Deuxième partie : Début et développement de l'amour objectal

Au cours de l'essai qui précède, j'ai tenté de faire progressé simultanément la psychologie de certaines maladies mentales et la théorie de la sexualité. Mais, à ce deuxième point de vue, je me suis limité à considérer la théorie des étapes prégénitales de l'organisation de la libido. Cette partie de la théorie de la sexualité comprend les transformations qui s'opèrent au cours du développement psychosexuel de l'homme en ce qui concerne le but sexuel. Les recherches fondamentales21 de Freud nous ont appris à considérer la relation à l’objet sexuel. Nos hypothèses sur l’ontogenèse de l’amour objectal n’ont pas jusqu’ici pu rendre compte des faits dans toute leur ampleur. Les états morbides que nous groupons avec Freud sous le nom de « névroses narcissiques » nous confrontent à un certain nombre de manifestations psychosexuelles auxquelles il nous faut adapter notre théorie. C’est la tâche que j’entreprendrai ici.

Considérer la relation d’un sujet avec son objet d’amour du point de vue de l’histoire de cette relation, ce n’est pas négliger les interrelations psychologiques multiples que nous avons examinées précédemment. Au contraire, elles s’en trouveront éclairées. De même que nous avons eu à tenir compte d’aspects importants des relations avec l’objet, telle l’ambivalence de la vie pulsionnelle humaine, de même il est exclu que nous isolions ces problèmes. Au contraire, de même une étude condensée de la théorie des phases de l’organisation de la libido nous permettra de mieux connaître ce qui nous fait défaut pour une histoire du développement de l’amour objectal.

La phase sadique-anale nous a permis de distinguer deux sources de plaisirs : la plus primitive d’exonération et de destruction, la plus tardive de rétention et de domination. Nous avons été conduits empiriquement à supposer une gradation à l’intérieur de cette phase sadique-anale jusque-là considérée comme un tout. Nous pensions alors que le mélancolique régresse à la plus profonde de ces étapes mais ne s’en tient pas là ; sa libido tend vers une étape encore plus primitive, cannibalique, ou l’incorporation devient le but pulsionnel. L’objet d’amour auquel on renonça, qui a été perdu, est identifié par l’inconscient avec les fèces, le produit le plus important qui soit exonéré corporellement. Il est réincorporé par le mécanisme que nous nommons introjection. Mais cette régression ne permet pas au mélancolique d’échapper à son ambivalence, le conflit s’en trouve accru et suscite la nostalgie d’une étape encore antérieure dont le but sexuel est la succion, que nous avons dû considérer comme préambivalente. Après avoir été ainsi amenés à distinguer deux stades à l’intérieur de la phase orale, nous discernâmes deux étapes de la phase génitale, tardive ; la plus récente seulement nous apparut comme non ambivalente (postambivalente).

L’hypothèse de deux étapes à l’intérieur de chacune des trois grandes phases nous semble rendre compte des modifications que nous avons reconnues empiriquement en ce qui concerne le but sexuel. Elle facilite également la corrélation génétique entre certains états morbides et les étapes de l’organisation de la libido. Nous n’ignorons par les grandes lacunes qui subsistent à cet égard. Ainsi, les états paranoïaques nous échappent encore à cet égard, nous y reviendrons par la suite.

Nos aperçus sur le développement de l’amour objectal sont encore plus inachevés. Nous connaissions trois stades du développement de la relation à l’objet tout comme nous distinguions trois étapes de l’organisation de la libido. Nous devons à Freud les premières révélations fondamentales. Il distingua un état auto-érotique ou anobjectal qui se situe dans la toute petite enfance, un stade narcissique où le sujet est aussi son propre objet d’amour, et un troisième stade d’amour objectal proprement dit. Mon projet est d’étudier jusqu’à quel point nous sommes en mesure de compléter cette partie de la théorie de la sexualité.

La contribution que je pense pouvoir apporter pour combler les lacunes de notre connaissance est née d’un aspect particulier de l’empirisme psychanalytique, l’expérience des névroses « narcissiques » et de certaines névroses de niveau objectal, qui s’en rapprochent.

Les affections maniaco-dépressives, dont l’analyse a servi de base à la partie initiale de ce travail, peuvent contribuer à la solution des questions qui nous préoccuperont dorénavant. Il se trouve que j’eus en traitement en même temps que ces malades deux patientes dont je décrirai brièvement l’état névrotique. Le tableau clinique est très différent de celui des malades mélancoliques. La raison qui me fait les mettre en parallèle apparaîtra incessamment.

