Règle fondamentale

« Une chose encore avant de commencer… dites tout ce qui passe par l’esprit, abandonnez les contraintes de la conversation ordinaire, n’hésitez pas à remonter au déluge… “Ça n’a rien à voir, c’est sans importance, insensé”, ne cédez pas à ses intimidations, tout au contraire. Perdez le fil, parlez langue déliée… » C’est au terme d’une vingtaine d’années d’expérience que cette règle deviendra fondamentale. Freud s’aperçoit qu’il ne sert à rien de vouloir pénétrer directement au cœur de l’organisation pathogène, ni d’« exhorter le patient » à se concentrer sur un thème déterminé – au lieu d’éliminer les symptômes*, on les renforce, et, pour peu qu’ils disparaissent, c’est pour constater que l’angoisse* est allée faire son nid juste à côté. La psychanalyse est devenue une affaire de temps.

L’association libre est un moyen, elle n’est pas le but que vise la règle – un des modes de résistance* consiste d’ailleurs à suivre la règle au pied de la lettre et à ne plus parler que par coq-à-l’âne. Ce qui est attendu, espéré, c’est l’incident, la pensée incidente, celle qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Rien n’est plus doux à l’oreille du psychanalyste qu’une phrase qui commence par : « Ça n’a pas de rapport mais… » La règle est un appel à la déliaison, à la défaite dans le langage des « raisons » qui en brident l’expression. « Dites non ce que vous préféreriez taire, mais ce que vous ne savez pas… » Paradoxe de l’association libre, qui ouvre la porte au déterminisme de l’inconscient.

Ce qu’énonce le psychanalyste est une chose, ce qu’entend le patient en est une autre, le névrosé obsessionnel* par exemple. Dans « Dites tout ce qui passe… », il s’arrête à tout. Dire tout… Avouez !, livrez « le sale petit secret ». L’obsessionnel, ce grand « coupable », tient à ce que le psychanalyste reste un confesseur. C’est à lui que l’on doit d’entendre régulièrement le couplet sur la transmission des formes historiques de l’aveu, du confessionnal au dispositif divan*/fauteuil…