Chapitre XII. Les enseignants, les parents et les médecins23

Si vous réfléchissez un instant, vous comprendrez qu’il y a quelque chose d’inquiétant à juxtaposer ces trois catégories d’êtres humains.

En effet, qu’ont en commun un enseignant, des parents et un médecin ? Ou, pour poser la question autrement, pourquoi une centaine de personnes renoncerait-elle à ses vacances afin d’étudier ce qui réunit ces trois groupes d’adultes, même si ce lien est précaire ? La réponse est claire : au fond, il est toujours question d’un enfant. Un enfant est à la fois le ciment qui unit les pierres entre elles et le séisme qui les fait voler en éclats.

L’éducation d’un enfant normal (si je peux utiliser le mot « normal ») est une tâche relativement facile. L’enfant normal permet à ses enseignants et à ses parents d’avoir des rapports harmonieux où chacun complète la personnalité de l’autre. Face à un enfant normal, le médecin a un si petit rôle à jouer qu’il est pratiquement inutile. Il peut être responsable sur le plan scolaire de la qualité des repas, du programme

d’exercices physiques, de l’aération des dortoirs et des mesures préventives visant à éviter le développement des inévitables maladies infectieuses, il a rarement l’occasion de s’occuper personnellement de l’enfant.

En réalité, il y a très peu d’enfants normaux, et peut-être est-ce bien ainsi. Tout dépend de notre définition du mot « normal ». Quel que soit le sens que nous donnons à ce terme et quels que soient nos espoirs, nous savons bien que les malentendus entre les parents et ceux qui s’occupent de leurs enfants ne peuvent être attribués aux difficultés personnelles des adultes. Ces malentendus sont souvent dus aux enfants.

Pour étudier les interrelations entre les parents, les enseignants, les médecins et toutes les personnes chargées de l’éducation des enfants, il faut analyser les perturbations du développement affectif des bébés et des enfants en fonction de leur âge.

Je ne suis pas ici pour étudier avec vous le développement affectif extrêmement complexe de l’individu, mais je tiens à vous parler de l’enfant. Je vais vous donner un exemple de méfiance parentale et vous allez comprendre le rôle que joue l’enfant.

Un garçon de huit ans, très intelligent quoique turbulent, vivait pendant l’année scolaire chez quelqu’un que je connais bien et que je considère comme tout à fait digne de confiance. Lorsque la mère du jeune garçon est venue le chercher à la fin du dernier trimestre, il lui a dit que Madame Unetelle (mon amie) avait refusé de lui donner de l’argent pour prendre le bus. L’école étant très éloignée, il était obligé de faire l’aller et le retour à pied à midi et n’avait donc jamais le temps de déjeuner ; de toute façon, elle ne lui donnait pas assez à manger, la nourriture était mauvaise, etc. Il a raconté cette histoire à sa mère avec tant de sincérité qu’elle l’a cru. Qui pourrait le lui reprocher ? Elle avait elle-même de grandes difficultés, elle craignait sans cesse le pire et avait tendance à se sentir persécutée. Elle m’a écrit que Madame Unetelle l’écœurait et qu’elle refusait de renvoyer son fils vivre chez elle.

Il se trouve que je connaissais bien le garçon, puisqu’il suivait avec moi un traitement qu’on appelle psychanalyse. Par ailleurs, j’étais en contact régulier avec mon amie, Madame Unetelle. En réalité, le petit garçon s’était beaucoup plu chez elle. Il y avait trouvé une stabilité et un confort qu’il n’avait jamais connus chez lui. Madame Unetelle est une femme plus normale que sa mère, elle est gaie et s’énerve rarement. Par ailleurs, il a été impressionné par ma fiabilité (après tout, c’est mon travail), qu’il a ouvertement comparée au comportement incohérent de son père. L’école aussi lui avait plu, et il avait beaucoup apprécié son année scolaire. En outre, il avait accepté spontanément la rigueur de Madame Unetelle, qui était quelque chose de nouveau pour lui. Elle lui avait bien donné de l’argent pour prendre le bus, lui rappelant que s’il le dépensait pour acheter des bonbons, il serait obligé de rentrer à pied. C’était tout à fait justifié, puisqu’elle lui donnait aussi des bonbons et de l’argent de poche.

Quand l’enfant a retrouvé sa mère, il s’est senti très mal. Se plaire dans son nouvel environnement équivalait à critiquer gravement sa famille. Son profond sentiment de culpabilité l’a poussé à dire à sa mère qu’il était maltraité, bien que consciemment il n’ait pas éprouvé de culpabilité. Il n’avait pas eu l’intention de monter sa mère contre Madame Unetelle, mais j’imagine que, lorsqu’il a compris ce qu’il avait fait et qu’il s’est rendu compte que sa mère croyait à son histoire, il ne pouvait plus faire marche arrière sans perdre sa crédibilité. C’est pourquoi il en a rajouté.

