17. La psychanalyse et le sentiment de la culpabilité79 (1958)

Au cours de cette conférence, je n’irai pas au-delà de la pensée de Burke, qui déclarait, il y a 200 ans, que la culpabilité réside dans l’intention. Pourtant, les illuminations intuitives des grands hommes, et même les constructions élaborées des poètes et des philosophes, ont le défaut de ne pas être applicables dans la clinique. C’est la psychanalyse qui a rendu accessible à la sociologie et à la thérapie individuelle une grande partie du contenu de remarques comme celle de Burke.

Un psychanalyste aborde le sujet de la culpabilité comme quelqu’un qui a l’habitude de penser en fonction de la croissance, en fonction de l’évolution de l’individu, de l’homme en tant que personne, et en relation avec l’environnement. L’étude du sentiment de la culpabilité implique pour l’analyste une étude du développement affectif individuel. Il est courant d’envisager le sentiment de la culpabilité comme quelque chose qui résulte de l’enseignement religieux et moral. Quant à moi, je m’efforcerai d’étudier le sentiment de la culpabilité non comme une chose à inculquer, mais comme un aspect du développement de l’individu. Les influences culturelles sont naturellement importantes, d’une importance vitale, mais ces influences culturelles peuvent elles-mêmes être étudiées comme un enchevêtrement d’innombrables schèmes personnels. En d’autres termes, la clef de la psychologie de groupe et de la psychologie sociale se trouve dans la psychologie de l’individu. Ceux qui sont d’avis que la moralité doit être inculquée l’enseignent en conséquence aux petits enfants et ils devancent ainsi le plaisir d’observer le développement naturel de la moralité chez leurs enfants, qui s’épanouissent dans le bon milieu qu’on leur assure sur un mode personnel et individuel.

Il ne me sera pas nécessaire d’examiner les diverses formes de constitution. Rien ne prouve clairement qu’un individu quelconque qui n’est pas déficient mentalement est incapable constitutionnellement de parvenir à un sens moral. Par ailleurs, le développement d’un sens moral peut rencontrer tous les degrés de succès et d’échec. Je vais m’efforcer d’expliquer ces diversités. Il y a sans aucun doute des enfants et des adultes qui ont un sens de la culpabilité déficient, et cette déficience n’est pas spécifiquement liée à la capacité ou à l’incapacité intellectuelle.

Pour simplifier ma tâche, j’examinerai le problème en y distinguant trois parties principales.

Je discuterai séparément :

  1. Le sens de la culpabilité des individus chez lesquels la capacité de sentir la culpabilité s’est développée et édifiée.
  2. Le sens de la culpabilité à son point d’origine dans le développement affectif de l’individu.
  3. Le sens de la culpabilité en tant que caractère remarquable par son absence chez certains individus. Je finirai par la perte de la capacité d’avoir un sens de la culpabilité et comment la recouvrer.

1. Capacité d’avoir un sentiment de la culpabilité assumé

Comment le concept de la culpabilité apparaît-il dans la théorie psychanalytique ?

Je crois que je ne me trompe pas en disant que les premiers travaux de Freud dans ce domaine touchaient aux vicissitudes du sens de la culpabilité des individus chez lesquels on pouvait considérer la capacité à sentir la culpabilité comme admise. Par conséquent, je vais parler du point de vue de Freud sur la signification de la culpabilité pour l’inconscient chez une personne saine, et de la psychopathologie du sentiment de la culpabilité.

L’œuvre de Freud montre comment il se fait que la véritable culpabilité réside dans l’intention – dans l’intention inconsciente. Le délit commis n’est pas la cause du sentiment de la culpabilité : c’est plutôt le résultat de la culpabilité, la culpabilité qui relève de l’intention criminelle. Seule la culpabilité légale se rapporte à un crime, la culpabilité morale, elle, se rapporte à une réalité intérieure. Freud a été en mesure de tirer un sens de ce paradoxe. Dans ses premières formulations théoriques, Freud s’est occupé du ça – il se référait ainsi aux pulsions instinctuelles – et du moi, qui désignait pour lui la partie du self total qui a des relations avec l’environnement. Le moi modifie l’environnement afin de susciter des satisfactions instinctuelles, et il refrène les impulsions du ça afin de permettre d’utiliser au mieux ce que l’environnement peut offrir, toujours pour apporter des satisfactions au ça. Plus tard (en 1923), Freud a utilisé le terme de surmoi pour désigner ce qui est accepté par le moi, pour parvenir à maîtriser le ça.

