Ça (inconscient)

« Je est un autre » (Rimbaud). Le poète en a l’intuition, le psychanalyste en fait l’hypothèse : il n’est rien qui compte dans une vie d’homme, dans le plaisir ou la souffrance, rien d’intense, dans la passion ou la détestation, qui ne prenne sa source en un lieu de Psychè échappant aux clartés de la conscience. L’affrontement des personnes psychiques est parfois visible, quand le moi* du rêveur, au beau milieu de son rêve, assailli par des images terrifiantes venues on ne sait d’où, cherche en vain à se persuader : « Ce n’est qu’un rêve », avant de se résoudre à précipiter le réveil pour échapper définitivement à l’effraction nocturne de l’Inconnu.

« Ça a été plus fort que moi, ça m’a échappé, ça m’est venu d’un coup… » L’acte manqué*, le rêve*, le symptôme* ne signent pas seuls la présence de cette autre « personne » qu’est l’inconscient, tous ces moments de la vie aussi où la conscience et la raison se sentent débordées de l’intérieur par plus fort qu’elles. Pas un choix, qu’il touche à l’amour*, au métier que l’on souhaiterait exercer, à l’œuvre d’art qui vous émeut, qui ne prenne racine dans les expériences marquantes de l’enfance. « L’inconscient, c’est l’infantile » (Freud) ; pas toute l’enfance, mais les traces enfouies et insistantes de celle-ci que rien, jamais, ne pourra effacer. L’inconscient ignore le temps, tout autant que la contradiction (l’amour et la haine* s’adressent au même), comme il se moque de la réalité. L’expérience psychanalytique en impose l’hypothèse tout en en soutenant, paradoxalement, le caractère insaisissable autrement qu’à travers ses rejetons. L’inconscient est comme une « chose » en soi ; cette fois, c’est à l’intuition du philosophe (Kant) que le psychanalyste donne corps.

De l’inconscient au ça, il n’y a pas que le nom qui change, l’accent aussi, plus sombre, et l’image, plus chaotique. Ça… l’altérité de l’inconscient se fait plus anonyme, par-delà les désirs refoulés qui cherchent une issue et tentent de s’accomplir, qui veulent vivre, on pressent une puissance contraire, destructrice du désir lui-même, fascinée par le néant, une pulsion de mort*.