XVI. Jeu forcé de la pensée. – Comment il s’exprime et ses phénomènes secondaires

[216] J’ai décrit dans les précédents chapitres les changements intervenus ces dernières années dans les données extérieures de mon existence et les prodiges par lesquels s’est signalé le combat mené par les rayons divins en vue de mon anéantissement ; je vais maintenant m’expliquer plus longuement sur les formes – très diversement changeantes en effet – sous lesquelles s’est, dans le même temps, manifesté sans désemparer le jeu forcé de la pensée. Ce concept de jeu forcé de la pensée a déjà été défini au chapitre V, [supra], comme impliquant l’obligation de penser sans relâche, ce qui constitue une entrave attentatoire à la liberté essentielle qu’a l’être humain de se changer les idées ou de donner quelque répit à l’activité de son esprit en ne pensant à rien – et a pour effet, selon l’expression de la langue de fond, d’ébranler les « soubassements » de l’homme. L’influence des rayons porte mes nerfs à des fréquences vibratoires qui modulent certains mots humains dont le choix, loin d’être abandonné à mon gré, relève d’un pouvoir extérieur qui s’exerce contre moi. Dès le début, de surcroît, s’est imposée l’emprise du système du couper-la-parolek' qui consiste en ce que les vibrations que l’on imprime à mes nerfs, et avec elles les mots qu’elles induisent, viennent à véhiculer non pas des pensées accomplies mais seulement des débris de pensée, dont c’est la tâche qui échoit en quelque sorte à mes nerfs que de les faire, en quelque [217] façon, aboutir au sens. C’est en effet un trait de la nature des nerfs même de se mettre, chaque fois qu’on leur jette des mots sans lien ou alors des phrases tronquées, à chercher automatiquement ce qui manque pour faire une pensée aboutie qui satisfasse l’esprit humain.

Le système du couper-la-parole s’est développé au cours des ans à mesure que, toujours plus, les âmes s’étaient mises à manquer de pensées propres. Pendant des années, on m’a, à des intervalles de plus en plus rapprochés, soufflé dans les nerfs, pour y être répétées des centaines de fois, des locutions conjonctives ou adverbiales conçues pour introduire des propositions relatives, à charge pour mes nerfs de les compléter d’une manière satisfaisante pour l’esprit pensant. C’est ainsi que tous les jours je peux entendre, se répercutant au centuple, ces mots incohérents soufflés sans suite dans mes nerfs : « Pourquoi alors ? », « Pourquoi parce que », « Pourquoi parce que je », « soit que », « eu égard à son » (ce qui veut dire qu’eu égard à ma personne, il convient de dire ou de penser telle ou telle chose), puis un « Oh ! oui » jeté dans mes nerfs sans aucune raison d’être, enfin certains lambeaux de phrases autrefois articulées jusqu’au bout, exemple :

1. « Maintenant je vais me »,

2. « Vous devez quant à vous »,

3. « Je vais y bien »,

4. « À présent il doit pourtant »,

5. « C’était en effet »,

6. « Il nous manque maintenant », etc.

Pour donner au lecteur au moins une idée du sens premier de ces tournures tronquées, je vais rendre à ces exemples leurs chutes significatives respectives, de 1 à 6, chutes qui autrefois étaient effectivement prononcées mais qu’aujourd’hui on passe sous silence, à charge pour mes nerfs de les restituer. Ces formulations s’énonceraient en fait comme suit :

[218] 1. « Maintenant je vais me rendre au fait que je suis idiot. »

2. « Vous devez quant à vous passer pour négateur de Dieu, adonné au libertinage. »

3. « Je vais y bien réfléchir. »

4. « À présent il doit pourtant être mortifié, la tête de lard. »

5. « C’était en effet de trop, du point de vue des âmes. »

6. « Il nous manque maintenant la pensée principale », ce qui veut dire : « Nous, rayons, manquons de pensées. »

Cette expression de tête de lard, d’un goût douteux (n° 4), vient de ce que je m’étais moi-même servi, il y a quelques années, dans la langue des nerfs, de la locution imagée « tête de lard mortifiée ». Cette locution a été retenue, et elle est devenue depuis un élément du matériel verbal sans cesse répété. « Tête de lard », je devais prendre cela pour moi ; cela voulait dire que ma capacité de résistance aux assauts menés par les rayons en vue de la destruction de ma raison était supposée avoir enfin succombé à l’épuisement.

