Discussion sur le tic1

Des manifestations tout à fait hétérogènes furent réunies sous la dénomination de tic; ainsi le « tic douloureux » (névralgie trigéminale), la crampe faciale, certaines manifestations compulsionnelles et enfin les formes ainsi appelées aujourd’hui. Du point de vue du diagnostic différentiel, c’est la séparation entre les tics et les actes obsédants qui nous retient actuellement. Ni Meige et Feindel ni Ferenczi2 ne nous indiquent de solution. Ce que les premiers auteurs donnent pour les caractéristiques des tics s’applique aussi bien aux actes obsédants. L’incapacité à maîtriser l’excitation si bien décrite par Ferenczi est aussi vraie pour l’obsédé. etc. quant aux manifestations narcissiques que Ferenczi souligne, tout obsédé, tout hystérique les présente. Mais certainement la régression narcissique ne mène pas le tiqueur aussi loin que le malade mental. C’est à bon droit que Ferenczi insiste sur les ressemblances entre les tics et la catatonie. Mais il néglige les contrastes très marqués entre ces états. Il n’est pas question d’une évolution du tic vers la démence. Par ailleurs, les hypothèses d’une libido d’organe accrue et celles de « tics névropathiques » paraissent fécondes.

À mon avis, il est aussi impossible de séparer nettement le tic de l’acte obsédant que l’angoisse des manifestations de conversion chez les hystériques. Un autre aspect accuse cette ressemblance. Le tiqueur apporte une étiologie, c’est-à-dire une relation entre son affection et certains événements vécus, tout comme l’hystérique, mais il ne leur ménage aucune signification dans sa vie mentale comme le ferait l’obsédé qui craint les conséquences néfastes d’une omission de sa part. la répression d’un tic est pénible, sa réalisation a un effet de soulagement. Mais il ne me semble pas que la répression d’un tic crée l’angoisse.

Il est une autre objection de principe. Ferenczi pense que le symptôme du tic ne recèle pas de relation objectale. Mes analyses m’ont découvert une double relation aux objets, à savoir sadique et anale. C’est bien là la ressemblance du tic et de la névrose obsessionnelle. Cette parenté me semble prévaloir sur celle avec la catatonie.

Le premier tic mentionné dans notre littérature (Études sur l'hystérie, 1895) est un claquement de la langue par lequel la patiente tentait inconsciemment de réveiller son père malade qui venait de s’endormir. Il y avait certainement là une tendance à le supprimer. Un de mes patients faisait claquer ses doigts, le bras agressivement propulsé. Le tic grimaçant a visiblement une signification hostile. De tels exemples sont faciles à multiplier.

Certains tics, la coprolalie en particulier, manifestent clairement leur origine anale (ce que Ferenczi souligne aussi). D’autres, comme celui des bruits du fumeurs de pipe, sont de toute évidence issus d’aspects anaux (pet). L’intention hostile dévalorisante est réalisée par des moyens anaux. D’autres encore reproduisent des contractions sphinctériennes. Certains tics semblent miner littéralement la célèbre proposition de Götz de Berchlingen.

Sur la base de mon matériel d’observation que je ne peux citer en détail ici, le tic m’apparaît comme un symptôme conversif au niveau sadique-anal. Le schéma suivant en donnera un aperçu.

Amour objectal

Organisation génitale

État normal

Maîtrise de l'innervation corporelle

Aptitudes à la domination des excitations psychiques

Amour objectal

Organisation génitale

Hystérie de conversion

Hystérie d'angoisse

Amour objectal

Organisation sadique-anal

Tic

Névrose obsessionnelle

Du narcissisme à l'autoérotisme

 

Catatonie

États paranoïaque

Dans ce schéma, le tic se situe à côté de la névrose obsessionnelle, de même que l’hystérie de conversion est à côté de l’hystérie d’angoisse. il représente un régression à une étape plus profonde que le symptôme conversif hystérique et il est plus proche de la catatonie que de l’hystérie. Il se place si l’on peut dire dans la série conversive et nom dans celle de l’angoisse. Si ma conception diffère de celle de Ferenczi, elle ne veut en rien diminuer son mérite, car il a osé aborder pour la première fois une étude psychanalytique globale du tic. Certaines considérations de Ferenczi, pour erronées qu’elles me paraissent, m’ont indiqué la voie que j’ai suivie.