Chapitre V. Le précurseur de l’objet

Incipe, parue puer, risu cognoscere mat rem.

Virgile, Les Géorgiques.

La réponse par le sourire

À partir du deuxième mois, le visage devient un percept visuel privilégié que l’enfant préfère à toutes les autres « choses » de son entourage. Il est en mesure de le séparer, de le distinguer du décor qui l’entoure et de lui consacrer une attention totale et prolongée. Dès le troisième mois, ce « mouvement de la tête vers » le stimulus offert par un visage atteint son apogée dans une réponse clairement définie et spécifique à l’espèce humaine. Dès ce moment, les progrès accomplis par le nourrisson dans les domaines de la maturation physique et du développement psychologique lui permettent de coordonner une partie au moins de son outillage somatique pour l’expression d’une expérience psychologique : c’est par le sourire qu’il répondra au visage de l’adulte. Ce sourire est la première manifestation active, dirigée et intentionnelle du comportement de l’enfant, mis à part le fait qu’il suit le visage humain des yeux dès le deuxième mois. C’est la première indication du passage du nourrisson de la passivité complète à un commencement de comportement actif qui jouera, dès lors, un rôle de plus en plus important.

Pendant le troisième mois, le bébé répondra par le sourire au visage humain si certaines conditions sont remplies : le visage doit être présenté de face, de façon que l’enfant puisse voir les deux yeux et il doit être mobile : qu’il s’agisse d’un hochement de tête, de mouvements de la bouche ou de quelque mimique importe peu. À cet âge-là, même la nourriture ne provoque pas une pareille réponse chez le nourrisson. Bien sûr, si on présente à un bébé qui n’est pas nourri au sein son biberon plein de lait, muni de sa tétine, son comportement accusera fréquemment un changement perceptible. Les enfants en avance sur leur âge suspendront leur activité et certains feront même des mouvements de succion avec les lèvres. Parfois aussi, ils essayeront de tendre les bras vers le biberon ; mais ils ne lui souriront jamais. Les bébés moins avancés peuvent ne pas réagir face à leur biberon, mais ils répondront toujours au visage de 1’adulte par le sourire.

Nous avons étudié à fond ce phénomène (Spitz et Wolf, 1946) sur un groupe de 145 enfants, de la naissance à l’âge de douze mois. Comme le montre le tableau III, nous avons réparti nos sujets selon leurs origines ethniques, sociales et nationales, et nous avons exposé chacun d’eux à intervalles réguliers à un certain nombre de stimuli et de situations expérimentales selon la méthode décrite au chapitre II.

Nous avons pu établir que la réponse par le sourire est une manifestation du développement du comportement qui est spécifique à l’âge de deux à six mois.

Tableau III. – Réponse par le sourire suivant Venvironnement et la race

Institution Famille

Réponse Blancs Noirs Indiens Blancs Indiens Total

Sourire…… 53 26 23 14 26 142

Pas de sourire 1 1 1 3

Total…… 54 27 23 15 26 145

Dans les conditions déjà mentionnées, 98 % des enfants sourirent pendant cette période en réponse à n’importe quel visage, qu’il fût familier ou pas, sans considération de sexe ou de race (proposition significative pour une variable normale réduite de.01).

Cette réponse est strictement limitée dans le temps. Entre la naissance et la fin du deuxième mois, seuls 2 % de notre groupe d’enfants sourirent en réponse à la présentation de n’importe quel stimulus (proposition significative pour une variable normale réduite de.01).

Mais après l’âge de six mois, la vaste majorité de notre groupe d’enfants ne souriait plus lorsque le stimulus qui avait provoqué leur réponse avant l’âge de deux mois leur était présenté par un inconnu. Dans la seconde moitié de la première année, les réponses par le sourire à n’importe quel visage d’adulte cessèrent chez plus de 95 % de nos enfants. Donc cette réponse ne continua que chez moins de 5 % des nourrissons observés. En d’autres termes, on ne peut compter de façon certaine sur le sourire des bébés en dessous de deux mois ; ils ne sourient pas à n’importe qui ou à n’importe quoi. Ces mêmes bébés, après six mois, réserveront leur sourire à leurs mères, et aux personnes amies, à l’exclusion des inconnus, en un mot aux objets de leur amour.

Résultats expérimentaux

Nous avons cherché à savoir quelles étaient la nature et la signification du stimulus qui provoque le sourire de l’enfant entre la fin du deuxième mois et celle du sixième ; de même, si et comment ce sourire est lié aux relations objectales. Nous avons pu établir que la réponse par le sourire du bébé pendant son troisième mois, sa reconnaissance du visage de l’adulte n’indiquent pas une véritable relation objectale. En fait, cette réponse n’indique pas que l’enfant de trois mois perçoive un partenaire, une personne, un objet libidinal, mais seulement un signe28.