Freud traite ici la nature humaine en terme d’économie, et simplifie délibérément le problème dans le but d’établir les bases d’une formulation théorique. Dans tout ce travail, il y a un déterminisme sous-entendu : le postulat que la nature peut être examinée objectivement et peut se voir appliquer les lois reconnues valables en physique. En termes de moi et de ça, le sens de la culpabilité n’est guère plus que de l’angoisse teintée d’une qualité spéciale, de l’angoisse ressentie en raison du conflit entre l’amour et la haine. Le sens de la culpabilité implique que l’ambivalence est tolérée. Il n’est pas difficile d’accepter la relation étroite entre la culpabilité et le conflit personnel, qui surgit de la coïncidence de l’amour et de la haine, mais Freud a su remonter jusqu’aux racines du conflit et montrer que ces sentiments sont justement associés à la vie instinctuelle. Il est bien connu maintenant que Freud a remarqué, en analysant des adultes (des névrosés plutôt que des psychotiques), qu’il revenait régulièrement à la petite enfance du malade, à une angoisse intolérable, et à la collision de l’amour et de la haine. Dans les termes les plus simples possibles du complexe d’Œdipe, un garçon en bonne santé parvenait à établir avec sa mère une relation dans laquelle l’instinct jouait son rôle et dans laquelle le rêve contenait une relation amoureuse avec la mère. Il était ainsi amené à rêver de la mort du père, ce qui entraînait à son tour la crainte du père, et la crainte que le père ne détruisît le potentiel instinctuel de l’enfant. C’est ce que l’on appelle le complexe de castration. Simultanément coexistaient l’amour du garçon pour son père et le respect qu’il avait pour lui. Le conflit du garçon, dont une partie de sa nature le poussait à haïr le père et à vouloir lui faire du mal, tandis que l’autre partie le faisait l’aimer, engendrait chez le garçon un sentiment de culpabilité. La culpabilité sous-entendait que le garçon pouvait tolérer et dominer ce conflit, qui est en fait un conflit inhérent – un conflit qui appartient à un développement normal.

Tout cela est très simple, mais c’est seulement grâce à Freud qu’il a été possible de le reconnaître ; dans le développement normal, une date – une première situation d’importance vitale – marque le point culminant de l’angoisse et de la culpabilité : celle où le petit enfant aux instincts biologiquement déterminés vit dans sa famille la première relation triangulaire. (C’est à dessein que j’ai simplifié cette définition et que je ne parlerai pas ici du complexe d’Œdipe en fonction des relations fraternelles, ni de l’équivalent du complexe d’Œdipe chez un enfant élevé loin des parents ou en institution.)

Dans le premier énoncé psychanalytique, il n’y a que peu de références aux visées destructives de la pulsion libidinale ou aux pulsions agressives qui ne fusionnent pleinement avec les pulsions érotiques que chez les personnes en bonne santé. Il fallait éventuellement faire entrer tout ceci dans la théorie de l’origine de la culpabilité. C’est ce que j’examinerai ultérieurement. Dans ce premier exposé, la culpabilité provient de la collision de l’amour et de la haine, heurt inévitable si l’action d’aimer englobe bien l’élément instinctuel qui y appartient. Le prototype existe à l’âge des premiers pas.

Tous les psychanalystes ont l’habitude de voir couramment dans leur travaux se substituer aux symptômes la chose plus normale : un sentiment de la culpabilité, ainsi qu’une meilleure prise de conscience et une acceptation accrue du contenu du fantasme qui rend logique le sentiment de la culpabilité Comme le sentiment de la culpabilité peut paraître illogique ! Dans L’Anatomie de la mélancolie de Burton, il y a une bonne collection de cas illustrant les absurdités du sentiment de la culpabilité. Dans une analyse longue et profonde, les malades ressentent de la culpabilité à propos de tout et de rien, et même à propos de facteurs malheureux de l’environnement primitif que nous pouvons aisément percevoir comme des phénomènes de hasard. En voici un exemple simple :

Un garçon de 8 ans devenait de plus en plus angoissé et finalement il s’enfuit de l’école. On découvrit qu’il souffrait d’un sentiment de la culpabilité insupportable en raison de la mort d’un aîné qui avait eu lieu quelques années avant sa naissance à lui. Il en avait entendu parler peu de temps auparavant, et les parents ne se doutaient nullement qu’il en avait été perturbé. Dans ce cas particulier, il ne fut pas nécessaire d’analyser longuement l’enfant. Il découvrit en quelques entretiens thérapeutiques que le sentiment de la culpabilité paralysant qu’il ressentait à propos de cette mort était un déplacement du complexe d’Œdipe. C’était un garçon assez normal et avec l’aide apportée au cours de ces entretiens, il fut en mesure de retourner à l’école et ses autres symptômes disparurent.

Le surmoi

L’introduction du concept du surmoi (1923) a été une importante étape dans l’évolution inévitablement lente de la métapsychologie psychanalytique. Freud avait accompli lui-même le travail d’avant-guerre, supportant les attaques lorsque le monde avait été troublé par l’attention qu’il avait attirée sur la vie instinctuelle des enfants. Peu à peu, d’autres ont travaillé et acquis de l’expérience en utilisant la technique, si bien qu’au moment où Freud utilisa le terme de surmoi, il avait de nombreux collègues. En introduisant ce terme nouveau, Freud indiquait que le moi affrontant le ça employait certaines forces qui méritaient un nom. L’enfant acquiert peu à peu des forces de maîtrise. Dans le complexe d’Œdipe exagérément simplifié, le garçon introjectait le père respecté et craint et portait donc en lui des forces de maîtrise basées sur ce que l’enfant percevait et sentait à propos de ce père. Cette figure paternelle introjectée était hautement subjective et se colorait des expériences vécues par l’enfant avec des figures paternelles autres que le père réel ; le milieu culturel de la famille y jouait également un rôle. (Le terme d’introjection signifiait seulement qu’il y avait une acceptation mentale et affective ; il évite les implications plus fonctionnelles du mot « incorporation ».) Un sentiment de la culpabilité implique donc que le moi compose avec le surmoi. La maturation de l’angoisse a donné la culpabilité.

