Le mythe de la normalité*

Don D. Jackson

Les psychiatres, les psychologues et tous ceux qui s’occupent de la santé mentale sont constamment mis en demeure de se prononcer sur la « maladie » de tel ou tel. La difficulté, s’ils veulent porter un jugement tant soit peu fondé, c’est qu’il n’existe aucun critère de la « normalité » ou de la « bonne santé » psychologiques.

Dans le domaine de la médecine somatique, les médecins savent que l’indice de tension systolique normal se situe entre 11 et 13. Dans le cas où il atteindrait 16, le médecin serait aussitôt fondé à constater l’écart par rapport à la norme et à prescrire un traitement contre l’hypertension. Cependant, les chercheurs qui travaillent dans le domaine de la santé mentale ont déjà tant à faire pour étudier et soigner ceux qu’on appelle des « malades » qu’ils n’ont ni l’occasion ni le désir d’étudier ceux qui « vont bien ».

Une des conséquences tragiques de cet échec à promouvoir un critère quelque peu fondé se traduit par la politique désastreuse du placement dans les établissements psychiatriques, lequel s’opère en général au petit bonheur. Un sociologue a récemment étudié cent soixante cas dans un État réputé pour ses critères d’admission relativement élevés. La durée moyenne des consultations d’admission ne dépassait pas neuf minutes, certaines d’entre elles ayant même été effectuées dans le temps record d’une minute et demie. Un observateur direct, après avoir assisté à vingt-cinq consultations, a donné les éléments de comparaison suivants : d’après ses propres estimations, sept des personnes examinées répondaient aux critères juridiques de l’aliénation mentale, onze étaient susceptibles d’y répondre un jour, et sept n’y répondaient absolument pas. Pourtant le psychiatre n’en déchargea que deux. D’après l’observateur, il était évident que le psychiatre tendait à chercher systématiquement les erreurs de jugement et les signes de pathologie. Un des patients, par exemple, dut répondre à toute une série de questions très difficiles, y compris des problèmes arithmétiques compliqués, et fit l’objet d’une demande d’internement pour avoir effectué une seule réponse erronée. Un psychiatre alla jusqu’à déclarer : « Si la famille du patient veut se débarrasser de lui, il faut bien qu’il y ait quelque chose qui n’aille pas. » On pense à la rengaine. « En cas de doute, que personne ne sorte ! » – devise idéale pour la plupart des hôpitaux psychiatriques d’État.

Le mythe de la normalité exerce une influence insidieuse non seulement sur les malheureux que l’on décrète fous mais encore sur notre vie et nos attitudes à tous. Les experts comme le public sont piégés par la propagande et par des forces historiques et psychologiques (la peur étant un des facteurs les plus intimidants) qui conduisent à la répartition de toute l’humanité en fonction d’une dichotomie entre le normal et l’anormal. Nous vivons actuellement une époque de classification en mal d’étiquettes pour toutes les activités humaines. Ce genre de classification fait partie de nos efforts pour simplifier la vie et quadriller les champs clos de l’expérience d’un réseau de garde-fous rassurants. Plus l’expérience est commune, plus elle nous assure de confort. On peut la classer aisément et l’entériner comme un fait reconnu.

Tout ce qui arrive hors de l’expérience commune provoque la peur ; on crie alors au « bizarre », à l’« accidentel », au « miraculeux », au « fou », de peur d’avoir à admettre simplement qu’on ne comprend pas. On s’efforce, jusqu’à l’angoisse, de classer les comportements et les observations sur la personne humaine car les forces inconnues qui sont en œuvre en chacun de nous, entre nous, sont les plus terrifiantes de toutes, et partant les moins contrôlables. Cependant, les cas rares, extrêmes, situés aux marges du continuum de la santé mentale, ne représentent qu’un fragment de l’humanité. La grande majorité se situe quelque part dans la « normale ». La mesure dans laquelle une personne donnée paraît folle dépend de notre propre cadre de référence ainsi que des limites de notre expérience.

