Viol

« Si j’étais sûr que ça ne fasse pas mal, j’aimerais bien être violée ». Les mots de Manon mesurent le fossé qui sépare le fantasme* de viol du crime réellement accompli. Le premier est un fantasme féminin quasi générique, le plus souvent dissimulé derrière une peur : qu’un v(i)oleur s’introduise nuitamment dans la maison. L’homme n’est pas en reste, plus souvent violeur que violé, primat du phallus oblige. L’un et l’autre, la femme et l’homme, puisent à une source commune, le fantasme de scène primitive : comment imaginer que sa propre mère, objet vénéré des premières amours, ait pu se prêter volontiers à une telle infamie : « Ma mère a dû subir mon père pour me faire. » Il arrive que le fantasme touche au sol de la réalité : « Ne commencez jamais votre mariage par un viol », conseillait Balzac aux futurs maris (La physiologie du mariage). Depuis 1992, le viol entre époux est un crime.

Le crime n’accomplit jamais que le seul désir du violeur, il détruit psychiquement la victime. Le tableau de Magritte, le viol, substitue le corps nu au visage. Plus encore que le sexe, le viol attaque l’intégrité, l’identité. Une femme violée se souvient davantage des mots d’insulte proférés par son agresseur que de l’acte lui-même. Le viol est un acte de guerre que les guerres, sans exception, pratiquent. L’arme en était explicitement mise au service de « l’épuration ethnique » pendant la dernière guerre des Balkans. Non seulement détruire la victime, mais entacher toute la filiation à venir.

Crime et fantasme font parfois d’étranges rencontres. Guy Georges, « le tueur de l’Est parisien », après avoir beaucoup violé, tué et s’être retrouvé derrière les barreaux, a fait rêver par correspondance tout un fan club féminin !