Moi idéal

Dans la mégalomanie – celle d’un Ceausescu, par exemple, le « Génie des Carpates », qui réécrivait l’histoire de la Roumanie en y mêlant les éléments de sa propre généalogie, ou celle d’un Napoléon, prenant la couronne des mains du pape pour se sacrer lui-même empereur –, dans la mégalomanie, donc, plus rien ne distingue le moi idéal du moi ; l’un recouvre l’autre de son triomphe, sans reste. Quand bien même on ne convie pas au culte de sa propre personnalité, le moi idéal, cet enfant de Narcisse, s’il reste le plus souvent un héros ou un dictateur inconnus, n’en loge pas moins secrètement au cœur de tout un chacun. Pas plus que le temps, l’espace ou la pesanteur n’en limitent l’expansion ; ce moi-là, tout occupé à ses identifications* héroïques, est un ça* qui s’ignore, son désir* est accompli. Le sentiment de son omnipotence est « océanique », à l’image du plus primitif des narcissismes. Héritier des premières formes du moi, celles d’un moi-plaisir pur qui ne tolère aucun obstacle à sa satisfaction, on devine cependant qu’il ne s’est pas fait tout seul. On imagine un tout-petit enfant qui, lorsqu’il se regarde dans le miroir-visage* des parents, reconnaît, sinon le « Génie des Carpates », du moins His Majesty the Baby.