Depuis les temps prébibliques, les classifications ont été mises à contribution pour étayer les idéaux ethnopolitiques de supériorité raciale ou nationale. La croyance nazie dans l’évolution vers une race de surhommes, grâce au contrôle de l’hérédité, ne diffère que par degrés de l’attribution de traits de caractère collectifs à des communautés nationales entières – comme lorsqu’on dit des Espagnols qu’ils sont « fiers » ou des Italiens qu’ils sont « romantiques ». Ces généralisations absurdes servent à réserver la confortable fiction de notre propre caractère national, lequel est, bien entendu, admirable à nos yeux.

Ce simplisme est répandu chez les experts et les spécialistes eux-mêmes. C’est ainsi que la découverte médicale de l’étiologie traumatique de certaines maladies a donné lieu à des emprunts non contrôlés de la part des psychiatres. D’une part, on prétend que les traumas psychiques sont la cause des névroses et des psychoses ; d’autre part, on suppose que l’absence d’un trauma évident (surtout dans l’enfance), chez une personne souffrant de troubles mentaux, signifie qu’elle possède une faible constitution. Plus encore, on considère que le trauma doit être quelque événement terrifiant – un viol, de graves sévices, la mort de la mère pendant la première enfance du patient, et ainsi de suite –, au risque de laisser perdre toute la complexité et la subtilité de l’interaction humaine. Cependant on peut affirmer que de moindres traumas, trop insidieux et constants pour qu’on les remarque, sont beaucoup plus pernicieux pour la personnalité humaine que des événements plus dramatiques, plus faciles à comprendre et à classer.

De même que les psychiatres ont emprunté de toutes pièces la théorie des traumas à la médecine somatique, de même, leurs hypothèses concernant la personnalité humaine et ses rapports avec l’hérédité sont fondées sur les résultats d’expérimentations opérées sur des animaux. Certains théoriciens, ignorant la complexité et la subtilité de l’expérience humaine, font le saut de l’animal à l’homme avec une facilité déconcertante.

L’un des systèmes de croyance les plus profondément enracinés dans notre culture actuelle rapporte directement la mesure de l’intelligence humaine à l’hérédité et au fonctionnement cérébral, et prête aux tests d’intelligence le pouvoir d’évaluer avec exactitude l’ensemble des aptitudes d’un être humain. L’application des quotients intellectuels à la personnalité humaine reste très à la mode, bien que la détermination héréditaire d’aucun trait de caractère n’ait été établie et que les chercheurs dans le domaine des sciences du comportement ne s’accordent guère sur les aspects du caractère ou de la personnalité à choisir pour traits pertinents.

La distinction entre les personnalités normale et anormale, que l’on retrouve dans l’idée toute faite que les limitations individuelles sont innées ou définitives, a pour l’humanité valeur d’un artifice et sert à couvrir cyniquement les desseins les plus mercenaires, les plus cruels et les plus inhumains. À partir du moment où l’on postule que ce qui est anormal est produit par des cellules pathologiques, on n’a plus guère à se soucier de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. Dans le Sud, ceux qui veulent qu’on réserve les établissements scolaires les plus faibles pour les Noirs défendent souvent cette politique en prétendant que les Noirs sont incapables d’assimiler aussi vite que les Caucasiens et que tout investissement effectué en leur faveur le serait donc en pure perte. De même, si les malades mentaux sont entièrement différents de tous les autres, c’est-à-dire de nous, nous comprenons qu’on les isole à des kilomètres des villes, dans des mausolées de brique et de pierre qu’on appelle, par euphémisme, hôpitaux publics. Pour que tout soit propre et net, on établit deux groupes : celui des fous, qui doivent être isolés, et celui des gens sains, qui sont libres.