La première, que je nommerai « Mlle X… », offrait un tableau pathologique complexe dont je ne soulignerai que les traits principaux. En premier lieu, une mythomanie marquée depuis l’age de six ans, et des impulsions cleptomanes graves, datant de la même période. La patiente souffrait d’accès de désespoir qui pouvaient être déclenchés par un incident minime et s’exprimer par des larmes interminables. Ces pleurs compulsionnels étaient principalement déterminés d’une part par le complexe de castration et concernaient alors le « dommage » de virilité avec son cortège, par exemple jalousie du frère puîné, préféré, etc. La moindre dévalorisation réelle ou supposée provoquait un flot de larmes. Une question du maître d’école ou des événements de cet ordre avaient, en tant que mise en doute de ses capacités, la valeur d’un rappel de sa blessure féminine. Au cours des règles qui stimulaient de façon privilégiée le complexe de castration, les pleurs ne s’interrompaient plus. D’autre part, ces larmes22 concernaient la relation de la patiente à son père. Elle pleurait le père perdu, non pas la perte réelle causée par son décès, mais la perte au sens psychologique à laquelle se rattachaient les symptômes les plus précoces de sa névrose.

Enfant, elle avaient beaucoup aimé son père. D’après les données de son analyse, cet amour fut brusquement interrompu au cours du deuxième semestre de sa sixième année. Convalescente, elle partageait alors la chambre de ses parents et elle eut l’occasion d’observer et leur commerce sexuel et le corps de son père. Son voyeurisme s’accrut beaucoup, jusqu’à ce qu’il succombât à un refoulement intense. En plus des effets habituelles, connus du psychanalyste, je soulignerai une particularité. La patiente se plaignait d’avoir perdu tout sentiment de contact personnel avec son père, d’être incapable de se le représenter par la pensée. Elle ne prenait conscience ni de sa tendresse ni de sa sensualité à l’égard du père. Une surabondance de manifestations névrotiques permit de constater son intérêt exclusif compulsionnel pour une seule partie du corps de son père, son pénis. Le père n’avait plus eu pour cette patiente l’existence d’un être total, il n’en restait qu’une seule partie. Celle-ci était l’objet de sa compulsion à voir (guetter les contours des organes génitaux à travers les vêtements du père). De plus, elle s’identifiait inconsciemment tantôt avec le père, tantôt avec ses organes génitaux, qui en étaient devenus le représentant. Les tendances cleptomanes relevaient pour une grande part de sa tendance active à châtrer le père. Le but inconscient de ses vols, dont certains indices montraient le lien avec la personne du père, était soit de dérober le pénis envié soit s’identifier à lui. Ainsi, elle avait pris une seringue à lavement dans la chambre à coucher paternel. D’autres formes de castration consistaient à dérober l’argent (« Vermögen » puissance) de la bourse du père, à voler porte plume, crayons et autres symboles de virilité, comme nous le voyons dans d’autres cas de cleptomanie.

Ce complexe de castration se révéla être une source essentielle de son état. Si la cleptomanie signifiait : « Je me saisis par la ruse ou de force de ce qui ne m’est pas donné » (ou m’a été pris), l’une des raisons principales des mensonges pourrait être exprimée comme suit : « Je possède la partie corporelle que je désire, je suis comme mon père. » Il est parfaitement intéressant d’apprendre que le fait de raconter des mensonges fantastiques lui procurait une excitation sexuelle et l’impression qu’il lui poussait au bas-ventre quelque chose qui se gonflait ; cette sensation se doublait d’une impression de force physique de même que ses mensonges lui donnaient un sentiment de puissance psychique et de domination.

Les relations de la patiente avec les autres personnes de son entourage ressemblaient à celle qu’elle entretenait avec son père. Elle n’établissait pas de vrai contact. Le mensonge fut pendant des années son seul mode de relation avec l’entourage.

Cet état ne correspondait donc en rien à un amour objectal vrai et achevé, nous pensons qu’il en était issu par voie régressive. Mais une certaine relation aux objets était maintenue avec ténacité. Une analyse plus poussée de la cleptomanie dans ce cas et dans d’autres nous renseigne sur le caractère de cet amour objectal particulier et imparfait. Rêves et rêveries de la patiente représentaient souvent la castration par morsure. Le but de ce fantasme, ce n’était pas l’incorporation de l’objet d’amour dans sa totalité, mais la dévoration d’une partie avec laquelle la patiente s’identifiait ensuite. Cette incorporation partielle semble être aussi le fait des autres cleptomanes.

Une autre patiente, que j’appellerai « Mlle Y... », souffrait d’une névrose grave : des vomissement hystériques en constituaient le symptôme le plus apparent. La détermination par le complexe de castration était également évidente ici. Sa cleptomanie était issue d’une tendance infantile invincible à arracher avec ses mains tout ce qui pouvait l’être, en particulier fleurs et cheveux. Cette impulsion elle-même était une transformation de la pulsion à arracher avec les dents « tout ce qui dépassait ». De telles imaginations apparaissaient encore à l’âge adulte. Dès qu’elle faisait la connaissance d’un homme, elle avait la représentation obsédante de lui arracher le pénis avec ses dents. Les vomissements névrotiques étaient étroitement liés à ces pulsions sadiques-orales. Dans sa vie fantasmatique également, son père avait perdu toute signification d’être humain. L’intérêt libidinal était polarisé sur le pénis. Lorsque le père fut mort, elle n’en éprouva nul deuil, elle non plus. Par contre, elle conçut le fantasme d’arracher le pénis du mort avec ses dents afin de le conserver. Au cours de rêveries diurnes, elle imaginait souvent un coït avec un pénis « sans homme à lui attaché ».

