Désir

Désirer, desiderare (de-sidus-eris), c’est étymologiquement contempler l’« astre », être par lui « sidéré », sans jamais pouvoir le posséder… Ainsi va la vie, tendue vers ce que l’on n’a pas, animée par ce qui manque, cherchant devant elle ce que, derrière, elle a perdu. « Trouver l’objet n’est jamais que le retrouver » (Freud), à ceci près que les retrouvailles n’ont jamais le goût de la « première fois » – des traces de la « première fois ». À part le ravi parvenu au troisième ciel, qui peut se croire pleinement, définitivement satisfait ? Le désir est en lui-même un paradoxe : il signifie une absence, mais nous n’avons rien d’autre. « Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! il perd tout ce qu’il possède » (Rousseau).

De cela l’inconscient, l’infantile, ne veut rien savoir. Ignorant la négation, il accomplit le désir. Ça* hallucine. Rien en lui ne sépare désirer et faire, ou posséder. De façon déformée, parfois illisible, le rêve*, le symptôme* en témoignent. Mais c’est peut-être l’enclos du fantasme* qui en renvoie l’image la plus claire. Soudain un visage* s’éclaire, quand rien dans la réalité ne prête pourtant à sourire, on devine qu’un secret désir vient de se réaliser. Accomplissement imaginaire, certes, mais avec des effets bien réels : qui jouerait au Loto si, dans le temps qui sépare la mise du tirage, il n’était loisible de se prendre pour un astre, de disposer du gros lot et d’en faire un généreux usage ?…