Cependant, la plupart des psychiatres admettront que l’internement dépend, en général, beaucoup plus de l’attitude de la famille que de celle des patients. Nous disposons de statistiques récentes, extraites d’une étude faisant le point sur tous les anciens combattants canadiens qui furent atteints de schizophrénie au cours de la Seconde Guerre mondiale. On n’a guère trouvé de différences, au point de vue des symptômes (y compris des illusions et des hallucinations), entre ceux qui étaient en hôpital et ceux qui n’y étaient pas – en revanche, on a découvert une grande différence entre les familles des deux groupes considérés. Les anciens combattants qui n’étaient pas hospitalisés avaient des familles plus optimistes et plus secourables.

On a longtemps admis qu’un certain pourcentage de gens souffraient de dépression nerveuse ou étaient chaque année admis dans des hôpitaux publics – ce pourcentage représentant le groupe des anormaux du point de vue de la santé mentale. On considère que le reste d’entre nous appartient à une catégorie tout à fait différente. Cependant, une étude récente portant sur un quartier du centre de New York a permis de dégager des statistiques surprenantes. L’enquête portait sur un échantillon de mille six cents personnes méticuleusement sélectionnées. D’après les estimations de plusieurs psychiatres expérimentés, 81,5 % des personnes interviewées souffraient de troubles émotionnels, 2,7 % d’entre elles étaient handicapées du fait de leurs symptômes, 7,5 % présentaient des symptômes psychiatriques graves, 13,2 % des symptômes caractérisés, 21,8 % des symptômes d’importance moyenne et 36,3 % des symptômes bénins. Seules 18,5 % d’entre elles ont été considérées comme bien portantes. De nombreuses personnes vivant en dehors de l’hôpital, pour ne pas dire la majorité d’entre elles, poursuivent leur existence tout en ayant certains symptômes (surtout pendant certaines périodes données), qui seraient considérés comme pathologiques s’ils faisaient l’objet d’un diagnostic psychiatrique. Heureusement, la plupart d’entre elles n’ont pas les moyens de consulter des psychiatres, ce qui leur évite de recevoir une étiquette psychiatrique.

On ne saurait surestimer l’importance de ce type de rapports, portant sur la population dite « normale » des quartiers urbains. Il est évident que, lorsqu’on interroge les parents d’un patient dans le cadre d’un hôpital psychiatrique, on se heurte à certains troubles émotionnels. C’est de ce fait que provient la croyance selon laquelle les troubles d’ordre psychiatrique sont héréditaires. Mais les conclusions que l’on en tire à propos de l’hérédité perdent tout sens à partir du moment où l’on constate la fréquence élevée des troubles émotionnels dans l’ensemble de la population – ce que démontre l’étude portant sur la ville de New York. On pourrait tout aussi bien commencer par examiner le psychiatre du patient, ou le personnel soignant de l’hôpital : les résultats n’en feraient pas moins apparaître un pourcentage de troubles émotionnels appréciable.

Si l’on parcourt les rares études qui sont consacrées aux gens ordinaires, il est hasardeux de chercher à s’en tenir à la dichotomie normal/anormal. Au cours d’un de ces projets de recherche, des psychiatres s’entretinrent avec une centaine d’hommes dont le fonctionnement psychique pouvait être considéré comme étant au-dessus de la moyenne d’après la plupart des critères. Sur les cent personnes interviewées, trente-quatre avaient connu une enfance difficile, marquée par des tensions et des conflits entre leurs parents, et souvent par la séparation ou le divorce des parents. Dix d’entre elles prétendirent que leurs parents étaient heureux et unis, l’histoire de leur famille n’étant pourtant pas exempte de graves troubles psychosomatiques. Les auteurs concluent cette étude en faisant remarquer que si les mêmes personnes avaient été examinées pour de l’asthme, des migraines ou d’autres troubles psychosomatiques, le nombre des traumas psychiques dont elles avaient rapporté l’existence au cours de leur enfance aurait paru amplement suffisant pour rendre compte de leurs symptômes. Il s’agissait pourtant de sujets exempts de symptômes, ayant atteint une certaine réussite sociale.

