Mensonge (secret)

« Les parents savent tout, même ce qu’il y a de plus secret – “mon petit doigt m’a dit…” –, et ils le savent jusqu’à ce que l’enfant réussisse son premier mensonge » (Tausk). Le tracé des frontières du moi*, la construction d’un intérieur, d’une intimité, la possession assurée d’un secret ont pour condition psychique la réussite d’un premier mensonge. Dans « mensonge » il y a mens, mentir est une preuve d’esprit. Le droit de tout dire définit la liberté ; l’ordre de tout dire, la dictature. Un patient qui ne saurait tromper son analyste serait bien malade (Bion).

La croyance de l’enfant, « les parents lisent dans mes pensées », prend sa source dans l’apprentissage de la parole, « car l’enfant, avec le langage, reçoit la pensée des autres » (Freud). L’adulte lui « donne » la parole, et avec elle les pensées, conduisant parfois l’enfant à cette solution extrême, autiste, de refuser le langage dans son entier. Il arrive parfois que le psychanalyste soit traversé par cette pensée paradoxale : la cure prendra fin quand il (elle) saura mentir ou ne se sentira plus obligé de tout dire…

Le premier mensonge n’est pas un mot, c’est une grimace, un geste d’acteur. L’enfant est sur le pot et son visage donne le change, laissant croire qu’il a « fait », quand son secret – « secret » et « excrément » partagent la même étymologie –, sa chose intime, reste bien gardé. Le premier mensonge n’est pas un fait de parole, il est une protection contre elle, contre son intrusion.

Au mélancolique* le mensonge manque ; parce que plus rien ne le protège d’une terrible lucidité, il est livré à la haine de soi. Il est possible, à l’inverse, qu’amour et mensonge aient partie liée : « On ment toute sa vie, même surtout, peut-être seulement, à ceux qui nous aiment » (Proust).