Détresse (état de)

Le cri à la naissance est le premier cri de détresse. Avant de témoigner d’une expérience singulière d’abandon, la détresse est un état, celui d’un nouveau-né dans l’incapacité de se venir à lui-même en aide, de répondre par ses propres moyens à ses besoins les plus primitifs, sur le plan vital comme sur le plan psychique. Cette impuissance a sa contrepartie, celle d’accroître jusqu’à la démesure les figures parentales en les dotant d’une toute-puissance. Le sentiment religieux puise à différentes sources, la détresse en est une, quand la vie, de déceptions en désespoirs, répète l’état de dénuement premier ; on ne sait plus à quel parent se vouer, on se tourne vers Dieu, lequel a l’avantage sinon de répondre, du moins de supporter d’être prié à toute heure. La détresse se fait déréliction, à l’image de Job : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. » L’addiction*, la dépendance à un produit qui réconforte avant de détruire, est une autre réponse à la détresse. À noter qu’il n’est pas rare que l’on guérisse de l’une, la manie toxique, en s’en remettant à l’autre, la symbolisation religieuse (sur le modèle des Alcooliques anonymes ou des ascèses mystiques). L’amour de Dieu est moins risqué que l’amour des hommes (ou des femmes). Anticipant une rupture sentimentale toujours possible et le danger de la perte d’amour, Lisa s’équipe en prévision de la détresse à venir : son frigo conserve en permanence un lot de petits pots pour bébé « premier âge ».

« J’ai besoin de vous ! » Dans la situation analytique, le cri de détresse retentit quand toute séparation est vécue comme un abandon, un renvoi au néant. À la différence de l’angoisse*, la détresse refuse de se laisser analyser, elle veut seulement être reconnue dans son actualité. Toute référence au passé, à l’enfance, loin d’ouvrir sur une interprétation et un changement possible, est reçue comme une violence, une indifférence. Le cri de détresse ne demande qu’une chose (impossible), retrouver ce qui n’a jamais existé : les vertus substantielles et continues d’une présence maternelle ignorant les défaillances.