Chapitre XXVII. L’éducation psychologique adlérienne

L'importance primordiale d'une compréhension totale, complète, des questions d'éducation et la nécessité pour chaque médecin de s'y intéresser dans une certaine mesure, est particulièrement évidente quand elle est consi­dérée dans l'optique du traitement des maladies nerveuses. Nous demandons à juste titre que, le médecin en particulier, possède une connaissance des hommes et nous savons qu'une question aussi vitale que les relations entre médecin et malade aboutissent toujours à un échec si le médecin est dépourvu d'une connaissance des hommes ou des méthodes d'éducation. C'était cette attitude et cette interprétation de son rôle qui firent dire à Virchow : «  Les médecins deviendront peut-être les éducateurs de l'humanité. »

Une question qui est devenue aiguë de nos jours et qui est sur le point de le devenir encore plus, sous peu, est celle qui touche aux domaines spécifiques du médecin et de l'éducateur. Il est tout à fait important de parvenir à une certaine unanimité à l'égard de toute une série de problèmes non résolus, concernant ces sujets, et d'arriver à une vue d'ensemble. Des deux côtés l'on a exagéré, mais pour le moment un travail en commun fait entièrement défaut.

Si nous nous demandons seulement quel but l'éducation poursuit, tous ces problèmes essentiels tomberont dans le domaine de l'activité médicale. L'éducation des enfants s'efforçant de les rendre capables de devenir des individus dirigés par les principes éthiques, l'utilisation de leurs vertus pour le bien de la communauté sont considérées par le médecin comme présuppo­sition évidente de son activité. On peut à juste titre demander que toutes ses actions, ses mesures et ses démarches soient en conformité avec cet objet. La direction immédiate de l'éducation sera toujours entre les mains de l'éducateur, des professeurs et des parents, mais nous pouvons assurer qu'ils rencontreront des problèmes et des difficultés que seul le médecin peut sonder dans leurs profondeurs, parce qu'il doit les déterrer des interrelations psychologiques de la vie de l'âme. Je veux, en particulier, insister sur le fait qu'il est impossible de parcourir en peu de temps un domaine d'une aussi grande étendue et que, attendant qu'une conception unifiée puisse être atteinte, il est seulement possible d'aborder brièvement certaines questions, dont une discussion plus étendue sera la préoccupation des générations futures. Néanmoins, il est im­portant de prendre connaissance de ces points de vue qui, selon l'enseigne­ment de la psychologie adlérienne, ont une signification fondamentale et dont la méconnaissance, comme nous le savons, se vengera sur les enfants au cours de leur développement.

Ce qui rapproche étroitement le médecin des questions d'éducation est la parenté entre la santé psychique et la santé corporelle ; toutefois, pas en ce sens général dont on parle si souvent, prétendant qu'un esprit sain habite un corps sain. Cette conception, en effet, ne s'est pas trouvée entièrement confirmée.

Nous aurons souvent l'occasion de voir des enfants et des adultes en bonne santé physique dont l'état psychique par contre n'est nullement satisfaisant. Il est difficile, sinon impossible pour un enfant de constitution faible, d'atteindre cette harmonie qui caractérise l'enfant physiquement normal. Prenons le cas d'un enfant ne avec un système digestif défectueux. Dès les premiers jours il devra être soigné avec beaucoup plus d'attention et de sollicitude. De tels enfants, en conséquence, seront élevés dans une ambiance remarquablement affectueuse ; ils se trouveront toujours protégés, leurs actions dirigées et circonscrites par un grand nombre d'impératifs et d'interdits. L'importance de la nourriture sera notablement exagérée de telle sorte qu'ils apprendront à apprécier et même à surestimer la question de la nourriture et de la digestion. Ce sont les enfants souffrant de troubles digestifs qui constituent le contingent le plus important des enfants qui rendent difficile la marche de leur éducation, fait que les anciens médecins ont déjà constaté. On a prétendu que de tels enfants doivent devenir des nerveux. Il est douteux qu'il y eût une relation nécessaire si précise. Il est cependant vrai que le caractère hostile de la vie pèse plus lourdement sur les âmes des enfants qui souffrent et leur fait revêtir une attitude pessimiste envers le monde. Sensibles à leur insuffisance, ils réclament de plus fortes garanties de leur importance, deviennent égoïstes et perdent aisément le contact avec leurs compagnons, parce que la structuration de leur moi se trouve en contradiction flagrante avec leur entourage.