Il est vrai que ce signe est fourni par le visage humain, mais comme certaines de nos expérimentations ont pu le démontrer, ce n’est pas l’ensemble de la face avec tous ses détails qui constitue le signe, mais une Gestalt privilégiée contenue dans cet ensemble. Cette Gestalt privilégiée est constituée par le front, les yeux et le nez, le tout en mouvement, constatation qui a été confirmée depuis par les investigations de Rolf Ahrens (1954).

Que l’enfant réponde effectivement à une Gestalt et non à une personne en particulier est prouvé par le fait que sa réponse n’est pas limitée à un individu (sa mère par exemple) mais qu’elle s’adresse à des individus interchangeables. C’est donc non seulement la mère mais absolument n’importe qui, sans considération de sexe ni de couleur, qui peut obtenir une réponse par le sourire si les conditions requises par la Gestalt privilégiée pour la déclencher sont remplies.

Une expérience très simple démontre que ce qui appelle le sourire est une Gestalt-sigae circonscrite dans une partie précise du visage. Elle consiste à établir le contact avec un enfant de trois mois en lui souriant et en hochant la tête ; l’enfant réagira par le sourire, par une certaine activité et par des gigotements (PI. III a). Puis à tourner la tête de profil en continuant à la hocher et à sourire ; le bébé cessera de sourire et son regard deviendra incertain (PI. III b). Les enfants avancés tournent leur regard du côté de l’oreille de l’observateur comme s’ils étaient à la recherche de l’œil absent. Les enfants sensibles répondent à cette modification par une espèce de choc et il faut du temps pour rétablir le contact. Cette expérience montre que le bébé de trois mois est encore incapable de reconnaître un visage de profil ; en d’autres termes, l’enfant n’a pas du tout reconnu son partenaire, il n’a fait que percevoir la Getia/i-signe constituée par le front, les yeux et le nez. Lorsque cette Gestalt est modifiée en tournant la tête de profil, le percept n’est plus reconnu ; il a perdu sa frêle qualité objectale.

Nous avons étudié les propriétés de la Gestalt que nous considérons comme le stimulus de décharge, en éliminant tour à tour l’un ou l’autre des éléments la composant : par exemple en cachant un œil, en présentant un visage immobile, etc. Puis nous avons remplacé le visage par un masque de carton auquel le bébé de trois mois a souri comme au visage même. Le masque a l’avantage de se prêter plus facilement aux modifications, ce qui nous a permis d’isoler les différents éléments qui doivent composer la Gestalt privilégiée pour qu’elle soit efficace.

Nous en sommes arrivés à la conclusion que le sourire de l’enfant entre 3 et 6 mois est obtenu non par le visage d’un être humain mais par un indicateur Gestalt, une Gestalt-sigac.

Si nous envisageons cette observation à la lumière de la théorie psychanalytique, il est évident que cette Gestalt-signe n’est pas un véritable objet ; je l’ai donc appelée préobjet. Ce ne sont pas les qualités essentielles de l’objet libidinal que l’enfant reconnaît dans cette Gestalt-signe, ni celles qui poussent l’objet à s’occuper des besoins de l’enfant, à le protéger et à le satisfaire. Mais ce sont des attributs secondaires, extérieurs et non essentiels qu’il reconnaît pendant le stade préobjectal, une Gestalt-sigae délimitée dans n’importe quel visage présenté de face et en mouvement.

La reconnaissance d’un visage appartenant à un individu spécifique se fait à un stade ultérieur ; il faudra attendre quatre à six mois avant que l’enfant ne soit en mesure de distinguer un visage particulier parmi d’autres, à lui conférer une qualité d’objet. En d’autres termes, le bébé sera alors en mesure de transformer ce qui n’était qu’une Gestalt-signe en son propre et unique objet d’amour. Ceci est l’indication visible de la formation de l’objet par un processus intrapsychique, c’est la partie observable du processus d’établissement de l’objet libidinal.

La Gestalt-signe que le nourrisson reconnaît à trois mois (comme la réponse par le sourire réciproque l’indique) annonce la transition de la perception des « choses » (terme qui correspond pour moi à F « objet » de la psychologie académique) à l’établissement de l’objet libidinal. Ce dernier se distingue des « choses » et aussi du préobjet du fait qu’il a été doté de qualités essentielles grâce aux échanges entre mère et enfant. Dans ces échanges, l’objet, ou plutôt ce qui deviendra l’objet, est investi progressivement de libido. L’histoire individuelle de ces investissements libidinaux, c’est-à-dire la genèse des qualités essentielles qui caractérisent l’objet libidinal, le distingue des « choses ». Ces qualités essentielles de l’objet doivent à cette genèse leur relative immuabilité à travers les vicissitudes de la vie. Leurs attributs extérieurs ne sont pas essentiels et peuvent donc être modifiés comme je l’ai dit plus haut. Mais d’autre part, seules les données extérieures constituent les attributs des « choses », et elles ne possèdent pas les attributs plus essentiels développés historiquement. Par conséquent, tout changement, toute modification de ces données extérieures, rend la reconnaissance de la « chose » problématique ou impossible.