La ressemblance de ces patientes est parfaite lorsqu’on apprend que leur mère est également représentée par une seule partie de son corps, par les seins indiscutablement identifiés à un pénis féminin ou, en leur place, par les fesses. La relation à l’érotisme oral (plaisir de mordre) était très claire et pourrait être argumentée par de nombreux exemples ; qu’un seul suffise. La patiente X... rêva : « Je dévore un morceau de viande, je le déchire à belles dents et je l’avale. Tout à coup, je m’aperçois qu’il s’agit du dos d’une pelisse qui appartient à Mme N... »

Le « dos » est facilement compréhensible comme un déplacement d’avant en arrière. L’usage symbolique si fréquent de la fourrure pour faire allusion au sexe féminin va dans le même sens. Mme N. porte effectivement un nom d'animal, de celui précisément dont l'espèce apparaît souvent dans les rêves de la patiente avec une signification maternelle.

Le « déplacement en arrière » existe chez les deux patientes. Toutes deux éprouvent un dégoût de leur mère et chacune, par certains symptômes, identifiait sa mère avec le summum du dégoût, les fèces. Ainsi, dans leurs fantasmes, la mère était représentée par une partie détachée du corps (pénis-fèces).

Dans les deux cas, il y eut une régression marquée de la libido au narcissisme, mais en aucun cas une régression totale ; simplement, leur amour objectal n’avait atteint qu’un développement insuffisant avant que l’analyse n’entraînât une modification, ou bien était revenu régressivement à cet état d’inachèvement. Il doit s’agir là d’un stade de passage entre le narcissisme et l’amour objectal. Une expérience que je fis avec ces patientes, puis avec d’autres, allait dans le même sens. La position libidinale ambivalente à l’égard de l’objet était indubitable, marquée d’une forte tendance à l’endommager ; et pourtant cette tendance destructrice était déjà limitée. À cette étape, le but sexuel doit avoir été de dérober à l’objet une partie de son corps, c’est-à-dire de toucher à son intégrité sans attenter à son existence. On peut penser à un enfant qui arracher la patte d’une mouche, mais la laisse s’envoler. Nous voulons insister une fois de plus sur le plaisir de mordre caractéristique de cette forme de relation d’objet que nous ignorions jusqu’ici.

Les patients maniaco-dépressifs dont j’ai parlé précédemment révèlent les mêmes processus psychologiques. Mais les manifestations claires de cet ordre n’apparaissaient qu’au décours de symptômes pathologiques graves. Tant que ces derniers persistaient, la tendance cannibalique destructive de l’objet était facile à voir. En cours de convalescence, l’un des patients avait le fantasme de trancher avec ses dents le nez, le lobule de l’oreille, les seins d’une jeune fille qui l’intéressait. Il jouait parfois avec l’idée de trancher ainsi le doigt de son père. Lorsqu’il crut un jour que je ne voulais pas poursuivre son traitement, il lui vint en éclair la même représentation à mon endroit. La section d’un doigt à coup de dents obéissait à une série de déterminations parmi lesquelles la signification de la castration est évidente. Ce qui nous retient surtout, ici, c’est l’expression de l’ambivalence dans ce fantasme. C’était mutiler par morsure le médecin comme substitut paternel. Mais cet aspect d’hostilité envers l’objet ne doit pas nous faire négliger la tendance amicale à conserver l’objet, sauf pour une partie, et simultanément le désir de faire de cette partie sa propriété inaliénable. Nous pouvons à bon droit parler ici d’une impulsion à l’incorporation partielle de l’objet. À propos d’une jeune fille (qu’il identifiait à sa mère) le patient me dit un jour qu’il avait envie de la « dévorer bouchée par bouchée ». Un incident de l’analyse montra à quel point cette représentation lui était proche à ce stade de la cure. Il me parlait d’un de ses supérieurs qui, pour son inconscient représentait et son père et sa mère et vis-à-vis duquel il était fort ambivalent. Comme souvent la libre association le conduisit à une fantasmatisation figurée, parfois brusquement interrompue par un blocage affectif soudain. Il en fut ainsi lorsqu’il m’entretint de son supérieur. Pour expliquer l’arrêt de ses association, le patient ajouta spontanément : « Maintenant (dans la situation fantasmée) il me faut d’abord lui arracher sa barbe avec mes dents ; je ne pourrai progresser autrement. » D’après l’impression ainsi traduite par le patient, il n’y avait pas d’échappatoire devant de tels fantasmes. Ils sont indiscutablement marqués d’un cannibalisme partiel.