Du fait des difficultés résultant de son infériorité digestive et ses fréquentes aggravations, l'enfant est dans sa relation avec l'entourage, dans son attitude envers l'école et envers le monde, terriblement tenté de compenser ses déficiences par des avantages qui lui proviennent de sa légitimation d'être malade. Il aura, par exemple, développé une extraordinaire tendance à être gâté ; depuis sa plus tendre enfance il s'accoutumera à ce que les autres le déchargent de toute difficulté. Il lui sera plus difficile de devenir capable de se débrouiller par lui-même et il se refusera invariablement à faire des efforts accrus dans toutes les situations dangereuses de la vie. Son courage et -sa confiance en soi seront ébranlés presque jusque dans leurs fondements. Une telle attitude persiste jusqu'à la vieillesse et il n'est pas facile de changer un enfant qui pendant dix, quinze ou vingt ans a été un faible, choyé par chacun, en l'homme courageux plein d'initiative, d'esprit d'entreprise et de confiance en soi, réclamé par notre époque.

Le préjudice infligé à la communauté est naturellement beaucoup plus grand que ne le laisse entrevoir la précédente remarque, car nous devons prendre en considération non seulement les enfants présentant des déficiences de l'appareil digestif, mais tous ceux qui sont nés avec des organes défec­tueux, ceux dont les organes des sens sont déficients et qui, en conséquence, trouvent les approches de la vie moins accessibles. Nous constatons fréquemment de telles difficultés mentionnées dans les biographies ou par les malades eux. mêmes. Dans de tels cas le médecin aura à se soucier non seulement du problème de l'éducation psychique, mais devra s'efforcer par tous les moyens de mettre en œuvre quelque remède ou traitement pour corriger les infirmités, de façon que l'enfant puisse, dès un stade précoce, être empêché de retomber dans sa faiblesse.

Nous agirons ainsi d'autant plus énergiquement que nous prendrons conscience que nous ne sommes pas aux prises avec quelques déficiences permanentes ou avec des difficultés plus ou moins grandes et que le point important à ne pas perdre de vue est qu'une infériorité d'origine organique, corrigée par la suite, peut cependant persister sous la forme d'un sentiment permanent d'infériorité et rendre l'individu inadapté à la vie. Ces conditions deviennent d'une extraordinaire complexité parce que les enfants eux-mêmes, à un degré inattendu, s'efforcent de réaliser quelques compensations et correc­tions. Quelques-uns seulement réussissent à réaliser une heureuse compen­sation. La plupart d'entre eux essaient d'une manière ou d'une autre, de niveler les différences qui existent (entre eux et les enfants en bonne santé), de compenser leurs déficiences en ayant recours à des méthodes non culturelles, ou encore en développant leur esprit d'initiative et leurs capacités mentales.

Dans tous ces cas nous remarquons des traits de caractère spécifiques se trouvant à l'origine des troubles : par exemple l'hypersensibilité qui conduit toujours à des conflits. Nous devons nous rappeler que nous sommes ici aux prises avec des réalités de la vie quotidienne que nous ne pouvons pas traiter négligemment, et qui lèsent l'âme et le corps.

