Divan

Anaïs arrive pour sa première séance d’analyse. Les entretiens préalables avaient permis d’en fixer les conditions : la fréquence, le divan… C’est pourtant dans le fauteuil qu’elle s’installe cette fois encore ; elle parle, sans mot dire de ce qui la retient de rejoindre le divan. Même scénario les séances suivantes. Et puis un jour, sans raison évidente, sans explication, elle s’allonge aussitôt. Elle ne commentera que quelques mois plus tard cet étrange ballet. Ce jour-là, manquait (enfin) sur le coussin la serviette en papier qui s’y trouvait d’habitude, « ce genre de serviette sur laquelle le malade pose sa tête quand il s’allonge sur la table d’opération ».

Le divan (du turc diwan) est la contribution de l’orientalisme à la psychanalyse, qui nous vient tout droit de la salle de consultation du Sultan, de son confort garni de coussins, de la lascivité de ses odalisques. Image de luxure qui, ajoutée à la réputation d’une psychanalyse qui « ne pense qu’à ça », en tient à l’écart plus d’un(e). Inviter un patient à prendre place sur le divan ne dit encore rien de la façon dont ce message est reçu, traduit. À se « perdre de vue », à s’absenter ainsi, le psychanalyste espère rompre plus sûrement avec les modalités de la conversation ordinaire, faciliter la régression* et les transferts*, permettre au rêver de se mêler au parler. Ce que « perçoit » l’analysant est une autre histoire. L’un entend un appel à se soumettre : « Couchez ! » et rappelle qu’en argot « s’allonger » est synonyme d’« avouer ». Une autre traduit par : « Marie-couche-toi-là. » Anaïs n’y voit qu’une promesse chirurgicale, un quatrième adopte l’attitude du gisant… L’analyse a déjà commencé, un premier transfert s’est allongé.