Anal (analité)

« Il ne suffisait pas de salir du mot de « sexuel » les manifestations de tendresse des enfants, il fallait encore que le sexuel lui-même se voie à son tour souillé de façon révoltante par la référence à l’anal » (Lou Andreas-Salomé). La place faite à l’analité dans la vie érotique et psychique de l’homme n’a pas manqué de ternir l’image publique de la psychanalyse. Le dégoût dont la « chose anale » est spontanément l’objet, dégoût inconnu du monde animal, signe à lui seul la présence de l’inconscient, de l’inacceptable.

La fréquence d’un symptôme aussi ordinaire que la constipation, qui peut aller jusqu’à des formes chroniques graves, est le plus sûr témoin de la rémanence de l’analité sur la vie psychique, de sa capacité à prendre en charge le conflit psychique. Entre l’adulte et le très jeune enfant, la zone anale est un lieu d’échange privilégié, même quand l’éducation à la propreté ne tourne pas au plus rigoureux des dressages. La selle exonérée à heure fixe est le premier cadeau de l’enfant à la mère. À moins qu’il ne s’y refuse, un refus (de la perte) qui forge le caractère : obstiné, ordonné, économe, ces traits qui sont le plus souvent associés fondent une « morale des sphincters ». Ne rien lâcher, ne rien céder…

Si le conflit psychique utilise volontiers les ressources de l’analité, c’est aussi que celle-ci est intrinsèquement conflictuelle : expulsion/rétention, destruction/conservation ou possession. Le premier geste s’associe volontiers à l’activité et au sadisme ; le second, à la passivité et au masochisme. On devine que le couple de la haine* (destructrice) et de l’amour* (possessif) emprunte aussi à l’érotisme anal une de ses modalités.

Le refoulement*, la sublimation* de l’érotisme anal revêtent des formes multiples, depuis le déplacement du bas vers le haut, quand la bouche se confond avec l’anus, que la parole devient grossière, ordurière et l’humour « gras ». En passant par la transposition dans le contraire, quand le plus sale, le plus méprisable devient le plus précieux : génial alchimiste, l’anal métamorphose la merde en or.