Il est difficile de faire comprendre suffisamment à quel point sont grandes la détresse et la tension qui règnent dans l'âme de l'enfant. C'est une chose facile que de comprendre les dispositions mentales d'hommes devenus inutiles si nous supposons que leur inutilité est la séquelle de quelque erreur d'éducation commise dans leur enfance. La maladie et l'idée de maladie ont pour l'enfant une signification beaucoup plus grande que nous ne l'imaginons généralement. Quelqu'un qui voudrait étudier le psychisme de l'enfant sous cet angle, découvrirait bientôt que pour un enfant elles sont des expériences importantes, et que la maladie, dans presque tous les cas, apparaît non pas comme un accroissement des difficultés, mais comme leur allègement, qu'elle est même appréciée comme un moyen d'obtenir de la tendresse, de la puissance et certains avantages, à la maison comme aussi à l'école.

Il y a un grand nombre d'enfants qui pensent toujours être malades, qui toujours se sentent mal disposés. Dans tous les cas ou une persistance des symptômes ne peut être expliquée par quelque diagnostic médical, il est prouvé que les enfants se servent de ce sentiment d'être malades dans le but d'obtenir la première place, de satisfaire leur désir de domination et d'impor­tance dans leur propre famille. Par exemple, dans des cas de coqueluche depuis longtemps guéris, des enfants s'efforcent encore de simuler la toux. Nous nous apercevons qu'ils réussissent immanquablement à effrayer leurs familles par ces accès de toux. Ce serait là, par exemple, un cas ou il serait essentiel, pour le médecin, de faire jouer ses capacités de pédagogue.

Il y a d'autre part aussi les parents et les éducateurs qui adoptent le point de vue opposé, en traitant leurs enfants avec sévérité, voire avec brutalité ou au moins, avec le désir de donner aux enfants l'impression d'une telle sévérité.

La vie est si variée qu'elle compense les erreurs de l'éducateur. Néanmoins un homme dont l'enfance s'est passée dans une atmosphère dénuée de tendresse, manifeste, même dans sa vieillesse, des marques de l'éducation qu'il a reçue. Il soupçonnera toujours les gens d'avoir des desseins malveillants à son égard, et se fermant lui-même aux autres, il perdra le contact avec eux. De telles personnes évoquent souvent leur enfance privée d'affection, comme si cette circonstance exerçait quelque force coercitive. Bien entendu ce n'est pas parce que ses parents ont été sévères qu'un enfant devient défiant au point d'être aussi froid envers les autres que ses parents l'ont été à son égard, ou hésitant quant à ses propres capacités. Il est néanmoins un terrain favorable au développement de névroses et de psychoses. Il est toujours possible de déceler dans l'entourage d'un tel enfant, un individu perturbateur qui, soit par manque de compréhension, soit dans une intention mauvaise, trouble l'âme de l'enfant. Il n'y aura guère d'autre personne que le médecin qui sera capable, dans de tels cas, d'apporter une modification dans l'entourage, soit par un changement de résidence, soit par des éclaircissements.

Il y a certaines complications qui ne peuvent être découvertes que grâce à une compréhension en profondeur de l'individu, complications, qui, mises à jour, clarifient la situation à un point extraordinaire.

Il existe, par exemple, une différence fondamentale dans le développement psychique du premier-né comparé à celui du cadet ou du benjamin. Il est également facile de caractériser l'individualité d'un enfant unique. Une famille où il y a, soit uniquement des garçons ou des filles, soit une seule fille parmi un certain nombre de garçons, ou inversement un garçon parmi un certain nombre de filles, se manifeste sous un aspect psychique spécifique. C'est à partir de tels faits et de telles positions que les enfants développent leur attitude. Il est fréquemment possible de déterminer quel est le plus âgé ou le plus jeune des enfants selon son comportement. J'ai toujours remarqué que le premier-né possède une sorte de tendance conservatrice. Il prend toujours le pouvoir en considération, arrive à le comprendre et fait montre d'une certaine capacité de sociabilité. Examinons à ce sujet la biographie de Fontane où il dit qu'il donnerait cher à qui lui expliquerait pourquoi il avait toujours eu une certaine tendance à se mettre du côté du plus fort. J'en ai déduit, et avec raison, qu'il avait dû être un aîné qui considérait sa supériorité sur ses frères et sœurs comme un bien inaliénable.

