Addiction

L’origine du mot évoque l’esclavage, celui d’un corps esclave d’une dette ; avec cette particularité que l’esclave et le maître logent cette fois à la même enseigne. Boire, manger, fumer, planer, se défoncer… la liste des addictions menace de s’allonger à n’en plus finir pour se confondre avec celle des « habitudes morbides », quand il n’est plus possible de s’en défaire, même si elles coûtent ou détruisent. Plus rien, dans l’addiction, ne semble distinguer le désir du plus primitif des besoins. Mais le propre d’un besoin, quand il est vital, est d’être apaisé une fois satisfait ; alors que la bouteille de l’alcoolique ou le tube digestif de la boulimique sont des puits sans fond. L’addiction est plus une exigence qu’un besoin. Le sens premier d’« exiger » est fiscal : demander impérativement ce qui est dû. L’exigence demande beaucoup, elle croît avec la satisfaction plus qu’elle ne s’apaise. Impossible à contenter, tyrannique, l’exigence fait que les désirs* deviennent des ordres. Quel est le donneur d’ordre ? Le corps, à première vue, à l’image de la cellule dans l’impatience de sa dose de nicotine. Mais au fond l’inconscient, ça*, est le véritable maître des lieux, qu’il sue l’angoisse ou déborde d’excitation. Peut-être la première, la source de toutes les addictions est-elle la dépendance à autrui qui rend la présence de celui-ci aussi indispensable que toujours décevante, et qui fait répéter à n’en plus finir : « Est-ce que tu m’aimes ? Est-ce que tu m’aimes ?… »