Ces Gestalt-signes constituent en fait le sceau des « choses », leur seul attribut. Elles sont de ce fait permanentes mais cette permanence externe est incompatible avec les caractéristiques de l’objet libidinal. Il s’ensuit que la Gestalt-signe à laquelle le nourrisson de trois mois répond ne durera pas. Cependant, du fait que cette Gestalt-signe est élaborée en signal au cours du déploiement des relations d’objet, elle acquerra une qualité transcendant les attributs de la « chose ». Elle s’assure ainsi une place dans 1’ « embryologie » de l’objet libidinal qui se développe à partir d’elle.

À l’appui de ces thèses, des expériences aussi simples et convaincantes que celle du visage vu de profil peuvent être réalisées en présentant à l’enfant un masque en carton. Des films (Spitz, 1948 a) de ces expériences montrent qu’à trois mois l’enfant sourit aussi facilement au masque qu’à un vrai visage (PI. IV a) et que son sourire cesse dès que le masque est tourné de profil (PI. IV b).

Puis, nous avons essayé de découvrir quels éléments de la configuration faciale sont indispensables pour déclencher la réponse par le sourire.

Nous cachions successivement diverses parties de notre visage derrière un bout de carton blanc, et le présentions (en mouvement) à l’enfant. Lorsque le bas du visage était couvert, nous obtenions le sourire du nourrisson. Si, par contre, c’était le haut, un ou deux yeux compris, l’enfant ne nous rendait pas de sourire. Et si nous dissimulions l’un ou les deux yeux d’un expérimentateur hochant la tête pendant que l’enfant lui souriait, son sourire cessait immédiatement29.

Ces expériences montrent de façon concluante que ce n’est pas un visage individuel en tant que tel, ni même la face humaine dans son ensemble, qui déclenche le sourire de l’enfant, mais une configuration spécifique incluse dans les limites d’un visage. Cette configuration est faite du secteur front-yeux-nez, et cette G est al t-signe est centrée autour des yeux. J’estime que la partie œil de cette configuration appartient à la même catégorie que le stimulus déclencheur d’un I.R.M. (Innate Releaser Mechanisms, Lorenz) tel que je l’ai défini (Spitz, 1955 c, 1957), avec probablement une valeur de survie. Cette thèse a été confirmée par les expériences d’Ahrens (1954) sur l’homme, et par celles d’Harlow sur les singes rhésus (résultats qui m’ont été communiqués en 1961).

Pour terminer, je mentionnerai qu’au cours de nos expériences nous avons réussi à mettre au point un stimulus supernormal (Tin-bergen, 1951). Il consiste dans le cas du nourrisson à remplacer le sourire et le hochement de tête de l’observateur par un élargissement excessif de la bouche, un peu à la manière d’un fauve découvrant ses crocs. Ce qui amène le sourire de l’enfant plus facilement et plus sûrement. Il est permis d’assumer qu’il s’agit ici d’un stimulus additionnel qui suit les lois de la sommation hétérogène (Spitz, 1940 ; Tinbergen, 1951).

On pourrait se demander pourquoi le stimulus qui déclenche le sourire inclut le mouvement. Une discussion détaillée de cette question nous conduirait très loin dans la phylogenèse et la psychologie animale. De façon générale, je serais toutefois enclin à avancer une hypothèse provisoire. Ce n’est pas tellement d’avoir un stimulus en mouvement qu’il s’agit, mais plutôt d’un mouvement qui serait partie intégrante du stimulus. C’est par le mouvement qu’on réussit le mieux à distinguer la forme du fond. Comme les expérimentations que je viens de décrire nous l’ont appris, le stimulus de déclenchement possède des propriétés Gestalt que le mouvement semble rehausser. C’est la raison pour laquelle je considère que le mouvement appartient au stimulus clef inné du I.R.M. de la réponse par le sourire.

Tout ceci semble bien mécanique : une Gestalt-signe, des mécanismes de décharge qui déclenchent des réponses innées. Le lecteur pourrait se demander si une poupée mécanique dotée d’une telle Gestalt ne ferait pas aussi bien l’affaire que nous pour élever nos enfants. Ce ne serait pas possible et j’en expliquerai les raisons dans les chapitres suivants30. J’ajouterai seulement pour le monrent que, bien que l’outillage congénital soit à disposition du bébé dès le premier instant, il faut lui donner vie ; l’étincelle vitale lui sera communiquée par les échanges avec un autre être humain, un partenaire, la mère. Seule une relation réciproque suffit à ce but. Seule cette relation peut apporter le facteur expérientiel dans le développement du nourrisson, cet échange circulaire continu où les affects jouent le premier rôle. Lorsque le nourrisson ressent un besoin, cela provoque en lui un affect amenant des changements dans son comportement qui déclencheront à leur tour une réponse affective et une attitude correspondante chez la mère ; elle se conduit « comme si » elle comprenait quel besoin particulier du nourrisson provoque sa manifestation affective (Spitz, 1962, 1963 a, b, c). Une relation entre une poupée mécanique et le bébé ne pourrait être qu’unilatérale. C’est cet échange réciproque, dont les éléments changent et se déplacent constamment (bien que leur somme constitue toujours la relation dyadique), qui représente la substance de ce que j’essaie de décrire et de communiquer au lecteur.

