Retour dans le ventre maternel (sommeil)

Grâce au sommeil, nous retrouvons un état d’avant notre présence au monde, « celui de l’existence dans le ventre maternel. Nous nous créons des conditions tout à fait semblables à ce qu’elles étaient alors : chaleur, obscurité, absence de stimulus. Certains d’entre nous se lovent pour former un petit paquet et adoptent pour dormir la position du corps* qu’ils avaient alors. Le monde ne nous possède pas entièrement, pour un tiers de notre vie (le temps du sommeil) nous ne sommes pas encore nés » (Freud). Le sommeil, c’est d’autant plus vrai qu’il est profond et sans rêve et que le lit est un « nid douillet », accomplit le désir de retour dans le ventre maternel. Ce fantasme est-il narcissique (à travers le repli sphérique du corps et de la psychè sur eux-mêmes) ou incestueux (renouer avec les délices du pays natal) ? Les distinctions s’abolissent, les satisfactions se confondent, comme le moi* endormi et le ça* que plus rien ne différencie. La restauration du narcissisme primaire et les retrouvailles symbiotiques avec la mère primitive ne font qu’un.

Sous sa face enchantée, à l’image d’une publicité pour les Seychelles, les Bahamas et autres « mers chaudes », le fantasme* promet le paradis – quand les joies de la vie intra-utérine, elles, pourraient bien n’être que rétrospectives. Sous le soleil noir de la dépression*, le même fantasme rapproche dangereusement le sommeil et le « grand sommeil », le ventre et la tombe ; paradoxe d’un fantasme dont l’accomplissement conduit alors à l’abolition de la vie fantasmatique elle-même et de toute animation psychique. Dormir, rien que dormir…