Psychosomatique

L’hypertension dont il souffre le menace chaque jour de l’infarctus. Les cardiologues y ont perdu depuis longtemps leur latin et lui ont conseillé de consulter un psychanalyste. Ce qu’il finit par concéder, bien contre son gré. L’homme est entrepreneur en pays de montagne, la conduite de ses chantiers (et sa survie économique) est particulièrement dépendante du temps qu’il fait. « Vous rêvez ? », lui demande le psychanalyste… « Oui. » « Vous pouvez raconter un rêve ?… » « Il neige, il neige, il neige… »

Psychè et soma sont des vases communicants ; quand la première est surchargée, elle se déleste volontiers dans l’autre de ce qu’elle n’arrive pas à traiter. Cette voie est à l’occasion empruntée par chacun, quelques-uns la privilégient. Chez ces derniers, on retrouve le plus souvent les mêmes caractéristiques. Leur pensée est « opératoire » (Marty, de M’Uzan), elle se contente de doubler l’action, elle en est l’instrument et ne se soucie que de l’actuel. L’imagination, ses fantasmes*, est aussi absente que peuvent l’être l’affect et la référence au passé. La névrose* dissocie la représentation de l’affect, libérant une angoisse qui se précipite en symptôme* (une phobie*, par exemple) ; ici, par contre, tout est emporté, et le fantasme et l’angoisse. À l’image de notre montagnard hypertendu, les rêves eux-mêmes perdent leur onirisme. Aucune angoisse perceptible, le corps souffre. La relation aux autres s’en ressent, comme désaffectée.

Le sens de la somatisation n’est pas de l’ordre du symbole – comme le refus de voir que signe une cécité hystérique –, elle n’en est pas moins une communication. On pense aux modes primitifs d’expression, ceux de la première enfance, quand le langage n’était pas encore à portée (Joyce McDougall), et que c’est par l’anorexie*, le mérycisme, la colite, la colique, l’eczéma, l’asthme… que le psychè-soma du bébé lançait alors ses appels.