut-être les approches thérapeutiques qui mettent beaucoup l’accent sur les aspects cognitifs et peu sur les aspects émotionnels de l’expérience vécue peuvent induire un processus de changement entièrement différent.

Tout le monde sera-t-il d’accord pour dire que ce processus de changement est souhaitable, qu’il tend à réaliser des valeurs reconnues ? Je ne le pense pas. Je crois que certaines personnes n’accordent pas de valeur à la fluidité. C’est un de ces jugements de valeur qui devrait être précisé par tous les individus quelle que soit leur culture. Le processus de changement peut facilement être évité si l’on réduit ou si l’on élimine les relations dans lesquelles l’individu est pleinement accepté tel qu’il est.

Le changement le long du continuum est-il rapide ? Mes observations me feraient dire le contraire. Mon interprétation de l’étude de Kirtner [4], peut-être différente de la sienne, m’a amené à ces conclusions : un client peut entamer une cure approximativement au stade deux et la terminer aux alentours du quatrième stade, lui-même et son thérapeute étant légitimement satisfaits des progrès substantiels auxquels ils sont parvenus. Il arrive très rarement, sinon jamais, qu’un client qui a pleinement vécu le premier stade parvienne jusqu’au point où il vit pleinement le septième stade. Si cela se produisait, cela exigerait plusieurs années.

Est-ce que les éléments sont bien groupés à chaque stade ? Je suis sûr d’avoir commis de nombreuses erreurs dans la manière de grouper mes observations. Je me demande aussi quels éléments importants ont été oubliés. Les différents éléments de ce continuum ne pourraient-ils pas être décrits de façon plus succincte ? A toutes ces questions pourraient être données des réponses expérimentales, si l’hypothèse que j’avance trouve grâce aux yeux d’un certain nombre de chercheurs.

Résumé

J’ai tenté d’esquisser grossièrement et de manière provisoire le déroulement d’un processus de changement qui s’instaure dès qu’un client se sent accepté, accueilli, compris tel qu’il est. Ce processus comprend plusieurs lignes de force séparables au début, mais qui forment de plus en plus une unité au fur et à mesure que le processus se poursuit.

Ce mouvement implique une détente dans les sentiments. Au plus bas du continuum ils sont décrits comme lointains, non reconnus et non présents. Ils sont ensuite décrits comme des objets présents et quelque peu revendiqués par le sujet. Bientôt leur appartenance se fait plus précise et s’exprime en des termes bien plus proches de l’expérience immédiate. Encore plus haut sur l’échelle, ils sont exprimés et éprouvés dans le présent le plus immédiat et ce, avec une répugnance décroissante… De plus, à ce point, même les sentiments qui ont été antérieurement refusés à la conscience commencent à surgir, sont éprouvés et de plus en plus reconnus par le sujet. Au sommet du continuum, au sein même du processus de l’expérience immédiate : un flux sans cesse changeant de sentiments caractérise désormais l’individu.

Le processus implique un changement dans la manière de s’éprouver. Le continuum débute par une fixité où l’individu se trouve très éloigné de son expérience immédiate et dans l’incapacité d’en tirer ou d’en symboliser la signification implicite. Cette expérience doit être bien reléguée dans le passé, avant qu’elle puisse être comprise, et le présent est interprété selon les termes des significations anciennes. Éloigné de son expérience l’individu avance vers la reconnaissance de cette expérience comme d’un processus troublant qui se déroule en lui-même. Elle devient graduellement un critère interne mieux accepté, auquel on peut se référer pour obtenir des significations de plus en plus exactes. Finalement le sujet devient capable de vivre librement et en s’acceptant dans le mouvement fluide de son expérience affective, l’utilisant avec sécurité comme le critère majeur de son comportement.

Le processus implique le passage de la « non-congruence » à la « congruence ». Le continuum évolue à partir d’un maximum de « non-congruence » dont l’individu est parfaitement inconscient ; il passe par des stades intermédiaires où la reconnaissance des contradictions et des dissonances existant en lui-même va croissant, pour en arriver à l’acceptation de cette « non-congruence » dans le présent immédiat de telle sorte qu’elle se résorbe. Au sommet de ce continuum, il n’y a jamais plus qu’une « non-congruence » temporaire entre le vécu immédiat et la conscience, puisque l’individu n’a plus besoin de se défendre contre les aspects menaçants de son expérience immédiate.