Le cannibalisme total sans aucune restriction n’est possible que sur la base d’un narcissisme illimité. À cette étape, seule la convoitise du sujet compte. Les intérêts de l’objet ne le retiennent absolument pas ; sa destruction est poursuivre sans scrupules23.

Le stade du cannibalisme partiel porte des traces encore claires de son origine, le cannibalisme total, mais il en diffère de façon décisive par l’apparition des égards pour l’objet. Cette protection partielle de l’objet peut être considérée comme le tout début de l’amour objectal au sens étroit, car elle représente un commencement de dépassement du narcissisme. Ajoutons qu’à cette étape de son développement, le sujet est encore très loin de reconnaître un autrui et de l’ « aimer » physiquement ou psychiquement dans sa totalité ! La convoitise, c’est de prendre possession d’une partie de l’objet pour se l’incorporer ; néanmoins, il existe un renoncement au but narcissique pur du cannibalisme total.

Cette élucidation de certains aspects du développement précoce nous fournit de nouveaux instruments et certes les confirmations par l’observation directe de l’enfant ne sauraient manquer.

Lorsque – comme précédemment – on a franchi une distance sur une route inconnue, on se réjouit de trouver la trace d’un chemin que d’autres parcoururent. Cette trace existe.

Il y a quelques années deux auteurs, dont les observations méritent la confiance et qui ont travaillé indépendamment l’un de l’autre, ont contribué à notre connaissance du délire de persécution des paranoïaques. Van Ophuijsen24 et Stärcke25 découvrirent dans leurs psychanalyses que le « persécuteur » peut être ramené à la représentation inconsciente du scybale intestinal du patient ; ce scybale est inconsciemment identifié avec le pénis du « persécuteur », c’est-à-dire avec la personne du même sexe aimée à l’origine. Dans la paranoïa, le persécuteur est donc représenté par une partie de son corps que le patient ressent comme en lui : il voudrait se délivrer de ce corps étranger, mais n’est pas en mesure de le faire.

J’avoue n’avoir pas reconnu en son temps toute la signification de cette découverte. Elle était isolée, elle ne cadrait pas aisément avec ce que nous savions, bien que Ferenczi eût déjà reconnu les relations entre la paranoïa et l’érotisme anal. Désormais, la découverte des auteurs hollandais s’inscrit dans un ensemble et sa signification prend toute sa valeur.

La perte de la relation libidinale avec son objet et les objets en général, ce qu’il vit subjectivement comme « fin du monde », le paranoïaque essaie de la compenser au mieux. Comme nous le supposons depuis l’analyse du cas Schreber par Freud, sa démarche consiste à reconstruire l’objet perdu. Il nous est actuellement possible de voir cette reconstruction comme une incorporation d’une partie de l’objet qui subit ainsi un sort comparable à l’objet du mélancolique introjecté par incorporation, en totalité. Pas plus que ce dernier le paranoïaque n’échappe au conflit lié à l’ambivalence. Il espère aussi se défaire de la part incorporée et, conformément au niveau du développement psychosexuel où il se situe, ce n’est possible que par voie anale. Pour le paranoïaque, l’objet d’amour est représenté par les fèces qu’il ne peut expulser. La partie de l’objet d’amour qu’il a introjectée se refuse à le quitter de même que l’objet introjecté en totalité par le mélancolique exerce sur lui sa tyrannie.

Nous concevons finalement que le mélancolique s’incorpore en totalité l’objet d’amour auquel il a renoncé, tandis que le paranoïaque n’en introjecte qu’une partie. Cette dernière introjection pourrait s’effectuer selon deux possibilités. Elle peut être conçue comme se faisant oralement, mais aussi comme ayant lieu par voie anale. En attendant une vision plus précise, nous pouvons formuler prudemment l’hypothèse que la libido des paranoïaques régresse à la plus précoce des étapes sadiques-anales en ce qui concerne le but sexuel ; en ce qui concerne l’objet, elle rejoint régressivement l’étape de l’introjection partielle sans que nous puissions affirmer qu’elle s’effectue par voie anale ou par voie orale. Nous rencontrons des constellations analogue au décours des mélancolies. Reste à comprendre pourquoi le mélancolique ne produit pas un délire au sens paranoïaque. Ce contraste devrait, pour une part, être en rapport avec les effets différents des introjections, totale et partielle, orale ou anale. C’est d’une meilleure connaissance de la participation du moi dans les deux maladies que nous pouvons attendre plus de clarté.

