Séduction

« L’amour de la mère pour son nourrisson qu’elle allaite et soigne a une bien plus grande profondeur que son affection ultérieure pour son enfant adolescent. Cet amour possède la nature d’une relation amoureuse pleinement satisfaisante, qui comble non seulement tous les désirs psychiques, mais aussi tous les besoins corporels » (Freud). L’enfant tend ses lèvres à la recherche du lait, lui arrive le mamelon d’un sein qui mêle à la nourriture qu’il donne le plaisir qu’il prend. L’enfant est un « jouet érotique », sans qu’il soit nécessaire d’invoquer pour cela la perversion d’une mère*. Comment celle-ci pourrait-elle faire autrement qu’offrir en même temps que ses soins une part de sa sexualité inconsciente ? Le père ne s’y trompe pas, qui devine dans l’enfant qui vient de naître la figure d’un rival. Une séduction générale tient à la dissymétrie de l’enfant et de l’adulte (Laplanche), à l’inévitable passivité du premier, à la confusion de l’amour et des soins. L’enfant attend la tendresse*, il reçoit la passion. Pour la perversion*, il faut franchir un pas de plus, par exemple quand la mère prolonge l’expérience de l’allaitement pour l’orgasme qu’elle libère.

La séduction commune, celle qui « apprend à l’enfant à aimer et le dote d’un besoin sexuel énergique » (Freud), est entourée de deux figures pathologiques, l’une par excès, l’autre par défaut. L’abus sexuel de l’adulte sur l’enfant ne laisse bien souvent d’autre choix à celui-ci que de s’identifier à l’agresseur et d’être voué à la répétition – le pédophile est un enfant plus détruit que séduit. Mais il arrive aussi que la séduction, son fantasme*, manque sur la scène psychique. L’enfant regarde le visage* de la mère, il ne voit rien. Son plaisir à elle, absent ou disparu, ne lui renvoie pas le sien et, de ce fait, l’en prive. Le sein que l’enfant tète est un sein de glace qui distille le lait noir de la mélancolie*.