Le mobile du couper-la-parole est celui même qui se signale de bout en bout comme étant au principe du comportement de Dieu à mon égard ; par ce stratagème, on médite de se soustraire à la dissolution dans mon corps, qui résulterait inéluctablement de la force d’attraction. Tant que régnaient encore des circonstances approximativement conformes à l’ordre de l’univers, c’est-à-dire avant l’arrimage aux rayons et aux terres (voir le chap. IX, [supra]), il suffisait qu’au moment même pu être (en un clin d’œil) saisie une éphémère communion effusive de sentiments pour que les âmes librement suspendues au ciel sautent à bas dans ma bouche, mettant ainsi un terme à leur existence autonome ; comme je l’ai déjà indiqué (chap. VII, p. 1, supra), ce processus, je l’ai effectivement vécu de très nombreuses fois. Du reste, de simples « réflexions d’ordre assertorique » énoncées par [219] les âmes sous une forme grammaticalement achevée, suffisaient à produire ce même effet. Aujourd’hui encore, un énoncé grammaticalement achevé ferait descendre droit sur moi les rayons qui, pénétrant dans mon corps (et bien qu’en l’occurrence, ils soient susceptibles de battre en retraite eux-mêmes), en porteraient au passage la volupté d’âme à un degré d’intensité accrue. Le couper-la-parole a apparemment pour effet de retenir les âmes en quelque sorte à mi-course, et de leur ménager l’issue d’une retraite toujours possible avant qu’elles aient pu contribuer à amener mon corps à une intensification de la volupté d’âme ; et pourtant, ce n’est pas cela qui finalement, à long terme, fait effectivement obstacle à l’attraction, quoique tout du moins il semble que cela puisse contribuer à la ralentir notablement.

Il est difficile de se faire une idée de la tension d’esprit que le jeu forcé de la pensée m’a imposée pendant de longues années, notamment depuis l’aggravation de la situation que j’ai signalée, et de la torture mentale que j’ai dû subir. Au cours des premières années, mes nerfs ressentaient en effet le besoin compulsif irrésistible de chercher à chaque amorce de phrase une chute qui pût satisfaire l’esprit humain96, un peu comme dans le commerce humain on a l’habitude d’apporter la réplique à qui pose une question. Pour faire un peu comprendre ce que ce besoin compulsionnel impérieux a d’inhérent à la nature même des nerfs humains, je vais prendre un exemple. Qu’on imagine le cas de parents ou d’éducateurs qui assistent à une épreuve d’examen scolaire subie par leurs enfants. Tandis [220] qu’ils suivent attentivement l’épreuve, ils vont automatiquement se donner à eux-mêmes mentalement les réponses aux questions posées, ne serait-ce que sous la forme : « Je ne sais pas du tout si les enfants vont savoir cela. » Naturellement, il n’existe pour les parents ou les éducateurs aucune contrainte morale, il leur suffit, pour épargner à leurs nerfs cette tension, de se détourner de la marche de l’épreuve et de fixer leur attention sur n’importe quel détail ambiant. Or, c’est là que réside la différence essentielle entre cet exemple et mon cas. Les propositions ou les particules interrogatives qui mettent en branle le fonctionnement de la pensée sont parlées dans mes nerfs de telle sorte que ceux-ci ne peuvent absolument pas se soustraire à la stimulation qui déclenche le jeu forcé de la pensée, puisque ce sont les rayons qui induisent en eux les vibrations voulues. Je dois laisser en suspens la question de savoir si ces termes – « ce sont les rayons qui induisent dans mes nerfs les vibrations voulues » – caractérisent de manière bien précise la situation ; ce que moi j’ai pu directement ressentir, c’est que les voix qui parlent (et dernièrement notamment les voix des oiseaux parleurs) s’étirent en tant que voix intérieures comme de longs fils dans ma tête, et qu’elles y engendrent une sensation douloureuse de tension de par le poison de cadavre qu’elles y déchargent.

