6. Médecine familiale

C’est un fait bien connu qu’une partie du prix que doit payer l’humanité pour les progrès vertigineux de la médecine moderne est la désintégration croissante du savoir médical en des zones distinctes de spécialisation complexe. Cette évolution a de nombreuses conséquences, mais aucune d’entre elles n’est probablement aussi évidente aux yeux du malade que le sentiment d’aliénation qui existe entre lui et le médecin. Au cours des dix dernières années, cette perte de l’élément humain (comme on l’appelle parfois) dans la médecine est devenue l’objet d’une attention et d’une préoccupation croissantes. Le vieil idéal du médecin de famille qui, sans disposer des raffinements et de la technique de la médecine moderne, paraissait « tant bien que mal » en compenser l’absence avec ses méthodes simples, est toujours très vivace dans de nombreux esprits ; mais, à part de simples souvenirs nostalgiques, tout concourt à prouver, dans notre monde occidental de haute technologie comme dans d’autres cultures121, que l’élément interpersonnel de la médecine est d’importance cruciale.

Dans plusieurs des articles qui forment ce chapitre, mention est faite des travaux de Robert Kellner122, l’auteur d’une étude d’une élégante simplicité qui montre que la maladie physique dans les familles a tendance à apparaître en même temps chez plusieurs membres, même lorsqu’il est possible d’écarter une explication aussi simple que la contagion mutuelle. L’œuvre de Kellner, qui n’est pourtant pas le seul précurseur de ce que l’on peut nommer la perspective familiale moderne dans la médecine générale, est un classique qui met en lumière l’appréciation renouvelée du rôle du médecin de familletendance qui a déjà conduit à l’établissement de chaires de médecine familiale dans plusieurs facultés de médecine aux États-Unis.

Il y a quelque peu d’ironie dans le fait que cette tendance soit apparue, de façon surtout isolée, au moment où la psychothérapie familiale, avec les lumières qu’elle a jetées sur la dynamique et la pathologie des systèmes humains, était déjà une forme établie du traitement psychiatrique. La perspective médicale d’ensemble sur la maladie familiale, l’application des principes de la psychothérapie familiale à la médecine générale sont le résultat d’une longue évolution. Un article précurseur écrit par Don D. Jackson n’a rien perdu de sa fraîcheur et de son importance, bien qu’il ait été écrit il y a dix ans. Le voici.