Bisexualité

« Je m’habitue à concevoir chaque acte sexuel comme un événement impliquant quatre personnes » (Freud). C’est moins le coït, qui ne doit rien à l’inventivité humaine, que les préliminaires, ce jeu de la sexualité qui multiplie les orifices et les appendices, échange l’activité et la passivité, qui, à force d’« embrasser, caresser, mordre, étreindre », efface les limites entre les deux partenaires (Ferenczi), ce sont les préliminaires, donc, qui mettent en scène l’humaine bisexualité. Celle-ci est un résultat : spectateur excité du fantasme de scène primitive*, l’enfant s’identifie à l’un comme à l’autre des partenaires, à la mère comme au père.

Témoignage de la polymorphie de la sexualité infantile, la bisexualité a du mal à tenir longtemps en équilibre. Le sexe penche d’un côté ou de l’autre – pas nécessairement du côté de l’anatomie –, le désir d’identité exige son dû, jusqu’à violemment repousser la part abandonnée. À moins que la bisexualité ne devienne elle-même défensive, une façon de refuser la castration*, la « sexion » : pourquoi un seul sexe et pas les deux ? L’adolescente qui hésite entre la jupe et le pantalon renonce parfois à trancher, elle met l’une sur l’autre. La parité peut-elle espérer se maintenir, jusque dans les réalisations amoureuses ? C’est sans doute plus accessible aux femmes qu’aux hommes : deux femmes partagent sans frayeur la même salle de bains ; pour les hommes il faut être au moins onze, une équipe de foot.

Pas de psychanalyse possible sans bisexualité, celle qui permet à l’analyste de voyager d’un sexe à l’autre, d’être par exemple un homme et d’incarner dans le transfert une femme (féminine ou phallique) dans une relation homosexuelle.