Combien de malentendus résultent du désir qu’a un enfant de cachej à sa mère le bonheur qu’il a trouvé loin de chez lui ! Ce jeune garçon cherchait à exprimer une idée très compliquée, trop compliquée pour un enfant de huit ans. Voici ce qu’il aurait pu dire : « Une mère peut exprimer son amour de mille façons et, même si l’école a réussi à le faire mieux que toi, je t’aime. D’autre part, mon amour pour l’école est moins intense et moins lié à mes expériences infantiles que ne l’est et ne le sera jamais mon amour pour toi. L’avidité s’est donc montrée moins menaçante et la haine a été moins forte, plus facile à gérer et à transformer en modes d’expression acceptables. Il y a eu moins de conflits et je me suis senti plus heureux qu’à la maison. »

Ce jeune garçon de huit ans aurait aimé dire tout cela mais, ne sachant pas le faire, il a inventé cette histoire d’argent qu’on lui refusait pour le bus.

Et là, c’était moi le médecin. Mon rôle a consisté à permettre à la mère de manifester sa mauvaise humeur le temps qu’il fallait avant de lui montrer que rien ne la justifiait dans la réalité. J’ai ensuite présenté la situation à Madame Unetelle de telle façon qu’elle la trouve amusante et ne soit pas blessée au cas où elle recevrait une lettre cinglante de la mère. Heureusement, le petit garçon était en analyse avec moi, et je ne me suis pas contenté de constater son mensonge. En fait, je ne lui en ai même pas parlé. Au cours de son analyse, il a compris les origines complexes de son comportement, il s’est senti de moins en moins coupable (inconsciemment) de ses sentiments critiques envers sa mère, son père et sa maison, et davantage capable de les critiquer pour des raisons liées à la réalité externe. Ainsi, le besoin de mentir a disparu sans être directement évoqué.

Je vous parlerai plus tard des difficultés occasionnées par les fantasmes de persécution. Pour le moment, je vais essayer de comprendre pourquoi médecins et enseignants, nous sommes réunis le temps d’un colloque, à la recherche de la vérité.

Bien que je sois convaincu que nos motivations sont profondément enracinées en nous et déterminées par les tensions internes propres à chacun, je vais faire comme si nous parvenions consciemment à maîtriser nos attitudes et nos orientations et je vais me pencher sur cette question.

Venons-en au fait : cherchons-nous à blâmer les mères ? Je rencontre tellement d’enseignants, de travailleurs sociaux et de médecins qui justement « cherchent à blâmer les mères », que je me dois de vous poser cette question. Si c’est ce que nous souhaitons, nous allons bien nous amuser. Tous ceux qui sont présents ici aujourd’hui pourraient sans doute se lever et donner des exemples de la stupidité, de la duplicité et de l’ignorance inexcusables de certains parents, et je pourrais en faire autant. Cependant, si nous choisissons de « blâmer les mères », nous allons vite nous trouver sur un terrain aride et nos discussions n’aboutiront à rien.

Soit dit en passant, les enseignants et les médecins sont parfois des parents aussi stupides et aussi ignorants que les autres. Des sentiments extrêmement forts et des conflits psychiques sont en jeu parce que les parents sont les parents. En revanche, les enseignants et les médecins ont un avantage : parce qu’ils n’ont jamais éprouvé envers les enfants de sentiments aussi intenses que les parents, les conflits inconscients sont moins intenses et moins déstabilisants. Seul l’amour le plus fort peut engendrer la haine et les soupçons les plus féroces. Seuls ceux qui éprouvent des sentiments très puissants comprennent la profondeur de la culpabilité, de la dépression et des doutes inhérents à la nature humaine.

L’une des principales fonctions d’un enseignant est de se trouver in loco parentis, ce qui signifie que le lien affectif extrêmement fort entre les parents réels et l’enfant est absent de cette relation. En effet, ce lien existe toujours entre parents et enfants soit sous forme d’amour, de haine ou des deux, soit sous forme d’indifférence, et il explique les tensions affectives responsables de distorsions et d’inhibitions dans l’éducation des enfants.

L’enseignant qui comprend intuitivement que le comportement agaçant des parents est la contrepartie inéluctable de leurs liens affectifs, issus de leur propre histoire avec leurs enfants, gérera mieux les situations d’urgence que l’enseignant qui est persuadé que les parents forment une catégorie à part puisqu’ils sont capables de faire preuve de tant de mesquinerie.

Une mère ressent tout cela au plus profond d’elle-même, alors qu’un enseignant ne voit que le mauvais côté des choses. L’amour d’une mère pour son enfant engendre souvent de la haine en elle et elle est jalouse de toutes les personnes qui s’occupent de son enfant à sa place. Sa plus grande crainte est de voir cette haine faire du mal à son enfant, cette haine qui a son origine dans son amour pour lui. De temps à autre, l’instituteur ou l’institutrice va devoir faire face à cette haine flottante dont il ou elle devient l’objet. Il n’est jamais agréable d’être haï, mais les médecins et les enseignants doivent le supporter. Les enseignants les plus populaires le sont parce que d’autres sont haïs, et leurs collègues les méprisent pour des raisons évidentes. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un directeur d’école très aimé est une contradiction en soi. Si un directeur ou une directrice est populaire, je suppose que la haine se reporte sur tous les autres enseignants en bloc. Cette haine sans objet défini est bien là quelque part, ne vous méprenez pas.