Le cadet a toujours, devant ou derrière lui, quelqu'un de plus puissant, de plus important, qui possède généralement une plus grande liberté d'action et qui lui est supérieur. Si un cadet est capable d'un quelconque développement, il vivra incontestablement dans un état d'effort continuel, en vue de dépasser son frère aîné. Il travaillera sans relâche., comme s'il était toujours sous pression. En fait, les agités sont, pour la plupart, des cadets, les aînés étant plutôt ceux qui ne tolèrent pas volontiers des rivaux.

Dans l'attitude du type le plus fréquent que l'on trouve chez les benjamins, nous découvrons quelque chose d'enfantin, de la réserve et de l'hésitation, comme s'ils ne se sentaient pas capables d'accomplir des actes dignes de louanges, actes que les autres sont censés faire ou jugés capables de faire. De telles personnes pensent que tout le problème se ramène à maintenir une situation existante. Le benjamin est toujours entouré de gens plus puissants, et il n'en rencontre que de plus importants que lui-même. D'autre part il est capable en général de s'attirer tout l'amour et la tendresse de l'entourage sans rien donner en échange. Il ne lui est pas nécessaire de développer ses capacités, car il s'impose automatiquement comme le centre de son entourage. On comprendra aisément ce que cela a de préjudiciable pour son développe­ment psychique dans son ensemble, car il apprend ainsi à tout obtenir par l'effort des autres. Un second type de benjamin est le «  type Joseph ». Ces sujets progressent sans cesse et dépassent tout le monde par leur esprit d'initiative (Kunstadt), outrepassant souvent le normal, ils deviennent des découvreurs. Dans la Bible, comme dans les contes de fées, la sagesse des nations a accordé, le plus souvent, au plus jeune, les dons les plus grands, la possession de bottes magiques, etc..

Le comportement d'une fille unique, parmi un certain nombre de garçons est également important à connaître. Il y a là de si nombreuses situations de tension que, nous pouvons le présumer, se présentera à coup sur une occasion pour un développement anormal. Je ne parle pas en ce moment de résultats absolument définitifs. Il est clair pour la fille, à un certain âge, que sa nature est entièrement différente de celle du garçon et que beaucoup de choses lui demeureront interdites qui seront un droit de nature pour le garçon, droit qu'il peut réclamer comme un privilège. Il n'est pas aisé dans un tel cas de se servir de la flatterie ou de la tendresse comme substitut. Car nous sommes ici aux prises avec des valeurs émotionnelles qui représentent pour l'enfant quelque chose d'essentiel et d'irremplaçable. La fille est continuellement tracassée, elle reçoit des conseils et des instructions à tout moment. On constate chez de telles enfants une susceptibilité spéciale à l'égard de la critique, de continuels efforts pour se montrer sous un jour favorable, pour apparaître exemptes de tout défaut ; et en même temps la peur de laisser paraître leur insignifiance. Ces filles sont fréquemment de futures névrosées.

Il en est de même dans le cas d'un garçon unique au milieu d'un certain nombre de filles. Il est juste que le contraste semble, là encore, plus grand. Le garçon jouit le plus souvent de privilèges spéciaux. En conséquence les filles se liguent contre leur frère unique. De tels garçons souffrent souvent comme s'ils étaient la victime d'une vaste conspiration.

