Phobies

L’obscurité, l’air libre, les chats, les araignées, les chenilles, les serpents, les souris, l’orage, les couteaux, le sang, les espaces clos, la cohue, le vide, le franchissement des ponts ou des tunnels, le métro, le bateau, les voyages en mer, l’avion… L’inventaire des phobies est un inextricable fouillis. Encore ne s’agit-il là que des phobies typiques, « volontiers » partagées. L’une des dernières en date, le tunnel sous la Manche, forme un véritable club. Il faut dire que tout y est : « Le voyage au centre de la terre », « 20 000 lieues sous les mers », un long tunnel, la menace de l’obscurité, des hommes dans le wagon, un train lancé à grande vitesse… Ajoutez à ces peurs communes les trouvailles personnelles : le cheval du petit Hans (Freud), le coq du petit Arpad (Ferenczi) et – pourquoi pas ? – les pronoms relatifs de Flaubert, tous ces qui et que évités grâce au participe présent… Phobos, le mot ne signifie pas seulement la fuite, la peur ; il évoque également l’idée d’une panique, d’un désordre. Un peu de réalité – il arrive que les avions tombent et que les serpents piquent – permet souvent à la folie de ne pas apparaître pour elle-même… pas toujours, quand la phobie des insectes ne laisse plus d’autre solution que la vente de la maison de campagne pleine des plaisirs d’autrefois.

La phobie est un « enfantillage », mais le tout petit enfant, lui, ne connaît pas la peur, il court au bord de l’eau, monte sur l’appui de la fenêtre, joue avec le feu ou le couteau… Impossible de fonder la phobie en nature, il faut bien que l’infantile, l’inconscient s’en mêle. Avant d’être une « maladie », la phobie est une solution, elle permet de déplacer le conflit*, de localiser l’angoisse*, de lui trouver une « raison ». Comme tout symptôme*, la phobie, même typique, n’est jamais susceptible d’une traduction univoque. Il est des métros hystériques, où les hommes sont comme des bêtes, d’autres enterrés et mélancoliques, circulent au pays des morts, franchissent la Seine comme d’autres le Styx.