Rêve (travail du)

« Le rêve nous montre l’homme pour autant qu’il ne dort pas » (Freud). Il ne « dort » pas, il voit (« Le rêve est la chose vue », Hugo) ; il vit ce qu’il voit, jamais du fait de sa volonté, souvent contre elle (« Pourquoi dire : J’ai rêvé, quand il faudrait dire : Il a été rêvé », Valéry). La puissance hallucinatoire du rêve illustre plus immédiatement que le fantasme* ce que réalité psychique* veut dire. Quand le rêve est manifestement érotique – ce qui n’est pas si fréquent –, il est capable par sa seule action, sa seule image, de provoquer l’orgasme. Sarah, quant à elle, constate à son réveil que son rêve d’accouchement, alors même qu’elle n’est pas enceinte, a provoqué une montée de lait, jusqu’à la réalité de l’écoulement. Le sursaut brutal de celui qui sort du sommeil afin d’échapper au poignard de l’assassin n’est pas moins saisissant. « Le plus sage des hommes veut-il connaître la folie, qu’il réfléchisse à la marche de ses idées pendant ses rêves » (Voltaire).

Des images du rêve à son récit, il y a beaucoup à perdre. Le rêve n’en reste pas moins, via son interprétation*, une voie privilégiée d’accès à l’inconscient. Le travail du rêve déforme et transforme un matériau qui puise à une double source : l’infantile (désirs* et angoisses* mêlés) et les restes du jour, bien souvent un micro-trauma – une porte à laquelle on frappe, qui tarde à s’ouvrir, et dont le rêve fait une errance nocturne dans une forêt hostile – que la conscience a négligé mais que la mémoire a retenu.

Le caractère à la fois répétitif, angoissant, traumatique de certains rêves change le travail en labeur de Sisyphe. Le désir n’est plus ce que ces « rêves de rattrapage » (Freud) accomplissent mais ce qu’ils visent, ce qu’ils tentent (souvent sans succès) d’introduire. Comme une ultime tentative de la sexualité infantile*, de sa plasticité*, de s’approprier et de transformer en plaisir-désir des blessures jamais refermées, jamais reconnues.