Surmoi (idéal du moi)

Ses peintures à la maternelle remplissaient ses parents d’espoir, un jour Basquiat, un autre Pollock, mais dès l’entrée à la grande école il a fallu déchanter : Jules ne sait plus dessiner sans se servir de la règle, il pourrait pleurer quand ça déborde. Sous l’une de ses faces au moins, celle de l’intériorisation de l’autorité parentale à l’heure où décline le complexe d’Œdipe*, l’instauration du surmoi est « observable ». La Loi sévit maintenant de l’intérieur. Si sa sévérité dépasse souvent le raisonnable, ce n’est pas seulement d’être passée du dehors au dedans, mais parce que, avec l’assimilation de l’autorité des parents, l’enfant s’identifie inconsciemment au surmoi de ceux-ci, devenant ainsi « porteur de la tradition, des valeurs à l’épreuve du temps qui se sont perpétuées de génération en génération » (Freud). Simon a du mal à distinguer la psychanalyse de la religion familiale, et la séance de la pénitence : « C’est comme si vous m’aviez dit : pour vous il y a le père, la mère et le prêtre, ce sera trois séances par semaine ! »

À s’en tenir à cette théorie, cependant, on comprend mal que la rigueur du surmoi puisse être autre que proportionnelle à celle de l’éducation reçue. Or, ce n’est pas loin d’être l’inverse : à éducation laxiste, surmoi cruel. Tout se passe comme si, faute de rencontrer un « Non ! », l’enfant devait s’en créer un d’autant plus tyrannique, source d’une culpabilité* à ce point torturante qu’elle finit par devenir un pousse-au-crime. La victime, le délinquant et le juge sont une seule et même personne, redoutable trinité.

Sous sa forme la plus folle, telle que la psychanalyse des patients borderline (voir état limite) permet de l’entendre, le surmoi a la voix du Destin, sa parole tient à la fois de l’oracle et de l’impératif nihiliste. Des vies entières se soumettent à un : « Sois malheureuse ! », ou, pis, à un : « N’existe pas ! »

Le surmoi pérennise l’obéissance aux premiers objets*, que s’y ajoutent les accents de l’idéal, et il n’est pas rare de voir se déplacer la soumission de la scène intérieure à l’espace social, jusqu’à la « servitude volontaire » vis-à-vis de celui que l’on a installé à la place de son idéal du moi.