Ces voix intérieures que j’entends sont nettement distinctes des voix extérieures, de celles notamment qui sont parlées par les oiseaux, et qui viennent à moi de l’extérieur en provenance des gosiers d’oiseaux. En tout cas, mes nerfs ne peuvent se soustraire ni dans un cas ni dans l’autre à la sensation sonore des mots parlés, et c’est par-là même que se produit la stimulation qui, lorsque viennent des propositions interrogatives ou des pensées inachevées, force à prolonger la pensée. Pendant les premières années au moins, l’obligation de prolonger la pensée, d’apporter une réponse aux questions posées, de compléter les phrases tronquées, etc., s’imposait à mes nerfs de façon absolument inéluctable ; ce n’est qu’au fur et à mesure des années, que je suis arrivé peu à peu à accoutumer mes nerfs (mon [221] « soubassement ») à opérer sur les mots et les membres de phrases parlés une conversion qui les réduise aux catégories du penser-à-rien par voie de répétition pure et simple, en sorte qu’ils puissent escamoter la stimulation qui, par sa nature même, force à prolonger la pensée. C’est ainsi que je procède actuellement, depuis un certain temps, avec toutes conjonctions et locutions adverbiales qui normalement introduisent des propositions relatives. Ainsi, par exemple, aussitôt que j’entends un « Pourquoi, parce que », ou un « n’était-ce », je répète ces mots aussi lentement que possible, sans me donner la peine de chercher le complément significatif qui les relierait aux pensées qui m’ont occupé l’instant d’avant.

Je procède de même, et cela arrive des centaines de fois par jour, si l’on veut contraindre mes nerfs, par les mots « Si seulement mes », à développer des pensées de crainte qui en réalité ne sont absolument pas présentes en moi, mais qu’on veut à toute force m’imputer de façon factice. Le plus souvent, je suis au fait du complément de signification que l’on « attend » de moi – puisqu’en règle générale survient simultanément un miracle que je ressens dans mon corps ; ce prolongement significatif, c’est tantôt : « Si seulement ma volupté pouvait n’être pas troublée », tantôt « Si seulement mes bottines pouvaient n’être pas miraculées », tantôt : « Si seulement mon nez, mes yeux, ma rotule, mon crâne, etc. pouvaient n’être pas miraculés ».

Je ne me sens pourtant plus obligé de formuler jusqu’au bout en mots ce fatras d’idioties qui n’advient d’ailleurs que par contrefaçons de la pensée ; je me contente seulement, puisque j’ai accoutumé mes nerfs à escamoter la stimulation qui en résulte, à répéter aussi lentement que possible les mots « Si seulement mes », sans faire aucune adjonction. Dans la conversation ordinaire, tout un chacun répondrait, si on lui adressait ces mots « Si seulement mes », ceci : « Bon, mais que voulez-vous dire, au juste ? », ou alors trouverait vite une injure quelconque pour écarter l’importun. Mais les rayons rendent pour moi très difficile le recours à cet expédient, par le [222] « Zavons déjà » (avec l’effet qui a été décrit au chap. IX, [supra]), sans compter qu’à la longue il serait insoutenable de se mettre les nerfs en branle pendant des jours entiers rien que pour faire obstruction par la question : « Mais que voulez-vous donc dire au juste ? » ou pour choisir une injure97.

Les entraves à la liberté de pensée de l’homme, ou plus exactement à la liberté de penser-à-rien, qui sont au principe même du jeu forcé de la pensée, se sont substantiellement aggravés au cours des années, [223] en ceci que les paroles des voix prennent un tempo de plus en plus lent. Cela est en rapport avec l’accroissement de volupté d’âme dans mon corps et avec – en dépit de tous systèmes de prise de notes – la pénurie de ces matériaux langagiers dont les rayons doivent disposer obligatoirement pour pouvoir effectuer le franchissement de cette distance immense qui sépare de mon corps les corps célestes éloignés, auxquels ils sont appendus.