Les parents pensent souvent que leurs sentiments critiques ou hostiles proviennent de leurs propres conflits internes, et sont donc illogiques et subjectifs. Par conséquent ils n’hésitent pas à laisser l’école s’occuper entièrement de leurs enfants, convaincus que LES ENSEIGNANTS SONT PARFAITS. Cette COnvic-tion n’est pas justifiable. Certains parents, qui n’interviennent pas parce qu’ils pensent que tout va bien, ne sont pas des parents idéaux, même si leur attitude arrange l’école.

J’aimerais pouvoir vous dire que les médecins savent parler à la fois aux parents et aux enseignants et que, grâce à leur compréhension de la nature humaine, ils les aident à se comprendre les uns les autres. Malheureusement, ce n’est pas le cas. En règle générale, les médecins (sauf les spécialistes) sont dotés d’une bonne intuition, ce qui se ressent dans leurs relations avec autrui. Ils s’entendent aussi bien avec l’enfant qu’ils soignent qu’avec les parents qui sont leurs patients. Or ce n’est pas parce qu’on s’entend bien avec ses patients qu’on est capable de conseiller les parents ou de régler un conflit entre un enseignant et les parents.

Cela s’explique entre autres par la méthode qu’utilise le médecin. Il se met facilement à la place de son patient. Il s’entend bien avec l’enfant, car à ce moment-là il partage non seulement ses intérêts, mais surtout ses sentiments hostiles, donnant ainsi un semblant de réalité à ses fantasmes de persécution. À l’hôpital psychiatrique, un malade souffrant d’un délire de persécution est apaisé parce que, tous les jours, son médecin vient reconnaître son délire et fait semblant d’y croire. De même, un enfant accepte l’amitié de quiconque flatte ses fantasmes de persécution. Il suffit que le médecin joue à l’ogre ou se souvienne du temps où il était lui-même écolier, pour qu’il convienne que le professeur de sciences est une brute. Il accepte parfois de jouer le jeu de la maladie et écrit au directeur de l’école en précisant : « plus de gymnastique jusqu’à la fin du trimestre » ; « les devoirs sont déconseillés dans le cas présent » ; « toute punition corporelle est à éviter car le jeune Tom a tendance à souffrir du cœur » (même si on ne sait pas très bien ce que cela veut dire).

Sur le plan psychologique, les maladies infectieuses jouent un rôle dans cet univers persécutoire puisque les microbes mettent la persécution à l’épreuve de la réalité. Vous avez sûrement remarqué l’amélioration de certains enfants difficiles pendant ou aussitôt après une rougeole, les oreillons ou une intervention chirurgicale qui consiste à enlever quelque chose de mauvais à l’intérieur du corps, l’appendice par exemple.

Le médecin sait aussi se mettre à la place d’une mère inquiète. Il comprend combien il est terrible d’avoir un enfant aussi difficile ou d’avoir affaire à un enseignant aussi peu compatissant. Il n’a aucun mal à aller dans le sens des griefs de la mère, lui permettant ainsi de surmonter la tension créée chez elle par cette percée de fantasmes de persécution.

Vous le voyez, cette aide est tout à fait réelle, même si elle ne correspond pas à une véritable compréhension sur le plan intellectuel. Elle repose sur le facteur commun aux fantasmes de persécution inconscients présents chez divers êtres humains.

La frontière entre la maladie psychique et la maladie physique est le dispositif de sûreté de la nature et, Dieu merci, il y a toujours un médecin prêt à donner un coup de main à la nature, par exemple celui qui fait un certificat médical à un enfant qui se plaint vaguement d’un mal de tête ou d’une douleur à la cuisse afin qu’il puisse manquer l’école. Souvent, les parents lui font comprendre d’un clin d’œil qu’une journée à la maison ne ferait pas de mal à leur enfant et après un examen au stéthoscope en bonne et due forme, il prononce le verdict. L’enseignant, qui n’est pas dupe, apprécie d’être dégagé de la responsabilité du conflit qui le lendemain ne manque pas de se produire entre la direction et l’enfant. Les troubles digestifs sont souvent le signe extérieur d’une vague interne de sentiments de culpabilité d’une intensité insoutenable. On parle aujourd’hui d’« acidose », alors que les seuls acides en jeu sont l’envie de mordre et les différentes manifestations de haine liées aux fantasmes inconscients, ou réalité interne, que l’enfant nie. Le contenu fantasmatique reste inconscient, mais l’enfant se sent affreusement coupable ou angoissé. Persuadé que tout ce qui est à l’intérieur de lui est irrémédiablement mauvais, il n’est soulagé que lorsqu’il a réussi à vomir ou à « faire un gros caca ». Quand il est dans cet état, l’enfant essaie parfois de se vider réellement.

