Séparation

La mère fait face à son enfant, elle recouvre son visage d’un foulard, à moins qu’elle ne le masque simplement de ses deux mains jointes. Les privilégiés se souviennent de la suite, l’excitation et l’éclat de rire qui président aux retrouvailles : « Coucou… me voilà ! » Encore et encore… Sans doute ne peut-on se jouer de la séparation, jusqu’à en faire une érotique – quand l’absence ranime l’amour, quand les adieux sur les quais de gare sont un déchirement exquis –, que si le premier de tous les objets* tolère sa propre perte, accepte de se séparer, fait un jeu de ce qui, autrement, tourne à la détresse*, quand plus rien ne distingue l’absence de la disparition. La séparation psychique, celle qui donne à l’enfant la « capacité d’être seul » en présence de la mère (Winnicott), est le dernier acte de naissance – séparation dérive de parere, « faire naître ». Les pathologies de la séparation (dépression*, addiction*, anorexie*…) le donnent à entendre : dans l’angoisse de séparation, ce n’est pas, malgré les apparences, la séparation qui est angoissante, mais son impossibilité.