Plasticité (de la libido)

« La psychanalyse requiert une certaine dose de plasticité psychique » (Freud). Plasticité… le mot évoque la sculpture, la création de formes nouvelles, et pour cela la nécessité de disposer d’un matériau suffisamment malléable. C’est loin d’être toujours le cas, la liste des entraves au changement psychique est sans fin. Parmi les grands obstacles, citons la haine* et ses certitudes intangibles, le narcissisme* et sa dynamique centripète de repli du moi sur lui-même, l’inquiétude vitale, l’indéfinissable mal-être – quand Psychè est suspendue entre « être » et « ne pas être », quelle mobilité lui reste-t-il ?… L’apoptose, le phénomène de la mort cellulaire, peut bien « sculpter le vivant » (Ameisen), c’est plutôt du côté d’Éros et des pulsions* sexuelles que l’on peut espérer la réforme plastique de la vie psychique. Les obstacles ne manquent pas de ce côté-là non plus : une libido « visqueuse », fixée à des positions qu’elle refuse de quitter, un refoulement* qui ne veut rien savoir, des tracés d’angoisse* aussi creusés qu’une ornière, un masochisme* qui détourne la souffrance à son profit… Il reste que les pulsions sexuelles ont cette inestimable potentialité de changer d’objet, de poursuivre ni vu ni connu, via la sublimation*, des buts (sociaux, intellectuels, esthétiques…) qui n’ont manifestement rien de sexuel. Entre elles, les pulsions sexuelles (orale*, anale*, génitale, scopique, épistémophilique…) sont « comme un réseau de canaux communicants » (Freud), une voie est encombrée, il est toujours possible d’emprunter un autre chemin. Sans cette plasticité, aucun travail de deuil* ne pourrait être accompli, aucune histoire ne pourrait être réécrite, aucun objet ne pourrait être trouvé-créé. Sans cette faculté de déplacement, héritée de la polymorphie de la sexualité infantile*, ce sont les transferts*, le matériau malléable, qui viendraient à faire défaut à la psychanalyse.