Pulsion

« Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, Madame, il n’y a que cela qui nous distingue des autres bêtes » (Beaumarchais). Si la pulsion a conservé la force irrépressible de l’instinct, pour le reste elle se définit surtout par ce qui l’en distingue. L’instinct est la caractéristique d’un comportement inné, génétiquement fixé, commun à une espèce, à l’image de la mellification des abeilles ou la migration des oiseaux. Qu’en reste-t-il chez l’homme ? Peut-être la faim dans les situations de pénurie, parce que pour le reste… entre l’excitation du gourmet, le refus de l’anorexique* et l’insatiabilité de la boulimique, l’équation est devenue introuvable entre le besoin et une réponse simplement adaptée. La crise boulimique, sa violence, est une image forte de ce que pulsion veut dire, quand il ne s’agit plus de se nourrir mais de remplir le vide, celui d’un corps* que le fantasme* et l’angoisse* ont rendu analogue au tonneau des Danaïdes.

Tout commence avec l’instinct sexuel. Hors cet état endocrinien particulier, propice à la reproduction, qu’est l’œstrus, on n’observe chez les femelles mammifères aucune activité sexuelle. Chez toutes sauf une… La femme, et l’homme, font l’amour par tous les temps ; et pas toujours ensemble. Non seulement la sexualité humaine a perdu la boussole de la reproduction, mais encore sa recherche de plaisir a contaminé l’ensemble des activités humaines, faim et soif comprises. La pulsion ne double l’instinct que pour le détourner de ses buts. Un besoin instinctuel « sait » ce qui peut l’apaiser, quand « quelque chose dans la nature de la pulsion s’oppose (au contraire) à la pleine satisfaction » (Freud). Ce n’est jamais assez, ce n’est jamais fini. Jamais le corps biologique ne pourra à lui seul rendre compte de tant de folie. Il faut que le fantasme* s’en mêle, à condition de ne pas confondre celui-ci avec une simple fantaisie. Le fantasme est incarné, comme un ongle ; il est imprimé dans la chair, c’est son évocation qui la fait frémir.