Ce feedback réciproque à l’intérieur de la dyade entre mère et enfant, entre enfant et mère, change constamment. La relation dyadique toutefois est foncièrement asymétrique. Ce que la mère apporte à cette relation est complètement différent de ce que l’enfant y amène. Ils sont chacun le complément de l’autre et si la mère donne au nourrisson ce dont il a besoin, lui, à son tour (et ce fait est moins généralement reconnu), lui donne ce dont elle a besoin.

De la réception passive aux relations objectales actives

Les points que nous avons soulignés dans les derniers paragraphes de la section précédente nous amènent à une conclusion inévitable. Dès le commencement de la vie, c’est la mère, partenaire de l’enfant, qui médiatise chacune de ses perceptions, de ses actions, de ses intuitions, de ses connaissances. Nous avons pu en donner quelques preuves dans le domaine de la perception visuelle. Lorsque l’enfant suit des yeux chacun des mouvements de la mère ; lorsqu’il réussit à séparer et à établir une Gestalt-signe dans son visage – alors, par son truchement, il réussit à distinguer une entité significative au milieu du chaos des « choses » de son entourage. En raison de la continuité des échanges affectifs, cette entité, le visage de la mère, assumera pour l’enfant une signification toujours croissante.

Le processus de sélection d’une entité significative dans un univers composé de choses sans signification, et son établissement en tant que Gestalt, est un processus d’apprentissage ; c’est le passage d’un état où le nouveau-né ne perçoit qu’émotionnellement à un état plus différencié dans lequel il perçoit de manière discriminatoire ou, terme que je préfère, diacritique. Nos films montrent très clairement quelle source de stimuli tactiles le sein et les doigts de la mère offrent au nourrisson ; comment ces stimuli lui fournissent l’occasion d’apprendre et de mettre en pratique perception et orientation ; comment le bébé apprend le toucher superficiel, la sensibilité profonde et l’équilibre sur le corps de sa mère et en réponse à ses mouvements. Il est à peine nécessaire d’ajouter que c’est la voix de sa mère qui fournit à l’enfant des stimuli acoustiques vitaux qui sont à la base du développement du langage.

Mentionnons au passage que l’acquisition du langage qui commence au cours de la première année de vie est un processus complexe entraînant à la fois perception et décharge énergétique. En tant que phénomène psychologique, l’acquisition du langage nous fournit également des informations supplémentaires sur le passage d’un état de passivité (où la décharge énergétique obéit au principe du plaisir-déplaisir) à un état d’activité où la décharge en tant que telle devient gratifiante. À ce stade, le jeu en tant qu’activité commence à contribuer au développement de l’enfant. Les manifestations vocales du bébé qui, au début, permettent une décharge de tension, traversent des modifications progressives jusqu’au moment où elles deviennent un jeu : l’enfant répète et imite les sons qu’il a lui-même produits. Au commencement, le nourrisson ne fait pas la différence entre les sons provenant de son environnement et les siens. En raison des processus de maturation, les différents secteurs des organes perceptifs se séparent les uns des autres au cours des deux premiers mois. À un certain point de ce processus, vers le troisième mois, le nourrisson s’aperçoit qu’il peut écouter les sons qu’il a lui-même produits, et que ceux-ci sont différents de ceux qui proviennent de l’entourage. Il ne peut contrôler ces derniers. Par contre, il a le pouvoir de s’amuser à produire des bruits intéressants ou à cesser d’en faire.

Il me semble que cela doit être l’une des premières activités du bébé lui permettant d’expérimenter sa toute-puissance. L’enfant commence à écouter ses propres manifestations vocales qui conservent leur qualité de décharge, de réduction de tension et de plaisir. Mais un plaisir nouveau entre dans sa vie : la faculté de produire quelque chose qu’il puisse percevoir en tant que stimulation dans un autre secteur du sensorium. Après le troisième mois, nous pouvons observer l’enfant expérimentant sa maîtrise de la lallation. On remarque alors comment l’enfant produit des sons, généralement rythmés et répétitifs, linguaux et labiaux, comment il les écoute avec attention et les répète sans se lasser, créant son propre écho et sa première imitation acoustique. Six mois plus tard, son

expérience lui servira à imiter les sons produits par sa mère.