Celui qui n’a pas vécu personnellement l’expérience des prodiges dont je parle, ne peut guère se faire une idée du degré de ce ralentissement. Un « mais certes » prononcé M-m-m-m-ai-ai-ai-ai-ais c-c-c-e-e-e-e-e-r-r-r-t-e-es », ou un « Pourquoi donc ne ch…-vous pas » prononcé « P-ou-ou-ou-ou-r-qu-o-o-o-o-oi d-d-on-onc n-e-e-e-e-ch-………-………… – v-ou-ou-ou-ous p-a-a-a-as ? », demande pour sortir complètement au moins trente à soixante secondes chaque fois. Cela provoquerait forcément de la nervosité impatiente chez tout un chacun, au point qu’on finirait par sortir de ses gonds, si l’on ne s’était pas, toujours plus, ingénié à trouver les moyens de défense appropriés ; l’exemple d’un juge ou d’un professeur incapables, malgré leurs efforts, de tirer d’un témoin faible d’esprit ou d’un élève bègue l’expression claire de ce que les interrogés veulent dire ou de ce qu’ils sont censés répondre, peut seul sans doute donner un faible reflet des tourments passant toute mesure qui sont occasionnés à mes nerfs.

Le piano, et la lecture des livres ou des journaux – pour autant que l’état de ma tête le permette –, sont les principaux moyens défensifs par lesquels je parviens à faire s’évanouir les voix les plus étirées en longueur ; pour les moments, la nuit par exemple, où cela n’est guère commode, ou bien quand un changement d’occupation devient une nécessité pour mon esprit, j’ai trouvé dans la remémoration de [224] poèmes un heureux stratagème. Ainsi ai-je appris par cœur un grand nombre de poèmes, notamment des ballades de Schiller, de grands passages des drames de Schiller et de Goethe, mais aussi des airs d’opéra et des poèmes plaisants, entre autres le Max et Moritz, Pierre l’Ebouriffé, et des fables de Spekter dont j’égrène le chapelet en silence. La valeur poétique de ces textes n’entre naturellement pas en ligne de compte ; toute rimaillerie la plus insignifiante, et même tout couplet polisson, valent plus que leur poids d’or de nourriture spirituelle, comparées aux affreuses idioties qu’autrement mes nerfs s’entendent proposer.

Mais, pour réciter des poèmes, j’ai à lutter contre bien des difficultés qui limitent parfois le succès de l’entreprise ; on me dépêche toutes sortes de miracles dans les nerfs pour me détruire la pensée, de sorte que je ne peux retrouver immédiatement la suite des poèmes que j’ai appris par cœur ; ou bien, dès que, grâce à la récitation de poèmes plus longs, j’ai à nouveau réussi à faire taire les voix intérieures les plus insistantes, et que je suis parvenu à un état très élevé de volupté d’âme par voie de l’union de tous les rayons, le Dieu inférieur fait intervenir, comme cela a été signalé au chapitre IX, [supra], le miracle du hurlement, de sorte que le plaisir de réciter des poèmes à voix basse s’évanouit et que, physiquement même, je suis hors d’état de le faire. C’est pourquoi je me vois obligé de changer de temps en temps de système, exactement de la même manière qu’à l’extérieur (la puissance divine), on met tout le temps en place des systèmes nouveaux pour freiner l’attraction et pour empêcher la réunion de tous les rayons nécessaire au sommeil ou à la pleine volupté d’âme. Tout récemment, j’ai obtenu des résultats tout à fait probants en comptant à mi-voix de façon continue jusqu’à un nombre quelconque très élevé, ce qui naturellement devient à la longue très fastidieux. Si, comme cela se produit assez souvent aujourd’hui encore, des douleurs assez fortes ou des moments de hurlements continus surviennent, il ne reste plus alors, comme recours ultime, qu’à lancer des injures à haute voix, ce à quoi j’en viens de temps à autre, mais j’espère en confiance que cela sera de moins en moins nécessaire à l’avenir et que [225] cela se fera toujours plus rare.

