Après-coup

La psychanalyse souffre d’une image qu’elle a elle-même contribué à vulgariser : « À 5 ans tout est joué », qui réduit chacun à son passé infantile. L’effet d’après-coup complique singulièrement ce causalisme rudimentaire. Emma n’est encore qu’une enfant quand l’épicier du village se permet un geste déplacé à son endroit. L’événement laisse une trace, mais qui restera longtemps insensée et inactive, comme exclue à l’intérieur de Psychè. Jusqu’au jour, Emma est devenue une jeune fille, où une circonstance « insignifiante », des vendeurs dans un magasin (sinon une épicerie) qui rient quand elle passe, qui peut-être se moquent, dont les visages goguenards évoquent un rictus plus ancien, jusqu’au jour donc où resurgit l’événement premier. La collusion de ces deux « coups », que des années séparent, donne brutalement un sens à ce qui n’en avait pas, entraîne le refoulement* (qui est toujours après-coup) et déclenche la névrose hystérique et son cortège de symptômes : ne plus pouvoir « sortir », être vue (mise à nu), sans être touchée par l’angoisse. Quelle est la « cause » de la maladie ? L’événement de l’enfance, sa reviviscence à l’occasion de la deuxième scène ? L’après-coup ne répond pas à la question, il l’invalide. Il ne se contente pas d’inverser la chronologie, il la désordonne. Il faut deux coups pour faire un trauma* psychique.

Le phénomène d’après-coup ne concerne pas la seule enfance. Pour recevoir des (mauvais) coups qui dépassent les capacités d’élaboration psychique à l’heure où le coup frappe, il n’y a pas d’âge. Pas plus d’âge que n’en a en nous l’inconscient.