Cette séquence illustre également un détail du passage du stade narcissique où l’enfant se prend lui-même comme objet au stade des relations objectales proprement dites. À la fin de la première année, lorsque l’enfant répète les sons (et les mots) produits par sa mère, il remplace l’objet autistique constitué par sa propre personne par un objet appartenant au monde extérieur, sa mère.

En même temps, de tels jeux sont à la base d’un autre aspect du développement des relations objectales. La répétition des sons produits d’abord par l’enfant, puis par sa mère, assumera peu à peu, en échappant presque à l’observation, le rôle de signal sémantique. Mais avant que cela ne se produise, des transformations dynamiques importantes devront avoir lieu et des structures inexistantes jusque-là s’organiseront dans le psychisme infantile.

Le rôle des affects dans la relation mère-enfant

Une fois de plus, nous voilà obligés de retourner aux sources et de discuter du rôle primordial de la mère dans l’émergence et le développement du conscient chez le nourrisson, et de sa fonction vitale dans les processus d’apprentissage. Dans ce contexte, on ne saurait accorder assez d’importance aux sentiments de la mère concernant le fait d’avoir un enfant, et plus particulièrement le sien propre. Que ces sentiments varient grandement d’une mère à l’autre est chose connue, mais on a tendance à n’en pas tenir assez compte puisque la vaste majorité d’entre elles deviennent des mères tendres, aimantes et dévouées. Ils créent entre la mère et l’enfant ce que j’ai appelé un climat émotionnel qui est en tout point favorable au développement de ce dernier. Et ce climat naît des sentiments de la mère envers l’enfant. Son amour pour son bébé en fait pour elle un objet d’intérêt inépuisable, et par cet intérêt elle lui offre un monde d’expériences vitales toujours renouvelées, riches et variées. Que ces expériences soient enrichies, colorées et imprégnées des affects de la mère est ce qui les rend si importantes pour le nourrisson ; c’est affectivement que l’enfant y répond. Ceci est capital pour la première enfance car c’est à cet âge que les affects revêtent une bien plus grande importance qu’ultérieurement. Pendant ses premiers mois, la perception affective et les affects prédominent chez le nourrisson, presque à l’exclusion de tout autre mode perceptif. Du point de vue psychologique, le sensorium, l’appareil perceptif et la discrimination sensorielle ne se sont pas encore suffisamment développés. En fait, une grande partie de cet appareil vient de commencer son processus de maturation. C’est par conséquent l’attitude émotionnelle de la mère et ses affects qui serviront à orienter ceux de l’enfant et donneront vie à ses expériences.

Évidemment, les variations de mère à mère sont grandes. Et pour compliquer encore les choses, chacune d’elles est différente suivant les jours, les heures, les situations. La personnalité propre du nourrisson s’intrique en un processus circulaire à ce schéma toujours changeant, influençant la gamme des affects maternels par son comportement et son attitude. Selon la personnalité de la mère la situation sera bien différente si l’enfant est précoce ou retardé, facile ou difficile, obéissant ou rebelle.

Ceci est illustré par la réponse par le sourire qui apparaît au troisième mois. Notons cependant que l’âge spécifique mentionné ne représente qu’une moyenne statistique. C’est chez un nourrisson de 26 jours que nous avons filmé la réponse par le sourire la plus précoce. Par contre, chez d’autres enfants elle n’apparaît que beaucoup plus tard, au cinquième ou sixième mois. Il est évident que de pareilles différences influenceront de façon décisive le climat émotionnel régnant entre mère et enfant. La réponse par le sourire n’est qu’un exemple, et des moins importants, pris dans la variété des comportements et des manifestations du comportement qui régissent les multiples relations se développant entre mère et enfant.

Prenons un autre exemple, celui du comportement alimentaire du nourrisson. Dans l’ensemble, la réponse par le sourire n’offre qu’une alternative : il est soit présent, soit absent. Par contraste, la variété des comportements alimentaires est sans limite. Nous avons le bon mangeur qui prend son repas rapidement, complètement, avec plaisir, et s’endort une fois la dernière bouchée avalée, et le mauvais mangeur qu’il faut continuellement encourager et qui ne semble jamais manger suffisamment ; nous avons l’enfant qui est satisfait de ses quatre ou cinq repas journaliers et dort toute la nuit, e< le petit garnement qui refuse son dernier repas de la journée et en réclame plusieurs autres tout au long de la nuit ;, etc. Il va de soi que ces différences dans l’attitude des bébés influenceront la relation dya-dique. Une mère permissive ne réagira pas de la même façon qu’une mère rejetante ou hostile, de même qu’une mère équilibrée aura une réaction toute différente de celle d’une mère anxieuse et assaillie de culpabilité. Il est tout aussi évident que les problèmes de la mère se réfléchiront dans le comportement de l’enfant, conduisant sous certaines conditions à une escalade dans le conflit. Je donnerai plus loin sous le titre de « colique des trois mois » un exemple de la pathologie à laquelle peut mener une détérioration de la relation mère-enfant.