Tous les phénomènes qui viennent d’être décrits ont subi de nombreuses modifications au cours des années et ils sont aujourd’hui encore susceptibles de changement, selon le degré de la volupté d’âme à un moment donné, et en fonction de la distance à laquelle Dieu s’est retiré. Jour après jour, se confirment toujours plus les prédictions que j’ai faites il y a des années déjà ; en voici pour preuve un extrait de la XIIIe de mes petites études, note 80, cahier B :

16 janvier 1898

« Provisoirement, c’est-à-dire pendant les années ou les décennies qui vont s’écouler jusqu’à l’éviration, la direction de notre politique est claire dans ses lignes générales. Il est indubitable que les choses nous seront plus faciles chaque année, chaque jour, chaque semaine, sous réserve de certains retours en arrière qui dépendront de ce qu’ailleurs l’intuition exigible manque, aussi bien elle ne viendra jamais en raison de la composition des Royaumes divins et du caractère des âmes ; on s’efforcera donc avec de moins en moins de conviction de se soustraire à la solution conforme à l’ordre de l’univers. »

En raison de sa signification caractéristique, je dois consacrer quelques remarques supplémentaires à la question mentionnée plus haut : « Pourquoi donc ne ch…-vous pas ? », quoi qu’il en soit de la décence de ce thème, auquel malgré tout je suis contraint de toucher. Comme tout ce qui arrive dans mon corps, le besoin de déféquer est lui aussi provoqué par des miracles ; cela consiste à pousser l’étron en avant (bien souvent il est repoussé vers l’arrière), et lorsque, par suite de l’exonération, il n’y a plus de matières en suffisance, on vient barbouiller mon orifice postérieur avec le reste du contenu des boyaux. [226] C’est là un miracle du Dieu supérieur qui se répète chaque jour plusieurs douzaines de fois au moins. C’est à cela que se rattache cette idée, incompréhensible pour l’homme et qui ne peut provenir que de l’ignorance totale où se tient Dieu quant à l’être humain considéré comme organisme, selon laquelle « ch… » serait, d’une certaine façon, la dernière des choses, et selon laquelle par miraculation du besoin de ch…, le but de destruction de ma raison pourrait être atteint et la possibilité être trouvée d’un retrait définitif des rayons. Il me semble qu’on doit, si l’on veut remonter à la racine même de cette idée, supposer un malentendu quant à la signification symbolique de l’acte de la défécation, à savoir que celui qui serait parvenu à une relation équivalente à la mienne avec les rayons divins pourrait se croire habilité à ch… sur le monde entier.

Il s’exprime là toute la perfidie98 de la politique qui est poursuivie à mon encontre. À chaque fois presque qu’on me miracule un besoin de déféquer, on expédie quelqu’un de mon entourage au cabinet – après avoir, dans ce but, excité ses nerfs pour m’empêcher de me décharger ; ceci est un phénomène que j’ai observé si régulièrement et un nombre si incalculable (des milliers) de fois, que toute idée de hasard est exclue. Et on me harcèle alors, à la question posée : « Mais pourquoi ne ch…-vous pas ? » de la fameuse réponse : « Sans doute parce que je suis idiot ou quelque chose de ce genre. » La plume se [227] refuse à transcrire la formidable absurdité qui serait que Dieu, dans l’aveuglement où le met la méconnaissance de la nature humaine puisse effectivement aller jusqu’à supposer qu’il puisse exister un être humain que son idiotie mette hors d’état de ch… – ce que n’importe quel animal peut faire, tout de même. Quand alors, sous la pression d’un besoin, je décharge réellement – je me sers presque toujours d’un seau pour le faire, puisque je trouve le cabinet presque constamment occupé – eh bien, chaque fois cela s’accompagne d’un déploiement extrêmement intense de la volupté d’âme. La délivrance de la pression causée dans le gros intestin par les excréments a notamment pour conséquence un bien-être intense procuré aux nerfs de volupté ; c’est la même chose quand j’urine. C’est la raison pour laquelle, sans exception, les rayons se trouvent encore toujours réunis à la défécation et à la miction ; et c’est précisément pour cette raison qu’on cherche toujours, lorsque je m’apprête à ces fonctions naturelles, à me re-démiraculer le besoin de déféquer et de pisser (quoique le plus souvent en vain).