Le processus implique un changement dans la manière dont l’individu est capable et désireux de se communiquer lui-même dans un climat d’acceptation ainsi qu’une augmentation du volume de ses communications.

Le continuum va d’une répugnance totale à se communiquer à l’ouverture d’un moi riche et d’une prise de conscience croissante de l’expérience interne que l’individu communique volontiers quand il le désire.

Le processus implique enfin un assouplissement dans la topographie intellectuelle que le sujet assigne à son expérience. Partant d’une expérience construite de manière rigide, selon des schèmes perçus comme des faits extérieurs, le client tend à développer des schèmes mouvants, plus lâches, modifiables avec chaque événement.

Il se produit un changement dans la relation de l’individu avec ses problèmes. A une extrémité du continuum les problèmes ne sont pas reconnus, et il n’y a pas de désir de changement. Puis, peu à peu, on reconnaît qu’ils existent. A l’étape suivante l’individu reconnaît qu’il est pour quelque chose dans ces problèmes… qu’ils ne sont pas entièrement d’origine extérieure. Le sentiment de responsabilité s’accroît. A mesure qu’on s’élève sur le continuum, quelques aspects de ces problèmes commencent à être bel et bien vécus. La personne les vit d’une manière subjective, se sentant responsable d’avoir contribué à leur développement.

Il s’opère un changement dans la manière d’établir des relations avec autrui. A l’une des extrémités du continuum, l’individu évite les relations étroites, qui sont perçues comme dangereuses. A l’autre extrémité, il vit ouvertement et librement en relation avec son thérapeute et avec d’autres personnes, réglant sa conduite sur son expérience immédiate.

En général le processus part d’un point fixe où tous les éléments et toutes les lignes de force décrites ci-dessus sont facilement discernables et compréhensibles séparément, jusqu’au point culminant de la cure où toutes les lignes de force en viennent à former un mélange complètement homogène. Dans la nouvelle manière de s’éprouver spontanément, qui survient à de tels moments, impressions et cognition s’interpénètrent, le moi est subjectivement présent dans l’expérience vécue, la volonté n’est plus que la poursuite subjective d’un équilibre harmonieux dans le sens de la personnalité. Ainsi, à mesure que le processus atteint ce point, la personne devient une unité en mouvement. Elle a changé ; mais – chose plus significative – sa capacité de changer fait maintenant corps avec elle.

BIBLIOGRAPHIE

[1] Gendlin, E. Experiencing and the Creation of Meaning (titre provisoire). Glencoe, 111., Free Press. (Sous presse). (Spécialement le chap. 7).

[2] Gendlin, E. et F. Zimring. The qualities or dimensions of experiencing and their change. Counseling Center Discussion Papers, I, 3, Oct. 1955. Centre de Consultation de l’Université de Chicago.

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[4] Kirtner, W.L. et D.S. Cartwright. Success and failure in client-centered therapy as a function of initial in-therapy behavior. J. Consult. Psychol., 1958, 22, 329-333.

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[6] Mooney, R.L. The researcher himself. In Research for curriculum improvement. National Educ. Association, 1957, Chap. 7.

[7] Mooney, R.L. Problems in the development of research men. Educ. Research Bull., 30, 1951, 141-150.

[8] Rogers, C.R. The necessary and sufficient conditions of therapeutic personality change. J. Consult. Psychol., 1957, 21, 95-103.


30 Tous ces exemples sont extraits d’interviews enregistrées sauf dans des cas indiqués. La plupart de ces interviews n’ont jamais été publiées mais quelques-unes sont empruntées au rapport sur deux cas exposés par Lewis, Rogers et Shlien (5).

31 Plus nous nous élevons dans l’échelle et moins adéquats sont les exemples donnés dans cette transcription. La raison en est que la qualité de l’expérience immédiate devient plus importante à ces niveaux élevés et ceci ne peut qu’être suggéré par une transcription nécessairement incomplète. Peut-être, un jour, une série d’exemples enregistrés pourra-t-elle être mise à la disposition du public.