On pourrait objecter que la mère n’est pas le seul être de l’entourage de l’enfant qui puisse avoir une influence émotionnelle sur lui ;

que cet entourage comprend un père, des frères et sœurs, des parents et d’autres encore qui peuvent tous avoir une signification affective. Même l’ambiance culturelle et tout ce qui l’accompagne peut l’influencer dès sa première année. C’est évident ; toutefois, nous ne songeons pas toujours que dans notre civilisation occidentale ces influences sont transmises au bébé par sa mère ou son substitut.

C’est la raison pour laquelle j’ai basé mes propres recherches principalement sur le problème des relations mère-enfant. De plus, pendant les premiers mois, et même les premières années, c’est la relation mère-enfant qui est le facteur psychologique le plus susceptible d’être influencé thérapeutiquement ou prophylactiquement, celui donc qui mérite notre étude attentive et nos soins.

Dans la relation mère-enfant, la première représente les données de l’environnement – on pourrait dire que la mère est la représentante de l’environnement. Du côté de l’enfant, les données comportent son outillage congénital qui comprend Anlage et maturation.

Nous ne saurions négliger la signification du développement nerveux, aussi bien embryologique qu’épigénétique, dans les premiers mois et les premières années. Sans la maturation du système nerveux, la conduite et l’action seraient impossibles. Plusieurs fonctions subissent des changements résultant de l’interaction de la maturation physiologique et du développement psychologique. Ces changements sont dans une certaine mesure indépendants de l’environnement car un nombre considérable de séquences de maturation sont innées. Nous n’en discuterons pas puisque l’investigation de ces problèmes n’entre pas dans le cadre du présent ouvrage.

Les facteurs à prendre en considération dans les limites du propos qui nous intéresse sont d’un côté la mère, avec son individualité structurée et arrivée à maturité, de l’autre, l’enfant dont l’individualité va progressivement se révéler, se développer et s’affirmer ; ils sont tous deux impliqués dans une active interrelation circulaire. Aussi bien la mère que l’enfant ne vivent pas dans un vide complet mais dans un contexte socio-économique constitué en premier lieu par les membres de la famille immédiate et, en deuxième lieu, par le groupe ethnique, le milieu culturel et technologique, l’appartenance nationale, l’époque historique et les traditions. Je discuterai plus loin des deux « facteurs » réellement essentiels qui constituent le couple symbiotique mère-enfant (Benedek, 1938, 1949 ; Mahler, 1952).

Ces dernières considérations ont clairement montré que les relations objectales mènent de l’émergence du préobjet à l’attribution à la mère de la qualité d’objet libidinal. Nous examinerons à présent les conséquences de l’établissement du préobjet et discuterons de façon plus approfondie dans les chapitres ultérieurs de la nature, de la composition et des vicissitudes des relations objectales dans la construction des structures psychologiques qui mèneront finalement à l’établissement de l’objet libidinal.

Signification théorique de l’établissement du préobjet

La signification et les conséquences de l’établissement du premier précurseur de l’objet libidinal sont les suivantes :

a) Il s’agit du stade auquel le nourrisson dépasse ce que j’ai appelé la réception des stimuli provenant de l’intérieur au profit de la perception de stimuli provenant de l’extérieur.

b) Ce passage se fait lorsque l’enfant réussit à suspendre temporairement le fonctionnement inconditionnel du principe du plaisir-déplaisir qui mobilise toute son attention au profit des stimuli provenant de l’intérieur. Il peut ainsi tenir en suspens cette exigence interne le temps d’investir la présentation des stimuli extérieurs transmis par le sensorium. En bref, le principe de réalité a commencé de fonctionner.

c) Le fait que le nourrisson est maintenant en mesure de reconnaître un visage et de le montrer par son sourire indique que des traces mnémoniques sont établies. Ce qui implique qu’une division s’est produite dans l’appareil psychique dont les parties constituantes sont appelées Cs, Pcs, les. En d’autres termes, nous voilà en mesure d’appliquer le point de vue topique.

d) Ceci indique aussi que le nourrisson est maintenant capable de déplacer ses investissements pulsionnels d’une fonction psychique à l’autre, d’une trace mnémonique à l’autre. La reconnaissance de la Gestalt-sigae implique un déplacement de l’investissement de la présentation sensorielle du percept (un visage dans le présent) à la trace mnémonique qui lui est comparable (visage perçu dans le passé).

e) La capacité de déplacer les investissements d’une trace mnémonique à l’autre (de comparer « l’image qui est déposée à l’intérieur avec ce qui est perçu à l’extérieur ») (Freud, 1925 a) correspond à la définition du processus de la pensée par Freud31.

f) Tout ceci marque aussi la naissance d’un moi rudimentaire. Une structuration a lieu au sein de la somato-psyché. Le moi et le ça se séparent l’un de l’autre et le moi rudimentaire commence à fonctionner. Ce qui est indiqué par les actions maladroites, généralement ratées mais manifestement dirigées et intentionnelles que l’enfant commence d’accomplir. Elles sont dès le début centrées sur la maîtrise et la défense. Le fonctionnement « timonier » de ce moi rudimentaire se reflète dans une activité musculaire de plus en plus coordonnée et dirigée. Freud (1923) a appelé ce moi rudimentaire un moi corporel. Il fera partie de ce qu’Hartmann (1939) a appelé « la sphère libre de conflit du moi ».