C’est du concept du surmoi que découle l’idée que la genèse de la culpabilité relève de la réalité intérieure ou que la culpabilité réside dans l’intention. C’est aussi là que l’on trouve la raison la plus profonde de la culpabilité relative à la masturbation et aux activités auto-érotiques en général. La masturbation n’est pas en soi un crime, et pourtant, dans le fantasme global de la masturbation se trouve réunie toute l’intention consciente et inconsciente.

A partir de cet énoncé très simplifié de la psychologie du garçon, la psychanalyse a pu commencer à étudier et à examiner le développement du surmoi chez les garçons et chez les filles et les différences qui existent sans aucun doute entre l’homme et la femme en ce qui concerne la formation du surmoi dans le schème de la conscience et dans le développement d’une capacité de sentir la culpabilité. Beaucoup de choses sont issues de ce concept du surmoi. L’idée de l’introjection de la figure paternelle s’est révélée trop simple. Il y a une histoire primitive du surmoi chez chaque individu : l’objet introjecté peut devenir humain et analogue au père, mais à des stades antérieurs les introjects du surmoi, utilisés pour maîtriser les pulsions du ça et les produits du ça, sont subhumains : ils sont vraiment primitifs à l’extrême.

Ainsi, nous nous trouvons en train d’étudier le sentiment de la culpabilité chez chaque individu au stade du nourrisson, puis de l’enfant, à mesure que ce sens se développe et passe de la crainte grossière à quelque chose de proche d’une relation vis-à-vis d’un être humain révéré, capable de comprendre et de pardonner. (On a fait remarquer qu’il y a un parallèle entre le mode de maturation du surmoi chez l’enfant et le développement du monothéisme tel qu’il est dépeint dans l’histoire juive primitive.)

Tout en conceptualisant les processus qui sous-tendent le sentiment de la culpabilité, nous ne cessons de garder présent à l’esprit le fait que le sentiment de la culpabilité, même lorsqu’il est inconscient et même lorsqu’il est apparemment irrationnel, sous-entend, dans une certaine mesure, croissance affective, santé du moi et espoir.

La psychopathologie du sentiment de la culpabilité

Il est courant de rencontrer des gens écrasés par un sentiment de la culpabilité qui les entrave. Ils le portent constamment comme le fardeau sur le dos de Chrétien dans « Le voyage du Pèlerin »80. Nous savons que chez eux, il y a en puissance un effort constructif. Parfois, lorsqu’ils trouvent une occasion favorable à un travail constructif, le sentiment de la culpabilité cesse de les entraver et ils réussissent particulièrement bien, mais si l’occasion fait défaut, il peut y avoir récidive du sentiment de la culpabilité, intolérable et inexplicable. Nous abordons là des anomalies du surmoi.

Lorsque l’analyse d’individus opprimés par un sentiment de la culpabilité s’effectue avec succès, on voit ce fardeau diminuer peu à peu. Ce poids du sentiment de la culpabilité décroît au fur et à mesure que le refoulement diminue ou que le malade aborde le complexe d’Œdipe et accepte la responsabilité de toute la haine et de tout l’amour que cela met en jeu. Cela ne veut pas dire que le malade perd la capacité de sentir la culpabilité (sauf dans certains cas où il a pu y avoir un faux développement du surmoi basé d’une façon anormale sur l’intrusion d’une influence autoritaire très puissante issue de l’environnement au cours des premières années).

Nous pouvons étudier ces excès du sentiment de la culpabilité chez les individus qui passent pour normaux et qui, de fait, peuvent être parmi les membres de valeur de notre société. Toutefois, il est plus facile de penser en termes de maladie et les deux maladies à considérer sont la mélancolie et la névrose obsessionnelle. Il y a une relation entre ces deux maladies et l’on trouve des malades qui alternent et passent de l’une à l’autre.

Dans la névrose obsessionnelle, le malade essaye toujours de redresser quelque chose ; mais il est clair pour tous les observateurs, et peut-être pour le malade, qu’il n’y réussira pas. Nous savons que Lady Macbeth ne peut annuler le passé et fuir ses intentions mauvaises en se lavant les mains. Dans la névrose obsessionnelle, il y a parfois un rituel analogue à la caricature d’une religion, comme si le Dieu de la religion était mort ou temporairement absent. La pensée obsessionnelle peut se caractériser par le fait que tout est mis en œuvre pour annuler une idée par une autre, mais sans aucun succès. Derrière tout cela, il y a une confusion et rien de ce que peut tenter le malade pour y mettre de l’ordre ne modifie cette confusion, car elle est inconsciemment maintenue afin de masquer quelque chose de très simple : le fait que, dans quelque situation spécifique dont le malade ne se rend pas compte, la haine est plus puissante que l’amour.