Je voudrais insister sur un aspect concernant la partie introjectée. Il s’agit de l’équivalence pénis-seins ; secondairement d’autres parties corporelles acquièrent la même valeur. Il en est ainsi du doigt, du pied, des cheveux, des excréments et des fesses. J’ai déjà illustré ce point26.

Si nous admettons « l’amour partiel » que nous avons décrit comme une étape du développement de l’amour objectal, nous parvenons à d’autres éclaircissements. Une particularité des perversions sexuelles sur laquelle Sachs a encore insisté récemment s’explique mieux : leur polarisation sur certaines parties du corps27 de l’objet, dont le choix nous frappa souvent par son étrangeté. C’est le cas des fétichistes, pour lesquels un être n'est souvent que la breloque de cette partie unique de son corps à l’attrait invincible. Lorsque je tentai, il y a plusieurs années, d’approfondir psychanalytiquement un cas de fétichisme du pied et du corset, Freud me suggéra l’introduction de la notion de refoulement partiel pour rendre compte des phénomènes en cause. Ce mécanisme qui dévalorise la presque totalité de l’objet, au profit d’une de ses parties, nous semble résulter de la régression libidinale au stade de l’amour partiel que nous postulons. De ce fait, il cesse d’être une curiosité isolée dans le cadre d’une forme morbide et s’insère dans une série de phénomènes psychologiques apparentés. Il n’est pas dans mon intention de considérer ici les symptômes du fétichisme. Soulignons simplement que les parties du corps de l’objet d’amour qui sollicitent le fétichiste sont les mêmes que les objets de « l’amour partiel ».

L’observation clinique nous avait familiarisés avec un stade du développement de l’amour ou l’objet est traité avec plus d’égards. Dans les névroses, c’est en tant que phénomène régressif que nous le rencontrons dans la sexualité des obsédés. À cette étape, le sujet n’est pas encore apte à aimer au sens plein du terme. La libido n’est pas non plus attachée à une partie de l’objet. La tendance à l’incorporation d’une partie est abandonnée : à sa place, nous trouvons le désir de domination et d’appropriation. Si la libido demeurée à cette étape est loin du but définitif du développement, le fait que l’appropriation soit en quelque sorte externalisée constitue un pas fondamental. Désormais, la possession ne se confond plus avec l’incorporation par dévoration, elle est située en dehors du corps. Ainsi l’existence de l’objet est reconnue et assurée ; c’est là une adaptation essentielle du sujet au monde extérieur. Cette modification est de la plus grande importance pratique. Socialement parlant ce n’est qu’à partir de là qu’une possession commune est possible tandis que la dévoration ne l’assurait qu’à un seul, exclusivement.

Différentes langues gardent l’empreinte de cette position libidinale envers l’objet. Par exemple, en allemand : besitzen28, en latin possidere. On est assis sur son bien, on reste avec lui dans un rapport corporel étroit. C’est un fait d’observation courante chez l’enfant. Nous le voyons emporter dans son lit son objet préféré et se coucher sur lui. Chez les animaux (chiens) nous constatons qu’ils abritent leur bien en le couvrant de leur corps. Je pus l’observer chez mon chien : dès qu’un étranger était présent dans la maison, il cherchait sa muselière - objet personnel - et se couchait sur elle29.

Vraisemblablement, l’étude psychanalytique de la névrose obsessionnelle pourra nous aider à concevoir cette phase du développement de l’amour objectal. Le relief que prennent chez ces patients les représentations actives et passives de castration, leur attitude particulière à l’égard de la possession nous permettent d’appréhender le lien avec le stade de l’amour partiel.

La psychanalyse nous a appris que l’inconscient de l’homme adulte est marqué des traces multiples issues des stades précoces de sa psychosexualité. Il en est ainsi des rêves de sujets normaux. L’amour partiel laisse aussi de telles traces dans notre inconscient.

Comme exemple, je prendrai les rêves bien connus de chute d’une dent. Tout psychanalyste en connaît la signification symbolique multiple. La dent qui tombe symbolise la castration, par ailleurs, elle représente une personne proche du rêveur, dont la mort souhaitée est réalisée par le rêve. Un proche est donc identifié à une partie du corps en voie d’expulsion. Nous constatons la ressemblance avec la psychologie du délire de persécution et l’ambivalence qui s’exprime dans l’identification d’une personne avec une partie de notre corps.

Indiscutablement, c’est là un grand témoignage d’amour que de mettre sur le même plan une autre personne et une partie de son propre corps narcissiquement très prisée. En allemand, nous connaissons l’expression « mon cœur » adressée à une personne aimée. D’une mère, nous disons qu’elle traite son enfant comme « la prunelle de ses yeux ». L’identification avec une dent, si fréquente dans le rêve, dit allusivement que l’on ne se défait pas volontiers de cette partie de soi, mais qu’il est possible de s’en passer, en raison de sa multiplicité. Le rêveur est parfois frappé de l’indolence de cette chute ou de cette extraction ; la perte de la personne à laquelle il est fait allusion ne serait donc par si douloureuse ! N’oublions pas que la castration symbolique est sous-tendue par un désir inconscient concernant la perte de cette partie du corps qui centre habituellement le narcissisme humain. La valeur hostile est particulièrement nette lorsque les parties du corps identifiées à la personne sont les excréments.