C’est un fait bien connu que cinq d’entre nos prix Nobel de littérature avaient plus que tendance à lever le coude et que plusieurs avaient des parents psychotiques. Dans le domaine des sciences, les plus grands innovateurs ont souvent eu des dépressions nerveuses, et la fréquence des troubles psychosomatiques chez les acteurs et les artistes les plus doués est impressionnante. Les études de cas, les biographies et les autobiographies des plus grands esprits confirment à l’envi le proverbe : « Le lotus croit sur le fumier. »

Que l’on surmonte des antécédents particulièrement misérables et sordides, les généticiens attribueront cette réussite à des gènes « supérieurs » plutôt qu’aux aléas de l’éducation qui sont pourtant monnaie courante. Ils préféreront ignorer l’ami plus mûr, l’instituteur, ou tout simplement l’occasion inespérée qui souvent marquent un tournant dans une existence et concourent à faire un magistrat d’un criminel en puissance. De nombreux travaux portant sur les enfants doués montrent que, dotés au départ d’un même quotient intellectuel, certains enfants se révèlent extrêmement créatifs alors que d’autres se confinent dans la médiocrité. On a démontré maintes fois que les enfants créatifs proviennent, en général, de familles moins heureuses et qu’ils ont connu davantage de conflits et de tensions. En bref, pour faire un enfant supérieur, il faut un QI plus de l’angoisse.

Les théories génétiques portant sur le normal et l’anormal se fondent sur le postulat « chosiste » de la pathologie pour étiqueter les caractéristiques ou les traits de comportement humain comme s’il s’agissait de réalités tangibles, alors que ces « traits » ne sont, en fait, que des idéaux et ne relèvent, à proprement parler, d’aucune définition ni d’aucune observation scientifique.

Après avoir étudié la famille pendant de nombreuses années, j’estime pouvoir avancer qu’il n’existe pas de familles normales, pas plus qu’il n’existe d’individus normaux. Il est des parents qui semblent vivre dans la plus grande harmonie mais dont les enfants sont nerveux, des parents qui s’entendent fort mal mais dont les enfants semblent en bonne santé. Lorsqu’on entend quelqu’un s’écrier : « Ah ! Voilà une famille normale ! », qu’on sache que celui qui s’exprime ainsi ne considère, en général, qu’une certaine facette de la vie familiale et non pas son interaction d’ensemble, laquelle reste impénétrable à l’observation naïve. Les personnes qui s’expriment ainsi sont en général de celles qui accordent une grande valeur au conformisme : elles constatent que la famille en question satisfait à tous les idéaux des magazines féminins, y compris à celui, sacro-saint, de la cohésion. À vrai dire, ce type de comportement n’a guère de rapport avec la santé mentale. Il existe, à l’intérieur de notre propre culture, des cultures et des familles possédant une structure familiale très différente de ce que l’on considère communément comme normal. Et pourtant, les individus qui en font partie sont productifs et créatifs.

Il devrait d’ores et déjà être clair que je crois fermement que les psychologues et les psychiatres devraient cesser de se demander : « Qu’est-ce que la normalité ? » Il me semble qu’on peut adopter une méthode différente et plus féconde pour répondre tant aux exigences scientifiques de la théorie qu’aux nécessités pratiques de la clinique. Il faudrait pour cela prendre en considération le fait que l’être humain possède des potentialités diverses, que l’accomplissement de certaines de ces potentialités peut comporter certaines limitations, et que cet accomplissement comme ces limitations diffèrent selon les conditions. Thomas Szasz dit que la maladie mentale est un mythe dont la fonction est d’édulcorer, de faire passer l’amère pilule des conflits moraux dans les relations humaines. D’après lui, les problèmes qui nous sont posés sont des problèmes de vie commune et non des problèmes de santé mentale. Ces problèmes sont d’ordre biologique, économique, politique et sociopsychologique.

