Envie du pénis (femme châtrée, castratrice, phallique)

L’envie du pénis a son image d’Épinal, celle d’une petite fille qui, elle aussi, veut uriner debout… premier geste politique d’une égalité revendiquée entre les sexes, le pouvoir appartient à ceux qui se dressent, pas à ceux qui se baissent.

La féminité* primitive de la fille est déjà depuis longtemps constituée quand l’envie lui prend de disposer des avantages d’un sexe visible et maîtrisable, un dehors que l’on peut montrer et qui, à l’occasion (celle d’un petit frère qui fanfaronne), fait la fierté « imbécile » des parents. L’envie du pénis chez la petite fille n’est pas séparable de l’angoisse* devant son propre sexe, intérieur invisible et énigmatique. Le pénis est une évidence ; le vagin, un inconnu. Le premier abonde en surnoms, le second est innommable. L’infantile n’a de nom que pour ce qu’il voit.

Plus que l’envie du pénis en elle-même, ce sont ses destins qui importent. Le plus dynamique d’entre eux consiste à passer à autre chose, à transformer l’envie (l’envie est « envieuse », l’invidia est malveillante) en désir : du pénis lui-même (être par lui pénétrée, et pas simplement l’avoir), du père, de l’homme, de l’enfant, de l’œuvre créée… Mais il est d’autres destins, portant davantage le sceau de la fixation que de la transformation. Le premier laisse la femme châtrée, éventuellement jusqu’à la frigidité. Elle ne l’a pas, elle n’a donc rien. Dans les mots des femmes, cela se dit le plus souvent dans la dépréciation de toutes les entreprises (amoureuses comprises), de toutes les productions : « Je suis nulle, je n’y arriverai jamais. »

L’autre destin est inverse, non plus « châtrée » mais « castratrice » : elle ne l’a pas mais elle l’aura, il suffit de châtrer l’homme… groupe de femmes au bord de la piscine regardant passer le maître-nageur : « Le château n’est pas mal, mais le donjon est en ruine. » À moins qu’elle ne fasse comprendre, à l’homme qu’elle désire, que du pénis il n’est jamais que l’appendice !

Le troisième destin se conjugue au présent et à la forme affirmative : elle l’a… « lui » et ses attributs, notamment le pouvoir. La femme phallique est une « Dame de fer » ; pour l’avoir oublié, les généraux argentins en ont perdu leur sceptre et leurs Malouines.

Pire destin peut-être, quand l’envie du pénis forge le caractère… Derrière la femme aigrie, toujours victime jamais satisfaite, on devine la petite fille lésée. Les hommes (« tous les mêmes », traduction : ils ont tous le même) sont le premier objet de la vindicte, mais, dans l’ombre, l’analyse laisse entrevoir une mère haïe de ne pas avoir donné la seule chose qui vaille.