En même temps, nous pouvons déjà observer dans ce précurseur archaïque du moi une tendance à la synthèse. Cette tendance a été décrite par divers auteurs selon différents points de vue. La description la plus généralement acceptée est celle de Nunberg (1930) qui lui a donné le nom de fonction synthétique du moi. Je pense que le concept de la fonction organisatrice du moi de Hartmann (1950) ne représente qu’un aspect différent de la même tendance.

Comme je l’ai déjà dit par ailleurs (Spitz, 1959), j’estime que cette tendance est générale pour ce qui est de la matière vivante. J’en ai parlé pour la première fois en 1936 sous le nom de « tendance à l’intégration » ; elle conduit de l’organique, c’est-à-dire de l’embryologie, à la psychologie et au développement. J’ai été stimulé dans ma pensée par Glover (1933, 1943) et son concept des noyaux du moi. Dans sa première formulation, il s’est référé à un « modèle ou prototype de noyau du moi primitif, autonome et indépendant » (Glover, 1932), et a donné pour exemple le système oral gratifiant l’instinct sur P « objet » (le mamelon de la mère). Ce concept est parfaitement en accord avec le mien ; j’envisage les parties constituantes du moi comme ayant pour prototypes des fonctions congénitales, physiologiques, transmises pour la plupart par la phylogenèse, de même que des schémas de comportement innés. Plus tard Glover (1943) a quelque peu remanié son concept et éliminé toute référence à un prototype, physiologique ou autre, le définissant en termes purement psychiques. Toutefois, il y a introduit l’idée que l’appareil psychique a dès le début une fonction de synthèse qui devient progressivement de plus en plus importante.

En ce qui concerne la fonction de synthèse de l’appareil psychique, je suis là aussi d’accord avec Glover bien que plaçant personnellement l’âge de la formation d’un moi rudimentaire beaucoup plus tôt que lui – à trois mois. Et je suis toujours convaincu que le passage du somatique au psychologique est continu et que par conséquent les prototypes des noyaux du moi psychiques doivent être cherchés dans les fonctions physiologiques et le comportement somatique. Les exemples nous sont fournis par la fonction comparable à PI.R.M. du percept de la Gestalt-signc provoquant une réponse par le sourire ; le réflexe de fouissement et ses différents rôles du point de vue du comportement appétitif comme de celui du comportement consommatoire (Spitz, 1957) ; le schéma sommeil-réveil (Gifford, i960) ;, etc.

Ces prototypes de noyaux du moi, plus ou moins autonomes à la naissance, seront par la suite utiles au nouveau-né dans les échanges préobjectaux avec la mère. Au cours de ces échanges, ils se modifient sous l’effet de l’investissement pulsionnel, ils se chargent d’un contenu psychique et ils se transforment en noyaux du moi psychiques.

À l’âge de trois mois, une opération importante d’intégration se produit, rassemblant plusieurs noyaux du moi discrets en une structure plus complexe, le moi rudimentaire.

Bien que le moi soit le produit de forces d’intégration qui opèrent dans la matière vivante, il devient à son tour un centre d’organisation, de coordination et d’intégration. Sa puissance d’attraction s’accroît de manière exponentielle en fonction du nombre croissant de noyaux du moi qu’il réussit à intégrer dans sa structure.

Des noyaux du moi isolés, relativement sans pouvoir au début, agissant de manière contradictoire, acquièrent un pouvoir toujours plus grand lorsqu’ils travaillent dans le même sens, se complétant, se soutenant, se renforçant l’un l’autre.

g) La fonction de barrière de protection contre les stimuli est transférée au moi émergent.

À la naissance, le seuil des stimuli est fonction du non-investissement du sensorium (Spitz, 1955 b)32. Il s’ensuit que la maturation progressive des faisceaux nerveux aussi bien que les investissements croissants de la représentation centrale des récepteurs sensoriels abaisseront graduellement ce seuil de protection contre la perception extérieure. En même temps, les processus d’investissement mis en route par l’activité des noyaux du moi conduisent à leur synthèse et en conséquence à un moi rudimentaire, à une organisation « timo-nière » centrale. Le moi rudimentaire va à présent remplacer le seuil fruste de protection contre les stimuli par un processus supérieur et plus flexible qui opérera de façon sélective.

