Fusion (symbiose)

L’une des caractéristiques de la psychanalyse des patients borderline* est la forme qu’y revêt le transfert*, celle d’une régression* à des états de dépendance, parfois extrêmes. Quels traumas précoces cherchent ainsi à se répéter, qu’a-t-il manqué à l’enfant qu’il lui faut (re)trouver ? Cette interrogation conduit Winnicott à l’hypothèse d’une « préoccupation maternelle primaire ». L’idée est celle d’une « folie normale », un temps psychique faisant le pont entre les derniers instants de la grossesse et les débuts dans la vie, estompant la césure de l’accouchement, temps pendant lequel la mère s’identifie sans discontinuité à son enfant. Identification* toute en sensorialité qui permet à l’une d’épouser avec justesse les mouvements psychiques et somatiques de l’autre. L’aspiration fusionnelle du patient « limite », son angoisse* d’abandon, sa dépression* menaçante signent les ratés, la défaillance de ce temps premier. Faute d’avoir bénéficié d’une folie « normale », on invente une folie privée, y compris pendant la séance d’analyse. Paradoxe du transfert qui cherche dans la « préoccupation » de l’analyste la répétition de ce qui n’a jamais eu lieu.

Les angoisses qui sollicitent leur apaisement dans des relations fusionnelles sont autant de témoignages d’un narcissisme* inachevé plus encore que blessé. Le nouveau-né n’est pas comme l’œuf isolé et protégé de l’environnement par sa coquille ; il est, à l’inverse, immédiatement ouvert et tendu vers la réponse de l’être proche à son attente. Là où la femelle mammifère suit son programme instinctuel, la mère fait avec ce qu’elle est, inconscient compris. Son ajustement est souvent « assez bon » (good enough), d’autres fois chaotique, imprévisible ou défaillant, faute d’investissement ou inversement par débordement des soins. La vie ne commence pas dans la symbiose, celle-ci est plus le fantasme* d’une mère redoutable, qu’on ne souhaite à personne : la « mère parfaite ».