Je citerai à ce propos le cas d’une fille qui ne pouvait pas aller au bord de la mer parce qu’elle voyait dans les vagues quelqu’un qui appelait à l’aide.

Une culpabilité intolérable lui faisait faire des choses absurdes, prenant tout au long des dispositions de surveillance et de sauvetage. L’absurdité du symptôme pouvait être démontrée par le fait qu’elle ne pouvait même pas tolérer une carte postale représentant le bord de la mer.

Si, par hasard, elle en voyait une dans une vitrine, il fallait qu’elle trouve qui avait pris la photo, parce qu’elle voyait quelqu’un se noyer et il fallait qu’elle organise du secours. Et ce, bien qu’elle sût parfaitement que la photographie avait été prise des mois ou même des années auparavant. Cette grande malade put finalement parvenir à une vie relativement normale, bien moins perturbée par un sentiment de culpabilité irrationnel, mais le traitement fut nécessairement de longue durée.

La mélancolie est une forme organisée d’humeur dépressive à laquelle presque tout le monde est accessible. Un mélancolique peut être paralysé par un sentiment de la culpabilité et rester pendant des années à s’accuser d’être la cause de la guerre mondiale. Aucun argument n’a d’effet. Lorsqu’il est possible de mener à bien une analyse d’un cas de ce genre, on découvre que cette accumulation en soi de la culpabilité vis-à-vis du monde entier cède le pas, au cours du traitement, à la crainte chez le malade que la haine soit plus grande que l’amour. La maladie est une tentative pour accomplir l’impossible. Le malade prétend de façon absurde être responsable du désastre général, mais ce faisant il évite d’atteindre son désir personnel de détruire.

Une petite fille de cinq ans réagit par une profonde dépression à la mort de son père, qui avait eu lieu dans des circonstances extraordinaires. Le père avait acheté une voiture alors que la petite traversait une phase dans laquelle elle haïssait son père tout en l’aimant. En fait, elle avait des rêves concernant sa mort et quand il proposa une promenade en voiture, elle le supplia de ne pas y aller. Il insista pour y aller, comme c’est naturel car les enfants sont sujets à ces cauchemars. La famille partit et il se trouva qu’elle eut un accident ; l’automobile se retourna et la petite fille fut la seule à ne pas être blessée. Elle alla vers son père qui gisait sur la route et lui donna un coup de pied pour l’éveiller. Mais il était mort.

J’ai pu observer cette enfant tout au long de sa grave maladie dépressive : son apathie était presque totale. Pendant des heures, elle restait debout dans mon bureau et rien ne se passait. Un jour, elle donna doucement un coup de pied dans le mur, le même pied avec lequel elle avait voulu éveiller son père mort. Je pus verbaliser son désir de réveiller son père qu’elle aimait, quoique, en lui donnant un coup de pied, elle eût aussi manifesté de la colère. A partir du moment où elle eut donné un coup de pied dans le mur, elle revint peu à peu à la vie et après une année environ, elle fut en mesure de retourner à l’école et de mener une vie normale.

Il a été possible de comprendre intuitivement, en dehors de la psychanalyse, la culpabilité inexpliquée, les maladies obsessionnelles et la mélancolie. On est cependant en droit de dire que ce n’est que l’instrument de Freud, la psychanalyse et ses dérivés, qui nous a donné la possibilité d’aider l’individu accablé d’un sentiment de culpabilité à en trouver la véritable origine dans sa propre nature.

Le sentiment de la culpabilité vu sous cet angle est une forme particulière de l’angoisse associée à l’ambivalence, ou de la coexistence de l’amour et de la haine. Mais l’ambivalence et le fait que l’individu la tolère impliquent que son développement est très avancé et que sa santé est bonne.

2. La culpabilité à son point d’origine

J’en viens maintenant au point d’origine de la capacité de ressentir la culpabilité. Ce point d’origine existe chez chaque individu. Mélanie Klein (1935) a attiré l’attention des psychanalystes sur un stade très important du développement affectif ; elle lui a donné un nom : « la position dépressive ». Le travail de Mélanie Klein sur l’origine de la capacité de l’individu de ressentir la culpabilité découle de l’application soutenue de la méthode de Freud et en présente une conséquence importante. Il ne m’est pas possible de rendre justice aux complexités du concept de la position dépressive dans une conférence de cette durée, mais je vais tenter de l’exposer très brièvement.