Par quoi remplacer le concept de normalité ? Il est évident que, pour les besoins de la recherche scientifique, il nous faut établir un certain mode de classement catégoriel. C’est ainsi, par exemple, qu’on peut classer les membres d’une famille selon leur niveau d’aptitude à fonctionner dans divers domaines de la vie. Ainsi un homme qui gagne dix mille dollars par an a forcément un certain degré de fonctionnement économique ; sa vie relationnelle ou sexuelle sera jugée séparément. Ces estimations n’ont aucune implication bonne ou mauvaise, un rendement élevé n’étant pas nécessairement le signe d’une vie heureuse ou d’un bon caractère, et vice versa. Il n’est pas non plus nécessaire qu’une personne ait de bons résultats dans tous les domaines. Ce serait invraisemblable, voire impossible, bien qu’il soit possible de faire des comparaisons entre les personnes, sur la base de domaines d’activité où elles excellent ou dans lesquels elles obtiennent des résultats médiocres. L’avantage est qu’on peut ainsi juger des prestations de chacun en fonction d’une grande diversité d’activités et de contextes. Bien que les préventions dont nous avons parlé ne s’en trouvent pas pour autant éliminées, elles devraient être moins dirimantes qu’elles ne le sont dans l’état actuel des conceptions de la santé mentale.

En guise d’illustration, donnons un exemple. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des psychiatres examinèrent des milliers d’appelés. Ils éliminèrent nombre d’entre eux sur la base d’un diagnostic d’instabilité émotionnelle. Ces dernières années, au contraire, l’armée n’a pratiquement exempté personne pour des troubles émotionnels. Les personnes ayant présenté un épisode schizophrène, elles-mêmes, ne sont pas nécessairement exemptées. La raison en est simple. L’armée dispose de toutes sortes d’emplois, dont la plupart peuvent aussi bien convenir à des soldats qui n’ont pas fait impression sur les recruteurs par une éventuelle prédisposition à l’héroïsme. L’attitude libérale (par rapport à la Seconde Guerre mondiale) qui a prévalu lors de la sélection des recrues pour la campagne de Corée n’a pas contribué à augmenter le nombre des malades mentaux parmi les combattants. Signalons pour mémoire que ce nombre, justement, fut réduit, les psychiatres ayant été envoyés au front pour veiller sur le moral des combattants, au lieu de rester à l’arrière, dans les hôpitaux publics, à attendre les patients.

La personne normale ? Cet animal n’existe pas. Il existe au contraire une grande diversité de modèles adaptatifs et de répertoires comportementaux. La façon dont une personne agit diffère selon la culture, la subculture, le groupe ethnique et le groupe familial dans lequel elle vit. Nous avons tendance à oublier que les valeurs se transforment, car nous accordons souvent à ce qui est nouveau toute l’attention que nous avons retirée à ce qui est ancien. Il fut un temps où il était convenable pour les demoiselles de rougir, et où c’était une réaction valorisée par la société. Par la suite, le même phénomène fut considéré comme une indication pour un traitement psychanalytique. De nos jours on ne rougit plus : est-ce, ou était-ce, normal ou anormal ?

Si nous reconnaissons que la normalité n’est qu’un mythe qui s’accompagne d’implications génétiques erronées et de jugements douteux sur la prétendue supériorité des uns sur les autres, nous sommes mieux à même d’entreprendre des recherches effectives sur les différentes modalités du fonctionnement psychique et sur les techniques de la résolution des problèmes. Nous sommes également mieux à même de reconnaître le fait que la plupart des gens apportent leur contribution à la condition humaine et que l’homme est un être d’une plasticité adaptative extraordinaire. Les gens ou les nations qui sont différents de nous ne sont pas inférieurs – mais seulement différents. Il est temps de renoncer à cette sécurité trompeuse que nous assurent les étiquettes et, plutôt que de dire que ce que nous faisons est « juste » ou « normal », de recourir au terme plus approprié, sinon plus rassurant, de « conventionnel ». Il sera dur pour certains médecins de ne pas épingler ceux de leurs patients qui sont originaux, angoissants ou irritants – mais c’est un beau risque à courir !