Enfant mort (l')

« Je suis un enfant de remplacement. » Son prénom porte la trace déformée de celui à qui il « doit » d’être né. « Leurs noms font des enfants des « revenants » », écrit Freud, en pensant à ce qui, par exemple, se transmet d’un grand-père à un petit-fils. Mais cette filiation-là respecte l’ordre des générations, leur succession dans la vie et la mort. L’« enfant mort », son fantasme*, enkysté dans la psychè des parents, est au contraire un enfant à perpétuité, un éternel enfant, irremplaçable ; surtout pas par les enfants de remplacement. « Aujourd’hui, il aurait 45 ans. » L’image n’est pas celle d’un adulte dans la maturité mais celle de l’enfant de la photo, pieusement conservée, de la chambre pleine de jouets, interdits au toucher. Il n’a pas pris une ride, la mort ne le concerne pas ; c’est un rival inaccessible, impossible à tuer, même en pensée. La flèche du temps en perd la boussole, l’avenir c’était hier.

L’écho de « l’enfant mort » est parfois plus lointain, presque imperceptible, on le devine plus qu’on ne le découvre. Il faut remonter à la génération précédente, ou plus avant encore. Il suit le plus souvent la lignée féminine, traînant son ombre dépressive de mère en fille.