Alors que les premiers travaux psychanalytiques traitaient du conflit entre l’amour et la haine, spécialement dans la situation à trois ou situation triangulaire, Mélanie Klein, notons-le, a plus particulièrement développé l’idée de conflit dans la simple relation binaire du petit enfant avec sa mère, conflit qui provient des idées de destruction accompagnant la pulsion libidinale. Naturellement, – la version originale de ce stade est antérieure dans le développement d’un individu à l’époque du complexe d’Œdipe.

L’accent change ; dans les travaux antérieurs, il portait sur la satisfaction que l’enfant tire de l’expérience instinctuelle. Maintenant, c’est l’objectif qui est mis en valeur, à mesure qu’il apparaît ; lorsque Mme Klein dit que le petit enfant vise à pénétrer impitoyablement dans la mère pour extraire d’elle tout ce qui est senti comme bon, elle ne nie pas, bien entendu, le simple fait que les expériences instinctuelles offrent des satisfactions. L’objectif n’était pas non plus totalement négligé dans les formulations psychanalytiques antérieures. Mais Klein a développé l’idée que la pulsion libidinale primitive a un but agressif ; étant impitoyable, elle porte en elle une quantité variable d’idées destructives qui ne sont pas affectées par l’inquiétude. Ces idées peuvent être très restreintes au début, il n’est toutefois pas nécessaire que l’enfant que nous observons et que nous soignons ait plus de quelques mois pour que nous puissions percevoir également avec assez de certitude les débuts de l’inquiétude – inquiétude relative aux résultats des moments instinctuels relevant de l’amour maternel qui se développe. Si la mère se comporte de cette façon bien adaptée qui peut lui venir tout naturellement, elle est capable de donner beaucoup de temps à l’enfant pour se réconcilier avec le fait que l’objet de l’attaque cruelle est la mère, celle-là même qui est responsable de toute la situation dans laquelle l’enfant est soigné. On peut voir que l’enfant a deux soucis : l’un relatif à l’effet de l’attaque sur la mère, et l’autre relatif aux résultats dans le self même de l’enfant, selon qu’il y a prédominance de satisfaction ou de frustration et de colère. (J’ai utilisé l’expression primitive de pulsion libidinale, mais dans les écrits de Klein, il est fait mention de l’agression associée aux frustrations qui perturbent inévitablement les satisfactions instinctuelles, à mesure que l’enfant commence à être affecté par les exigences de la réalité.)

Ici nous supposons beaucoup de choses. Par exemple, nous supposons que l’enfant devient une unité, qu’il devient capable de percevoir la mère en tant que personne. Nous supposons aussi qu’il est en mesure de rassembler les facteurs instinctuels agressifs et érotiques en une expérience sadique ; et aussi de trouver un objet lorsque l’excitation instinctuelle atteint son comble. Tout cela peut ne pas se dérouler normalement dans les premiers stades de développement, ces stades qui appartiennent au début de la vie après la naissance et qui dépendent de la mère et de son maniement naturel de son enfant. Lorsque nous parlons des origines du sentiment de la culpabilité, nous supposons que le développement aux stades antérieurs a été normal. Au point que l’on appelle la position dépressive, le petit enfant ne dépend plus tant de la simple aptitude de la mère à maintenir le bébé, ce qui la caractérisait aux stades antérieurs, que de son aptitude à maintenir la situation des soins maternels pendant une période au cours de laquelle le petit enfant peut passer par des expériences complexes. Si le temps lui est donné – quelques heures peut-être – l’enfant est capable d’aller jusqu’au bout d’une expérience instinctuelle et d’en élaborer les résultats. La mère, puisqu’elle est encore là, peut être prête à recevoir et à comprendre si l’enfant a la pulsion naturelle pour donner ou pour réparer. A ce stade en particulier, l’enfant ne peut supporter une succession de personnes qui s’occupent de lui ou une absence prolongée de la mère. La seconde contribution de Klein dans ce domaine, c’est qu’elle montre qu’il faut à l’enfant l’occasion de faire réparation et de restaurer pour que le sadisme oral soit accepté par le moi immature.

Bowlby (1958) a cherché particulièrement à faire prendre conscience au public du besoin qu’a chaque petit enfant d’une certaine sécurité et de constance dans ses relations extérieures. Au XVIIe siècle, Richard Burton citait parmi les causes de la mélancolie « les causes non nécessaires, extérieures, fortuites ou accidentelles, telles celles provenant de la nourrice ». Il pensait en partie au passage de choses nuisibles transmises par le lait de la nourrice, mais pas uniquement à cela. Par exemple, il cite Aristote qui :

« ……veut qu’un enfant ne soit pas mis du tout en nourrice ; mais

chaque mère élèvera le sien, quelle que soit sa condition :……la

mère sera plus soigneuse, aimante et attentive qu’aucune servante ou que des créatures à gages : c’est une chose reconnue de tous… »

L’origine de l’inquiétude est plus facile à observer dans l’analyse d’un enfant ou d’un adulte que par l’observation directe des jeunes enfants. En formulant ces thèmes, nous devons tenir compte, bien entendu, des distorsions et des élaborations qui proviennent du report en arrière inhérent à la situation analytique. Nous sommes, cependant, en mesure de voir dans notre travail cette chose très importante dans le développement des individus : l’origine de la capacité de sentir la culpabilité. Peu à peu, de même que l’enfant découvre que la mère survit et accepte le geste de restitution, il devient aussi capable d’assumer la responsabilité du fantasme total de la pulsion instinctuelle complète qui était antérieurement impitoyable. L’attitude impitoyable cède le pas à la pitié, l’insouciance au souci (ces termes se réfèrent au développement primitif).

