Inceste (désir d')

« On ne s’accouple pas avec ceux qui mangent dans le même bol et la même assiette. » Les Na de Chine, aux confins de l’Himalaya, ont beau faire fi des contraintes du mariage et s’accorder une généreuse liberté sexuelle, ils ne s’en montrent pas moins, devant l’inceste, d’une intransigeance qui ne doit rien aux sociétés les plus policées. La prohibition de l’inceste peut varier dans ses applications, elle constitue cependant un fait de culture universel. Seulement culturel ? L’éthologie a découvert que les primates, nos frères, bonobos en tête, évitaient soigneusement le coït avec certains de leurs congénères apparentés. Mais cet évitement est sans faille, fidèle au commandement de l’espèce, quand l’homme, lui, transgresse : en fantasme* (désirer, c’est faire) et en réalité. La séquence incestueuse comporte le désir, l’interdit, la transgression, éventuellement la culpabilité* (généralement absente dans les cas de passage à l’acte pervers) et le châtiment. Inceste rime avec funeste (Racine, Phèdre), incestum avec « sacrilège ». Les Anciens et les « Primitifs » ont toujours soupçonné sa présence derrière les catastrophes collectives et individuelles : famine, sécheresse, maladie, naissance monstrueuse…

L’inceste de l’anthropologue concerne des adultes auxquels sont interdits certains mariages, poussés par là même à l’exogamie. L’inceste du psychanalyste est un désir incestueux, il concerne la sexualité infantile*, les premières amours débordantes de possession, à l’image de l’enfant évoqué par Ferenczi, le petit Arpad, s’adressant ainsi à sa voisine : « Je vous épouserai, vous et votre sœur, et mes trois cousines et la cuisinière… Non, pas la cuisinière, plutôt ma mère. » Si ce n’est Une, ce sera toutes. L’inceste agi du pervers ne veut rien savoir des différences*, il mélange tout, notamment les générations, parfois les sexes ; il ne connaît d’autre loi que celle qu’il édicte : « Pourquoi serait-il défendu d’aimer trop les individus que la nature nous enjoint d’aimer le mieux ? » (Sade).