L’amour partiel a donc également laissé des traces dans la vie psychique des sujets normaux. L’objet des sentiments amoureux et ambivalents est représenté par une de ses parties introjectée par le sujet.

Les patientes X... et Y... évoquées ci-dessus parvinrent peu à peu à un développement normal de l’amour objectal sous l’influence de leur traitement. Elles franchirent un stade qui peut être considéré comme la continuation immédiate de celui que je viens de décrire.

La patiente X... auparavant était envahie par une représentation qui se répétait sous des formes variées dans ses rêves et ses symptômes. Il s’agissait du fantasme de l’appropriation du pénis de son père ; il est à remarquer qu’elle s’identifiait in toto avec cette partie du corps. En cours d’amélioration, alors que les impulsions cleptomanes étaient pratiquement dépassées, ses productions fantasmées prirent un caractère différent. Je me réfère en particulier à un de ses rêves où le corps de son père était dépourvu de poils pubiens. Au cours de rêves précédents, cette toison avait eu une signification génitale. Maintenant, elle rêvait de son père comme d’un homme entier à l’exception d’une seule partie de son corps. Le contraste avec les manifestations névrotiques antérieures est remarquable. Du temps ou elle s’intéressait compulsionnellement à la région génitale de son père, cet intérêt amoureux était exclusif de tout le reste de sa personne. L’objet actuellement refoulé était justement celui qui avait exercé un pouvoir obsédant conscient.

Des rêves semblables surviennent chez d’autres sujets. Une mes patientes, très ambivalente à mon égard, exprima son transfert dans un rêve ou j’apparaissais sans organes génitaux. La tendance hostile (castratrice) est facile à reconnaître. Mais j’étais également affecté d’une valeur paternelle, et comme son père elle pouvait m’aimer, mais non me désirer sexuellement. En tant que substitut paternel, le médecin ne pouvait être aimé qu’en excluant son aspect sexuel : ainsi la censure du rêve maintenait la barrière de l’inceste.

Il semble bien que l’acceptation érotique de l’objet sous réserve d’exclusion des organes génitaux soit l’expression typique de l’interdit de l’inceste dans l’hystérie. Dès la première édition des Trois Essais sur la théorie sexuelle, Freud souligna le fait que chez l’hystérique le but sexuel normal (génital) est refusé et que des désirs « pervers » prennent sa place. L’hypothèse d’un stade d’amour objectal excluant les organes génitaux corrobore la constatation de Freud30. Le refus de la zone génitale s’étend tant au corps du sujet qu’à celui de l’objet. eux symptômes particulièrement fréquents et pratiquement très important, l’impuissance de l’homme et la frigidité de la femme, s’expliquent pour une grande part par cet état de fait. Du fait de sa zone génitale, le névrosé ne peut pas aimer entièrement l’objet.

L’analyse des névrosés nous a conduits à considérer ces inhibitions libidinales des deux sexes comme les effets du complexe de castration : chez l’homme, il s’agit de la peur pour son sexe et de l’effroi devant le défaut d’un organe correspondant du corps féminin ; de même chez la femme, il s’agit de la douleur toujours actuelle du vol de son organe et de son désir de castration à l'égard de l'homme. Nous savons que chacun investit son sexe d’un amour narcissique privilégié. C’est pourquoi tout peut être aimé chez l’objet avant son sexe. Au niveau de l’organisation « phallique » décrite par Freud, cette dernière étape n’est visiblement pas atteinte. Ce n’est qu’à l’étape génitale proprement dite qu’il en sera ainsi. Ainsi l’accès à l’étape supérieure de l’organisation libidinale semble aller de pair avec le dernier acte du développement de l’amour objectal.

Le tableau suivant est destiné à faciliter une vue d’ensemble des étapes de l’organisation sexuelle et des stades du développement de l’amour objectal. Bien entendu, les données que je réunis ici n’ont rien de définitif. Je ne tiens nullement à fixer à six le chiffre des stades du développement. Ce tableau doit plutôt être conçu comme l’itinéraire d’un express ou seules quelques grandes stations sont mentionnées ; les intervalles ne peuvent être pris en considération dans un tel survol. Enfin, je veux signaler que les stades situés à la même hauteur dans les deux colonnes principales ne sont pas obligatoirement synchrones.