Chacun des mots qu'il prononce est souligné par ses sœurs, on ne le prend jamais au sérieux, ses bons côtés sont contestés, ses défauts sont amplifiés. D'où il résulte que le garçon perd souvent la maîtrise de soi et la confiance en soi ; en général, il ne fait que peu de progrès dans la vie. Alors les gens parlent de son indolence et de sa paresse. Cela n'est cependant qu'une manifestation superficielle qui, avec ses conséquences, se fonde sur une anomalie pathologique du tempérament, sur la peur de faire face à la vie. Nous devons nous rappeler que nous avons affaire à des gens qui, soit ont cessé de croire en eux-mêmes, soit sont enclins à douter d'eux-mêmes. De tels garçons auront pour habitude de reculer devant l'action, ils auront peur de faire rire d'eux-mêmes quand pareille crainte n'est nullement justifiée. Bientôt ils cesseront tout travail effectif, ne se soucieront que de tuer le temps, et perdront tout courage. Des difficultés du même ordre se rencontrent souvent quand un frère est élevé à côté d'une sœur cadette.

Le médecin doit se préoccuper d'un autre point, celui de l'explication des problèmes sexuels aux enfants. Une seule solution s'appliquant à tous les cas ne peut être cependant donnée en raison des différences qui existent, dans les diverses écoles, entre les individus et l'entourage dans lequel les enfants grandissent. On doit cependant ne pas perdre de vue qu'il est injuste que les enfants soient tenus plus longtemps qu'il ne le faut dans l'ignorance du rôle de leur sexe, injustice dont les enfants souffrent souvent. Pour étrange que cela soit, pareille situation n'arrive que trop fréquemment. Il n'est pas rare que des malades me disent que même à l'âge de dix ans ils n'étaient pas tout à fait certains du sexe auquel ils appartenaient. Leur développement tout entier donne l'impression qu'ils ne sont pas nés au même titre que les autres, soit garçons soit filles et qu'ils ne se développeront pas comme eux ; ce qui procure a ces enfants un sentiment terrible d'incertitude que l'on remarque dans toutes leurs actions.

Il en est de même pour les filles. Certaines atteignent l'âge de huit, neuf, dix, douze et même quatorze ans en restant tout à fait incertaines de leur sexe et imaginent toujours que, d'une manière ou d'une autre, elles peuvent encore se transformer en hommes. Ce fait est également confirmé par certaines descriptions de la littérature consacrée à ce sujet.

Dans tous ces cas l'évolution normale est contrariée. Les années d'enfance se passent dans des efforts destinés à suppléer artificiellement leur rôle sexuel ; les filles consacrent ce temps à se développer selon une allure mas­culine et à éviter de prendre toute décision qui pourrait aboutir à un échec. Une incertitude d'un caractère fondamental apparaît clairement ou se déduit des actions prétentieuses et outrancières auxquelles elles s'adonnent. Les filles adoptent une attitude masculine et se forcent, de préférence, à un comporte­ment qui leur semble, ainsi qu'à tout leur entourage, être caractéristique des garçons. Elles s'adonnent de préférence à des jeux brutaux, non pas simplement de la façon sauvage mais inoffensive que nous tolérons volontiers chez les enfants, mais d'une manière exagérée, comme si elles agissaient sous quelque contrainte. Elles agissent ainsi avec tant de persévérance que cela prend rapidement, même pour leurs parents, l'allure d'un caractère patholo­gique. Les garçons aussi ont l'air d'être possédés par une sorte de frénésie sauvage, mais assagis par les obstacles qu'ils rencontrent, ils renoncent bientôt et développent une attitude hésitante ou tournent leur attention vers les filles. L'érotisme qui s'éveille prend alors dans les deux sexes des traits pervers et contre nature, parallèlement à leur attitude générale.

