Sexualité infantile

Qu’est-ce que sexuel veut dire ? Le mot le plus usité de la psychanalyse n’est pas le moins énigmatique. La sexualité humaine ne s’est pas seulement émancipée des finalités instinctuelles, celles de la reproduction, elle refuse aussi de se soumettre au primat de la seule génitalité. Définir comme « prégénitale » la infantile est un malentendu, tant celle-ci n’est pas simplement une première étape dont la sexualité pubertaire serait la forme achevée. La sexualité infantile est comme l’inconscient, elle n’a pas d’âge, elle ignore le temps. L’enfance en est le lieu de naissance, mais elle ne se confond pas pour autant avec la sexualité de l’enfant. La sexualité infantile n’est pas une sexualité préliminaire, même si les « préliminaires* » lui sont en toute chose redevables. C’est une sexualité autre, jamais « conforme », toujours étrangère, inquiétante et passionnante. Le fantasme* est son élément, il n’est rien des activités humaines qui ne soit susceptible de l’exciter.

La sexualité génitale connaît son but, le coït, quand la sexualité infantile est polymorphe, elle multiplie les sexes, elle désire*, autant dire qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut, définitivement, sans fin. On sait qu’elle fait oralité* de la bouche et analité* de l’anus, mais son pouvoir de transformation n’investit pas que les seuls orifices, chaque coin de peau fait aussi l’affaire du fantasme, chaque sens ne demande qu’à se mettre au service du plaisir-désir, et l’activité intellectuelle elle-même n’est pas à l’abri de ses visées.

Tout cela ne va pas sans mal. Parce qu’elle ne respecte rien, qu’elle touche à tout, qu’elle fait feu de tout bois au risque de détruire ce qui la stimule, parce qu’elle prend autant de plaisir à mettre en pièces qu’à inventer des formes inédites, la sexualité infantile heurte nos conformismes, notre censure, notre sage équilibre. Son refoulement* nourrit l’angoisse* et le déplaisir, multiplie les symptômes*. La santé psychique lui doit tout, la maladie aussi.