Névrose obsessionnelle

« C’est là une pathologie complètement folle, l’imagination psychiatrique la plus extravagante n’aurait pas réussi à construire quelque chose de pareil, et, si on ne l’avait sous les yeux chaque jour, on ne se résoudrait pas à y croire » (Freud). La « folie » prend la forme de l’ineptie, elle tombe volontiers sur les actes les plus ordinaires de la vie quotidienne : se coucher, faire sa toilette ou le ménage, s’habiller, s’apprêter à partir, marcher… là où un geste suffit, s’installe un cérémonial aussi contraint que compliqué, un rituel journalier qui fait ressembler la névrose obsessionnelle à une religion privée. Se laver les mains vingt fois par jour, faire et refaire son lit jusqu’à effacer tout pli, vérifier avant de quitter la maison que la photo des enfants sur la table de chevet suit bien la bissectrice de l’angle, éviter de marcher sur les rainures du carrelage, passer toujours à droite des panneaux de sens interdit… La pensée n’est pas en reste qui ressasse, calcule, doute, tergiverse.

Derrière l’insensé se trouve toujours un sens celé que l’analyse parvient, ou non, à découvrir. L’ambivalence*, qui fait que la haine touche l’amour de si près, apporte une généreuse contribution à la formation des symptômes : isoler, écarter, opposer, éviter les contacts, des choses comme des pensées. On ne peut haïr ce que l’on aime sans en éprouver une torturante culpabilité*, le névrosé obsessionnel est un expert en la matière, qui taquine la faute jusqu’à la douleur exquise, toujours en avance d’un crime, jamais à l’abri du blasphème qui, d’un mot, met par terre une morale scrupuleusement construite : « Si Dieu bande, je suis perdu ! »

Il arrive parfois que l’on puisse reconstituer la « scène d’origine » de la névrose. L’enfant est sur le pot, bien avant l’heure. Il se soumet à l’injonction tyrannique : « Sois propre ! », mais à sa manière, qui consiste à conserver plutôt qu’à donner. À la différence d’une constipation hystérique, qui peut céder dès les premiers moments d’une psychanalyse, l’obsessionnel est un constipé à vie. Le caractère – obstiné, ordonné… – épouse le mouvement corporel. La vie sexuelle aussi, toujours menacée par l’impur, la souillure et la confusion cloacale. Dans la névrose obsessionnelle, l’anus est le sexe principal, celui qu’il faut fuir en distinguant le haut du bas, l’âme du corps, quitte à ce que l’activité de pensée, à laquelle on se livre entièrement, devienne l’activité sexuelle elle-même. L’enfant sur le pot est économe de ses fèces, mais il n’est pas avare de ses mots, c’est un parleur précoce. « Parler, rien que parler… », l’abstinence psychanalytique lui va comme un gant, il en redemande.