Étapes de l’organisation                    Étapes du développement

          de la libido                                     de l’amour objectal

VI Étape génitale définitive

Amour objectal (postambivalent)

V Étape génitale précoce (phallique)

Amour objectal excluant les organes génitaux

IV Étape sadique-anale tardive

Amour partiel

 

III Étape sadique-anale précoce

Amour partiel et incorporation

II Étape orale tardive (cannibalique)

Narcissisme. Incorporation totale de l’objet

I Étape orale précoce (succion)

Auto-érotisme (sans objet)

L'étape I est pré-ambivalente, les étapes II, III, IV et V, ambivalente.

Ce tableau fournit un schéma du développement psychosexuel de l’homme dans deux directions ; il tient compte des modifications libidinales en ce qui concerne et le but sexuel et son objet. Parmi bien d’autres, il est un aspect qui n’y figure pas, à savoir la formation des inhibitions pulsionnelles. C’est pourquoi je désire les mentionner brièvement .

Faute de relations objectales proprement dites, nous considérons qu’il n’existe pas de telles inhibitions au stade le plus précoce, de l’auto-érotisme. Au stade du narcissisme à but sexuel cannibalique, la peur apparaît, c’est la première inhibition pulsionnelle repérable. Le dépassement du cannibalisme est étroitement lié à la constitution de sentiments de culpabilité. Ils apparaissent comme inhibitions typiques de la troisième étape. Le but sexuel de l’incorporation d’une partie de l’objet persiste jusqu’à ce que la pitié et le dégoût détournent la libido de cette voie. L’amour objectal excluant les organes génitaux comporte une inhibition s’exprimant par la honte (pudeur). À l’étape supérieure de l’amour objectal proprement dit, nous trouvons les sentiments sociaux en tant que régulateurs de la vie pulsionnelle.

Ces quelques remarques d’ordre général montrent bien que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre la constitution des inhibitions et que la psychanalyse nous permet de les entreprendre. Je ferai état d’un moment isolé de ce processus complexe.

Nous avons vu qu’au stade de « l’amour partiel avec incorporation » l’objet d’amour est représenté par une de ses parties. Le sujet est ambivalent vis-à-vis de cette partie (= pénis, seins, selles, etc.), c’est-à-dire partagé entre la convoitise et le refus. Ce n’est qu’après le dépassement total de la tendance à l’incorporation – d’après nous, au quatrième stade – qu’il prend une attitude méprisante à son encontre particulièrement nette en ce qui concerne les fèces. Pour l’enfant, les fèces représentent tout ce qu’on ne veut pas garder ; c’est pourquoi la personne écartée avec répugnance (cas X... Et Y...) est identifiée aux selles. Le dégoût culmine à la simple pensée de porter les matières fécales à la bouche. Dans certains états morbides, nous assistons à une régression prononcée au cours de laquelle la consommation des matières fécales redevient le but sexuel. Dans notre inconscient, en effet, la valeur narcissique initiale des excréments persiste.

J’avais essayé précédemment de donner une vue d’ensemble des rapports des différents formes d’affections psychonévrotiques, comparativement aux étapes du développement libidinal dans le contexte de notre connaissance actuelle. Cet essai était très imparfait et loin de représenter une élucidation définitive. Les mêmes lacunes persistent dans notre savoir. Nous ne pouvons apporter pour le moment que deux aspects complémentaires. Nous pouvons supposer que chez le mélancolique la capacité d’amour objectal est très inachevée de sorte que la tendance à l’incorporation cannibalique de l’objet s’impose en cas d’épisode pathologique. La régression libidinale correspond au stade II du schéma ci-dessus.

Dans le cas des états paranoïaques, la régression semble faire halte au stade de l’incorporation partielle (III). Il en va probablement de même de la cleptomanie. Peut-être leur différence tient-elle à celle des buts sexuels inconscients, l’incorporation orale dans la cleptomanie, anale dans la paranoïa, de la partie convoitée de l’objet.

Seul un travail psychanalytique conséquent et patient, en particulier sur les formes narcissiques des psychonévroses, nous ouvrira des perspectives plus achevées sur le développement psychosexuel de l’homme. Dans l’attente de la confirmation de ces hypothèses par un nombre suffisant d’analyses approfondies, il me semble utile de contrôler leurs bases actuelles.

En premier lieu, je voudrais mentionner qu’il s’agit de données recueillies empiriquement. Je pense avoir renoncé à toute extrapolation spéculative. Pour le moins, je puis affirmer que je n’ai jamais tenté d’aboutir à une théorie achevée ; bien au contraire, j’ai attiré l’attention sur les défauts et les lacunes de mon matériel.

Je voudrais également souligner la simplicité du processus de développement que j’ai postulé. Il se déroule selon des voies identiques à celles de l’évolution organique ; une partie se constitue en un tout, un tout initial se réduit, perd sa signification, ou ne survit que sous une forme rudimentaire.