Dans l’analyse, on pourrait dire que « s’en soucier comme d’une guigne » cède le pas au sentiment de culpabilité. Le passage de l’un à l’autre s’édifie peu à peu. Il n’y a pas d’expérience plus fascinante pour l’analyste que d’observer comment l’individu devient graduellement capable de tolérer les éléments agressifs dans la pulsion primitive. Comme je l’ai déjà dit, cela implique que, peu à peu, l’on apprend à reconnaître la différence entre le fait et le fantasme et que la mère est capable de survivre au moment instinctuel et donc d’être là pour recevoir et comprendre le véritable acte de réparation.

Comme on le comprendra aisément, cette phase importante du développement se compose de répétitions innombrables qui s’étendent sur toute une période. Il y a un cercle favorable formé de :

1° l’expérience instinctuelle, 2° l’acceptation de la responsabilité qui est appelée culpabilité, 3° une élaboration et 4° un acte authentique de restauration. Ce cercle peut devenir pernicieux si quelque chose se détraque à un point quelconque ; dans ce cas nous assistons à une dégradation de cette aptitude à se sentir coupable, qui est remplacée par l’inhibition de l’instinct ou par quelque autre forme primitive de défense, telle que le clivage d’objets en bon et mauvais, etc. On demandera certainement à quel âge, dans le développement normal de l’enfant, on peut dire que le sentiment de culpabilité s’établit. A mon avis, nous parlons de la première année de la vie de l’enfant et, en fait, de toute la période où l’enfant a avec sa mère une relation humaine nettement binaire. Il n’est pas nécessaire de prétendre que cela se passe très précocement, bien qu’il en soit peut-être ainsi. A six mois, un enfant a visiblement une psychologie très complexe et il est possible que les débuts de la position dépressive remontent à cet âge. Il y a de grandes difficultés à fixer la date d’origine des sentiments de culpabilité chez l’enfant normal et quoiqu’il soit très intéressant de trouver une réponse à ce problème, le travail même de l’analyse n’en est pas affecté.

Il y a bien d’autres choses dans l’œuvre de Mélanie Klein que je ne saurais décrire dans le cadre de cette conférence, bien que cela s’y rapporte. En particulier, elle a enrichi notre compréhension de la relation complexe qu’il y a entre le fantasme et le concept de la réalité intérieure selon Freud, concept qui tirait sans aucun doute son origine de la philosophie. Klein a étudié l’interaction de ce que l’enfant sent comme bienveillant ou malveillant en termes de forces ou d’objets à l’intérieur du self. Cette troisième contribution qu’elle a apportée dans ce domaine particulier rejoint le problème de la lutte éternelle dans la nature intérieure de l’homme. Par l’étude du développement de la réalité intérieure du nourrisson et de l’enfant, nous avons un aperçu de la raison pour laquelle il existe une relation entre les conflits les plus profonds qui se manifestent d’une part dans la religion et dans les diverses formes de l’art, et la dépression ou la mélancolie d’autre part. Au cœur, il y a le doute – le doute relatif à l’issue de la lutte entre les forces du bien et du mal ou, en termes psychiatriques, entre les éléments bienveillants et persécuteurs au dedans et au dehors de la personnalité. Au stade de la position dépressive dans le développement affectif d’un enfant ou d’un patient, nous voyons s’édifier le bon et le mauvais, suivant que les expériences instinctuelles sont satisfaisantes ou frustrantes. Le bon est protégé du mauvais et il s’établit un schème personnel très complexe en guise de système de défense contre le chaos à l’intérieur et à l’extérieur.

De mon point de vue personnel, le travail de Klein a permis à la théorie psychanalytique de commencer à englober l’idée de la valeur d’un individu, alors que dans la psychanalyse primitive, la définition s’établissait en termes de santé et de maladie névrotique. La valeur est intimement liée à la capacité de se sentir coupable.

3. Le sentiment de la culpabilité remarquable par son absence

Me voici parvenu à la troisième partie de ma conférence, où je vais évoquer brièvement le défaut de sens moral. Sans aucun doute, chez un certain nombre de personnes, la capacité de se sentir coupable fait défaut. A l’extrême, cette incapacité à être affecté doit être rare, mais ce qui ne l’est pas, c’est de trouver des individus dont le développement normal n’est que partiel et qui sont partiellement incapables d’inquiétude ou de sentiment de culpabilité, ou même de remords. On est tenté ici de revenir à une explication reposant sur le facteur constitutionnel, qui, naturellement, ne peut jamais être ignoré. Pourtant, la psychanalyse offre une autre explication. C’est que ceux auxquels le sens moral fait défaut ont, à des stades antérieurs de leur développement, manqué du cadre affectif et physique qui aurait permis l’élaboration d’une capacité de se sentir coupable.