Je connais une jeune femme dont l’enfance a été dominée par les sentiments de culpabilité et (à un niveau plus conscient) par la peur de vomir. Entre six et dix ans, il lui est arrivé de rester des heures assise sur le siège des toilettes pour tenter de se vider de la moindre particule d’excrément. Tout ce qui était à l’intérieur d’elle était mauvais. Les selles, qui pouvaient être expulsées, étaient l’expression concrète de fantasmes inconscients intangibles, ou réalité interne, beaucoup moins faciles à éliminer. Plus tard, au cours de son analyse, elle a cherché à éliminer de façon analogue ce qui était mauvais en elle sur le plan psychique, puis les conséquences de la haine dans ses fantasmes inconscients, et enfin la haine elle-même, afin que seule demeure sa capacité d’aimer. Elle est parvenue à avoir moins peur de sa haine et à l’utiliser comme source d’énergie dans le travail et dans le jeu. Si on lui avait proposé une analyse à l’âge de ses peurs infantiles, on lui aurait épargné trente ans de troubles obsessionnels.

Ainsi, on peut plus ou moins compter sur les médecins pour aider leurs patients de façon ponctuelle (il va de soi qu’ils sont utiles en ce qui concerne les maladies somatiques), mais ils ne sont guère plus qualifiés que d’autres pour comprendre les forces inconscientes qui contribuent à déterminer le comportement. Les médecins, comme tout un chacun, ont du mal à croire aux fantasmes inconscients ou à admettre qu’existe par exemple un sentiment de culpabilité inconscient dont le rôle est capital dans la vie de la plupart des enfants, des parents et des enseignants. Je ne pense pas qu’il soit souhaitable que les médecins puissent un jour aider l’humanité selon ces nouvelles donnes. Naturellement, les médecins et les enseignants (et aussi les parents) qui auront fait eux-mêmes une analyse et auront été formés à l’école de la psychanalyse et à sa rigueur seront de plus en plus nombreux ; ils pourront trouver une solution aux problèmes individuels et même donner des conseils. N’en attendons pas davantage. Je ne pense pas que les orientations actuelles aient des effets salutaires. De nos jours les médecins, les enseignants et les parents ont généralement « quelques notions de psychanalyse », ce qui est regrettable. En effet, si on se tourne vers la psychologie de l’inconscient parce qu’on a peur de son propre inconscient ou, si vous préférez, parce qu’on manque de confiance en sa propre intuition, si on se dirige vers la psychanalyse au lieu d’analyser l’origine de cette peur, il en résulte un compromis entre la compréhension et l’aveuglement. On a peut-être compris quelque chose, mais en contrepartie quelque chose d’autre reste caché.

L’enseignant le mieux placé pour aborder les parents ayant lu des livres à propos de l’inconscient n’est pas celui qui a, lui aussi, lu des ouvrages sur ce thème. C’est celui qui a une profonde compréhension

intuitive de la nature humaine, celui qui a fait l’expérience des relations internes et externes, celui qui est capable d’être heureux et de jouir de la vie sans en nier le sérieux et la difficulté. Il se peut qu’il ait choisi d’approfondir cette compréhension intuitive et de développer ses talents naturels en entreprenant lui-même une psychanalyse. J’ai été témoin de cette démarche, je la comprends et j’y crois, et je suis convaincu qu’elle est fondée. En revanche, je ne crois pas qu’il faille pour cela acquérir un jargon psychologique ou étudier sérieusement la littérature psychanalytique, qui est essentiellement technique et ne peut être utilisée correctement que par les personnes qui pratiquent la psychanalyse.

Il faut beaucoup d’intuition et de patience pour être réellement à l’écoute d’une mère quand elle parle des complexes et des inhibitions de son enfant. N’oublions pas qu’en général, les mères connaissent – et elles sont les seules à la connaître – l’évolution de leur enfant depuis le jour de sa naissance, ce qui leur permet de comprendre maintenant leur enfant (ces connaissances peuvent également nous être fournies par la psychanalyse de l’enfant). Dans ma pratique, j’ai régulièrement rencontré des enfants victimes de diagnostics erronés, le témoignage de la mère ayant été réfuté par le médecin. La mère, il est vrai, avait agrémenté son discours volubile, angoissé ou chargé de culpabilité, d’une série de termes mal assimilés. On avait néanmoins fini par découvrir que cette même mère connaissait tous les détails des premiers mois et des premières années de son enfant. Elle les avait rapportés dans l’ordre chronologique et avait ainsi rendu le diagnostic clair comme de l’eau de roche. « L’enfant se portait bien mais, une fois sevré, il a perdu l’appétit. Il a mangé seul et mâché très tard. » Voilà qui nous donne beaucoup d’indications. « L’enfant a été normal jusqu’à trois ans, âge auquel il est devenu difficile, avec des terreurs nocturnes et des phobies – oui, c’était quand j’étais enceinte du suivant. » « L’enfant a été heureux jusqu’à deux ans et demi, jusqu’à la grave maladie et la mort de son petit frère. Depuis, il a toujours l’air sérieux et, contrairement aux autres enfants, il n’a aucun plaisir à manger. » Ces renseignements sur la petite enfance sont précieux.