La comparaison avec les déroulements organo-biologiques peut être étendue. Nous avons depuis longtemps transposé au développement psychique (psychosexuel) la « loi de base biogénétique ». L’expérience quotidienne montre au psychanalyste que le sujet revit psychiquement l’évolution de l’espèce. Notre observation empirique nous permet de discerner une règle particulière du développement psychosexuel : il clopine à la remorque de l’évolution organique comme une réédition tardive ou la répétition d’un même processus. Le modèle biologique du développement auquel nous nous sommes consacrés ici se déroule au stade embryonnaire précoce tandis que l’évolution psychosexuelle qui nous intéresse prend plusieurs années de la vie extra-utérine, de la première année jusqu’à la puberté. Si nous jetons un regard sur le domaine de l’embryologie, le parallélisme de l’ascension psychosexuelle par étapes que nous observons et du développement organique embryonnaire précoce s’impose.

Nous concevons la libido de la première période de la vie extra-utérine comme liée à la bouche, zone érogène. La relation la plus précoce et vitale de l’enfant avec le monde extérieur c’est celle d’absorber par succion ce qui est approprié est accessible. Au cours du développement embryonnaire, le premier organe constitué à la suite des mitoses initiales est la « bouche primitive » qui se conserve et fonctionne comme telle chez le groupe d’animaux inférieurs que sont les cœlentérés.

Après un temps prolongé les organes sexuels de l’enfant (au sens étroit) prennent un rôle directeur dans la sexualité. Jusqu’à ce stade, l’intestin, en particulier ses orifices d’entrée de sortie, ont un rôle érogène important. Le système nerveux en reçoit des excitations sexuelles marquées et cette phase est conforme à certaines dispositions de l’époque embryonnaire précoce. Il existe en effet une communication libre entre la partie terminale du conduit intestinal et la partie caudale du tube nerveux (canalis neurentericus). Le cheminement de l’excitation de l’intestin au système nerveux est en quelque sorte préétabli organiquement.

Le prototype biologique des phases sadique-orale (cannibalique) et sadique-anale est particulièrement précis. Freud a déjà fait allusions à cet état de choses. Je le cite31 : « l’organisation sadique-anale se conçoit bien comme la continuation de la phase orale. L’activité musculaire violente qui la caractérise est l’acte préparatoire à la dévoration, qui constitua alors le but sexuel. Cet acte préparatoire devient un but indépendant. Le fait nouveau par rapport à l’étape précédente réside en ce que l’organe passif se détache de la zone buccale pour se reformer au niveau de la zone anale. » L’auteur évoque, sans plus préciser, le fait du parallélisme biologique. Je voudrais insister sur la conformité des développement psychosexuel et organique.

La « bouche primitive » - susmentionnée - se trouve à l’origine à l’extrémité antérieure (céphalique). Les embryons de certaines espèces permettent d’observer la fermeture de l’orifice buccal céphalique, et son élargissement dans le sens caudal. Ainsi il se déplace vers la queue en formation et s’y fixe comme anus. Cette genèse immédiate de l’anus à partir de la bouche primitive nous apparaît comme la préformation biologique du déroulement psychosexuel qui selon la description de Freud s’accomplit au cours de la deuxième année de la vie.

À l’époque de la formation de l’anus chez l’embryon, nous assistons aux développement de la musculature corporelle. Les muscles masticateurs précèdent de loin ceux des extrémités. Il y a un lien étroit entre la formation de l’anus et celle des instruments de la mastication. Il est à noter ici qu’au cours de la vie extra-utérine, les masticateurs exécutent précocement des mouvements intentionnels et puissants, bien avant la musculature du tronc et des membres.

Au cours d’un quatrième stade de l’évolution psychosexuelle, nous avons reconnu la rétention et la maîtrise de l’objet comme but sexuel. Les dispositifs de rétention intestinale de ce qui a été absorbé nous paraissent corrélatifs dans l’ontogenèse biologique. Il y a là des rétrécissements, des dilatations, des aspirations annelées, des culs-de-sac et des lacets, enfin le sphincter terminal à musculature volontaire et involontaire ; au moment du développement de cet appareil si complexe de rétention, l’appareil urogénital fait encore défaut.

C’est en deux stades que nous voyons se développer l’organisation génitale de la libido ; deux étapes de l’amour objectal leur correspondent. Ici encore, l’évolution organique fournit les modèles correspondants. Au début les organes génitaux ne sont pas différenciés : ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’ils se différencient en organes mâles et femelles. Cela est vrai aussi bien des glandes germinales que des organes servant à la copulation. Dans le domaine psychosexuel nous voyons s’accomplir la différenciation progressive correspondante.

D’une expérience psychanalytique plus vaste et approfondie nous attendons des conclusions assurées concernant le développement psychosexuel dont nous avons traité ici. Dans l’immédiat, la série des processus biologiques parallèles que j’ai exposés devrait pouvoir étayer la tentative de présenter une histoire du développement de l’amour objectal.