Il faut comprendre que je ne nie pas que chaque enfant a en lui une tendance au développement de la culpabilité. Si certaines conditions de santé et de soins physiques sont assurées, la marche et la parole apparaissent parce que le temps en est venu. Dans le cas du développement de la capacité de se sentir coupable, les conditions d’environnement nécessaires sont toutefois d’une catégorie bien plus complexe et comprennent en fait tout ce qui est naturel et sûr dans les soins aux enfants. Dans les stades primitifs du développement affectif de l’individu, il ne faut pas chercher un sentiment de la culpabilité. Le moi n’est pas suffisamment fort ni organisé pour accepter la responsabilité des pulsions instinctuelles et la dépendance est proche de l’absolu. Si le développement est satisfaisante au cours des premiers stades, il apparaît une intégration du moi qui rend possible la naissance d’une aptitude au souci. Peu à peu, dans des circonstances favorables, s’édifie chez l’individu une capacité à sentir la culpabilité par rapport à la mère, ce qui est intimement lié à la possibilité d’opérer une réparation. Lorsque cette capacité s’est établie, l’individu commence à être dans une position qui lui permet de vivre le complexe d’Œdipe et de tolérer l’ambivalence inhérente au stade plus tardif où l’enfant, s’il n’est pas immature, est impliqué dans des relations triangulaires, comme celles qui existent entre des êtres humains achevés.

Dans ce contexte, je ne peux rien faire de plus que de reconnaître le fait que chez certaines personnes ou dans une partie de ces personnes, il y a avortement du développement affectif dans les phases les plus primitives et en conséquence, un manque de sens moral. Là où le sens moral personnel fait défaut, il est nécessaire d’inculquer un code moral, mais la socialisation qui en découle est instable.

L’artiste créateur

Il est intéressant de noter que l’artiste créateur est en mesure de parvenir à une sorte de socialisation qui allie la nécessité de ressentir la culpabilité et l’activité réparatrice et restauratrice qui forme la base du travail constructif ordinaire. Il arrive que l’artiste ou le penseur ne parvienne pas à comprendre, ou méprise même, les sentiments d’inquiétude qui motivent une personne moins créatrice, et l’on peut dire que certains de ceux qui ont l’esprit créateur ne sont pas capables de ressentir de la culpabilité et parviennent pourtant à une socialisation grâce à leur talent exceptionnel. Pour les personnes ordinaires poussées par la culpabilité, cela est déroutant : et cependant ils ont une secrète considération pour l’inexorabilité qui, en fait, va plus loin, dans ces circonstances, que l’œuvre motivée par la culpabilité.

Comment on perd et recouvre le sens de la culpabilité

Lorsque nous nous occupons d’enfants et d’adultes antisociaux, nous pouvons observer comment la capacité de ressentir la culpabilité se perd et se recouvre et souvent, nous sommes à même d’évaluer les éléments de l’environnement dont l’instabilité engendre ces effets. C’est là, au point même où se perd et se recouvre le sens moral, que nous pouvons étudier la délinquance et le récidivisme. Freud a écrit (1915) (à propos d’actes d’adolescents et de préadolescents tels que vols, fraudes et pyromanie, chez des individus qui sont finalement parvenus à une adaptation sociale) : « Le travail analytique… a permis de découvrir de façon surprenante que de tels actes ont été accomplis justement (c’est moi qui souligne) parce qu’ils étaient défendus, et parce qu’en les exécutant, celui qui agit ressent un soulagement mental. Il souffrait d’un sentiment de culpabilité écrasant, dont il ne connaissait pas l’origine, et après avoir commis son méfait, il était moins accablé, son sentiment de culpabilité était au moins rattaché à quelque chose. » (Freud, 1915, p. 332). Bien que Freud ait pensé à des stades tardifs du développement, ce qu’il a écrit s’applique même aux enfants.

D’après notre travail analytique, nous pouvons distinguer approximativement deux catégories de comportement antisocial. Le premier type de comportement est courant et très apparenté à la mauvaise conduite ordinaire des enfants en bonne santé. Du point de vue du comportement, on se plaint de vols, de mensonges, de penchant à détruire et d’énurésie. Nous trouvons toujours que, par ces actes, on tente inconsciemment de donner une signification au sentiment de la culpabilité. L’enfant ou l’adulte ne peut parvenir à la source d’un sentiment de culpabilité qui est intolérable et le fait qu’il ne peut être expliqué cause un sentiment d’aliénation. L’individu antisocial se sent donc soulagé en inventant un délit limité qui est, d’une manière déguisée, de la nature du délit dans le fantasme refoulé relevant du complexe d’Œdipe primitif. Cet individu antisocial ne peut approcher de plus près l’ambivalence propre au complexe d’Œdipe. Au début, la délinquance ou le délit substitutif ne satisfait pas le délinquant, mais lorsqu’il se répète sur un mode compulsif, il acquiert les caractéristiques du bénéfice secondaire et devient donc acceptable pour le self. Notre traitement a plus de chance d’agir si nous pouvons le faire avant que le bénéfice secondaire soit devenu important. Dans ce cas, qui est la catégorie de comportement antisocial la plus commune, ce n’est pas tant la culpabilité qui est refoulée que le fantasme qui explique la culpabilité.