Prenons le cas d’un enfant qu’on pense atteint de rhumatisme articulaire aigu. Faut-il le laisser aller à l’école, jouer avec les autres et jouir de la vie, ou faut-il l’obliger à rester chez lui, alité, pendant six mois ? La plupart du temps, l’examen médical de l’enfant ne résoud pas le problème alors qu’une anamnèse fondée sur ce que dit la mère peut orienter le diagnostic et décider du sort de l’enfant, si elle est établie avec soin et minutieusement analysée.

Ce qui s’applique aux médecins s’applique aussi aux directeurs d’école. J’imagine que, s’ils en avaient le temps, les directeurs et les directrices noteraient de manière détaillée l’histoire infantile de tous les nouveaux élèves et qu’ils consulteraient leurs fiches chaque fois que l’un de ces enfants se ferait remarquer en méritant un prix ou une récompense, en commettant un petit délit, en étant pressenti pour être chef de classe, en tombant malade et en se retrouvant à l’infirmerie, en se montrant obstiné ou extrêmement coléreux, et ainsi de suite. Quand un directeur d’école choisit ses élèves, il refuse ceux qui ne lui paraissent pas adaptés à son établissement à cause de leur milieu familial ou social, ou de leurs bulletins scolaires. Quand il élimine des délinquants potentiels, il élimine des enfants dont certains ont été rejetés au départ, ont subi de graves traumatismes affectifs, ont été victimes de séductions, et cela dès leur plus jeune âge.

Une anamnèse complète des premières années de la vie montrerait que chez tel ou tel enfant, on peut s’attendre à des épisodes dépressifs au cours desquels il serait inutile et même néfaste de le forcer à manger, à s’amuser ou à jouer. Elle nous dirait également quel enfant risque de devenir craintif et de se laisser malmener par ses camarades, ce qui signifie que cet enfant est submergé par ses fantasmes de persécution et que contrairement à d’autres enfants il a besoin d’être protégé par un professeur assez sévère.

Une telle anamnèse permettrait également de savoir quel enfant on peut autoriser à décharger directement ses impulsions de haine (en jouant à donner des coups de pied, mordre, tuer, etc.) ou, au contraire, chez quel enfant il faut favoriser les processus de réparation et de restauration par la création ou la re-création plutôt que par la récréation, ce qui revient à remédier dans la réalité externe au mal qu’ont fait les impulsions de haine dans la réalité interne ou les fantasmes inconscients. Ce type d’enfant, en particulier s’il possède des dons artistiques, éprouve très peu le besoin d’agir ou de manifester directement son agressivité et il trouve souvent ces jeux bien ennuyeux. Ne serait-ce pas là une solution plus évoluée sur le plan culturel au problème de la haine inconsciente ? Cependant on ne peut pas changer les enfants, il faut les prendre tels qu’ils sont et ils portent en eux la capacité de souffrir de dépression, la plus noble des maladies humaines.

Quand un directeur d’école pourvu d’expérience reçoit un nouvel élève et ses parents, il fait en un clin d’œil ce type d’évaluation (et bien d’autres choses encore). Je me demande ce qui se passerait s’il interrogeait attentivement la mère au sujet de l’histoire précoce de l’enfant et prenait des notes ? Peut-être la mère se méfierait-elle ? En revanche quand, au cours d’un entretien, le médecin prend des notes et démontre à la mère, tout autant qu’à lui-même, l’importance du rôle qu’elle a joué dans le drame, cette dernière a confiance en lui. Ce n’est pas le cas lorsque le médecin ne tient compte ni de la mère ni de ce qu’elle sait de son enfant ; il faut que ce soit un très bon chirurgien ou un très bon médecin pour obtenir qu’elle coopère avec lui ou qu’elle fasse preuve de bonne volonté.

Je pourrais continuer pendant des heures à vous dire comment les médecins devraient pouvoir aider les enseignants et les parents. Malheureusement, ils n’ont pas été formés à la psychologie de l’inconscient et ne peuvent donc apporter l’aide dont il est question. Pour simplifier les choses, je ne tiens pas compte de ce fait.