Les charges énergétiques qu’apportent les stimuli peuvent à présent être fractionnées et réparties parmi les divers systèmes de traces mnémoniques, gardées en réserve ou, suivant les cas, déchargées sous forme d’une action dirigée et non plus d’une excitation diffuse erratique. Cette possibilité d’action dirigée amène chez le nourrisson un développement progressif et rapide de divers systèmes du moi, à commencer par le moi corporel auquel d’autres s’adjoignent plus tard. L’action dirigée proprement dite devient non seulement une issue pour la décharge d’énergie libidinale et agressive, mais aussi un moyen d’acquérir maîtrise et contrôle à travers l’appareil psychique, hâtant ainsi le développement. Dans la littérature, on n’a pas accordé à cette fonction d’activité dirigée, à ces actions, la place qu’elles méritaient en tant que facteurs de développement pendant la première année. On parle souvent de pulsion agressive mais on insiste rarement sur le fait qu’elle ne se limite pas seulement à l’hostilité. En fait, la plus grande et la plus importante partie de cette pulsion sert de moteur à tout mouvement, à toute activité, grande ou petite, et finalement à la vie elle-même (Spitz, 1953 a).

La fraction de pulsion agressive qui est canalisée vers une action dirigée devra surmonter des obstacles mais il arrive que sa tâche soit facilitée. La façon dont elle atteindra son but va déterminer des schémas d’action et leur structuration. Proportionnellement à leur succès, de tels schémas seront préférés à une décharge erratique de l’agression. Plus tard, ils amèneront la consolidation de divers appareils du moi (locomotion, langage, etc.). Il me semble qu’une étude plus approfondie de ces schémas précoces, de la façon dont ils s’acquièrent dans le cadre des relations objectales et dont ces dernières sont influencées par eux, serait souhaitable. Les processus dynamiques qui sous-tendent l’établissement de tels schémas d’action pourraient fournir une contribution significative à la théorie psychanalytique de l’apprentissage.

h) Même l’observateur non averti, qui n’est donc pas encombré de théories, ne peut manquer d’être frappé par le passage du nourrisson de la passivité à l’action dirigée à l’époque de l’apprentissage de la réponse par le sourire.

i) Enfin, l’apparition de la réponse par le sourire marque le début des relations sociales chez l’homme. Elle constitue le prototype et la base de toutes relations sociales ultérieures.

J’ai cité neuf aspects d’un phénomène global qui peut être considéré comme une transition entre le stade narcissique primaire et celui du préobjet. Dans les pages qui suivront, je prendrai comme point de départ la convergence de ces neuf aspects et reviendrai sur certains d’entre eux en détail. Ne perdons toutefois pas de vue le fait qu’à l’âge de trois mois la structure psychique n’en est qu’à ses débuts, c’est-à-dire au moi rudimentaire, et les relations objectales au stade préobjectal.


28 Une définition du terme « signe » sera donnée plus loin.

29 Mes collaborateurs et moi-même avons poursuivi ces expériences dans le but de clarifier certains détails de l’histoire naturelle de la réponse par le sourire. Nos observations essentielles, qui se rapportent aux âges auxquels apparaît et disparaît cette réponse, au stimulus qui la déclenche, etc., ont été confirmées par ces expériences. Nous avons de plus obtenu des résultats qui pourraient s’avérer utiles dans l’étude de l’émergence et du fonctionnement du psychisme infantile. Nos expériences récentes sur les débuts de la perception en profondeur par exemple nous ont permis d’obtenir de nouvelles données (voir chap. IV). Pour une discussion de certains de nos résultats, voir Polak, Emde et Spitz (1964, 1965).

30 Harlow l’a prouvé par une série d’expériences avec des singes rhésus (Harlow, 1959, 1960 a, b> c, d, e, 1962 ; Spitz, 1962, 1963 a, b, c).

31 Dans son article Formulations concernant les deux principes du fonctionnement psychique, Freud (1911) décrit ainsi le processus de la pensée ; « Il s’agit avant tout d’un type d’action expérimentale qui s’accompagne d’un déplacement de faibles quantités d’investissements simultanément à une décharge réduite. » Dans L’homme aux rats, Freud (1909) le décrit ainsi : «… la pensée serait d’habitude effectuée, pour des raisons économiques, par déplacement d’une énergie moindre (probablement sur un niveau supérieur) que celle des actions destinées à la décharge et aux changements dans le monde extérieur… » (L’homme aux rats, Cinq psychanalyses, Denoël & Steele, 1935, p. 297, tr. M. Bonaparte et R. Lœwenstein). Freud a présenté cette hypothèse dans son Esquisse pour une psychologie scientifique où il l’a élaborée en détail (1895) de même que dans le chap. VII de La science des rêves (1900).

32 Voir aussi Freud (1917 b), «… un désinvestissement complet d’un système le rend peu sensible à l’incitation ».