Baiser (le)

La légendaire photo « Le baiser de l’Hôtel de Ville » (1950), par Robert Doisneau, fut récemment vendue aux enchères pour la somme de 185 000 €. L’acheteur commenta : « Ce baiser-là au moins, il n’a pas été volé… ».

Le baiser se dote volontiers de caractéristiques nationales : du french kiss au baiser esquimau en passant par le baiser russe, c’est tantôt la langue, le nez, ou les lèvres qui sont sollicités. Mais le baiser est avant tout latin : basiare désigne autant un baiser entre amants qu’un baiser de politesse ou de respect. Le latin distingue en outre entre le baiser de pleine bouche, saviari, et l’osculum, le baiser de respect, qui est doté au Moyen Age d’une connotation théologique et va jusqu’au baiser des pieds comme marque d’humilité ; le baisemain des gentlemen de la bonne société en est un reliquat.

À ses débuts, le cinéma s’est montré réticent face au baiser : en 1896, le film The Kiss nécessita l’intervention de la police à Chicago ; en 1934, le code Hays réglementa aux États-Unis la durée maximale du baiser filmé. Depuis, le monde du film se partage entre les baisers hollywoodiens généreusement dispensés dans des chassés-croisés entre partenaires changeants et dont le happy end est aussi peu probable que durable, et ceux, interdits par la censure, de Bollywood (lip-locked) qui laisse le héros mourir sans qu’il ait jamais embrassé sa belle.

Perçu comme un passage obligé par les adolescent(e)s, se « rouler des pelles » réduit l’amour à un inquiétant – et bien peu romantique – amalgame de muqueuses et mixtion de salives, alors que les amants adultes « font des langues » (comme on dit en créole) avec délectation. Peut-être est-ce paradoxalement la prostituée qui rend au baiser toute sa dignité, lorsqu’elle fait « tout sauf ça », elle n’embrasse pas. Il est un autre baiser : la meringue est désignée en allemand par le mot français Baiser. Est-ce parce que son goût agréablement léger, délicieusement sucré, et son cœur un soupçon collant évoque le french kiss ?