Les enfants dont vous vous occupez sont tous différents d’une manière ou d’une autre. Vous remarquez parfois d’énormes différences et vous vous demandez où finit le normal et où commence le pathologique. Tel enfant est plus intelligent que tel autre, mais c’est un troisième qui est premier de la classe. Ce qui vous frappe chez cet enfant, c’est sa peur de ne pas être le premier, sa peur de l’échec, sa peur de ne pas s’attirer les félicitations du professeur. Chez lui, le succès est un symptôme car les enfants plus normaux ont de temps en temps de mauvais résultats. L’enfant que j’évoque a tendance à trop travailler et il faut beaucoup de clairvoyance pour le guider dans sa scolarité. Les médecins devraient pouvoir parler avec vous des problèmes posés par cette réussite précaire. Le rôle du médecin est important puisque ces enfants sont sujets à certaines maladies telles que la danse de Saint-Guy, du fait des tensions affectives qu’ils ne parviennent pas à éviter. Il est regrettable de constater que bien peu de médecins sont capables de prendre en compte la complexité du problème psychologique en cause. Il est si facile de préconiser une période d’inactivité forcée. Premièrement, cet enfant devra un jour gagner sa vie, peut-être avec son cerveau, et un trimestre manqué à un moment critique peut devenir un sérieux handicap s’il se trouve en compétition avec d’autres enfants aussi angoissés que lui (on peut supposer qu’ils veulent tous devenir professeurs, afin d’enseigner aux autres à trop travailler, comme ils ont été obligés de le faire eux-mêmes). Deuxièmement, l’échec et l’inactivité forcée auront des conséquences. Si on ne traite pas l’angoisse qui sous-tend le besoin de félicitations et de réussite, l’enfant risque de souffrir profondément du désœuvrement qu’on lui impose et d’avoir de véritables manifestations d’angoisse ou de mettre en place de nouvelles techniques pour éviter l’angoisse (pensées obsessionnelles, masturbation compulsive ou somatisations invalidantes). Il peut aussi être sujet à la dépression. Les médecins, les enseignants, les parents auront alors l’occasion prodigieuse de coopérer avec intelligence.

Il arrive encore qu’un enfant soit meilleur qu’un autre en arithmétique, alors qu’un troisième est inhibé en calcul, ce qui est très fréquent. Il s’agit d’une maladie, exactement comme un mal de gorge.

Les médecins devraient pouvoir aider les enseignants à traiter ce retard en arithmétique, soit en l’ignorant, soit en punissant l’enfant, soit en lui proposant une psychanalyse. Cela s’applique également à une incapacité à se faire des amis (ce qui peut signifier si peu et tant à la fois), à une tendance à ne pas respecter les règles du jeu, à une obsession pour les crèmes glacées, à un besoin immodéré d’argent de poche ou à la nécessité de faire étalage de sa richesse. Les médecins devraient pouvoir comprendre les facteurs qui sous-tendent l’angoisse de l’enfant désirant explorer telle ou telle avenue, ou toutes les avenues, de la sensualité. On devrait leur apprendre non seulement à examiner le cœur et les poumons, mais aussi à dire s’il faut punir ou soigner un enfant qui fait ce qui ne se fait pas. Bien entendu, il est rare de pouvoir soigner ces enfants, mais, dans un colloque tel que celui-ci nous cherchons des solutions idéales et je n’ai donc pas à m’excuser de mon manque de sens pratique. Cependant, qui sait ? Après ma conférence, peut-être l’un de vous conseillera-t-il à un jeune homme ou une jeune femme d’entreprendre une formation psychanalytique, et ainsi la petite bande de ceux qui sont capables de prendre en charge des enfants malades sur le plan psychologique comptera un membre supplémentaire ?

Bien qu’un mouvement commence à se dessiner dans la direction que je viens d’indiquer, l’importance du manque de personnes qualifiées pour soigner les enfants ayant besoin de l’être décourage rapidement les médecins et les enseignants qui comprennent un tant soit peu ces problèmes. Et dire aux parents que leur enfant ne sera pas soigné alors qu’il pourrait l’être ne les aidera pas du tout. Naturellement, des centaines de personnes sont prêtes à s’essayer à ce qu’on appelle la guidance infantile, à mettre des travailleurs sociaux aux trousses des parents ou à calculer des quotients intellectuels. Hélas, je regrette d’avoir à le dire, on ne peut pas compter sur elles pour soigner les enfants, et pas seulement les enfants des quartiers pauvres, les enfants délaissés, mais nos propres enfants, qui ont besoin de traitements spécialisés complexes, de traitements souvent irréalisables à l’heure actuelle, même si pour s’y former il suffit d’être moyennement intelligent et équilibré. Les enseignants, les parents, les médecins réclament ensemble ce personnel qualifié.

