Masochisme (sadisme)

Soumission servile, humiliation, châtiment corporel… les scénarios inventés par Sacher Masoch ont longtemps cantonné l’image du masochisme pervers aux jeux de celui qui veut être traité comme un enfant méchant, impatient de déguster les « délices de la fessée ». La rencontre du psychanalyste (de M’Uzan, Stoller) avec quelques grands masochistes a profondément modifié le paysage : tatoué, frappé, brûlé, martyrisé, mutilé… la violence physique peut être portée jusqu’à l’insoutenable, sauf pour celui qui la subit. « Le masochiste ? Une victime qui ne lâche pas sa proie » (Pontalis). Parce que le sadisme – prendre plaisir à la douleur infligée à autrui – prolonge l’agressivité et la pulsion d’emprise*, il semble ne pas trop faire mystère. Mais comment peut-on appeler, goûter la douleur jusqu’à menacer la conservation de sa propre vie ? Pas d’explication simple, mais Stoller note l’expérience récurrente, dans l’enfance de ces « grands masochistes », de traitements médicaux aussi prolongés que violents, qui font apparaître les mises en scène perverses ultérieures comme l’érotisation d’un traumatisme, la transformation de la douleur en douleur exquise. Rien qui n’arrive au corps* qui ne soit susceptible d’engendrer une excitation libidinale, pas même la pire des souffrances !

Le masochisme pervers n’est que la face spectaculaire d’une composante aussi primitive que générale de la vie psychique. « Masochisme », le mot pâtit d’une image péjorative, quand sa capacité à teinter de plaisir la douleur physique et la souffrance psychique fait de lui une richesse inestimable. Grâce à lui, l’insoutenable devient vivable, nul travail de deuil*, par exemple, qui ne le mette à l’ouvrage.

Parce que le sadisme concerne la douleur d’autrui, il se laisse comprendre, voire mettre en dicton : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres. » Quand le masochisme, lui, heurte l’élémentaire bon sens et conserve une part définitive d’énigme. « Le vrai masochiste tend toujours sa joue là où il a la perspective de recevoir une gifle » (Freud). Cette recherche de la position de victime est au cœur du masochisme moral, quand le plaisir de la douleur le cède au plaisir du malheur. Le piège pour la psychanalyse est redoutable, quand la souffrance psychique, de moteur du progrès de la cure, devient le but répétitivement recherché.