Indifférence

« La vie est préférable avec ses blessures et ses douleurs à cette mort du cœur qui s’appelle l’indifférence » (Balzac). Être aimé, être haï, l’une ou l’autre de ces positions fonde le sentiment d’exister. La fragilité psychique de l’être, jusqu’au vacillement de l’identité, résulte davantage de l’indifférence. Difficile d’être, faute d’avoir été investi. Être est une abréviation de « être-aimé », ou « être-haï ».

L’indifférence n’est éprouvée que par celui qui la subit ; elle n’est rien, un non-affect, pour celui dont elle « émane » (un parent mélancolique ?). La surprise n’en est que plus grande, elle se renouvelle à chaque rencontre clinique : rien n’attache, ne retient, n’immobilise, ne capture davantage que le non-investissement dont on a été (paradoxalement) l’« objet » ! Le rien du parent est tout pour l’enfant. Jusqu’à rester suspendu toute une vie à des lèvres qui ne vous parlent pas, parce qu’elles ne vous parlent pas. Jusqu’à élire pour « compagnon » celui pour lequel on n’existe pas.

Lorsque Émilie se rend au chenil pour adopter un animal, elle choisit le plus seul, le plus laid, celui que personne ne regarde ni même ne voit… et jamais ne désirera. Et, parce qu’il se perd assez vite, ou se fait écraser, elle retourne chercher son double.