Pendant les quelques minutes qui nous restent avant la discussion, je souhaiterais développer un sujet sur lequel j’ai attiré votre attention, à savoir les fantasmes de persécution (en grande partie inconscients), qui posent tant de problèmes à certains enfants et entraînent indirectement une réelle incompréhension entre parents et enseignants. Sachez que les parents, les enseignants et les médecins éprouvent les mêmes difficultés face à ce type de fantasmes. La présence de ces fantasmes chez quelqu’un, disons un enfant, a tendance à éveiller le fantasme complémentaire chez une personne de son entourage. Cela revient à dire que, lorsqu’un enfant brutalise ses camarades de classe, c’est précisément le garçon ou la fille qui-attend-d’être-brutalisé qui va trinquer. Si, à titre expérimental, on mettait dans une école un enfant prêt à être brutalisé, un enfant prêt à le brutaliser se manifesterait à coup sûr et certains élèves prendraient la défense des plus faibles tandis que d’autres soutiendraient et admireraient le jeune tyran. Pour avoir la paix, un directeur d’école devrait écarter aussi bien les enfants susceptibles de souffrir que les enfants susceptibles de faire souffrir les autres.

En général, les enfants ne sont pas coupés des sentiments liés à leurs fantasmes inconscients, sentiments qui trouvent à s’exprimer dans leur soif insatiable de connaissance, ou leurs jeux quand ils jouent à la guerre et aux prisonniers, à la maîtresse d’école sévère et aux enfants dociles (un des jeux favoris des petites filles), ou encore à des jeux dont les règles sont bien établies. En revanche, lorsque ces sentiments sont plus terrifiants ou plus profondément refoulés, les enfants ne parviennent pas à les exprimer indirectement par le travail ou le jeu. Plus tard, devenus adultes, ils ne réussiront pas non plus à les exprimer dans leur travail. Un tel handicap peut paraître attirant aux yeux d’un observateur occasionnel ou sentimental, ravi de ne voir chez l’enfant en question aucun signe d’agressivité ou de haine. Les médecins devraient pouvoir aider les enseignants et les parents à ne pas confondre ce type d’enfant avec d’autres enfants qui leur ressemblent mais dont les jeux sont exempts de haine par attachement à leurs objets internes, c’est-à-dire aux personnes et aux choses qui peuplent leur réalité interne : un don artistique leur permet de rester en contact avec la réalité externe et de gérer à leur façon leurs conflits internes puisque, dans la réalité externe, on les apprécie du fait de leurs écrits, leurs poèmes, les musiques qu’ils composent ou qu’ils jouent, leurs dessins, leurs peintures, etc. En théorie, ils sont semblables, et il arrive que les premiers se comportent comme les seconds et inversement. Cependant, alors que les premiers ont besoin d’un traitement, les seconds peuvent trouver le salut par eux-mêmes. Ni les enseignants ni les parents ne pouvant juger seuls de ces situations, une consultation avec une tierce personne capable de comprendre ce qui se passe (disons un médecin) les aidera souvent à y voir plus clair.

Pour illustrer ce point, je citerai le cas d’une petite fille de onze ans, très gentille et très douce, qu’on m’avait amenée parce qu’elle était relativement plus nerveuse que ses frères et sœurs. Elle était gentille, mais personne ne pouvait réellement s’approcher d’elle et elle n’avait pas de vrais amis.

Son institutrice, qui avait bien saisi la situation, m’a dit : « Vous voyez, docteur, je suis moi-même très nerveuse, j’ai été une petite fille terriblement nerveuse et je comprends les enfants nerveux. J’ai eu affaire à des enfants qui, chez eux, avaient peur de tout ; au bout de quelques semaines passées avec moi, ils avaient repris confiance et étaient en bonne voie pour atteindre la normalité. » D’autres sources ont confirmé cette description d’elle-même et son succès avec les enfants angoissés. « Pourtant, poursuivit-elle, cette enfant est différente des autres ; elle est en apparence gentille et facile, et pourtant elle ne réagit pas. Je ne comprends pas et je suis très contrariée de ne pas pouvoir l’aider. »

Mon premier contact avec l’enfant ne m’a pas permis d’établir un diagnostic précis, mais, au cours de la psychanalyse qu’elle a faite avec une personne de ma connaissance dont le nom vous est familier, il s’est avéré qu’il y avait dans ses fantasmes inconscients des persécuteurs d’une force exceptionnelle et qu’elle avait réussi de justesse à échapper à un délire de persécution (dans la réalité externe), au prix d’efforts pénibles et constants. Tout en réussissant à garder une apparence de normalité, elle avait été incapable de laisser une place à ses fantasmes inconscients dans son plaisir de jouer ou ses apprentissages scolaires. Chaque fois qu’on était gentil avec elle, elle avait l’impression qu’on lui tendait un piège. D’où son « absence de réaction ». Au cours de sa psychanalyse, ces idées de persécution furent analysées, perdirent de leur force et devinrent moins terrifiantes et moins refoulées, si bien que leur énergie put être utilisée à jouer et à travailler normalement. Elle s’est transformée en une écolière ordinaire, heureuse, contente de jouer et de travailler, faisant juste ce qu’il faut de sottises, et elle a même tenu lieu de seconde maman à ses frères et sœurs plus jeunes (c’était une très nombreuse famille).

