Objet (partiel, total, transitionnel)

« Elle voit – quel objet pour les yeux d’une amante !

Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur »

(Racine, Phèdre).

Objet de désir, d’amour ou de haine… objet est en psychanalyse le même qu’en tragédie. Qu’il tienne sa réalité du monde extérieur ou du fantasme*, il est ce par quoi la pulsion cherche sa satisfaction. Des différents ingrédients de la pulsion*, il serait le plus variable (« Volage adorateur de mille objets divers », Racine), ce que des expressions comme « type de femmes » (ou d’hommes) suggèrent à leur manière. En y ajoutant cependant une nuance : l’unicité du « type » suppose, par-delà les « objets divers » un unique objet, d’attachement ou de ressentiment, dont on devine qu’il doit beaucoup aux objets premiers, ceux des amours enfantines. « Trouver l’objet est à vrai dire une retrouvaille » (Freud) ; par-delà le hasard de la rencontre, la force du destin.

« Que veut dire le mot objet ? Un sein qu’une femme dénude » (Quignard). Une femme ? D’abord la première d’entre elles, le sein précède la mère, le premier objet est partiel, confusément nourricier et voluptueux. Avant que les sexualités (orale, anale, tactile, visuelle…) ne se rassemblent sous le signe d’Éros, avant qu’elles ne visent et construisent un objet devenu total, elles s’éparpillent et font excitation de tout bois. Il arrive aussi que l’objet reste toute une vie partiel, à l’image du fétichiste* qui ne retient d’un corps de femme qu’un buste enserré dans une guêpière – sur le corps, le visage*, et dans le visage le regard, cette fenêtre de l’âme, est le représentant de l’objet total.

Objectus, ce qui est placé devant… L’objet s’oppose, il « objecte » son altérité à celle du sujet psychique. À ce titre, il doit plus à la haine*, qui rejette, qu’à l’amour, qui confond. On doit à Winnicott une conception à la fois plus progressive et plus nuancée de la psychogenèse de l’objet. Le premier objet n’est pas seulement partiel, il est transitionnel. Fait-il partie du moi*, s’y oppose-t-il ? C’est indécidable, à l’image du coin d’oreiller que tète le nourrisson, bout de tissu à mi-chemin entre le pouce et l’ours en peluche, entre la peau du moi et celle du sein.