Virginité (dépucelage)

« La pureté blanche d’Angélique, le corps de neige immaculé, dans cette raideur immobile du froid qui glaçait autour d’elle le mystique élancement de la virginité victorieuse. » Associer la virginité – étymologiquement « état de jeune fille » – à la pureté et à l’innocence, comme le fait Émile Zola dans Le Rêve (1888), peut paraître désuet. Pourtant, en 2008, des internautes iront jusqu’à offrir plusieurs millions de dollars pour l’achat de la virginité d’une jeune américaine de 22 ans, mise aux enchères sur le site de vente en ligne E-bay… À travers cette fascination pour la femme pure, donc inoffensive, ne peut-on pas déceler une peur de la femme, sexuellement dangereuse ? Nana, autre héroïne de Zola (1880), courtisane vénale et mortifère, en est la représentante. D’un point de vue masculin, la femme est impure* par essence. N’est-ce pas Ève, la première d’entre elles, qui entraîna l’homme dans sa chute après avoir succombé au serpent tentateur ? Saint Jérôme s’interroge : « Dieu qui peut tout, peut-il relever une vierge après la chute ? Il y a doute ! »

Cette peur ancestrale de la femme naît de son mystère : « elle apparaît incompréhensible (…) étrangère et pour cela ennemie », écrit Freud dans Le Tabou de la virginité (1918). Cette crainte se manifeste dans certaines sociétés « primitives » par le fait que le dépucelage est prudemment confié à un autre que le futur mari (Inde du Sud, tribu des Toda). Au niveau fantasmatique, la femme détient le pouvoir d’affaiblir l’homme, voire de le contaminer par sa féminité. Ces peurs évoquent le mythe de la vagina dentata, exprimant l’angoisse du mâle devant la femme castratrice

Si l’effroi face aux femmes persiste, les mœurs, elles, ont bien changé. Aujourd’hui perdre sa virginité n’est plus une faute, mais un devoir. Les sociétés les plus traditionalistes n’y échappent pas complètement, qui voient fleurir une nouvelle spécialité médicale : la reconstruction de l’hymen à l’aube du mariage.