Vers la fin de son traitement psychanalytique, j’ai revu son institutrice et cette dernière avait oublié ses impressions de l’année précédente. L’enfant était tout à fait normale et heureuse, et on pouvait compter sur elle. Voilà tout ce qu’elle avait à dire, et elle se demandait à quoi pouvait bien servir ce traitement.

Chez une enfant comme celle-là, un traitement psychanalytique est nécessaire, ce qui n’est pas le cas de jeunes écoliers artistes ou poètes. Ces derniers ont seulement besoin qu’on les laisse suivre leur voie et qu’on leur permette de se sentir déprimés ou de passer de la dépression à l’exaltation, ils ont besoin d’une personne compétente pour juger leurs œuvres.

La peur peut amener les enfants en proie à une lutte contre des fantasmes de persécution internes à nouer des relations où souffrance et soumission sont érotisées. Ils sont à la recherche d’autres enfants, eux aussi poussés par la peur, chez lesquels la cruauté et la domination sont également érotisées. Ils s’attirent aisément des ennuis et se font renvoyer de l’école alors qu’en réalité ils sont malades. Ils gèrent parfois la situation avec une certaine facilité jusqu’au jour où – sans doute par hasard – ils font des bêtises ou préparent un coup. Leurs camarades se font punir et tout rentre dans l’ordre. En revanche, pour les enfants dont nous parlons, le réservoir de sentiments de culpabilité est en perce. Ils vont souffrir de diarrhée ou de troubles digestifs, la peur va les pousser à s’en prendre à quelqu’un qui incarne l’autorité ou à commettre des actes de vandalisme. Il faut une grande habileté pour gérer de telles manifestations de peur.

Il est plus facile aux enseignants de faire face à ces problèmes manifestes qu’à certains problèmes latents. Les enfants dont les fantasmes de persécution inconscients sont anormalement puissants se conduisent souvent assez bien en classe, mais à la maison ils racontent qu’on ne s’occupe pas d’eux à l’école ou qu’on les maltraite. C’est là que le médecin peut intervenir. Les parents consultent souvent un médecin quand leur enfant est en butte à la cruauté d’un enseignant, car ils ont besoin de son appui, surtout dans les grandes villes où ils se sentent constamment à la merci de l’inspecteur chargé de veiller à ce que tous les enfants d’âge scolaire aillent effectivement à l’école. Que doivent croire les parents quand l’enfant leur présente une version crédible des mauvais traitements subis à l’école ?

J’ai eu personnellement l’occasion d’enquêter à propos de situations de ce genre. La plupart du temps, les accusations des enfants sont fondées. En fait, les enfants que j’évoque éveillent le pire chez leurs enseignants car ils ont intérieurement le besoin de découvrir une relation « de cruauté et de souffrance » dans la réalité externe et de prouver son existence. Ils peuvent y déposer des fantasmes qui risquent de se transformer en hallucinations. Une investigation plus poussée va montrer que l’enseignant en question s’en tire bien avec d’autres enfants et que, tout bien considéré, il n’est pas cruel. Même s’il est réellement cruel, l’enfant qui se plaint de lui n’est pas considéré comme normal selon l’hypothèse que j’avance.

À partir du moment où l’on comprend la psychologie des plaintes concernant de mauvais traitements infligés par les enseignants, et où l’on prend en compte la puissance des forces à l’œuvre en profondeur, des changements temporaires, et même parfois définitifs, se produisent. Il suffit de faire une plaisanterie à propos de l’enseignant, c’est-à-dire de donner à l’enfant et à ses parents la permission de se moquer de ce monstre offusquant, la moquerie étant une forme de haine légitime. Si la situation est plus sérieuse, il faudra peut-être changer l’enfant de classe, autrement dit capituler quelque peu devant lui. Dans les cas les plus graves, les persécutions réapparaîtront et on n’aura aucun mal à prouver qu’il s’agit d’un délire. Que les enseignants et les médecins ne perdent pas leur temps à se demander comment il convient de prendre en charge des enfants aussi sérieusement malades, qui ont de toute évidence besoin d’être soignés.

À côté de ces plaintes graves, vous entendrez toutes sortes de plaintes au sujet des règlements, des conventions et de leur rigidité inhumaine, ainsi que des châtiments corporels. Les enfants les plus prompts à se plaindre sont souvent ceux que ces règles et ces châtiments soulagent le plus de leurs sentiments de culpabilité. Un médecin compréhensif peut, là encore, aider les parents à comprendre ce qui se passe et épargner à l’enseignant de fâcheuses vitupérations.

J’espère que vous me pardonnerez d’avoir fait quelques détours au cours du voyage que vous m’avez demandé d’accomplir avec vous. Je n’ai pas cherché à suivre la carte. Vous n’aurez aucun mal à trouver des sites historiques que je n’ai pas visités et des pubs dont je n’ai pas vanté la bière. J’espère cependant que certains éléments de mon récit auront fait écho à tout ce que vous savez déjà sur les enseignants, les parents et les médecins.