Crise d’adolescence

Adolescens, « en train de grandir ». La puberté, la maturité génitale a beau être chez l’homme, parmi les mammifères, particulièrement tardive, elle arrive toujours de façon intempestive. Psychiquement, ce n’est jamais l’heure. Anna trouve des accents telluriques pour en décrire l’irruption : « Les seins poussent, les poils, les règles, les boutons, on ne reconnaît plus la peau du visage, on croit que c’est terminé mais non… il faut encore que le bassin s’élargisse. » La puberté fait plus que jamais se rejoindre l’inconscient et le corps*, dans une expérience d’étrangeté qui n’évite pas toujours la dépersonnalisation – l’heure de l’adolescence est propice à l’éclosion des psychoses. Le combat contre celle-ci revêt des formes paradoxales, notamment les scarifications, quand il faut vérifier, en s’en prenant à l’enveloppe, à la peau, que le moi* conserve son intégrité. Le corps est en crise, Psychè ne demande qu’à suivre.

D’un côté, l’adolescent s’oppose, il est contre tout ce qui est pour. De l’autre, côté pairs et non plus parents, il pousse à l’extrême le conformisme : même tenue, mêmes goûts, pensée unique… Dans le même temps, révolutionnaire et totalitaire. Le deuil de l’enfance auquel il s’affronte est au-dessus de ses moyens ; parfois la dépression* guette. Ou la violence : tout deuil* est un travail de détachement, un travail de meurtre.

À corps perdu, il ne sait plus à quel sexe se vouer, auquel s’identifier. L’autre est aussi séduisant qu’inconnu et dangereux ; le même rassure, mais il enferme.

Le pire pour l’adolescent n’est-il pas, cependant, que sa crise passe inaperçue ? Faute d’un « non », d’une rencontre avec le pouvoir et son interdit, faute de haine* et d’amour*… Pour faire une « crise d’adolescence », il ne suffit pas de courir tous les risques. Pour qu’il y ait crise et que la crise soit un défi, encore faut-il que ceux auxquels elle s’adresse en accusent réception.