Pulsion de mort

Que veut celui qui ne veut pas guérir, qui ne veut pas changer, qui ne répète plus que la répétition elle-même, qui défait ce qui vient à peine d’être construit, qui ne prend plus plaisir, ni même à détruire ou à souffrir, et que laisse indifférent la détresse de celui qui est devenu impuissant à l’aider ? Que veut celui qui veut rien ?

La haine*, l’agressivité, la rage de détruire s’accommodent volontiers d’une once de plaisir, même s’il n’est pas perceptible. Elles ont surtout l’avantage de détruire un autre, de porter la mort au-dehors ; quand la pulsion de mort est fondamentalement pulsion de sa propre mort. Elle est comme la face noire du narcissisme*, quand l’expansion de l’amour de soi se renverse en son contraire, un repli, jusqu’au rétrécissement, quand l’animation de la vie psychique semble être devenue l’ennemi principal. Éros a-t-il pour autant dit son dernier mot ? De Kierkegaard à Beckett, philosophie et littérature ont su faire esthétique du désespoir ; déjà Balzac, et sa Peau de chagrin… C’est le livre que choisit Freud pour lui tenir compagnie dans ses derniers instants : « Juste ce qu’il me faut, un livre qui parle rétrécissement et mort par inanition. »