Père

« La maternité est attestée par le témoignage des sens, tandis que la paternité est une conjecture [c’était avant les tests adn], elle est édifiée sur une déduction et sur un postulat » (Freud). La mère est une certitude, le père une hypothèse, peut-être la première de toutes. Toute théorie serait-elle paternelle en son principe ? La théorie sexuelle des origines (« d’où viennent les enfants ? »), première de toutes les théories sexuelles, est une façon pour le jeune explorateur de s’interroger sur la contribution de celui qui lui dispute sa place auprès de la mère.

Il n’est rien, y compris une présence paternelle, qui puisse valoir comme garantie de la santé psychique ; bien des folies, pas seulement celle de Schreber, prennent leur source dans la relation pathologique au père. Néanmoins, ce dont on peut être à peu près sûr, c’est qu’il n’est de santé possible sans que ne s’écartent l’un de l’autre les personnages du premier couple, la mère et l’enfant, sans qu’un tiers ne vienne se mêler à (de) leurs affaires. De cette fonction de symbolisation, qui permet à la vie psychique d’échapper à la confusion, de faire la différence* (des sexes, des générations…), le père est le plus classique des représentants.

Qu’est-ce qui fait que l’image d’un père se promenant, tenant son enfant par la main, l’emporte si souvent en émotion sur celle d’une mère accomplissant le même geste ? L’incertitude du père n’est pas seulement une promesse pour la vie de l’esprit, la curiosité théorique ; elle fait de son amour, par définition improbable, une élection, un amour d’autant plus espéré qu’il ne relève d’aucune nécessité de nature. Il peut ne pas y avoir de père, sa valeur n’en est que plus grande, celle du luxe.

L’insistance sur la fonction symbolique du père (Lacan) a fini par faire oublier sa participation libidinale, sa séduction. Qu’est-ce qui, pour une fille, est le plus difficile à élaborer ? Voir dans les yeux de son père le désir dont elle est l’objet, ou n’y rien lire du tout ?