Phallus (primat du)

Osiris, Hermès, Dionysos, Priape… Phallus est un dieu, on l’adore. Pourquoi l’homme couvre et dissimule-t-il « ce qu’il devrait orner et exposer avec pompe, comme un officiant » ? (Léonard de Vinci) « Primat du phallus »… l’expression frise le pléonasme : le phallus, symbole de pouvoir, de puissance, de fécondité, ne sait rien d’autre que primer. Sauf que… « Il y a chez toute femme quelque chose d’égaré », disait Lacan – pas d’aiguille à sa boussole –, ajoutant : « et chez tout homme quelque chose de ridicule ». Après le primat, la déprime !

Le primat du phallus est une théorie sexuelle infantile ; pas plus que n’importe quel fantasme, cela n’a de sens de la dire vraie ou fausse – que l’on en juge inacceptable la traduction politique est une autre affaire. Sur les mérites heuristiques de la théorie en question, le sentiment est partagé. D’un côté, elle impose une logique binaire (on l’a ou ne l’a pas, A ou non-A) dont les vertus classificatoires ne sont plus à démontrer. De l’autre, elle signe « une détérioration précoce de l’intellect enfantin » (Freud), un renoncement à la joyeuse polymorphie, celle qui multiplie les sexes (bouche, anus, langue, doigt…), pour réduire les possibles à l’alternance présence/absence d’Un-Seul.

Derrière la fierté du Primé, on devine l’angoisse, celle de la castration*. C’est, comme l’écrivait Martial, qu’« on ne commande pas à ce membre-là comme à son doigt ».