Deuil (travail de)

« Travail de deuil »… Comme toujours, le succès d’une expression se paie d’une perte de sens. La psychanalyse se rend d’abord à l’évidence : le deuil est douleur, retrait sur soi, désinvestissement du monde extérieur… Mais la notion de travail y ajoute une part plus difficilement acceptable, violente, celle d’une œuvre de déliaison, de détachement. Se défaire du mort, voire le « tuer une seconde fois » en dénouant un à un les points d’attache à l’objet. Les souvenirs insistent, les rêves* font revivre les morts, mais c’est pour mieux oublier. Jusqu’à ce que la libido, redevenue libre, puisse aimer à nouveau. Secrètement, le versant hostile de l’ambivalence* prête la main. Alors qu’il repense à l’excellente journée qu’il vient de passer, Pierre est brutalement assailli par un sentiment de culpabilité : son père n’est pas mort depuis un mois que déjà…

Pourquoi ce travail de détachement est-il si douloureux, pourquoi la libido se cramponne-t-elle à l’objet disparu quand bien même le substitut est disponible ? « Cela, nous ne le comprenons pas », écrit Freud. Melanie Klein a la réponse. La perte d’une personne chère, quel que soit l’âge à laquelle elle survient, est toujours un deuxième temps, un trauma second, la reviviscence d’une expérience précoce. L’objet d’amour est un objet perdu, ce que signe la généralité de la position dépressive. Tout deuil, même s’il est le premier vécu, est la répétition, mais aussi la reprise, la transformation d’une mort et d’une souffrance ignorées.