Envisageons à présent certaines manifestations considérées communément comme des actes de défiance. Beaucoup de signes que l'on impute à la défian­ce sont considérés par le médecin comme révélateurs d'une maladie. Doivent être rangées dans cette catégorie les formes fréquemment observées de refus de la nourriture et même les cas de rébellion liés à la défécation et à la miction. Tous les symptômes pathologiques que, sous des aspects plus accen­tués, nous avons trouvés dans l'énurésie ou dans une sorte de constipation inexplicable ou rebelle, se fondent fréquemment sur une défiance profondé­ment enracinée chez les enfants. Ils ont en effet l'habitude d'utiliser toutes les occasions pour échapper à la contrainte à laquelle ils sont soumis, parce que la force leur apparaît, sous quelque forme que ce soit, comme un empiétement sur leur personnalité et une humiliation. Ils tirent un sentiment de satisfaction de leur refus de s'adapter sans opposition aux pressions de leur entourage, comme si ce refus était une marque de leur importance. Nous voyons dans cette attitude un signe de révolte.

Il est facile de le vérifier, car nous trouverons toujours d'autres signes de défiance comme les inoffensives, mais mauvaises habitudes de gratter son nez, de baver ou de ronger ses ongles. Les mauvaises habitudes indiquent clairement un développement dans la direction opposée à celle recommandée par la communauté. Il ne manque jamais quelque personne jouant le rôle d'adversaire. Le symptôme lui-même est lié presque toujours à un fonctionne­ment défectueux.

Il est au plus haut point intéressant de remonter toute la chaîne des diverses transformations concernant le choix d'une profession par l'enfant. C'est le cas par exemple d'une petite fille passant successivement du rôle de princesse à celui de danseuse, puis à celui d'institutrice, pour finalement, avec quelque peu de résignation, aboutir à celui de ménagère.

Dans le cas des enfants assez âgés, nous remarquons fréquemment que le choix d'une profession est dicté par le désir de faire le contraire de ce qui est suggéré par le père. Cette opposition ne se manifeste certes pas ouvertement. Mais la raison subit la contrainte du but recherché. Les avantages d'une profession seront mis spécialement en valeur et les désavantages d'une autre soulignés d'une manière prononcée. Dans cette voie il est possible d'argu­menter à la fois pour et contre chaque position. On doit également tenir compte de cette attitude.

Sous un autre angle encore, le médecin est mis à contribution : tant dans l'orientation professionnelle que dans le maintien du choix actuel d'une profession, Il doit d'abord être guidé par la connaissance qu'il a des aptitudes physiques de la personne et cependant ne pas perdre de vue que le facteur psychique est aussi important et peut, dans certains cas, l'être davantage.

C'est évidemment une besogne très désagréable que de poursuivre chaque individu défaillant ou affligé d'une maladie nerveuse ou d'une psychose, dans le but d'améliorer son état ou de le guérir.

Cela constituerait une immense dépense d'énergie et il serait temps que nous tournions notre attention avec plus de précision vers la prophylaxie. Il y a déjà un grand nombre de points d'assurés. Nous nous sommes par exemple constamment efforcés de travailler dans le but d'éduquer les parents et les médecins. Il est cependant nécessaire que de meilleurs résultats soient obtenus en raison de l'accroissement considérable de phénomènes névrotiques et psychotiques, liés en particulier à la démoralisation. La première chose à faire serait peut-être de répandre les idées issues de la connaissance de l'homme et les idées pédagogiques inspirées de la psychologie individuelle comparée, d'appliquer ces idées suivant les aptitudes de chacun, afin que nous puissions utiliser leur efficacité de toutes les manières possibles. Les anomalies psychi­ques du comportement qui semblent au premier abord n'être que de mauvaises habitudes, conduisent ensuite aux diverses formes de névrose et au crime.

Le facteur le plus efficace pour cette action éducative nous semble être l'école. Dans les consultations et centres de renseignement que nous avons ouverts avec nos collaborateurs, médecins et instituteurs, chaque enfant carac­tériel trouvera des personnes capables de lui faire comprendre ses erreurs. Par la collaboration entre médecin, instituteur, parents et enfant il sera toujours possible de trouver la bonne voie thérapeutique pour amplifier la faculté de coopération du caractériel.