A l’opposé, dans les épisodes antisociaux plus sérieux et plus rares, c’est précisément la capacité de ressentir la culpabilité qui est perdue. C’est là que nous trouvons les crimes les plus horribles. Nous voyons le criminel engagé dans une tentative désespérée pour sentir la culpabilité. Il est peu probable qu’il y parvienne jamais. Pour faire naître cette capacité à ressentir la culpabilité, il faut à cet individu un milieu d’un type spécialisé ; en fait, il faut lui fournir un milieu qui corresponde à celui qui est normalement nécessaire au petit enfant immature. On sait à quel point il est difficile de fournir un environnement de ce type, car il faut que cet environnement puisse supporter toutes les tensions résultant de la nature impitoyable et de l’impulsivité. Nous avons affaire à un petit enfant, mais qui a la force et la ruse d’un enfant plus grand ou d’un adulte.

Dans le traitement de cas plus courants, où l’individu a un comportement antisocial, nous sommes souvent en mesure d’amener la guérison en modifiant l’environnement ; nous nous basons pour cela sur ce que Freud nous a permis de comprendre. Voici l’exemple d’un garçon qui volait en classe. Le directeur, au lieu de le punir, comprit qu’il était malade et recommanda une consultation psychiatrique.

Ce garçon de 9 ans souffrait d’une frustration remontant à une époque antérieure et ce dont il avait besoin, c’était d’une période de temps à la maison. Sa famille était réunie à nouveau et cela lui avait redonné de l’espoir.

Je trouvai que ce garçon éprouvait une compulsion à voler, entendait une voix qui lui donnait des ordres, la voix d’un sorcier. A la maison, il tomba malade, devint infantile, dépendant, énurétique, apathique. Les parents répondirent à ses besoins et lui permirent d’être malade.

A la fin ils en furent récompensés car sa guérison fut spontanée. Au bout d’un an, il put retourner en pension et sa guérison se montra durable.

Il aurait été facile de détourner ce garçon de la voie qui le menait à la guérison. Il ne se rendait pas compte, bien sûr, de la solitude et du vide intolérables qui étaient derrière cette maladie et qui lui avaient fait adopter le sorcier à la place de l’organisation plus naturelle d’un surmoi ; cette solitude appartenait à une période où il avait été séparé de sa famille à l’âge de 5 ans. S’il avait reçu une correction ou si le directeur lui avait dit qu’il devait avoir honte, il se serait durci et aurait organisé une identification plus totale à son sorcier, il serait devenu tyrannique et provocant et aurait été éventuellement un individu antisocial. C’est un type de cas courant en psychiatrie infantile et je l’ai choisi simplement parce qu’il a été publié et que l’on peut s’y référer pour plus de détails81.

Nous ne pouvons espérer guérir un grand nombre de ceux qui sont devenus délinquants, mais nous pouvons espérer comprendre comment prévenir le développement de la tendance antisociale. On peut au moins éviter d’interrompre la relation mère-enfant en cours de développement. En appliquant ainsi ces principes à l’éducation courante des enfants, nous voyons qu’il est nécessaire d’être un peu strict lorsque le sentiment de la culpabilité de l’enfant est encore primitif et grossier. Par des interdictions limitées, nous lui donnons l’occasion de manifester de façon limitée la mauvaise conduite que nous appelons normale et qui contient une grande partie de la spontanéité de l’enfant.

Plus que quiconque, Freud a frayé la voie de la compréhension du comportement antisocial et du délit qui résultent d’une intention criminelle inconsciente et sont symptomatiques de carence dans les soins de la petite enfance. Je suis d’avis qu’en avançant ces idées et en montrant comment nous pouvons les mettre à l’épreuve et les utiliser, Freud a apporté une contribution à la psychologie sociale qui peut avoir des conséquences très étendues.


79 Conférence faite à l’occasion du Centenaire de Freud, devant la Société Psychanalytique Britannique, le 17 avril 1956.

Cet article est paru dans : Psychoanalysts and Contemporary Thought, ed. J. D. Sutherland (London, Hogarth, 1958).

N.D.T. – L’auteur emploie tantôt l’expression sense of guilt (sens de la culpabilité) et tantôt guilt-feeling (sentiment de la culpabilité). Il nous est arrivé pour ne pas trahir l’auteur d’employer la traduction « sens de la culpabilité » par analogie avec l’expression française « sens de la mesure ».

80 Bunyan : Pilgrim's Progress.

81 « Le respect du symptôme en pédiatrie », p. 289.